‹ Description historique et géographique de l'Asie Mineure, comprenant les temps anciens, le moyen age et les temps modernes, avec un précis détaillé des voyages qui ont été faits dans la péninsule, depuis l'époque des croisades jusqu'aux temps les plus récents; précédé d'un tableau de l'hstoire géographique de l'Asie, depuis les plus anciens temps jusqu'à nos joursChapitre 63 sur 189 · PERSE · texte numérisé non relu

PERSE

du golfe Persique. De 1831 a 1841 , ces études ont fourni les plus riches matériaux pour la carte de cette portion de l'Asie. Ceux à qui elles sont dues appartiennent pour la plupart à la marine britannique ou aux régiments de la Compagnie des Indes, et elles témoignent des solides études par lesquelles les officiers de ces deux corps se préparent aux missions de cette nature qui leur sont fréquemment confiées. C'est dans le Journal de la Société Géographique de Londres, précieux dépôt des actives explorations de la nation anglaise sur tous les points du Globe , que celles-ci sont déposées ; et les noms de MM. Monteith, Gibbons , Ross, Shiel , Abbott, WArcy Tod , Thomson , Rawlinson, Brant, Pollington, Forbes, Chesney, Ainsworth, Lynch, Layard, de Rode et Selby y figurent avec honneur. Une partie de ces belles études sont nées d'une grande pensée commerciale, qui avait entrevu la possibilité de revenir, en la perfectionnant, à l'ancienne route du trafic de l'Occident avec l'Inde , c'est-à-dire à une communication directe avec le sud et l'est de l'Asie par la Méditerranée, l'Euphrate et le golfe Persique. Quel que soit l'avenir de ce grand projet, il n'en aura pas moins eu pour la Géographie de très- importants résultats. D'autres voyageurs ont aussi ajouté, dans le même intervalle, aux notions acquises sur la région mésopotamienne; parmi ceux-ci nous remarquons MM. Mignan et Stockeler, qui ont l'un et l'autre parcouru les agrestes vallées du Kourdistân. Il faut môme citer deux missionnaires américains, MM. Smith et Dwight, qui ont recueilli en 1830 de fort bonnes notions sur divers cantons de l'Arménie.

La France aussi lient une belle place dans l'exploration scientifique de ces régions. M. Fontanier, qui depuis 1827 a séjourné dans plusieurs contrées de l'Orient , a publié récemment la partie de ses intéressants voyages qui se rapporte aux pays riverains du golfe Persique. On trouve d'utiles indications dans les notes d'un voyageur naturaliste, M. Aucher-Éloy, qui a parcouru l'Arménie, la Mésopotamie et toute la Perse occidentale de 1834 à 1838; et d'excellents matériaux pour la recherche des antiquités et la connaissance de l'état actuel du pays et des habitants sont répandus dans les lettres et dans les Mémoires d'un savant orientaliste, M. Eugène Boré, qui, de 1838 à 1840, a visité plusieurs parties des mômes contrées pour y étudier l'état

AAII

[19* Slfef.LE.

intellectuel et religieux, des populations chrétiennes de l'Asie Occidentale. Mais c'est surtout à l'ambassade française envoyée en Perse dans le cours de 1839 que se rattacheront les plus beaux titres de la France à la reconnaissance de l'Europe savante. M. Charles Texier, qui déjà avait pris rang par un voyage archéologique et géographique en Asie Mineure , a pu alors pousser plus loin à f est, dans les vallées de l'Araxe et du Tigre, ses fructueuses explorations. Deux artistes des plus distingués, MM. Costeet Flandin, avaient été attachés à l'ambassade, et ont rapporté de Perse une grande quantité de magnifiques dessins où revivent avec tout leur grandiose et les sites de cette région pittoresque, et les édifices de l'architecture moderne, et surtout les restes des vieux monuments de l'ancienne monarchie de Cyrus. L'antique Persépolis, avec ses sculptures si remarquables et ses singulières inscriptions, nous est aujourd'hui aussi bien connue que pourrait l'être un monument de nos propres cités } les archéologues ont pu enfin appuyer sur une base assurée leurs curieuses investigations , d'où sont déjà sorLis tant d'importants résultats pour la restauration historique, géographique et religieuse du vieil Orient. D'habiles ingénieurs, des officiers instruits, accompagnaient aussi notre ambassadeur, M. de Sercey, et ont fourni d'excellents itinéraires qui contribueront grandement à enrichir et à préciser le tracé des cartes futures entre Constantinople et les rives du golfe Persique. M. le capitaine Beaufort, M. le comte de La Guiche, M. Coste lui-môme, ont ainsi rendu à la géographie positive d'éminents services. Les fouilles que M. Botta fait exécuter encore en ce moment sur remplacement de l'ancienne Ninive, fouilles qui ont déjà produit tant de découvertes aussi curieuses qu'inattendues et dont le gouvernement français se propose de faire l'objet d'une grande publication, en rendront de non moins remarquables à l'archéologie asiatique. Deux savants professeurs prussiens, MM. Koch et Rosen, explorent, au moment où nous écrivons ces lignes, les vallées sauvages du Kourdislân.

.Nous avons nommé M. Texier et l'Asie Mineure : c'est en 1834 et 1835 que notre savant compatriote a fait dans cette grande péninsule ses nombreuses excursions et ses belles découvertes. Mais depuis plusieurs années déjà d'autres voyageurs,

français pour la plupart, avaient parcouru et soigneusement étudié diverses parties de la môme région. L'Asie Mineure, cette contrée jadis si riche, si florissante, et qui intéresse à tant d'égards l'historien , le philologue , l'antiquaire et le géographe , était cependant restée jusqu'à ces derniers temps au nombre des pays les moins visités et les plus imparfaitement connus de l'Asie. Les difficultés qu'y opposaient au voyageur l'ignorance et la rapacité des pachas turks, jointes à l'aversion que le nom de franc inspirait aux populations musulmanes, expliquent seules cet abandon. Beaucoup d'Européens en avaient traversé rapidement quelques lignes battues ; bien peu s'étaient écartés de ces itinéraires tracés d'avance pour en explorer les parties intermédiaires. C'est depuis la grande réforme opérée , ou plutôt tentée par le sultan Mahmoud dans les idées anti-européennes de sa nation , que l'accès des provinces asiatiques de l'empire est devenu plus facile à nos voyageurs. On peut dire que depuis quinze ans seulement l'Asie Mineure nous a été révélée.

Dès avant cette époque, néanmoins, la marine française avait complété la reconnaissance exécutée en 1808 par les ordres de l'amirauté britannique sur la côte méridionale de la Péninsule. Le capitaine Gaultier, dans le cours de ses belles campagnes hydrographiques qui nous ont valu une carte complète de la Méditerranée , releva les côtes occidentales et septentrionales de l'Asie Mineure dans toute leur étendue, sur la mer Égée, la Propontide et la mer Noire , et en fixa les points principaux par une longue chaîne d'observations astronomiques. Le contour de la Péninsule , dont les formes avaient fréquemment varié sur les cartes antérieures , fut définitivement arrêté. Quelques faibles lacunes qui restaient vers la pointe sud-ouest pour relier les travaux du capitaine Gauttier à ceux du capitaine Beaufort, ont été comblées plus tard par les relevés partiels de deux officiers de la marine anglaise , les lieutenants Graves et Brock.

C'est en 1826 que commencent les grands voyages dans l'intérieur. Celui de MM. Alexandre et Léon de Laborde en ouvre la série. Ce voyage, à la fois artistique, archéologique et géographique , embrasse tout le sud et l'ouest de la Péninsule. Vers le même temps un voyageur allemand, M. Prokesh, visitait quelques points des provinces occidentales , et un ministre an- II. 9

130 tWwku.

glican, le Révérend /. Àrundtll, parcourait en antiquaire tout le bassin du Méandre, excursion qu il a renouvelée avec plus d'étendue dans un second voyage de 1833. La guerre qui éclata en 1828 entre la Russie et la Porte, et qui eut pour théâtre en Asie les parties limitrophes du Caucase russe, a fait mieux connaître quelques cantons voisins de Trébizonde et d'Erzeroum; les principaux résultats géographiques de cette campagne ont été bien résumés dans un ouvrage spécial par M. Ponton.

Peu après la fin de la guerre en 1829, un homme qui avait conquis une belle place dans le monde littéraire par son Histoire des Croisades, M. Mkhaud, conçut le projet d'une expédition scientifique destinée à étudier sur les lieux et à éclaiicir la géographie de l'époque des guerres saintes ; ce projet, approuvé par l'administration d'alors , embrassait une partie considérable de l'Asie Mineure, toute la Syrie, la Palestine et la Basse Egypte, M, Michaud se mit immédiatement en route, accompagné d'un jeune et savant littérateur, M. Poujoulattet de deux officiers d'état-major habitués aux relèvements topographiques, MM, Collier et Stamaty. Les événements de 1830, en précipitant du pouvoir les protecteurs de l'expédition , en interrompirent le cours. On lui doit cependant, quoique inachevée, de très-rintéressants résultats. Outre le journal de M. Michaud , ou plutôt de M. Poujou lat, journal riche d'observations sur le pays , les habitants et les antiquités , les itinéraires de MM, Callier et Stamaty dans l'intérieur de l'Asie Mineure et en Syrie sont fort importants pour le tracé hydrographique et orographique do plusieurs cantons peu connus. Il est à regretter que ces résultats, n'ayant pas été coordonnées dans une publication d'ensemble, soient en partie perdus pour la science.

Ceux de la mission scientifique de M. Texier et des autres voyages d'exploration qui 6e sont succédé à partir de cette époque , peuvent cependant jusqu'à un certain point diminuer nos regrets. Au premier rang après le voyage de notre compatriote, il faut mettre ceux de M. ff^illicifn Hamilton, secrétaire de la société géologique de Londres , de 1835 à 1837; de M. fVilliam Franci* 4insy>orlh , — qui avait fait précédemment partie de l'expédition scientifique du colonel Cbesney à l'Euphrate , - en 1838 et 1839; de M. Oar/w WUmt qui

h me a 1845.]

a exploré à deux reprises, en 1838 et 1840, les vallées à peine connues de l'ancienne Lycie j de plusieurs savants prussiens , ingénieurs, antiquaires ou naturalistes, MM. de Penche, Fischer, le baron de Moltke, Schonborn, Koch, lôu> et Kiepert, dont les études et les nombreux relèvements topographiques , exécutés de 1838 à 1843, ont fourni les éléments d'une nouvelle carte de la Péninsule , et complété utilement les explorations de MM. Fellows et Texier. Ces nombreux travaux, qui rachètent enfin si brillamment le long oubli où avait été reléguée l'Asie Mineure , ont fait presque constamment marcher de front les relèvements topographiques, les déterminations astronomiques , l'étude géologique du sol , celle des monuments et des antiquités. La Péninsule entière est aujourd'hui couverte d'un ample réseau d'observations positives de toute nature ; et si quelques intervalles y restent encore à remplir , ces intervalles sont du moins limités et n'exigeront plus les mêmes efforts des voyageurs à venir. Déjà même beaucoup de points de détail ont été complétés par un grand nombre de relations partielles. MM. Aucher Éloy, James Brant, Teule, Suter, Eugène Boré, Napier, Acland, RusseggerKde Civrac, Hoskyn, Daniell, Spratt et Chancourtois , s'ils ne tiennent qu'un rang secondaire parmi les explorateurs spéciaux de la Péninsule , y ont droit encore à une place fort honorable. Les récentes observations de M. Lebas, sur le sol classique de la Carie et de la Lydie, fourniront de nouveaux faits aux études archéologiques.

En ramenant nos regards sur cet ensemble de richesses géographiques que nous venons d'énumérer, une réflexion involontaire nous affecte péniblement. La France, nous l'avons dit, et cette énumération le prouve , a depuis vingt ans la plus large part dans cette belle suite d'investigations scientifiques dont l'Asie Mineure a été le théâtre ; et cependant c'est aux voyageurs étrangers qu'il faut demander encore aujourd'hui les notions les plus détaillées et les plus complètes sur l'état actuel de la Péninsule. Nous avons devancé dans la carrière les explorateurs des autres peuples, et nous nous laissons primer par leurs publications. Des voyages terminés depuis quinze ans et plus sont chez nous arrivés à peine à la moitié de leur mise au jour. Au point de vue de la science , ces lenteurs sont fe-

132 ASIE. [19* siècle.

cbeuses ; au point de vue national elles sont encore plus regrettables. Les découvertes non publiées n'existent pas. Sans doute il faut du temps pour préparer les publications splendides où sont généralement déposés les résultais de nos grands voyages -, mais cette splendeur même , et les vastes proportions qu'elle entraîne, ont de sérieux inconvénients, et de plus d'une sorte. Il serait bien de concilier les exigences différentes qui se trouvent ici en présence. Pourquoi , d'ailleurs , ne pas séparer la partie purement historique et géographique des parties artistiques ou archéologiques de ces grandes publications? Pourquoi surtout * rejeter à plusieurs années l'impression du texte, qui seul permet d'apprécier dans toute son étendue l'importance des résultats obtenus , et qui d'ailleurs peut seul leur assurer, parmi, nous et à l'étranger, cette publicité étendue qui constate l'existence et la portée des découvertes , en même temps qu'elle est la véritable récompense de leurs auteurs?

L'Asie Mineure nous conduit naturellement en Syrie; une partie des voyageurs qui ont exploré la première de ces deux régions ont étendu à la seconde leurs courses et leurs recherches. De ce nombre sont MM. Prokesh en 1829, Poujoulat en 1830, Aucher-Éloy de 1831 à 1835, IJon de Laborde et Linant en 1832, Callier en 1833, Russegger en 1836 et 1837. M. Rousseau, avant eux, avait donné de bons renseignements sur le district dont Haleb est la capitale , et deux naturalistes allemands, MM. Sieber et Scholz, avaient étudié les productions des deux extrémités de la Syrie, tâche qu'un autre savant autrichien, M. Russegger, devait reprendre plus tard et accomplir avec plus d'étendue. Nous avons mentionné précédemment les voyages de Buckingham , à qui il faut assigner un des premiers rangs parmi les explorateurs de la Syrie moderne.

Une foule de noms obscurs se pressent en vain pour y obtenir une place ; et si , dans une contrée si souvent parcourue , nous pouvions nous poser à un point de vue aulre que le point de vue de la science, notre plume aurait à rappeler plus d'un nom d'ailleurs illustre. Terre heureuse des grands tableaux et des grands souvenirs, la Syrie est depuis longtemps le commun rendez-vous des natures les plus diverses. Le poète y vient chercher des inspirations, l'artiste de riches modèles, le romancier

»b 1816 a 1845.] syrie. 133

des impressions,' en même temps que le savant y trouve à chaque pas des sujets d'étude, et le pieux pèlerin des objets de méditation.

Depuis Tépoque des voyages de Seetzen , de Burckbardt et de Buckingham, l'un des principaux que nous ayons à citer pour la Syrie est celui d'un Anglais, M. George Robinson. De 1829 à 1832, M. Robinson parcourut en observateur instruit les rives de la mer Morte r le bassin supérieur du Jourdain , les plaines de Damas, les gorges du Liban et les environs de Haleb. Ses descriptions attachent et ses remarques instruisent. Un voyageur américain du même nom, le Dr E. Robinson, a visité plus tard (1838), ainsi que le révérend Éli Smith, son compatriote , le pourtour de la mer Morte et le pays qui s'étend de là au sud vers la tête du golfe Arabique. Les recherches du Dr Robinson, quoique principalement dirigées vers l'éclaircissement de la géographie biblique, n'ont pas été inutiles à l'avancement de la géographie naturelle , et elles ont été jugées dignes par la Société Géographique de Londres d'une des médailles qu'elle accorde aux auteurs des découvertes ou des travaux géographiques les plus notables. On doit aussi à différents missionnaires de la communion romaine, répandus parmi les peuplades druzes et maronites du Liban, plus d'une intéressante notice sur le pays et les peuples au milieu desquels ils vivent. La même contrée, ainsi que les ruines célèbres de Tadmor , ont été l'objet d'une bonne relation de M. le comte de Caraman; et un jeune savant, M. Êmile Botta, qui a parcouru récemment tout le sudouest de l'Asie depuis le fond de l'Arabie jusqu'aux rives du Tigre , où déjà nous avons cité ses belles découvertes archéologiques, a donné une remarquable étude sur la géologie du Liban. U faut encore mentionner, parmi les intéressants travaux de géographie, d'archéologie et d'ethnologie dont la haute Syrie a été l'objet, les communications faites en 1841 à une société savante de Berlin par M. JVildenbruch, consul prussien à Baïrout.

Mais le fait capital, parmi tous ceux qui ont été signalés ou vérifiés depuis quelques années dans cette région , est l'enfoncement bien constaté du lit de la mer Morte à une profondeur très considérable au-dessous du niveau de la Méditerranée.

134 *sie. t1^

Un voyageur prussien, M. Schubert, qui parcourait dans Vannée 1837 la vallée du Jourdain, éveilla le premier l'attention des physiciens sur ce fait singulier de géographie physique; MM. Russegger, Moore, Beck et Bertou , après lui, et plus récemment un officier anglais, M. Symonds, renouvelèrent les premières observations et constatèrent la dépression. Le chiffre seul avait présenté d'abord des divergences entre les observateurs-, mais le résultat à très-peu près concordant auquel plusieurs d'entre eux sont arrivés par des méthodes différentes ne permet plus de douter que ce chiffre ne dépasse 400 mètres, et n'arrive peut-être à 430. Ainsi il est aujourd'hui bien établi que l'ancien lac Asphaltites occupe le fond d'une énorme cuve sans communication possible avec les mers environnantes, et que ses eaux reposent à 12 ou 1300 pieds plus bas que la plage où vient mourir, à 15 lieues de là dans l'ouest, le flot de la Méditerranée.

La presqu'île de Sinaï, qui se prolonge au sud de la mer Morte , et qu'enveloppent les deux bras du golfe Arabique, cette presqu'île que domine le front vénérable du mont Sinaï et à laquelle nos livres sacrés rattachent de si grands souvenirs , a été très-fréquemment visitée par les voyageurs que la curiosité, l'intérêt des sciences où des motifs de religion ont conduits vers la Terre Sainte. M. le comte Léon de Laborde, dans une publication récente d'archéologie biblique , a tracé un tableau complet de la géographie de cette presqu'île, que lui-même avait soigneusement explorée lors de son voyage en Orient.

Ce coin de terre aride où s'enfonce l'extrémité septentrionale de la mer Rouge appartient à l'Arabie. Baignée de trois côtés par des mers sur lesquelles ses côtes peu découpées n'offrent au navigateur que de rares abris, n'ayant aucun de ces grands cours d'eau navigables qui servent ailleurs de communications naturelles entre les extrémités maritimes d'une contrée et ses parties intérieures, couverte dans d'immenses étendues par des déserts sablonneux où le soleil du tropique darde à plomb ses rayons dévorants , occupée , là où elle est habitable, par des tribus errantes non moins redoutables au voyageur que le vent mortel du désert, cette vaste péninsule est bien difficilement accessible, on le conçoit, à l'exploration des Européens. Aussi

hË 1616 a 1845.]

AHAlilE.

ceux-là mêmes qui, comme Niebuhr, ont pénétré le plus avant, n'en ont-ils Vu, sauf un bien petit nombre d'exceptions, que les portions voisines des côtes, principalement à l'ouest sur la mer Rouge , au sud-ouest sur le détroit de feab-eUMandcb , et à Test vers le détroit d'Ormouz. Un seul Européen, le capitaine anglais Sadliërf en 1819, a jusqu'à présent traversé la Péninsule dans toute sa largeur, depuis el Katif sur le golfe Persique jusqu'au port de Jambo sur la mer Rouge. t)e très-grandes étendues seraient absolument vides sur nos cartes, si les géographes arabes, principalement Àboulféda, ne nous fournissaient quelques indications qui servent à remplir un peu ces grandes lacunes.

Cependant l'activité européenne ne s'est pas moins déployée ici que sur tant d'autres points où de plus grands résultats en out couronné les efforts ; et si la Nature n'a pu toujours être vaincue, tout ce que la persévérance humaine pouvait obtenir a été obtenu. Des voyageurs à la fois courageux et adroits ont adopté le costume, les usages extérieurs, le genre de vie et jusqu'à la religion des Arabes, dont ils s'étaient approprié la langue par une longue pratique-, et se faisant ainsi passer pour de bons musulmans , ils ont vécu au milieu môme de ces populations fanatiques qu'ils voulaient apprendre à connaître. Ainsi avaient fait Scetzen et Badia; ainsi fit un peu plus tard (1815) l'intelligent Burckhardt, à qui on doit les notions les plus étendues que depuis Niebuhr l'Europe ait eues sur l'Arabie. Nous disons sur l'Arabie : il serait plus eXaCt de dire sur les Arabes ; car c'est moins la géographie proprement dite qui a gagné à ces remarquables voyages, que nos connaissances sur les habitants. Néanmoins, les acquisitions géographiques sont loin d'être sans importance ; depuis l'époque de D'Anville, la carte de la Péninsule arabe a reçu aussi de très-nombreuses et de très*importantes améliorations.

Une partie notable de ces améliorations a été procurée par la guerre que pendant trente ans, de 1812 à 1841 , les troupes du vice-roi d'Êgypte ont soutenue au cœur môme de la Péninsule contre les Arabes Ouahhâbites, secte moderne née dans le sein de l'Islamisme. Des Européens qui s'étalent joints à Par-* mée égyptienne ont pu ainsi pénétrer plus avant que ne Pavait

ASIE

[19« SlfcCLE.

fait aucun voyageur, étudier la topographie de districts étendus, et s'en procurer ou la carte levée avec soin , ou tout au moins des reconnaissances détaillées. Tels sont les services qu'ont rendus à la science MM. Chedufau et Mary, deux Français entrés en 1836 au service de Mohammed- Ali , où ils occupaient l'un et l'autre un poste important. Les noies et les esquisses transmises par ces deux officiers distingués ont été la base d'un travail fort remarquable de M. Jomard sur le pays d'Acïr, province du Hedjâz à laquelle ces matériaux se rapportaient principalement. M. Tamisier, qui accompagnait M. Chedufau comme secrétaire, a publié une relation spéciale de la campagne de 1834 dans ce pays d'Acïr.

Des voyageurs qui ne s'étaient pas proposé l'Arabie pour but spécial de leurs recherches, mais qui y ont touché dans leurs courses , ont procuré sur différents points du littoral , notamment sur celui que baigne la mer Rouge et sur quelques portions du pays d'Oman , des renseignements qui ne sont pas sans valeur. M. Riïppell, dans ses deux voyages en Abyssinie, en 1822 et 1831, MM. ffemprich et Ehrenberg en 1823 et 1824-, Ruschenberger en 1835, Rocket tfHèricourt en 1839, ont recueilli un certain nombre d'observations de cette nature. Mais une acquisition d'une bien plus grande importance pour la géographie positive est résultée des relèvements hydrographiques exécutés par la marine britannique sur la presque totalité du pourtour de la Péninsule, en 1829 dans la mer Rouge (qui déjà avait été levée en 1786 par un offleier de la marine française, M. de Rosily)-, — de 1834 à 1836 par MM. Haines et Hutton, sur toute l'étendue de la côte méridionale. Nous avons mentionné précédemment les travaux hydrographiques dont le golfe Persique a été l'objet.

Entre les grandes relations telles que celle de Burckhardl et les relevés hydrographiques qui ont fixé le contour de la Péninsule , viennent encore se placer un certain nombre de notices fournies par des Européens que des fonctions publiques appellent à résider dans un des ports du littoral arabe ou qui y ont été conduits par quelque mission accidentelle, et qui ont profité de circonstances favorables pour faire des excursions à une plus ou moins grande distance dans l'intérieur. Depuis 1830

Page 1