DEUX SOUCHES DE POPULATIONS DANS L ASIE-MINEURE
dues sur l'Ancien Continent, se rattachent les populations que leur séjour historiquement connu dans l'ancienne Thracc a fait désigner par l'épithète de tbraciques. Or c'est un des faits de l'ancienne histoire européenne aujourd'hui le plus solidement établis, tant sur des considérations tirées de ce que Ton sait de leur conformation physique que de l'étude comparée de ce que l'on connaît de leurs langues, qu'elles appartiennent à l'immense famille des peuples à cheveux blonds qui constitue la masse de ce qu'un savant moderne a nommé le groupe indo-germanique 0 . Les populations thraciques sont donc sœurs de ces tribus ases , qui font partie, nous l'avons vu, et une partie très -essentielle, de cette vaste famille des peuples blonds. Cette étroite parente dos peuples thraciques et des Ases pourrait être corroborée d'un grand nombre de faits historiques et ethnologiques, si c'était ici le lieu d'aborder une telle discussion, qui trouvera sa place ailleurs (2). Nous nous bornerons à rappeler une antique tradition ionienne que nous avons citée plus haut (3), qui semblait reporter
« Klaproth, Asia Polyglotte, p. Û2. Cf. Vater, Mithriiatet, t. II, p. 330 et suiv. Nous ne pouvons qu'admettre ici les classifications les mieux établies; nous aurons lieu d'en discuter quelques parties dans le cours de notre propre travail.
* Particulièrement dans notre volume consacré à l'Asie Centrale. — Il ne serait même pas impossible de retrouver la trace du nom des Ases dans la géographie primitive des pays pélasgiques. Voy. entre autres Hellanicus, fragm. 37, p. fiO des Fragmenta historicorum grœeorum édités par MM. Didot.
» P. 163 , note 1. Quel que soit le sens qu'il faille attacher au mythe de Prométhée , toujours est-il que d'une part ce nom se lie au Caucase dans les traditions helléniques, et que d'un autre côté la famille hellénique remonte jusqu'à Prométhée par Dorus, Xuthus et GColus , les trois fils d'Hellen , fils de Prométhée, fils de Japhet. Apollod. Bibliotk. lib. I, c. 7, $ 2. Add. Hellanlcus, fragm. 10 {Fragmenta historié, gracor. ed. Didot, p. 47); — le scollaste d'Apollonius de Rhodes , sur le v. 1252 des ÂpYovauttx*; — Herod. I, 56-58 ; — Thucyd. 1,3. — Nous touchons ici à une des questions les plus intéressantes, sans contredit, et aussi des plus mal éelalrcies malgré les innombrables écrits auxquels elle a donné lieu : nous voulons parler des rapports qui existaient entre les populations helléniques et les mystérieux Pélasghes. Dans cette question , comme sur tant d'autres points de l'histoire primitive , l'érudition moderne nous paraît ne s'être si souvent égarée dans ses laborieuses investigations que faute d'avoir eu suffisamment égard à tous les éléments du problème. Il y en a ici d'essentiellement ethnologiques que l'on a trop négli-
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\ ers le Caucase le berceau de la famille hellénique. Or les Hellènes eux-mêmes sortaient du milieu de ces anciennes populations t'iraciques dont ils n'étaient pas originairement distincts -, eteonséquemment l'on serait fondé, lors même que cette conclusion ne serait pas appuyée sur d'autres considérations plus concluantes et moins contestables, à reporter vers l'orient du Pont-Euxin le séjour originaire de cet ensemble de populations blondes établies plus tard depuis Je bas Danube jusqu'à l'extrémité méridionale de la péninsule grecque.
Nous ne pousserons pas plus loin ces considérations qui ne Ne lient qu'indirectement à notre sujet actuel; tout ce que nous voulions indiquer , c'est qu'une chaîne de peuples à cheveux blonds, parlant des langues dont la souche commune appartient au groupe indo-germanique, enveloppait le Pont-Euxin à l'est, ua sud et à l'ouest. Nous n'avons pas à nous occuper en ce moment du côté septentrional. Pour nous renfermer dans l' Asie- Mineure , il paraît que parmi les tribus à cheveux blonds qui en couvraient la zone du nord et de l'ouest, une partie y était entrée par la pointe de Thrace, en traversant soit le Bosphore , qui verse les eaux du Pont dans la Propontide, soit l'Hellespont, par lequel la Propontide se déverse dans la mer Égée ; les autres s'y étaient sûrement avancées de l'est à l'ouest, en longeant les bords du Pont.
Nous allons d'abord nous occuper des premières, qui sont à la fois les plus considérables et les mieux connues.
L'angle nord-cuest de la Péninsule , baigné de trois côtés par la Propontide , l'Hellespont et la mer Egée, était occupé dès l'antiquité la plus reculée par les Mysiens, Mooot, race agreste que Strabon, judicieux investigateur des antiquités de l'Asic- Mineure, qualitle dépeuple thrace^. Leur parenté avec les Mysi ou Mœsi du bas Danube a été en effet regardée de toute l'antiquité comme un fait incontestable. Dans le pays des My-
gés, et qui devaient cependant servir avant tout de fll conducteur. Cette por- Uon importante de l'histoire primordiale du midi de l'Europe sera de notre part l'objet d'un travail spécial.
* Ub. I, p. 6 , et lib. XII , p. 560 et 571 , edit. Paris. 1020. fol. Cf. Itb. XHf, p. 028.
POPULATIONS' THRACIQI'ES. MYSIENS. MÉOMKNS
siens, non loin de l'embouchure du Caïque d), se trouvait un canton dont le nom de Teuthranie est d'autant plus remarquable par «a forme teuton e , que près de là s'élevait l'antique cite de Pergame, dont le nom est aussi purement germain '2).
AlaMysie, du côlé du sud, confinait la Lydie, région délicieuse renfermant les belles vallées du Hermos et du Caïstre, et dont la partie maritime , baignée par la mer Égée , reçut le? nom d'Ionie des colonies helléniques qui vinrent s'y établir. C'était dans la Lydie, nous l'avons vu, que se trouvaient ces célèbres prairies d'Asios dont le nom fut appliqué progressivement à toute la Péninsule , et de là au reste de l'Asie. La Lydie, au rapport d'Hérodote <3), avait primitivement porté le nom de Méonie (ou Méionie), nom qui lui était jusqu'à un certain point commun avec la MysieW, et le seul qu'ait connu Homère (*). Que les Lydiens eussent une origine commune avec les Mysiens, de même qu'avec les Cariens dont le pays limitait au sud la Lydie, c'est ce que prouve la communauté religieuse établie entre ces trois peuples comme consécration de cette communauté d'origine. « Il y a un temple, dit Strabon^6^ sous le nom de Jupiter Carien, lequel est commun à tous les Cariens, qui y admettent aussi les Lydiens et les Mysiens, à cause du lien de fraternité qui les unit à ces deux peuples. » La fondation d'un temple commun aux différentes divisions d'un môme peuple était un usage général de l'antiquité; on en citerait de nombreux exemples. Il paraît donc hors de doute que des tribus de même sang , c'està-dire de souche thracique , s'étaient très-anciennement répandues sur toute la côte occidentale delà Péninsule, depuis la Propontide jusqu'à la naissance du mont Taurus 5 cette consécration religieuse d'une antique fraternité d'origine a plus de force à nos yeux que n'en sauraient avoir les arguments produits pour at-
t Stnab. M». XII, p. 571 , et XIII, Olô. AM. PHn. V, 33.
* Nous reviendrons avec plus de développements sur ces aperçus dans le chapitre suivant.
3 Lib. I. c. 7; VII, 7û.
* Stn*. lib. XII, p. 572; XIII, 095 et 628. » II. ch. II, v. 804.
« Lib. XIV, p. 659. Cf. Herod. I, 171.
ASIE-M1NEURF
tribueraux Lydiens une origine exclusivement sémitique (0. Au surplus, il nous parait aisé de concilier en ceci les opinions différentes; il suffit d'admettre dans la population lydienne deux éléments distincts, l'un thracique, c'est le plus ancien, représenté par les Meones; l'autre plus moderne, se rattachant en effet à la souche araméenne, et qui apporta avec lui le nom même de Loud , sous lequel disparut le nom antérieur de Méonie. Si les témoignages directs de cette double origine des habitants de la Lydie nous manquent aujourd'hui , que les documents originaux de l'histoire lydienne ont tous péri il subsiste cependant encore un assez grand nombre d'indices historiques propres à justifier notre supposition.
C'est donc à la division araméenne des populations de l'Asie- Mineure que se rattache directement le nom de Lydie ; nous aurons à y revenir tout à l'heure en nous occupant de cette division , afin de ne pas scinder les faits qui s'y rapportent.
Ce que nous disons ici de la4 Lydie , nous pouvons le dire aussi de la Carie , qui lui était limitrophe au sud ; nous pouvons le dire encore de la Lycie, qui touchait à la Carie du côté du sud-est. Il paraît indubitable que des tribus de sang thracique, principalement connues sous le nom de LèUghe$y s'établirent en Carie après avoir séjourné dans quelques-unes des îles de l'Archipel, d'où elles furent expulsées par Minos, roi de Crète; il n'est pas douteux non plus que des colonies de même origine ne se soient établies dans la Lycie , qui leur doit son nom. Mais , comme la Lycie et la Carie reçurent aussi , à une époque probablement antérieure , des habitants de sang araméen, c'est en traitant de ceux-ci que nous nous occuperons plus spécialement de ces deux contrées.
Si le mélange , ou du moins l'agglomération de populations de diverse origine dans les parties sud-ouest de l' Asie-Mineure est
1 Voy, Théod. Mencke, Lydiaea^ Dissertatio ethnographica. Berolinù 1843. in-8°.
» Xanthos, Lydien d'origine et plus ancien qu'Hérodote, avait écrit une histoire de sa patrie dont il ne nous reste que de minces fragments. Ces fragments ont été réunis parmi les Fragmenté kistoricorum grœeorum , édités par MM. C. et Tb. Mûiier, dans la Bibliothèque Grecque de dot. Paris, 18*1, gr. in-8°, p. 36 et sulv.
LÉLÈGHES. B1THVMENS.
de nature à jeter quelque confusion dans les recherches ethnologiques qui se rapportent à cette portion de la Péninsule, il n'en est plus ainsi quand nous nous reportons au nord vers la Propontide et le Pont-Euxin. La Bithynie , grande région maritime qui formait la frontière orientale de la Mysie , devait son nom à un peuple dont l'origine thracique ne fut jamais mise en doute par l'antiquité CO • les géographes et les historiens grecs ne le désignent presque jamais sans accoler à son nom l'épi thète de tkraccW. La Thrace, de même que l'Asie-Mineure , avait aussi ses Bithyni et ses T&fniW; ou plutôt le peuple désigné sous ces deux dénominations s'étendait à la fois sur l'Asic-Mineure et sur la Thrace, des deux côtés du Bosphore*4). Le passage des Bilhyniens en Asie, ainsi que l'a bien remarqué Cramer <5), paraît être postérieur à la guerre de Troie, leur nom ne se rencontrant pas chez Homère, et celui-ci désignant constamment sous les noms de Mysiens et de Phrygiens les habitants du pays qui plus tard fut appelé la Bithynie (6). Nous ajouterons ici qu'une autre tribu incontestablement thrace , celle des MygdonesW, habitait en Mysie les bords delà Propontide , sur la frontière commune des Mysiens proprement dits et des Bithyniens. Les Mariandyniem, qui n'apparaissent dans l'histoire qu'à une époque moins ancienne que les Bithyniens et les Phrygiens, étaient sans aucun doute une ramification du tronc bithynien ; les traditions mythologiques, les convenances de proximité etl'étymologie les y
* Hérod. VII, 75. Strab. 11b. XII, p. 541.
* Thucyd., IV, 75 ; Xenoph. , Eût. gr.l, 3; m, 2; Anabasis, VI, 4. Arrian. Deexped. Alex. M.n I, 29. — Dans le langage de la fable, les Bithyniens devaient leur nom à Bitbynos, fils de Jupiter et de la nymphe Tbrake (Steph. Byz. v. BtOovia).
» Strab. XII, 541 ; VII, 295.
* Déjà Homère avait dit (Iliad., ch. II, p. 57 de la trad. de M. Dugas- Montbel) : • Àcamas et le héros Piroûs conduisent les Thraces, que sépare l'orageux Hellespont. »
* Asia Minor, t. I, p. 67.
« lliad.U, ad fin. Voy. ci-après, chap. III. Comp. Strab. XII, p. 565.
i C'est sans aucun doute à la tribu thrace des Mygdoniens que la Macédoine dut son nom, ce nom que devait illustrer plus tard le conquérant de la monarchie perse.
170 ASIE-WINtlRL.
rattachent également 0;. Etienne de liyzance, dans sa compilation géographique où nous ont été conservées tant d'indications tirées d'auteurs aujourd'hui perdus , rattache les Mariandyniens à la souche éolique , c'est-à-dire à une des grandes divisions de la nation Pélasghe -).
Le pays où les Bithynieas vinrent s'établirau midi du Bosphore ctaitoccupé avanteux par un autre peuple célèbre dans l'antiquité, par les Phrygiens. Comme les Bilhy niens et les Mysiens, les Phrygiens étaient originaires de la Tbrace. « Suivant ce que les Macédoniens rapportent , dit Hérodote, les Phrygiens portèrent le nom de Brighès , pendant tout le temps qu'ils demeurèrent en Europe et habitèrent dans le voisinage de la Macédoine. En passant en Asie, ils changèrent également de contrée et de nom, et prirent celui de Phrygiens^). » Telles étaient, au rapport du père de l'histoire, les plus anciennes traditions de la nation phrygienne. Quelque succinct que soit ce récit , c'est à peu près tout ce que nous savons de certain sur les origines de ce peuple, qui joua cependant en Asie-Mineure un rôle important.
Le nom de Brighès, B^;, qu'il portait avant son passage en Asie-Mineure, ou plutôt qui fut le nom réel de la tribu, dont celui de Phrygiens, *puYs; (dont la prononciation réelle pouvait être Phrughèsou Phroughès<4)), ne fut qu'une altération, ce nom parait aussi avoir été très-répandu dans les contrées qu'occupait en Europe la famille indo- germanique. Non seulement la Thrace avait conservé ses BrukèsW, et la Macédoine ses BrughèsW; mais la Germanie avait ses Bruk-tércsW, la Gaule, comme le
1 Voy. Clavier, notes sur sfpolhdore, p. 181; et Des Brosses, Acad. des Inscr., t. XXXV, p. 477.
* Voce Mxptavôuvia.
* Ilerod. VII, 73. Comp. Conon, JYarrat. la, dans Phodus, Mupto&âXov, p. 423, édil. Hœschel. 1753, in-fol. — Strab. Jib. VII, p. 295; XII, 572; XIV, C80.
4 Voy. Cicero, Orator, 48.
« Hirod. VI, 45; VII, 85. Stcph. Byz. v. Bpûxij<.
e Scymnus de Khlos, v. 433; Steph. Byz. t>. Bp6*.
7 Ici la première partie du nom, Brouk ou Brough, en est certaioemenLle radical , attendu que la terminaison tère se reproduit fréquemment dans d'autres noms germaniques. Dans la syllabe bè ou bi des mots Bé-bryks et Bltliyni, corrélatifs de Brygliès et de Thyni, ne faudrait-il pas voir la particule explélivc si fréquente dans les langues teulouiques, et emportant consé-
1 llftïGIENS.
Pont, ses Bebruk$(l\ ses Lato-brigkès, ses Nisio-brighés et ses sfllo-brogheSy dont le nom se trouve aussi écrit Allo-bruqhèsW-, la Bretagne ses Brig-antesW, de même que riIibernieetlaGaulc occidentale*, enfin, la région des Alpes, ses Brighiani: — synonymie que nous pourrions encore étendre (*). C'est donc par un rapprochement accidentel que quelques savants, après Bochart(5\ ont cru voir dans la nature volcanique du territoire occupé par les Phrygiens de l'Asic-Mineure l'origine de leur nom.
On connaît la tradition que nous a transmise Hérodote d'après le récit que lui avaient fait les prêtres de Memphis sur la haute antiquité de la race dont les Phrygiens étaient issus (6). En dégageant cette tradition de ses accessoires évidemment fabuleux, il n'en reste pas moins ce fait constant, que , dans l'opinion des lettrés de l'Egypte, les Phrygiens descendaient d'une race dont l'antiquité surpassait celle de tous les autres peuples. Il est à remarquer que Justin , l'abréviateur de l'Histoire Universelle de Trogue-Pompée, attribue aux Scythes ce qu'Hérodote avait dit des Phrygiens (7).
Un passage d'Homère C») semblerait autoriser à placer l'arrivée
quemment l'Idée de commandement , de prédominance ? Dans quelques-uns des idiomes parlés au centre de l'Asie , le mot bé ou bi se prend encore aujourd'hui dans le sens de chef.
i Scymnus de Khios, v. 200, et Stepu. Byzant. voce BeSpxot; César (Commentar. V, 21) , écrit Bibroks.
* Apollodore , dans Stephan. Byz., v. kWôe^z^.
* Le grammairien Hérodien nommait aussi Brigantes les Brigicns de la Thrace. Vld. Slcph. Byzant. v. Bp'ye;.
* Il semble que ce nom , de même que tant d'autres ethniques, ait été dans l'origine une qualification honorifique. Juba (dans Hcsychius, v. fo^i) rapportait que le mot brig ou briga était usité chez les Lydiens dans le sens ù homme libre (comp. l'allemand frei et surtout l'ancienne forme du haut allemand frig , et le gothique frijà). Ne serait-ce pas là la source première de notre mot brigand, sans famille ascendante dans notre langue, et qui a bleu pu ne désigner dans l'origine qu'un montagnard vivant de rapines, l'homme libre par excellence ., le Klcphte des tribus albanaises? Foy. le tableau qu'en trace Pouqueville, Voy. de la Grèce , t. IV , p. 36.
« Phaleg y\\b. 111, c. 8. 4»?<o;, comburus, arida ; de ep->;îiv ,
brûler.
* Historiar. lib. II, c. 2.
7 Justini Historiar. lib. I , c. 1.
» 11. III, v. 18a ctsuiv.
AS1E-MINELRE.
des Phrygiens en Asie un demi-siècle environ avant la guerre de Troie. Voici les paroles que le poêle met dans la bouche du vieux Priara : « Autrefois j'allai dans la Phrygie, fertile en vignes 5 là je vis la foule des Phrygiens, habiles à diriger les coursiers, peuple d'Otrée et de Mygdon, semblable aux Dieux. //* avaient posé leur vaste camp sur les rives du Sangarios ; et moi , je me trouvai avec eux comme allié , quand vinrent les belliqueuses Amazones » Déjà Strabon (0 s'était avec raison autorisé de ces vers du chantre d'Achille pour combattre l'opinion de Xanthos, l'historien de la Lydie, qui faisait l'immigration phrygienne postérieure à cette époque mémorable de la prise de Troie. Peut-être même serait-on fondé à reconnaître plusieurs immigrations successives des Brighès ou Phrygiens de Thrace en Asie. II est certainement impossible aujourd'hui de prétendre déterminer avec une rigueur historique les antiques déplacements de ces tribus encore nomades , mobiles comme les vagues d'une mer agitée, et pas plus qu'elles, souvent, ne laissant la trace de leur passage. Cependant nous verrons plus tard que déjà les Brighès occupaient le pays qui borde l'Hellespont du côté de l'orient, quand Dardanos vint de la Samothrace y fonder la colonie à laquelle il laissa son nom et dont Troie fut un peu plus tard la capitale. Ainsi les Dardaniens avaient établi leur domination sur une tribu de sang phrygien. (Ci-après, ch. II. )
Plus considérables qu'aucune des tribus thraciques qui franchirent à diverses époques le Bosphore ou l'Hellespont, les Phrygiens s'étendirent au loin dans le centre de la Péninsule, où ils occupèrent non-seulement tout le bassin du Sangarios, mais encore les hautes vallées des divers affluents de la mer Égée et de la Propontide. On peut supposer que l'immigration bithynienne, en enlevant aux Phrygiens les cantons maritimes où ceux-ci avaient d'abord posé leur camp , contribua à les refouler vers le cœur du pays. Quoi qu'il en soit, il paraît que les chefs phrygiens acquirent bientôt une grande prépondérance dans le pays qui s'étend jusqu'au Halys, et qu'ils y fondèrent une monarchie dont la puissance porta haut parmi les Hellènes d'Europe la renommée du nom phrygien. Dans les ouvrages des
» Llb. XIV, p. 681.