DE 1816 A 1845.] TRAVAUX DES VOYAGEURS RUSSES
ces sortes de notices partielles ont été assez nombreuses , et il y en a eu de très-importantes. Plusieurs naturalistes, MM. Bovê> Émile Botta, Passama, ont ainsi vu plusieurs parties du Yémen; l'anglais Bird, ses compatriotes WdUUd et Cruttenden, et un savant allemand , le baron de JVrede, ont visité la même contrée et d'autres parties du pourtour de la Péninsule; M. Prax a traversé le Hedjâz; Aucher Éloy, dans le cours de ses longues excursions botaniques et entomologiques dans les diverses contrées de l'Asie Occidentale , a visité les montagnes qui couvrent Maskâtdans le pays d'Oman. Un de nos compatriotes , M. Arnaud , a eu le premier le bonheur de parvenir au cœur du Yémen jusqu'à la ville de Mareb, l'ancienne Mariaba, et il en a rapporté beaucoup de dessins de monuments et de précieuses copies d'inscriptions. Un autre Français, M. Fulgence Fresnel, a suivi les traces de M. Arnaud , et a retrouvé , non loin des vestiges de cette antique cité de Mariaba, les restes encore existants de la digue autrefois renversée par une inondation célèbre dans les fastes de l'ancienne histoire des Arabes. On doit en outre à M. Fresnel d'importants travaux sur la langue de ces vieilles inscriptions du pays des Himiârites, ainsi que d'intéressantes recherches sur l'histoire de la Péninsule avant Mohammed.
Nous sommes arrivés aux dernières limites de l'Asie occidentale. La zone méridionale que nous venons de parcourir s'est montrée à nous principalement dévolue à l'activité britannique. Non pas, à beaucoup près, que les explorations géographiques et les découvertes qui ont été accomplies depuis un demi-siècle dans cette zone appartiennent exclusivement au peuple anglais : d'autres peuples y réclament une part, et la nôtre surtout est belle et glorieuse; mais enfin c'est aux Anglais, il faut le reconnaître, que revient la part la plus large dans ces conquêtes scientifiques de l'Europe sur toute l'étendue de l'Asie Méridionale. La position de l'Angleterre dans l'Inde , et l'importance vitale de ses rapports politiques et commerciaux avec les États du sud de l'Asie, expliquent assez cette prédominance géographique. Une tout autre influence, une action toute différente se manifestent dans les deux zones du Continent dont nous avons encore à esquisser l'histoire géographique , dans la zone cen-
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traie et surtout dans celle du Nord. Ici ce sont les Russes qui s'emparent du sceptre des découvertes , comme ils y ont la domination politique. Les Russes ont dans l'histoire géographique du centre et du nord de l'Asie , et plus exclusivement encore , le rôle que les Anglais ont pris dans l'histoire géographique du Sud.
Ajoutons qu'entre ces deux actions dominantes, l'action russe et l'action anglaise , qui , par nécessité de position se sont partagé les deux zones opposées du monde asiatique , il y a un vaste territoire intermédiaire , l'empire chinois, qui jusqu'à présent leur est resté presque absolument étranger, et que ce monde intermédiaire , dont nos Missionnaires nous ont autrefois ouvert l'accès, est devenu le domaine presque exclusif de l'érudition française.
La Russie, qui s'étend d'un côté jusqu'aux extrémités les plus reculées de l'Asie orientale, touche de l'autre par le Caucase à l'Asie occidentale. Le Caucase est une terre russe où les voyageurs munis de l'agrément du gouvernement russe ont seuls un libre et facile accès. Depuis les explorations ethnologiques et géographiques de M. Klaproth , et celles des deux savants physiciens Moritz d'Engelhardt et Friedrik Parrot antérieures à 181 5, le Caucase , de même que le reste de l'Asie , a été visité , étudié, décrit sous tous les rapports qui intéressent le géographe, l'historien , le naturaliste et l'ethnologue , par un tres-grand nombre de nouveaux voyageurs. Le Dr Edward Eichwald a contribué par son voyage de 1825 et 1826, et par deux écrits spéciaux sur l'histoire naturelle et l'ancienne géographie de la mer Caspienne , à perfectionner nos connaissances sur cette mer intérieure, dont l'histoire ne forme pas un des chapitres les moins curieux de l'histoire géographique, de l'Ancien Continent. La campagne du maréchal Paskévitch au sud du Caucase, en 1828 et 1829, a notablement contribué à l'avancement de nos connaissances positives sur l'ensemble de cette région , par les nombreuses études topograpbiques qui ont dû l'accompagner, ainsi que par les déterminations astronomiques qui ont été faites des principaux points de l'isthme jusqu'à Trébizonde. Nous avons eu déjà occasion de citer le livre où M. Fonton a réuni les résultats géographiques de cette campagne ; livre