‹ Description historique et géographique de l'Asie Mineure, comprenant les temps anciens, le moyen age et les temps modernes, avec un précis détaillé des voyages qui ont été faits dans la péninsule, depuis l'époque des croisades jusqu'aux temps les plus récents; précédé d'un tableau de l'hstoire géographique de l'Asie, depuis les plus anciens temps jusqu'à nos joursChapitre 55 sur 189 · DE 1701 A 1753.] CARTES D'ASIE DE DEL1LLE ET DE D'ANVILLE · texte numérisé non relu

DE 1701 A 1753.] CARTES D'ASIE DE DEL1LLE ET DE D'ANVILLE

à 1739, fournit plus de lumières pour la connaissance du local ; mais ses observations, outre l'Égypte, se bornent aux parties occidentales de la même Péninsule. Nul voyageur digne de note n'avait visite l'Arabie , non plus que l'Inde et la région Trans- Gangétique : l'ouvrage de Valentyn , moins riche et moins original sur ces deux dernières contrées que sur les îles du Grand Archipel , n'y fait guère que résumer les notions antérieures. Deux nouvelles expéditions eurent lieu, à la vérité, dans le Tibet : l'une, en 1714, sous la conduite du P. Ippolito Desideri, qui pénétra le premier dans le Petit Tibet ou Tibet occidental ; l'autre, vers 1730, sous la direction du P. Orazio délia Penna : mais celle-ci n'est devenue publique que de notre temps. La Perse avait été l'objet de deux bonnes relations , celles de l'orientaliste français Otter, en 1734, et du marchand anglais' Hantoay, en 1742. L'excellent ouvrage de Kœmpfer sur le Japon fut publié en 1728. Enfin, dans la Sibérie, les Russes avaient continué leurs explorations et recueilli quelques nouvelles lumières sur différentes parties de celte vaste région. Strahlenberg avait publié, en 1730, son intéressant ouvrage sur le nord de l'Asie. Messerschmidt avait parcouru une partie de la Sibérie depuis 1720 jusqu'en 1725; George Gmelin\\x\ avait succédé en 1733, à la fois comme géographe et botaniste , et Stelkr, en 1742, avait donné le premier des notions un peu satisfaisantes sur le Kamtchatka.

Dans ces diverses sources d'informations que nous venons d'énumérer, il y a certainement des éléments d'améliorations de détail pour plus d'un point de la géographie asiatique*, mais, nous le répétons, elles sont bien loin de suffire seules à rendre compte de la prodigieuse différence qui existe — abstraction faite du contour général et des dimensions astronomiques — entre la carte d'Asie de Delisle en 1723, et celle de D'Anville en 1751. H faut donc reconnaître , sans affaiblir en rien le mérite éminent qu'eut le premier de ces deux géographes de rompre à tout jamais avec les errements des méthodes antérieures et de poser solidement les bases de la géographie actuelle , que l'incontestable supériorité du second tient moins encore à la valeur des matériaux qu'à l'habileté de la mise en œuvre. D'Anville est d'ailleurs le premier qui ait su tirer parti des notions fournies

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par les géographes et par les historiens arabes, turks et persans, sur plusieurs contrées de l'Asie Méridionale et de l'Asie intérieure; ces parties de sa carte en reçurent une richesse de détails qui leur donna un aspect tout nouveau. N'oublions pas môme de faire une part convenable à l'exquise délicatesse d'exécution qui distingue les cartes de ce grand géographe, exécution dont nul modèle n'existait avant lui , que nul depuis lui n'a su reproduire. Et cette remarque a son importance. Dans les arts et dans les sciences, comme en littérature, si aux yeux de quelques-uns une œuvre ne vaut que par la conception , c'est par la forme seule qu'elle vit et s'adresse à tous.

Il faut donc considérer comme marquant une ère notable dans l'histoire géographique de l'Asie l'apparition des six larges • feuilles dans lesquelles D'Anville résuma l'ensemble de ses travaux de détail sur cette grande partie du monde, et qui furent successivement publiées de 1751 à 1753. Cette magnifique carte est la seule, en effet, qui présente le résultat bien complet de toutes les connaissances acquises à cette époque sur l'Asie, comme elle est aussi la seule dont on puisse faire avec sécurité un point de comparaison pour apprécier les perfectionnements ultérieurs de la géographie des diverses contrées qu'elle renferme.

Il ne reste plus désormais de nouvelles terres à découvrir en Asie -, mais il n'y a pas une seule de ses parties dont la géographie ne soit à perfectionner.

Tel est le caractère essentiel de la nouvelle période qui commence avec la seconde moitié du dix-huitième siècle. L'âge des découvertes est passé ; l'âge des explorations scientifiques va s'ouvrir.

C'est maintenant à l'astronomie à multiplier ses observations , afin de donner pour chaque pays un nombre suffisant de points fixes auxquels on puisse rattacher les itinéraires des voyageurs; c'est aux voyageurs eux-mêmes à multiplier, à croiser dans tous les sens le nombre de leurs itinéraires, afin de remplir les

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vides encore nombreux laisses par leurs prédécesseurs. Voici de vastes contrées que nous ne connaissons guère jusqu'à présent que par les livres de la nation Chinoise, le Tibet, quelques portions de la région Trans-Gangétique , les vastes solitudes de la Tartarie, la presqu'île de Koréc, la large vallée que traverse 1'Aruoûr et que parcourent les tribus mandchoues : c'est aux explorateurs futurs à préciser ce que les indications des géographes chinois ont de vague , à corriger ce qu'elles ont d'inexact, à suppléer à ce qu'elles ont d'incomplet. Désormais le voyageur ne devra plus fouler d'un pied rapide les pays où le portera le désir d'ajouter quelque chose aux connaissances de l'Europe ; un regard superficiel jeté en passant sur la configuration du sol, sur les villes et les monuments qui le couvrent, sur les mœurs et les habitudes du peuple qui l'habite, ne répondra plus à ce que l'Europe attend de lui. Géologue et naturaliste, astronome et physicien, antiquaire et philologue, il lui faudra porter tour à tour la lumière de chacune de ces sciences sur les tableaux qu'il aura à retracer. Tous les voyageurs seront loin , sans doute , de répondre complètement à ces exigences légitimes d'une époque plus savante. Mais aussi l'attention et l'estime que tous ambitionnent ne seront plus acquises qu'à ce prix ; et si la curiosité aisément trompée se laisse encore surprendre aux légères esquisses d'un touriste superficiel , l'homme que de graves et fortes études auront préparé à de fructueuses explorations pourra seul espérer de prendre rang parmi les voyageurs que notre époque avoue.

L'exploration de l'Arabie par Niebuhr et ses compagnons, en 1762 et 1763, inaugure dignement cette nouvelle période. Le gouvernement danois, qui ordonna cette expédition savante, eut ainsi l'honneur d'une initiative qui semblait réservée à des états plus riches ; il est vrai que depuis la plupart des gouvernements de l'Europe ont suivi l'exemple que Frédéric V leur avait donné. Cette expédition , à laquelle nous devons ce qu'aujourd'hui encore nous savons de plus complet sur l'Arabie, a donc cela de particulièrement remarquable , indépendamment de l'importance de ses résultats , que c'est la première qui ait été organisée sur une grande échelle dans des vues purement scientifiques. Dans le même temps, un savant isolé, pauvre, sans

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secours ni encouragement, uniquement soutenu par un désir ardent de soulever un coin du voile qui nous dérobe les origines des plus anciens peuples du Monde, et par une confiance entière dans la mission que lui-môme s'était donnée , exécutait avec une admirable persévérance ce que tous, lui excepté, avaient regardé comme impossible. Avons-nous besoin de nommer Anquetil du Perron? Cet homme courageux, exemple bien rare de ce que peut le dévouement à la science, secondé par une forte volonté, se rendit dans l'Inde en 1755, s'y livra sans relâche à des études que nul avant lui n'avait même ébauchées, apprit une langue , le zend , dont le nom même était à peine connu en Europe, parvint, non sans des difficultés inouïes, à s'initier tout à la fois à la science et à la doctrine des prêtres parsis , ministres exilés du culte de Zoroastre , et après cinq années de travaux et de privations qui semblent dépasser les forces humaines , il rapporta en Europe le livre sacré de cette antique religion, plus riche et plus heureux mille fois de cette conquête dont il allait doter sa patrie, que s'il fût revenu chargé de tous les trésors de l'Orient. A peu près dans le même temps , en 17C6 , un jésuite allemand , le P. Tiefenlhaler^ parcourait la province d'Aoude, le Kémaoun et la partie occidentale du Népal, pays alors à peu près inconnus, sur lesquels il nous a laissé d'utiles travaux.

11 y a dans toute l'Europe, à cette époque, une impulsion géographique fort remarquable. Provoquées par les sociétés savantes et soutenues par les moyens d'exécution dont les Gouvernements disposent, des expéditions scientifiques plus ou moins importantes sont dirigées sur les principaux points du Globe. C'est dans ce temps que l'astronome La Caille se rend au Cap ; que Chabert, Courtanveaux , Fleurieu, Verdun et Pingré parcourent différentes mers pour la solution de problèmes utiles à la navigation et à l'astronomie; que Le Gentil etSonnerat visitent, pour perfectionner la géographie, les Indes Orientales et les mers qui s'étendent depuis la côte orientale de l'Afrique jusqu'à la Chine; que Chappe d'Auteroche, au nom de l'Académie des sciences de Paris, va en Sibérie et en Californie. Bougainville,nom cher à l'érudition et à la géographie nautique, exécutait dans ce temps son voyage autour du Monde, et l'illustre Cook se préparait au sien.

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