‹ Description historique et géographique de l'Asie Mineure, comprenant les temps anciens, le moyen age et les temps modernes, avec un précis détaillé des voyages qui ont été faits dans la péninsule, depuis l'époque des croisades jusqu'aux temps les plus récents; précédé d'un tableau de l'hstoire géographique de l'Asie, depuis les plus anciens temps jusqu'à nos joursChapitre 71 sur 189 · II. H · texte numérisé non relu

II. H

ASIE-MINEI-'RE

Nous connaissons donc , avec autant de certitude que le comportent l'éloignement des temps et le caractère des premières traditions historiques , le point de départ de la dénomination d'Asie-Mineure, et, par extension , du nom même d'Asie appliqué par les peuples d'Europe à la plus grande des trois divisions de l'ancien continent. Mais est-ce assez pour nous, etne pouvonsnous faire un pas de plus ? Des bords du Caistre d'où nous voyons ce nom d'Asie se porter graduellement vers les régions orientales , ne pouvons-nous remonter à l'origine première du nom lui-même ? 11 nous semble que ce qui reste des monuments ethnographiques des anciens âges nous permet encore cette recherche • — recherche qui sera ici d'autant moins hors de propos qu'elle contribuera à jeter quelque lumière sur les investigations auxquelles nous allons être conduit pour tâcher de retrouver sur le sol de l'Asie-Mineure les traces presque effacées de ses populations pr mitives.

Nous savons en effet, depuis que les sources historiques de la littérature chinoise nous sont ouvertes, que les Ases ont joue autrefois un grand rôle parmi les peuples nomades du centre de l'Asie d'où Us sont originaires, et qu'à diverses époques de l'antiquité des essaims de cette race ont porté leurs courses vers les régions de l'occident. Branche importante de cet immense rameau des peuples blonds dont les racines touchent à l'Himalaïa et là tête aux extrémités occidentales de l'Europe , les Ases ne furent à la vérité connus sous ce nom ni des plus anciens géographes de la Grèce ni de ses premiers historiens. Le seul nom qui durant plusieurs siècles frappa l'oreille des Hellènes fut celui de Scythes, — ou plutôt, pour rétablir la véritable prononciation grecque dénaturée par une transcription vicieuse, le nom de Skouts , SxoQot , — qui paraît avoir été l'appellation la plus générale de la race , ou peut-être celle d'une tribu autrefois dominante (0. Cependant le nom des Ases ne resta pas si com-

1 Sous une question de synonymie, il y a là de très-importantes questions d'histoire générale et d'ethnologie. Nous ne pouvons nous y arrêter ici. Ces questions seront abordées, et, nous l'espérons , plus complètement résolues qu'elles ne l'ont été jusqu'à présent, lorsque nous aurons à nous occuper «M pays et des peuples de l'Asie Centrale. Voy. aussi , au t. IV ci-apres, les prolc-

LE NOM i/aSIF. DKlilVK bE CELUI DES ASES. 168

plétement étranger aux anciens Grecs qu'ils n'en aient vaguement connu l'existence vers la région du Caucase , qui confine au N.-E. à l' Asie-Mineure. Les antiques traditions delà mythologie hellénique donnaient pour femme à Prométhéo Asia 1 0, et cette tradition nous reporte vers le Caucase. Or nous savons •d'ailleurs qu'à des époques très-reculées des tribus d'Ases s'établirent en effet dans celte région montagneuse, laquelle devint à son tour un centre ultérieur d'excursions d'où les Ases ou Scythes portèrent leurs courses dévastatrices ou leurs nouveaux établissements'tantôt vers le midi , dans les plaines fertiles qu'arrose l'Euphratc , tantôt vers l'ouest , jusqu'aux extrémités cle r Asie-Mineure et au pourtour de la mer Égée. Enfin, un très-ancien poëte élégiaque, Callinos, disait que lorsque les Scythes- Kimraérien8 vinrent ravager la Lydie (dans le huitième siècle avant J**C), ils y trouvèrent établie une tribu d' Estons qui déjà avant eux possédait Sardes, la capitale du pays. Cette importante donnée historique , que Strabon nous a conservée W, se lie à la fois au passage d'Homère et à celui d'Hérodote que nous avons précédemment rapportés <3), et ne permet guère de douter que XAsia du Caïstre, qui donna plus tard son nom au reste de la péninsule et au continent oriental , ne dût ce nom à une tribu détachée de la grande nation scythique des Ases.

Cet établissement des Ases sur le Caïstre , établissement dont on ne peut préciser la date, mais qui remonte certainement à plus de 1300 ans avant notre ère , est-il le seul que les nations

gonicnes de notre travail sur le Caucase. — De Guignes fait l'observation importante que parmi les nations nomades du centre de l'Asie, il a été d'usage dans tons les temps que lorsqu'une borde acquiert la suprématie pollUque, elle donne son nom à toute la nation. (flisL génér. des Huns, 1. 1, 2e part,» p. 3Ô7.)

1 Hérodote, IV, /j5. On donne encore deux autres femmes à PromélbOe, Mésionè et Axio-tliea, deux noms qui ne sont évidemment que celui d'Asia, diversement altéré ou modifié.

2 Geo§r~ llb. Mil, p. 627. Cp. Herod. 1, 0. et Callimaque, hymne à Diane, v. 232. Il y avait en Plirygie, au rapport d'Eudoxe, une ouverture naturelle du -sol que Ton ranimait vulgairement le trou des /timbres* fJ66wvo; xip£po;. AnUgonus, Jter. Miralil. Collectanea% c. 135, ed. Beckinann. Lips. 1701 , ln-4°.

» Ci-dessus, p. 10 , notes 2 et 3.

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blondes de l'Asie Centrale aient formé dans la Péninsule? Nous ne possédons plus aujourd'hui de données historiques qui permettent une réponse directe à cette question-, mais l'exposé que nous allons faire des notions qui nous restent sur l'ensemble des populations primordiales de l'Asie-Mineure mettra, nous le croyons, à même de se former à cet égard une opinion suffisamment motivée.

Si i on groupe sous un point de vue ethnologique les notions éparses dans les historiens, dans les poètes, dans les géographes de l'antiquité grecque et latine sur les différents peuples qui se partageaient l'Asie-Mineure, on est conduit à cette conclusion déjà reconnue par de savants écrivainsCO, que ces peuples viennent se ranger sous deux catégories générales. A l'une appartiennent les tribus que leur langue rapproche de la souche araméenne ou sémitique ; à l'autre celles qui se rattachent à la souche des populations thraciques. Les premières occupent en général l'est et le sud de la Péninsule ; les secondes , l'ouest et le nord. Telle est la vue d'ensemble qui domine les détails où nous allons entrer. Ces détails, nous les rendrons aussi succincts que possible; cependant, la matière dont nous traitons ici est d'un tel intérêt ethnologique , et elle est restée jusqu'à présent si incomplètement éclaircie ; d'un autre côté , les résultats auxquels cette discussion doit nous conduire se lient si étroitement à toute la période ancienne de l'histoire géographique de la Péninsule, qu'il ne nous est pas permis de passer légèrement sur ces faits préliminaires, dont la généralité des historiens ne tient pas assez compte.

Nous avons, avec plusieurs savants, désigné sous le nom de populations thraciques celles qui occupaient dès la plus haute antiquité la zone septentrionale de l'Asie-Mineure et une portion considérable de la zone occidentale. Nous employons cette qualification déjà consacrée , mais sans rien préjuger sur sa valeur absolue. Une question plus intéressante est de savoir à quelle souche originelle, parmi les grandes races primordiales répan-

* II suffit de citer ici Heeren, De la Politique et du Commerce dee peuples de l'Antiquité , 1. 1" de la trad. fr. p. 127 ; Cramer, Asia Minor, t I , p. 15 ; et plus récemment Grotefend , dans le Zeitschrifl ftir die Kunde des MorgenlandeSyU IV, p. 300.

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