‹ Description historique et géographique de l'Asie Mineure, comprenant les temps anciens, le moyen age et les temps modernes, avec un précis détaillé des voyages qui ont été faits dans la péninsule, depuis l'époque des croisades jusqu'aux temps les plus récents; précédé d'un tableau de l'hstoire géographique de l'Asie, depuis les plus anciens temps jusqu'à nos joursChapitre 70 sur 189 · ORIGINE DU NOM D ASIF-MINF.IRE · texte numérisé non relu

ORIGINE DU NOM D ASIF-MINF.IRE

pays baignés par l'extrémité orientale «le la Méditerranée. Il convient toutefois de remarquer que dans la nomenclature de Constantin Porphyrogénètc, le thème anatolique , restreint dans des limites beaucoup plus étroites, est môme loin de s'étendre à la totalité de ce que l'usage actuel embrasse sous l'appellation d'Asie Mineure, puisque sur quatorze provinces qu'y comptait la géographie grecque et romaine , il n'en comprend que quatre, la Phrygie, la Lycaonie , la Pisidie et la Pamphylie (0. L'acception plus large et plus géographique qu'Orose et fsidore donnent à leur dénomination ftAsia Minor, y fait entrer la totalité du pays compris entre le cours du Halys et la mer Egée.

Cette frontière naturelle , formée par le cours du Halys , bien que laissant en dehors la totalité de la Cappadoce et du Pont, c'est-à-dire la moitié de l'Asie-Mineure, fut cependant admise par toute l'antiquité comme la limite orientale de la Péninsule. Les Romains, qui comptèrent cette grande région au nombre de leurs provinces, en distinguaient la portion comprise entre le Halys et la mer Egée sous la dénomination spéciale d'Asie Citérieure, Asie en deçà du Taurus , ou seulement Asie dans un sens absolu W ; de môme qu'Hérodote avait distingué ce qui est en

« Il est bon , pour la clarté de ce chapitre et de toute la partie de ce volume qui se rapporte à la période ancienne, que le lecteur ait sous les yeux notre carte du Monde connu au temps de Strabon et de Ptolémée (n° & de notre Atlas).

» Titc-Live emploie fréquemment dans ce sens l'expression tiAsia Cis-Taurum (vid. lib. XXXVIII , c. 38, 59). Strabon, contemporain de Tite Live , parle de cette dénomination d'Asie en deçà du Taurus comme étant de son temps la plus générale et la plus usitée {Geogr. lib. XII. p. 534, edit. Casaub., Paris. 1620, in-f°. Cf. lib. XIII, p. 587, et XVII, 840; add. Cicer. pro P. Sextio , 27 ^ et pro Dejotaro , 13) ; et il fait de cette Asie en deçà du Taurus ou à gauche du Halys, une de ses grandes divisions du continent asiatique alors connu (lib. XI, p. 492). La dénomination d'Asie en deçà du Taurus désigne proprement les portions de la Péninsule situées sur le bassin du Pont-Euxin , de la Propontide et de l'Égée, par opposition aux provinces comprises entre le Taurus et la mer de Cypre, notamment la Cilicie, laissées au pouvoir des rois de Syrie après la guerre contre Antiochus. Dans un autre passage (lib. II, p. 1*6) Strabon donne le nom d'Asie, sans autre distinction, k l'ensemble de la Péninsule. Varron, un peu antérieur aux deux écrivains précédents , reconnaît au mot Asia deux acceptions distinctes : l'une générale, embrassant toute une partie du monde ; l'autre spéciale, désignant particulièrement notre péninsule (de Linguâ latinâ, lib. IV, c. 3). Gicéron (pro Flacco% 27; Cf. m Cœcil. 2, et XI* Philippicca , 12) mentionne aussi une Asia prise dans

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deçà ou a l'ouest du Halys de ce qui est au delà ou à l'est 0\ Quelquefois cette Asie propre, ainsi distinguée de la grande Asie, est prise par les historiens et par les géographes dans un sens plus restreint W, comme s'appliquant seulement au pays arrosé par le bas Hermos, c'est-à-dire à l'ancienne Lydie; et c'est évidemment dans ce sens qu'il faut entendre le nom d'Asie employé au chapitre XVI des Actes des Apôtres

Suivant ainsi de proche cette dénomination d'Asie graduellement resserrée dans un cercle toujours plus circonscrit, nous nous trouvons conduits aux lieux mrmes qui en furent le berceau. Il est certain, en effet, que ce fut en Lydie que ce nom prit naissance comme désignation de contrée. Homère, 900 ans avant .L-C, connaît les prairies d'Asias, « baignées par les ondes duCaïstre » et le judicieux Hérodote, à qui nousdevons tantde notions précieuses sur l'ancienne histoire des peuples, rapporte que de son temps encore (dans le cinquième siècle de notre ère) les Lydiens revendiquaient l'honneur d'avoir autrefois donné le nom à l'Asie, alléguant en preuve le nom d'Ase qu'avait, disaientils , porté un de leurs premiers rois, et celui d'Asiadè que con-

ce sens, mais où il ne fait entrer que la Carie, la Lydie, la Phrygie et la Mysie , c'est-à-dire la moitié seulement des provinces comprises entre la mer Egée et le Halys. Ce qui donne une Importance particulière a la délimitation indiquée par Cicéron, c'est qu'on la retrouve exactement dans Ptolémée {Geograph. lib. V, c. 2), qui en fait une des divisions de son Asie générale sous le titre spécial d'Asie propre, tSOoç Aria. On trouve aussi la dénomination d'Asie inférieure y Kdxw Àjfet, employée ici par opposition à la Haute-Asie. (Arrian. Exped. Alex. Magn., lib I, c. 20, edit. Raphel.) 1 Histor. 1,72. Cf. 1,28.

« Voyez les passages de Cicéron et de Ptolémée allégués dans la note 2 de la page précédente.

3 Acta Apostol. XVI, G à 8; Cf. XX, 16 à 18. Voy. la Dissertation d'Usserius intitulée Geographica el historica Disquisitio de Lydianâ sive Proconsw lari Asiâ , et de septem Metropolicis urbibus in illâ comprehensis. Londin. 1687, in-8° (La lr« édit. est de 1641). On trouve une bonne analyse de celte dissertation dans Meuscl, Jîibliotheca historica, t. II, i«e part., p. 69.

* Iliade, chant II, v. 461 ; Cf. Strabon, lib. XIII, p. 616, el Eustathe, sur le vers 836 de Denys le Périégète. On a aussi allégué l'autorité d'Eschyle (à peu près contemporain d'Hérodote) , qui n'ajoute rien a celle d'Homère (Bacchis,v. 64. Dans la traduction du P. Brumoy, t. VIII du théâtre des Grecs, p. 194 et 193 , le passage est inexactement traduit.) On sait par Suidas (voce Xm'a) qu'il y avait en Lydie, au pied du inontïmolos,et conséquemment dans

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servait une de leurs tribus à Sardes (0. Rapproché du vers d'Homère que nous avons cité, ce passage du père de l'histoire donne à l'origine proposée au moins une très- grande probabilité ; mais il paraît moins aisé de comprendre comment le nom particulier d'un petit canton baigné par le Caïstre a pu s'étendre — et s'étendre assez rapidement , car dès le temps d'Hérodote l'application du nom d'Asie à tout le continent était devenue d'un usage général parmi les Grecs, — comment, disons-nous, ce nom particulier a pu s'étendre à une des trois grandes divisions du monde. Le docteur Cramer, auteur d'une savante description de l'Asie-Mineure ancienne^), conjecture avec beaucoup de probabilité que les Grecs ioniens, lors de leur première arrivée , au onzième siècle, sur les rives du Méandre et du Caïstre où ils vinrent fonder plusieurs colonies, trouvant le nom d'esté attaché au pays , l'adoptèrent et le communiquèrent à leurs compatriotes d'Europe. Ceux-ci apprirent ainsi à appliquer ce nom d'abord à la région maritime qui leur était le mieux connue, puis, de proche en proche , aux cantons intérieurs , et finalement à l'ensemble des pays situés à l'orient de la mer Égée. Cette extension d'un nom particulier à la totalité d'une grande région n'a rien, d'ailleurs , qui ne soit dans l'ordre nécessaire des choses 5 l'histoire géographique des divers pays du globe nous en offrira par la suite de nombreux exemples. Les deux plus frappants spnt ceux d'Europe et d'Afrique, le premier sorti d'un canton presque ignoré de l'ancienne Thrace , au fond de la mer Égée (*), le second d'un petit pays voisin de Carthage destinés l'un et l'autre à grandir rapidement à mesure que l'homme connut mieux la terre qu'il habite , et à s'étendre enfin sur toute une partie du monde.

les lieux mêmes où furent les prairies d'Agios d'Homère, une ville du nom ù'Asia. Add. Euslat. ad Dionys. Perieg. y. 634. » Herodot. Histor. lib. IV, c. 45.

2 A Geographical and Historical Description of Asia Mlnor. Oxford, 1832 , in-8°, 2v. t. I,p. 2.

3 D'après un passage d'Homère {Hymne à Apollon , v. 250) , il est évident qu'avant d'avoir été étendue à tout le continent occidental , cette appellation $ Europe avait reçu au nord du Péloponèse, qui en était alors disUnct, une applicaUon beaucoup plus restreinte.

* Voy. notre 1CT volume.

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