DE 1801 Ù 1 815.] VOYAGES DANS LA PERSE
l'esprit aventureux de l'autocrate. It pouvait donc y avoir là pour l'Angleterre un danger réel, et dans cette éventualité redoutable la Perse prenait tout à coup une grande importance ; car selon le parti où elle serait entraînée , elle pouvait favoriser ou empêcher l'invasion. Une démarche diplomatique près du Chah Feth-Ali-Khân fut donc résolue à Londres, et le colonel John Malcolm désigne à cet effet. M. Malcolm se rendit de l'Inde à Téhéran dans l'année 1801. Le succès de l'envoyé britannique fut aussi complet que son gouvernement le pouvait désirer. M. Malcolm obtint du chàh un traité d'alliance perpétuelle , dont un des articles — triste cachet d'une époque de haine acharnée! — interdisait l'entrée de la Perse à tous les Français sous peine de mort.
Mais l'homme prodigieux qui présidait alors à nos destinées portait trop haut le nom de la France pour qu'un semblable traité pût avoir une longue durée. Déjà le nom du héros d'Italie et d'Égyptc remplissait le Monde. L'imagination des peuples de l'Orient, si facilement ébranlée par tout ce qui est extraordinaire, grandissait encore cette figure déjà si grande , et lui prêtait quelque chose de surhumain. Avant même que le Premier Consul n'eût revêtu la pourpre impériale et inauguré son avènement à l'empire de Charlemagne par de nouvelles victoires qui devaient frapper l'Europe tout à la fois d'admiration et de terreur, Feth-Ali-Chàh déchirait, de son propre mouvement, le traité de 1801 -, et voulant peut-être prévenir par une démarche spontanée la vengeance qu'il pouvait redouter, il écrivait de sa main à Bonaparte pour lui demander son alliance et son amitié. Une telle ouverture était assez importante pour ne pas être négligée. Mais avant de répondre à la démarche du chah par une ambassade officielle, Napoléon voulut qu'un agent de confiance allât en Perse prendre des informations plus précises. M. Amèdêe Jaubert fut choisi pour cette mission difficile, qu'un profond secret devait envelopper. M. Jaubert se mit en route au commencement de 1805, et il était de retour à la fin de 1806. Son rapport détermina l'envoi du général Gardanne avec le titre d'ambassadeur. Le cabinet britannique avait inutilement tenté d'entraver ce rapprochement entre la France et la Perse ; sir John Malcolm, chargé pour la seconde fois, en 1 807, de se rendre près
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du chah , ne put môme pénétrer jusqu'à Téhéran. Sir Hartford Jones , qui le remplaça, fut à la vérité plus heureux l'année suivante, et à la suite de sa mission, un ambassadeur, sir Gore Ouseley , arriva en Perse à la fin de 1811 j mais il n'en est pas moins très-probable que sans les funestes événements de 1814 et 1815, qui vinrent donner encore une fois une nouvelle face à la politique des cabinets, ces efforts de l'Angleterre pour détourner le chah de l'alliance française seraient demeurés sans résultat.
Si la fibre patriotique , après un intervalle de trente années , ressent encore douloureusement l'impression de ces aflreux désastres où s'engloutit l'Empire, on doit pourtant à cette longue suite de fluctuations diplomatiques des résultats d'une autre nature où l'esprit se repose avec bonheur. Les calculs de la politique changent et se modifient comme ses intérêts; les acquisitions de la science leur survivent. Les diverses ambassades françaises et anglaises que nous venons de rappeler ont été , de 1800 à 1816, l'occasion d'un nombre considérable de relations toutes fort remarquables , qui ont amplement complété les notions déjà fournies par Chardin et Olivier. Grâce à la masse de documents réunis dans les ouvrages de /. Malcolm et d'dmédée Jaubert, du général Gardanne, $Adr. Dupréetde Tancoigne, de Morier, de Macdonald Kinneir, de sir Hartford , de Price et de JVxlliam Ouseley, la Perse nous est aujourd'hui mieux connue, l'Inde exceptée, qu'aucune autre contrée de l'Orient.
Les mômes appréhensions qui avaient donné tant d'activité aux démarches du gouvernement anglais près du chah , déterminèrent dans le môme temps deux expéditions analogues dans les pays jusque-là très-peu connus qui sont compris entre la Perse proprement dite et l'indus. La partie septentrionale de cette région forme, depuis les premières années du dix-huitième siècle , un État indépendant qui prend quelquefois le nom de Kaboul sa capitale , et plus souvent celui d'Afghanistan d'après la race principale qui l'habite; la partie méridionale, entre l'Afghanistan et la mer des Indes, n'est connue que sous le uom de Balouchistân ou Pays des Balouches. M. Elphinstone fut envoyé en 1808 dans l'Afghanistan, avec la double mission d'en concilier le chef aux intérêts britanniques et d'étudier les res-