‹ Description historique et géographique de l'Asie Mineure, comprenant les temps anciens, le moyen age et les temps modernes, avec un précis détaillé des voyages qui ont été faits dans la péninsule, depuis l'époque des croisades jusqu'aux temps les plus récents; précédé d'un tableau de l'hstoire géographique de l'Asie, depuis les plus anciens temps jusqu'à nos joursChapitre 68 sur 189 · DE 1816 A 1845.] VER GLACIALE. SIBÉRIE. ALTAÏ · texte numérisé non relu

DE 1816 A 1845.] VER GLACIALE. SIBÉRIE. ALTAÏ

l'espace compris entre l'embouchure de la Petchora et l'immense estuaire où l'Ob verse ses eaux , a été aussi reconnue et levée, de 1821 à 1828 , par un pilote russe nommé Ivanoff.

Une entreprise plus vaste se préparait dans le même temps pour l'exploration des parties les moins bien connues de la côte sibérienne $ MM. Anjou et IVtangel, officiers distingués de la marine russe, en eurent la direction. La relation détaillée de cette expédition, qui se prolongea de 1821 à 1824, a été rédigée par M. Wrangel j les résultats ont complètement répondu aux désirs de l'Académie. Non-seulement de nombreuses reconnaissances et de bonnes déterminations astronomiques ont fixé et complété le tracé de la côte sur l'Océan Arctique, mais de très-intéressantes observations ont été recueillies parmi les peuplades du nord de la Sibérie, particulièrement chez les TcKouktchas, qui occupent les dernières extrémités du continent sur le détroit de Behring.

Peu après le retour de cette expédition boréale, trois naturalistes, chargés d'une mission organisée au sein de l'Académie, se dirigeaient vers l'Altaï (1826). MM. Ledeburg, Meyeret Bunge étudièrent de nouveau cette grande région du massif central de l'Asie, où plusieurs générations d'explorateurs les avaient précédés ? ou d'autres encore devaient les suivre sans épuiser le champ d'observations qu'elle présente sur une vaste étendue. MM. Fuss et Bunge pénétrèrent vers le sud dans les steppes élevées de la Mongolie, et en fixèrent l'altitude par des observations répétées.

A partir de cette époque jusqu'au moment actuel, une nombreuse succession de voyages scientifiques , ordonnés ou favorisés par le gouvernement russe , a continué l'œuvre d'exploration. C'est à la Scienc*e qu'il appartient de rattacher à l'Europe cette immense région des frimas polaires, que la Nature semble avoir isolée du monde civilisé. En 1828 et 1829, un savant prussien , M. Adolphe Erman , traversa la Sibérie dans toute sa longueur, depuis les Oural jusqu'à la mer d'Okhotsk, recueillant, dans cet itinéraire de 1000 à 1200 lieues, une riche moisson d'observations précieuses sur le climat, la géographie du paya, les productions du sol , les mœurs et le genre de vie des habitants. Dans le même temps, en 1829, M. Alexandre de Hum-

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boldt, accompagné de deux naturalistes éminents , M. Ehrenberg et Rose, visitait aussi le centre et le sud de l'Oural , puis les chaînes et les vallées de l'Altaï jusqu'à la Dzoûngarie , et les steppes qui déroulent leur surface monotone au nord du lac Aral depuis le haut Irtisch jusqu'à la Caspienne. Le nom de l'illustre auteur du Voyage aux Régions Équinoxiales , et son savoir immense qui embrasse le champ tout entier des connaissances humaines, dont il a tant contribué à reculer les bornes, promettaient à l'Europe de grands résultats de cette exploration : l'attente de l'Europe a été dignement remplie , si elle n'a été dépassée. Un des compagnons de M. de Humboldt, le docteur Rose, a donné la relation historique du voyage et en a particulièrement exposé les résultats géologiques et minéralogiques; la partie zoologique et botanique a été spécialement attribuée à M. Ehrenberg i M. de Humboldt s'était réservé les hautes considérations de géographie physique et de climatologie. Un premier aperçu de ce précieux travail fut publié en 1831 sous le titre de Fragments de géologie et de climatologie asiatiques ; l'ouvrage entier vient d'ôtre'enfin livré à l'ardente impatience du monde savant (1843). Le titre d'Asie Centrale, inscrit au frontispice, en annonce assez la généralité sans en révéler encore toute l'importance. On peut dire, en effet, que l'Asie tout entière est comprise dans cette riche composition , quoique les parties centrales du continent en soient le sujet principal. Réunissant à ses observations personnelles celles des principaux voyageurs qui l'avaient précédé et dont beaucoup n'avaient jamais été publiées, M. de Humboldt a tracé un tableau complet de la structure et de la nature physique de toute la zone centrale de l'Asie depuis la mer Caspienne jusqu'à l'Océan Oriental, en y rattachant une foule de faits accessoires et de considérations importantes sur la zone du sud et sur celle du nord. Pour la première fois le relief du continent asiatique a été dessiné d'une manière nette et précise, au moins dans ses formes dominantes et dans ses linéaments essentiels. Nous connaissons enfin ce Plateau Central auquel un ingénieux système historique avait autrefois valu une célébrité qu'il a conservée, et dont des observations fautives du siècle dernier avaient fort exagéré l'altitude;— nous connaissons aussi cette région dé-

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primée qui lui confine à l'ouest , région dont le fond est élevé de quelques pieds à peine au-dessus du niveau de l'Océan , et dont à une ancienne époque les eaux s'écoulèrent dans la mer Caspienne, bien qu'aujourd'hui le lac Aral en soit le réceptacle commun. Autour de ces grandes ondulations de l'Asie intérieure, nous voyons se dessiner les chaînes de montagnes qui les coupent et les enveloppent. M. de Humboldt interroge la géologie pour apprécier l'âge relatif de ces grandes chaînes ; il s'étaye de toutes les observations connues, souvent épurées au creuset d'une critique sûre, pour en déterminer les hauteurs respectives ; il en montre l'enchaînement, la direction, les ramifications ; il étudie leur double influence dans la distribution de la nature animée et dans l'histoire môme de l'homme. Ces grandes et belles recherches abondent en faits nouveaux , en aperçus ingénieux , en vues larges et fécondes; la main libérale de l'auteur y verse à flots les trésors de sa vaste érudition. Un tel livre est de ceux qui classent et caractérisent une époque.

Chaque exploration nouvelle semble accroître, loin de le ralentir, le zèle des savants de Saint-Pétersbourg pour une exploration toujours plus complète des parties éloignées de l'empire. I /Altaï surtout, cette région si abondante en inépuisables sujets d'observation pour le géographe , le physicien , le géologue et le naturaliste, ne cesse pas d'attirer les regards. Les richesses minérales que récèlent ces montagnes aurifères sont pour le gouvernement un stimulant de plus. A peine une expédition scientifique a-t-elle achevé ses travaux , qu'une autre expédition lui succède. M. Gébler, en 1833, étudia de nouveau les gradins et les vallées du système altaïque , ainsi que la contrée basse et plate où nomadisent les Kirghiz au nord du lac Aral. C'est encore l'Altaï qui a été l'objet principal des études géographiques, minéralogiques, botaniques et zoologiques de MM Helmmen en 1837 et 38, Tchihatcheff de 1841 à 1842, Schrenk en 1843. Les autres parties de la Sibérie n'ont pourtant pas été déshéritées de cette sollicitude du gouvernement et de l'Académie. MM. Ruprecht et Saveliefen 1840, et en 1843 le professeur Middendorf, ont été chargés de continuer les observations de leurs devanciers sur le climat, les phénomènes physiques, la géographie et la botanique des basses régions voisines II. 10

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de la mer Glaciale-, et tout récemment, en 1844, M. Cattrèn vient d'être aussi chargé d'une mission plus spécialement ethnologique et linguistique pour les parties du nord et du centre , moins fréquemment étu liées que celles du sud. Les travaux et les observations hypsométriques de M. Pansner fournissent d'importants matériaux pour la détermination du relief de l'empire russe en général, et de la Sibérie en particulier.

C'est aussi presque exclusivement aux voyageurs russes que l'Europe doit ses connaissances actuelles sur la région comprise entre le massif altaïque et la mer Caspienne , c'est-à-dire sur cette contrée basse où le lac d'Aral reçoit le Sïr-Daria et l'Amou- Daria , le Jaxartes et l'Oxus des Anciens, contrée que nos géographies désignent communément sous le nom très-impropre de Tartarie Indépendante , et à laquelle convient beaucoup mieux celui de Turkestan. La Boukhârie, le Khokand et Khiva sont les trois principaux États de cette contrée. Les voyageurs anglais, notamment Fraser, Afoorcvoft, Alexandre Burnes et Woody ont fourni, nous l'avons vu, des notices nouvelles sur les parties méridionales, contiguës à l'Afghanistan et au Khoraçân , et on doit même à plusieurs d'entre eux de notables découvertes dans les hautes vallées du bassin de l'Oxus; mais ces découvertes et ces notices sont loin d'égaler en importance et en étendue celles que l'on a reçues par l'intermédiaire des Russes. Les vues commerciales et politiques du gouvernement de Saint-Pétersbourg sur les pays du centre de l'Asie ont été ici le principal, sinon le seul mobile des découvertes géographiques. C'est surtout à partir de 1813 qu'elles ont eu une activité soutenue. Nazaroff, à cette époque , se rendit près du prince de Kliokan, chargé d'une mission diplomatique de sa cour; et il rapporta de ce voyage des notions détaillées sur les pays que traverse le Sir et sur la Boukhârie. L'ambassade de M. de Mouraviev à Khiva en 1819, et celle de M. de Négri à Boukhâra en 1820, dont la relation a été écrite par M. de Meyendorf, nous ont valu sur ces deux États de bons renseignements , auxquels il faut joindre ceux que nous devons à MM. Edward Eversman etJakovlef. Des reconnaissances militaires commencées vers le même temps , et continuées à diverses reprises dans un espace consécutif de quinze années, ont procuré des notions

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précises sur tout le littoral oriental de la mer Caspienne , et sur le pays occupé par quelques rares tribus Turkmènes, qui s'étend entre cette mer et le lac d'Aral. C'est depuis lors seulement que les géographes ont pu fixer leur opinion sur l'ancien écoulement de l'Oxus dans un golfe avancé de la mer Caspienne ; c'est à ces travaux que l'on a dû aussi la première connaissance positive du massif montagneux qui couvre au nord les steppes de l'Aral entre ce lac et Orenbourg, et qui renferme la source del'Enaba, le dernier cours d'eau notable que reçoive la mer Caspienne à l'orient du fleuve Oural. L'intéressant ouvrage publié par M. Lévechin sur les steppes du nord-est de la mer Caspienne, est en partie fondé, ainsi que la carte qui l'accompagne, sur les résultats géographiques fournis par ces diverses reconnaissances militaires. MM. Helmersen et Baer , dans un des volumes de leur excellente Collection de Matériaux pour la Connaissance de l'Empire Russe et des contrées limitrophes en Asie, ont réuni plusieurs relations intéressantes sur Khiva, Boukhâraetlcs cantons voisins. L'expédition russe àKhiva, en 1840, a procuré à la géographie de nouveaux renseignements , qui ont été recueillis par le lieutenant Zimmermann dans un ouvrage spécial publié à Berlin, et auquel est jointe une excellente carte qui donne, outre le lac d'Aral et la Khivie , le contour entier de la mer Caspienne. Le docteur Basienera lait en 1843 un voyage botanique à l'Aral , et M. Khanikoff ', qui a longtemps séjourné dans les pays de l'Oxus, vient de publier une description complète du Khànat de Boukhâra. N'oublions pas de rappeler que dans son dernier ouvrage, M. Alexandre de Humboldt a donné une nombreuse suite d'itinéraires presque tous inédits, précieux pour la géographie des portions les moins connues du Turkestan oriental et des parties limitrophes de la Tartarie chinoise.

Nous avons parcouru dans toute son étendue le tableau où nous nous étions proposé de tracer , depuis les plus anciens temps historiques jusqu'à nos jours, et en quelque sorte année par année , la succession chronologique des événements , des voyages, des découvertes, des travaux de toute nature qui ont contribué à faire connaître à l'Europe l'Asie et les peuples qui l'habitent. La grandeur même du sujet nous faisait une loi de

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li'en toucher que les sommités ; et cependant nous aurions voulu n'omettre aucun fait important et caractéristique, aucun nom signalé par une découverte notable. Nous croyons avoir rempli à cet égard l'obligation que nous nous étions imposée; mais aurons-nous réussi de même à nous préserver du double écueil dont nous étions incessamment menacés? Aurons-nous toujours pu, sans nous abandonner à des développements prématurés, qui eussent rompu les proportions d'un aperçu général , éviter de rester superficiel à force de concision, et de tomber dans la sèche monotonie d'une simple nomenclature ? Nous avions à | arcourir un espace de plus de trois mille ans, en même temps que nous embrassions dans son ensemble non-seulement la plus vaste des parties du monde , mais encore celle dont l'histoire géographique est le plus riche de faits, et qui est liée à notre Europe par les rapports les plus nombreux et les plus intimes. Plus d'une fois, nous l'avouerons, nous avons trouvé difficile de renfermer cette tâche, telle que nous nous l'étions tracée, dans le cadre étroit d'un petit nombre de pages. Au surplus, notre but aura été atteint si nous avons réussi , malgré la rapidité obligée de notre marche, à donner au moins une idée de ce magnifique ensemble de l'histoire géographique de l'Asie, et à faire pressentir l'intérêt puissant qui s'attache à chacun des groupes dont elle se compose.

Une dernière obligation nous reste à remplir, et en même temps un dernier hommage à rendre. ,\près avoir rappelé dans celte immense galerie qui vient de se dérouler aux regards du lecteur tous les noms qui ont à revendiquer une part quelconque dans l'avancement de nos connaissances sur les pays do l'Asie, pouvons-nous passer sous silence le nom des hommes éminenls qui se sont placés depuis le commencement du dixneuvième siècle à la tête des diverses branches de l'érudition orientale, et leur ont imprimé la direction féconde où elles sont entrées? Ahel Rèmusat, Sylvestre dcSacy, Chézy , JVilson, Saint-Martin , Eugène Burnouf, Grotefend, Lassen , Benfey, Tychsen, Neumann, Brosset, Dorn, Édouard Biot, Dorait, Raoul-Rochelle, Lelronne, de Saulcy, Charles Lenormant, Stanislas Julien, et tant d'autres savants que nous pourrions nommer encore, unis par la fraternité scientifique, quoique séparés

DE 1816 A 1845.] TRAVAUX 1»LS SOULItS SAVANTES.

de langue et de pairie, sans qu'aucun d'eux, que nous sachions, ait jamais visité l'Asie, n'ont pas moins puissamment concouru à en avancer l'exploration. En expliquant, en complétant souvent par leurs profondes recherches les indications philologiques ou les monuments archéologiques décrits ou rapportés par les voyageurs, ils se sont légitimement associés à leurs découvertes. Oublierons-nous les sociétés savantes qui depuis vingt ans se sont formées en France, en Angleterre et en Allemagne, dans le but spécial d'activer les études géographiques en général , et eu particulier les études relatives à l'Asie ? Quels services les sociétés asiatiques et géographiques de Londres et de Paris n'ont-elles pas rendus sous ce rapport, par leurs utiles publications, par les prix qu'elles ont fondés, par l'influence morale qu'elles ont exercée? Ce n'est pas trop dire, que d'attribuer en très-grande partie à cette influence le zèle et l'activité qui depuis vingt ans se manifestent de toutes parts pour l'étude approfondie de la terre et des peuples , ainsi que le caractère éminemment scientifique des explorations actuelles et la richesse imprévue de leurs résultats.

11 est temps de sortir des généralités de l'histoire géographique de l'Asie , et d'aborder les faits plus développés que nous fournira l'étude de chacune de ses grandes régions. L'Asie- Mineure , cette terre si féconde en souvenirs et toute chargée de monuments , va nous introduire dans l'intérieur de ce continent où nous attendent tant de monuments des peuples éteints, tant de souvenirs des anciens temps.

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