‹ Description historique et géographique de l'Asie Mineure, comprenant les temps anciens, le moyen age et les temps modernes, avec un précis détaillé des voyages qui ont été faits dans la péninsule, depuis l'époque des croisades jusqu'aux temps les plus récents; précédé d'un tableau de l'hstoire géographique de l'Asie, depuis les plus anciens temps jusqu'à nos joursChapitre 73 sur 189 · PHRYGIENS · texte numérisé non relu

PHRYGIENS

trois grands tragiques grecs, Eschyle, Sophocle et Euripide (0, les peuples du roi Priam sont toujours qualifiés de Phrygiens par une évidente anticipation historique. Homère n'avait pas commis la même confusion ; et l'on trouve même , dans une des hymnes qui lui sont attribuées 00, une distinction positive entre la langue du peuple de Troie et celle des Phrygiens. Quoique cette distinction ne fût que celle de deux dialectes de la même souche, elle n'en devait pas moins être bien réelle. Quant à la langue phrygienne proprement dite , le peu de mots que les anciens nous en ont transmis appartient, comme on devait s'y attendre , à la famille indo-germanique (*), et se retrouvent à la fois , plus ou moins modifiés quant aux formes extérieures, dans le grec, dans le vieux latin, dans les dialectes teutons et dans l'arménien. « Les remarquables inscriptions copiées par le colonel Leake sur les tombeaux des rois de Phrygie ( Tour in A$ia Minor, p. 23 de l'édition in-8° 1824 ) sont certainement en vieux grec ; et il est extrêmement probable que la langue des Bryghès, importée de Thrace ou de Macédoine, était ce que peut-être on pourrait nommer un dialecte de l'ancien pélasghe. Mais, dans la suite du temps, elle doit s'être mêlée avec les restes des idiomes asiatiques parlés plus anciennement dans T Asie-Mineure, de manière à en faire une langue barbare qui devait être inintelligible aux Grecs du siècle de Xénophon et de Platon W. » Au surplus, les Phrygiens firent de bonne heure des pas rapides dans la civilisation; c'élait à eux , ainsi qu'aux Lydiens , que les Ioniens d'Asie reconnaissaient devoir une partie de leurs progrès dans les arts , qu'à leur tour ils transmirent à leurs compatriotes de la Grèce euro-

1 Ils écrivaient de Tan 500 à l'an 450 avant notre ère. Hérodote est a-peuprès contemporain de cette dernière époque.

* Hymne III, v. 113.

* f^oy. Potocki, Hist. primit. des peuples de la Russie, p. 254 et sq., réimpression de Klaproth. Paris, 1820, in 8. Comp. les remarques peut-être plus ingénieuses que solides de M. d'Ansse de VUloison , dans Chevalier, V oy. à la Troade, 3' éditM t. II , p. 145 ; et celles de Mûller, Dorians (trad. angl.), 1. 1, tntrod., p. 9 et 10.

4 Cette note est du docteur Cramer, Asia Minor, t. II , p. 5. Cf. Letronne, dans le Journ. des Sav. 1820, p. 020, et Walpole, Travels in various eountries of the L'ast, p. 520.

A -SI E— M I.NfcLRC .

péenneW. Uneancienne tradition donnait aux Dactyles une origine phrygienne. On sait qu'à ces dactyles était- attribuée la découverte de l'art de travailler les métaux (2). Une tellë inven*tion, en effet, semble naturellement appartenir aux habitants d'un pays renommé de tout temps pour la richesse de ses mines. Le contact des Syriens de la Cappadoee ne fut sûrement pas sans influence sur le développement intellectuel de la nation phrygienne : au moins cette influence est-elle manifeste dans le développement religieux. Ce que nous savons de la religion phrygienne nous montre , à coté de rites et de croyances qui nous reportent vers la Thrace, de nombreuses affinités avec les cultes araméensC3).

Il vient d'être fait allusion aux langues asiatiques parlées avant l'arrivée des Brighès de Thrace dans le pays qu'ils vinrent occuper en Asie-Mineure : plus d'un indice conduit en effet à admettre que les colonies thraces, quelle qu'ait été leur importance dans la formation de la nation phrygienne, n'en furent pas le seul élément. Tout porte à supposer qu'il y en eut un antérieur, et que ce premier élément fut purement asiatique. Un mot d'Hérodote nous peut mettre ici sur la voie. « Les Arméniens, dit-il dans son énumération de l'armée de Xercès, marchaient vêtus et armés comme les Phrygiens dont ils ne sont qu'une colonie (*). » Il ne faut assurément pas prendre à la lettre cette assertion fort étrange 5 mais elle indique, selon toute probabilité , d'anciens rapports entre les deux peuples , et des rapports assez intimes pour avoir donné lieu à la tradition , tout erronée qu'elle était au fond , au moins dans la généralité que l'historien lui donne. Nous savons d'ailleurs , et nous verrons bientôt que l'Arménie s'était autrefois étendue à l'ouest jusqu'au Halys; il est donc aisé de comprendre que des tribus de sang

» Voy. à ce sujet Chr. Meincrs, Hist. des sciences dans la Grèce , trad. fr. t.I,p. 278.

3 Frôret, Recherches pour servir à l'histoire des Cyclopes, des Dactyles, etc., dans les Mcm. de l'Acad. des Inscr., t. \\IIIt Histoire, p. 27.

s Strab. lib- Xt p. 466 ctsuiv. Crcuzcr a consacré aux cultes de l'Asie-Mlneure le 4e livre de son admirable ouvrage sur les Religions de i'AutUiuilé (t. II de la trad. fr., p. 18 et suiv. , particulièrement p. 76).

* Hcrod. VII, 73.

arménien eussent franchi le fleuve à une époque reculée, et se fussent établies clans les plaines occidentales du plateau de la Péninsule, où elles auraient elé forcées, lors de l'apparition des Brighès, de subir la loi des nouveaux arrivants. L'assimilation dut être d'autant plus facile <|ue les tribus qui avaient forme, dans l'origine, le noyau de la nation arménienne, appartenaient comme les Brighès à la grande famille indo-germanique, et que d< s rapports de plus d'une sorte, quelque ancienne que fut déjà, au treizième siècle avant notre ère, la séparation «les deux races, devaient subsister entre les rameaux d'une même souche originaire ■ '). Use peut d'ailleurs (ju'à leur tour quelques Iribus brigbès aient été s'établir, à la droite du Ilulys, sur le territoire soumis à la domination arménienne.

Homère (2) nomme AskanieYù contrée d'où les l'hi vuieiis d'Asie étaient venus au secours de Troie : « Accourus de la lointaine Askanie, les Phrygiens ont suivi Phorkusel Askanios semblable aux dieux. » Ce nom présente, dans l'étude des premiers temps de l'Asie Mineure, une sorte d'énigme géographique <|iti mérite de nous arrêter un instant. 11 est certainement d'une haute antiquité , car on le trouve dans la géographie du chapitre X de la Genèse, comme un des fils du japélique <■ orner, c'est-à-dire comme représentant uue des branches de la nation scythique des Kimris, sœur des (iètes cl des McdcsC . L'ordre dans lequel le range l'écrivain sacré lui assigne nécessairement sa plaee parmi les peuples répandus au uord des nations schémitiques, vers la région du Caucase ; mais rien n'indique précisément que ce soit à la partie septentrionale de L' Asie-Mineure qu'il faille le rapporter, ou qu'il faille le rapprocher davantage du massif caucasien. 11 demeure donc incertain si ce nom d\4skan ou Asie naz existait dans l'intérieur de la Péninsule avant l'arrivée d I Phrygiens, ou si ce furent les tribus brighes qui l'y importeront avec elles : car ces tribus avaient pu séjourner anciennement

1 Nous devons renvoyer pour les développements à notre travail sur l'Arménie. Ml If, v. 862.

3 EtGômcr eut trois fils. Ascbkéntl, ÏUphat cl Thôgarmalt (Gen. X, 3;. Add. Jércmie, U, 27. Cf. 28.

ASIE— MINEIKE

près du Caucase avant de venir s'établir en Thrace d'où elles passèrent en Asie-Mineure.

Quoi qu'il en soit, l'Askanie d'Homère était à une assez grande distance de Troie; le terme de lointaine, même en faisant la part de l'amplification poétique, ne permet pas le doute à cet égard. D'un autre côté, nous avons vu Priam indiquer la demeure des Phrygiens sur les rives du Sangarios : on est donc naturellement amené à placer l'Askanie dans la région que ce fleuve arrose. Les notions positives fournies par la. géographie d'un âge moins reculé confirment jusqu'à un certain point cette induction. Diverses localités auxquelles est attaché le nom d'Askania dans les écrivains grecs et latins des siècles voisins de notre ère , sont situées pour la plupart soit dans la région du bas Sangarios, soit dans la partie occidentale du plateau où ce fleuve prend naissance, et que traversent ses affluents supérieurs (O. II convient pourtant de remarquer que ces localités auxquelles des écrivains comparativement récents ont attribué le nom d'Askanie ne se renferment pas dans les limites où doit être certainement restreinte l'Askanie homérique. Pline et d'autres auteurs connaissent une ville d'Ascanie dans la plaine même de Troie, et sur la côte troyenne un port et une île du même nom. On sait qu'Ascanius est le fils du troyen Enée, et que si d'anciennes traditions le faisaient aborder avec son père en Italie, après la ruine d'ilium , d'autres versions historiques le faisaient régner, lui et ses descendants, pendant une longue suite de générations, dans les pays qu'avait gouvernés Priam (2). Nous ne nous arrê-

1 La Bithynie occidentale, entre la Propontide et le bas Sangarios, avait un lac, une ville, une rivière et un canton du nom d'Askanle; c'est peut-être par une confusion entre deux provinces contiguès que des auteurs ont aussi placé en Mysic une rivière, une ville, un canton et un lac du môme nom. Askanle est en outre le nom d'une rivière et d'une ancienne ville de Phrygie; enfin , dans Arrien , l'historien d'Alexandre , un lac situé à l'extrémité méridionale de ce dernier pays, sur les confias de la Pisidie, est désigné sous le nom d'ÀuxavÉ» X£u.t,v, lac d'Askanie.

* Conon, XLI' Récit, dans Photius, p. W7. Cf. XLVIe Récit, ibid., p. 454. Dlonys. Iïalyc, lib. I, c. 11 et 12. Steph. Byz. r. Xœcavfa.Cf. Bochart, JYum JEneas unquam fuerit in Italiâ , et une Dissertation de l'abbé Vatry sur la mOinc question, dans les Mém. de l'Acad. des Inscr., t. XVI, p. m.

scr l'askanie phrygienne.

terôns pas sur ces rapprochements , qui nous entraîneraient, nous le craignons , dans un trop vaste champ de recherches ; mais des quelques points que nous venons d'indiquer on peut toujours conclure, ce nous semble, que l'Askanie d'Homère n'avait pas, dans la géographie de l'Asie-Mineure, l'extension que cette dénomination paraît avoir acquise à des époques moins anciennes. Peut-être cette extension suivit -elle celle des Phrygiens eux-mêmes dans l'intérieur de la Péninsule, soit comme peuple, soit comme puissance politique. Dans ce cas, il faudrait admettre, ce que du reste confirment beaucoup d'autres notions et ce qu'aucune ne contredit, que le nom d'Askanie était particulier à la race brigbe ou phrygienne , peut-être celui d'une tribu autrefois dominante. Remarquons qu'Askanios est dans Homère le nom de l'un des deux chefs sous lesquels marchent les Phrygiens, de même qu'en Troade, où tout semblerait révéler une antique fraternité avec les tribus phrygiennes, nous retrouvons ce même nom attribué à la lignée royale. Divers indices qui se font jour à travers l'obscurité de ces temps primitifs ne permet* tent pas de douter que ce nom â'Askân ne fût en effet pour les Phrygiens une appellation tout à fait nationale. Ce qui achève de nou|le démontrer, c'est que la religion même l'avait consacrée.

L'on connaît des médailles où le dieu Lunus, dont le culte, d'origine persane (0 avait pour centre principal en Asie-Mineure la Phrygie , est représenté la tête surmontée du bonnet phrygien , avec l'inscription MHN ASKHN02 , le dieu Lune asJiénien (2). Askên est bien évidemment ici une distinction de race , une qualification nationale (3).

Nous ne rappellerons pas comme autorité la tradition rabbi» nique qui a constamment appliqué aux peuples germains le nom ,d'Askanatz (*); mais il est certainement remarquable de voir le

* Il y a un passage curieux à ce sujet dans Quinte-Curce , lib. IV, c. 10.

* Une autre médaille porte Mf.v Xuxaloç. Voy, Freret, de l'Année cappa» docienney dans les Mém. de l'Acad. des Inscr. , t. XIX, p. 84.

3 Vey. Bochart, Phaleg, IV, 38 ; Potocki, Histoire primitive des peu* pies de la Russie , p. 253, édit. Klapr. #

k Notons encore , sans en tirer quant à présent aucune conséquence, que Ton voit figurer le nom ù'Ashanaz dans quelques chroniques arméniennes ivoy. iVbuv. Journ. Asiate 3« série, 1. 1, 1836, p. £33, 'note). Enfn, à une II. 12

nom d' Askanius figurer, comme celui de leur premier roi , dans les vieilles traditions saxonnes que les chants populaires ont conservées (0. Si nous pouvions entrer dans cette voie , nous nous trouverions ramenés au point où d'autres rapprochements nous ont déjà conduits, nous voulons dire aux intimes analogies qui paraissent avoir autrefois existé entre les tribus de race blonde établies en Thrace et les tribus teutones répandues de l'autre côté du Danube. Notons enfin , sans toutefois y attacher trop d'importance, le rapport que le nom de plusieurs tribus scythes de l'Asie Centrale semble offrir avec celui d Askan ou i. Ainsi, dans Ptolémée, nous trouvons inscrits , au voisi- Souebi et des Sasones , les Askankai ou Askatankai. Peut-être ce dernier nom est-il pour Askantikai ; car on lit dans Pline Ascantici. Trois sources de méprises et d'erreurs rendent trop souvent vagues , incertaines ou trompeuses les notions que les anciens nous onl transmises sur les pays et les peuples placés en dehors de leurs rapports habituels : c'est , en premier lieu, la difficulté qu'ont toujours eue les étrangers à saisir le vrai son de beaucoup de nom3 asiatiques ; c'est ensuite la difficulté non moins grande de plier les sons d'une langue à un alphabet étranger; ce sont enfin les altérations des manuscrits. Si des mots courts et d'une articulation facile n'ont pas toujours échappé à ce triple écueil qui se dresse entre l'antiquité et nous, avec quelle circonspection défiante ne devons-nous pas recevoir les noms que leur con texture barbare rendait à la fois et plus difficiles à saisir, et plus antipathiques à l'oreille dédaigneuse des Hellènes ?

Nous avons dû nous étendre sur un peuple qui est le plus considérable de l'Asie-Mineure ancienne au point de vue géographique ainsi qu'au point de vue historique ; nous aurons peu de» détails à ajouter sur le reste des habitants des parties littorales du nord de la Péninsule jusqu'aux confins de la Colchide. Le premier pays immédiatement contigu sur la côte à la Bithynie

époque comparativement récente, la nation des Part h es, que Ton sait avoir été un des rameaux de !a grande famille des peuples blonds de l'Asie centrale, a eu aussi une dynastie d' Aschkaniens.

1 Voy. le Meoueil des Traditions allemandes de Grlmm, t. H, p. 72 de la trad. fr.

PAl'nLAGONIfcJ.b. J7g

et à la Phrygie, est la Paphlagonie. « Les Paphlagoniens sont venus du pays des Énètes , où naissent les mules sauvages , » dit Homère dans son énumération des alliés de Priam ; et le pays des Énètes du poète est situé non loin du Parthenios, dans l'emplacement même où les géographes postérieurs ont tous connu la Paphlagonie. Les Paphlagoniens, dans ce passage, sont évidemment distingués du pays qu'ils habitent; et dans le sens de la phrase , les Énètes leur sont antérieurs. Ceux-ci , dont le nom est plus fréquemment écrit avec l'aspiration rude,' Hènètes, avaient, dans l'opinion de l'antiquité, une commune origine avec les Vénètes établis en Italie vers l'extrémité septentrionale de l'Adriatique (0. Ces derniers nous reportent vers d'autres Fénètes ou Fénèdes septentrionaux que les Romains trouvèrent dans le nord-ouest de la Gaule et de ces Vénètes de la Gaule noussommes ramenés vers les Fènètes, fendes ou Antes de la mer Baltique et des Palus Méotides : nouveaux anneaux de cette longue chaîne de peuples blonds qui commence au fond de l'Asie et s'étend jusqu'aux dernières extrémités de l'Europe, enveloppant de ses nombreux replis et les plaines de l'ancienne Sarmatie, et les antiques forêts de la Germanie, et les froides contrées scandinaviques, et les régions montueuses de la Thrace et de l'Hellénie, et le sol même de notre Gaule. Nous n'entrerons pas dans les discussions auxquelles ont donné lieu l'origine, l'affinité et jusqu'au nom de ces Hénètes W $ il nous suffira de faire remarquer que, quelle que soit leur parenté

» Cornel. Nepos, Fragmenta, p. 156 de l'édit. ad us. Delph. ; Tit.-Liv. 1, 1. Cf. Strab. III, 100, XII, r>43; et Caton, dans Pline, III, 23.

» Foyez à ce sujet les observations de Marcus, HisL des Wandales, Parie, 183$, in-8, note 24.

3 Outre les deux Dissertations bien connues de Gatterer sur la parenté originelle des peuples slaves et des peuples lettiques ( dans les Mémoires de la Soc. de Gôttingue, t. XI, XII et XIII); outre Y Histoire de Wandales déjà citée de M. Marcus, et les travaux plus anciens de Jordan , de Lcherschnik , de Thunmann, de Suhm et de Bonus*, il faut voir sur cette Intéressante question d'ethnologie F. G. Eiclihoff, HisL de la langue et de la HttèraU des Slaves, etc. Paris, 1839, in-8; — J. L. Parrot, Versueh einer Entwicklung der Sprache, slbstammung, G eschichte , Mythologie und bilrgerlichen Ferhœllnisse der Litven, Lœtten, Eesten. Berlin, 1839 (n. Ausg.) in-8 ; — Kaulfuss , Die Slawen in den altesten Zeiten. Berlin, 1841 , in-8; - cl surtout P.-J. Schafahks Slawisehe Merthumer. Leipz. , 1843,

ÀSIK-MINElItE.

immédiate dans les grandes familles entre lesquelles se partage le groupe hindo-germanique , qu'ils appartiennent à la race teutone , ou , ce qui paraît plus probable , à la race sarmate ou slave , ils n'en font pas moins partie d'une même famille originaire, dont les Slaves, les Thraces, les Germains, les Gotbs , ainsi que les Celtes nos premiers aïeux , ne sont que des rameaux plus ou moins anciennement séparés du tronc. Quant aux Paphlagons , qui étaient venus, à ce qu'il parait, s'établir postérieurement aux Hénctes dans le pays déjà occupé par ceux-ci, une vieille tradition conservée par les poètes les faisait originaires de l'Arcadie , un des plus anciens centres des populations pélasgiques; et leur nom, en effet, que l'on pourrait soupçonner n'être qu'une altération de celui des Pélagons de la Thrace , Uzki-ywiz , semble les rattacher à la tige des Pélasghcs.

Depuis la rive droite du Halys, dont le cours inférieur servait de limite à la Paphlagonie, jusqu'aux confins méridionaux de la Colchide , les âpres vallées qui bordent la côte du Pont-Euxio, ainsi que la triple rangée de montagnes suréchelonnées qui les dominent , étaient occupées par plusieurs peuples, ou plutôt par des tribus à demi-sauvages et ù peine connues. C'est là , dans les vallées du Thermodôn, qu'autrefois avaient demeuré ces mystérieuses Amazones, que leur nom, aussi bien que leurs mœurs guerrières, rattachent aux tribus scythiquesde la Haute Asie (0. Après les vallées du Thermodôn, venaient les Tibarênes , les Khalubes, les Mosunèkes ou Moskhes, les Héniokhes. les Tzanes, et plusieurs autres peuplades plus obscures. Dans les premiers temps de l'antiquité, jusqu'au troisième siècle avant notre ère , cette partie maritime de la Péninsule qu'habitent les peuplades que nous venons d'énumérer et qui fut désignée plus tard sous le nom de Pont, n'a pas de dénomination générique; c'est seulement après la mort d'Alexandre que ce nom de Pont, que devait illustrer Mithridate , apparaît dans l'histoire.

Ixs anciens, nous l'avons déjà dit, n'avaient que des notions très-bornées sur celte portion presque inaccessible de la Péninsule; quant à la parenté originaire des tribus elles-mêmes, ils

ln-8, 2 vol. , t. I, p. 60 et suiv. Il faut lire aussi les savants prolégomènes dont M. G. Moke a fait précéder son Histoire des Francs. 1 Ce sujet sera traité plus amplement dans le chapitre suivant,

POPII.ATIONS PO.VIIQlF.fi. KHAH BF.fi , ETC. 18t

se bornaient en général à leur assigner une origine scylhique , appellation à laquelle il ne faudrait pas attaeher ici un sens trop précis (0. On peut dire, au reste, que depuis les plus anciens temps jusqu'à notre époque , rien n'est changé dans l'état des montagnards de la cote pontique. Tels les a mentionnés Homère, à qui était arrivé un lointain écho de leur nom ; tels, bien avant le chantre d'Achille , les a connus la géographie de Moïse \ tels, depuis lors , et à des époques diverses , les ont représentés les poèmes argonautiques , Hérodote , Xénophon, Strabon, et les autres historiens ou géographes d'un âge plus rapproché ; tels les voyageurs nous les dépeignent encore aujourd'hui : ce sont les mêmes traits, les mêmes mœurs, à peu près la même barbarie, en partie les mêmes noms. Ici donc les observations modernes viennent éclaircir, en les complétant , les notions anciennes. Ainsi nous savons, ce que les anciens ignoraient, que ces peuplades grossières qui se prolongent le long de la côte jusques vers les bouches du Halys , appartiennent pour la plupart, sinon exclusivement, à la race arméno-géorgienne. Un voyageur récent, dont les recherches contribueront puissamment à l'avancement de l'ethnologie caucasiquo, a cru reconnaître le nom des Khalubes, renommés dès la plus haute antiquité pour leur habileté à travailler les métaux , daus celui de Koulp que porte encore une des explorations métallifères les plus renommées de l'Arménie Centrale W ; elles Tibareni, tribu voisine des Khalubes , en même temps que leur nom se retrouve dans le Tubal caucasique de la géographie de Moïse, vivent encore dans le nom même de la division occidentale de la Géorgie, lmérethJ3), quelque éloignée que l'analogie paraisse au premier coup d'œil à qui n'a pas étudié de près la loi de la transformaj tion des mots dans ces langues du Caucase. Les Sanni ou Tzanni se retrouvent sous les noms à peine altérés de Djanik^

* H est vrai que plus tard on connut dans ces montagnes des Skutini ou Petits Scythes. Voyez ci-après, ch. G, la relation de Xénophon.

5 Dubois de Montpéreux, Voyage autour du Caucase , t. IV, p. 138 et 139. Cf. t. II , p. 74. — Add. Am. Jaubert , Voyage en Arménie et en Perte , p. 103, etc., etc.

3 Voy. Brosset, Aperçu général de la langue géorgienne, dans le Nouv. Jourti. Asiat., t. XIV, p. 372, 1634.

ASIE-MINFl'RF.

Dchanni, Ichanéthi et Soanes, répandus le long de la côte sudest de la Mer Noire jusqu'aux pentes occidentales du massif caucasien (0. Enfin , pour ne pas pousser plus loin un détail de nomenclature qui n'entre pas dans notre objet actuel , la dénomination de Keldir que conserve encore aujourd'hui une des agrestes vallées de ce pays sauvage (*) , nous retrace à la fois et le nom àeKaldt, sous lequel les Khalubes sont souvent désignés (*) , et celui de Khaldia, tel que l'écrit au dixième siècle Constantin Porphyrogénète , intermédiaire entre l'ancienne géographie et la géographie moderne («).

Les montagnes escarpées qui dominent au sud les vallées que nous venons de parcourir, séparaient cette région maritime des hautes terres comprises entre l'Euphrate et le Halys , et bornées au sud par la chaîne du Taurus : ce pays élevé , occupant ainsi toute la partie orientale du plateau central , est la Cappadoce. Ici nous entrons dans un autre monde. Langues, physionomie, origine, traditions, caractère de la civilisation et du culte religieux , tout est autre que dans les parties occidentales et septentrionales de l'Asie-Mineure. Tandis qu'au nord, dans la zone pontique , le caractère agreste et encore à demi-barbare des populations que nous avons énumérées , en harmonie avec l'aspect âpre et sauvage du pays, conservait l'empreinte de leur origine scylhique ; tandis qu'à l'ouest, sur les bords de la mer Égéo , les germes de civilisation venus de l'Orient s'imprégnaient bientôt d'un caractère essentiellement européen , — ou^, pour parler plus exactement , d'un caractère essentiellement hellénique , car l'Europe alors était encore tout entière dans l'Hellénie, — la civilisation cappadocienne , émanation affaiblie de la haute culture intellectuelle de Ninive et de Babylone, gardait

1 Dubois de Montpéreux, t. III, p. 10.

* D'Anville , Géographie ancienne abrégée , t. II , p. 38.

3 Dans la géographie hébraïque ce nom prend la forme de D'TOD , Kbasdlm. y oyez les remarques de Bochart, Phaleg^ lib. I, c. 3. U parait , au reste, y avoir eu ici une confusion que nous examinerons ailleurs.

* Tout ceci sera repris avec plus de détail dans la suite de Y Histoire géographique de la Péninsule, On peut voir le 4e livre de l'Asie-Mineure de Mannerl, ch. 0 et 7, Géographie der Griechen ««<! Xœmer, t. VI , 2* part., p. 407, 1" édit.

C1PPAD0CK. 81 R LE NOM d'aRAM. 183

sans altération sa physionomie tout asiatique. Ce fut, nous l'avons dit, au contact de la Gappadoce que se développa la civilisation phrygienne : c'est ce qu'attestent , dans la rudesse" et dans la roideur de leurs formes , les curieux monuments de l'art phrygien découverts en diverses parties de la Péninsule par les savantes investigations de voyageurs récents , parmi lesquels les noms de nos compatriotes MM. de Labordect Texier se placent au premier rang.

Il paraît qu'à une époque reculée le nom à'Aram s'étendit sur la partie orientale de l'Asie-Mineure , en même temps que sur l'ensemble des pays qui bordent le fond de la Méditerranée jusqu'à l'Euphrate et au Tigre. Ce nom , évidemment tiré de la nature montagneuse de ces pays profondément accidentés (O , fut connu des deux pères de la poésie grecque , Hésiode et Homère (*). Si l'on en croit les annales arméniennes (•) , les premiers souverains d'Arménie (à une époque antérieure à la guerre de Troie) étendirent leur domination sur ce qui plus tard fut appelé la Cappadoce -, et , en effet , le nom de l'ancienne capitale de ce pays, Mazaca, est purement arménien , ainsi que la dénomination des monts Mosehiques désignant une des hautes chaînes qui bordent au nord-est, vers Trébizonde et la frontière Colchique, l'escarpement du plateau central (*). Mais quand plus lard,

» En hébreu, har, Tl, montagne, d'où le pluriel Dnn , Aartw, montagnes, lieux montagneux, et 1 adjectif arlni , élevé. Ce nom ùtAram ou Artm convenait parfaitement a la nature des pays situés à l'ouest de l'Euphrate, jusqu'au fond de la Médilerraunée et à l'escarpement oriental du plateau de l'Asie-Mineure. C'est là aussi selon toute apparence, pour le dire en passant, l'origine du nom de l'Arménie, qui n'est pas, au fond, différent de celui d'Arain , et que les Arméniens eux-mêmes conviennent avoir reçu de leurs voisins.

A ces remarques, nous ajouteions la note suivante qu'a bien voulu nous communiquer M. de Saulcy : En Phénicien le mot 01 » Ram» signifie élevé, trèshaut s d*où avec l'article phénicien et punique Nt le mot D1N, l'Élevé f le Très-Haut. Le sens de ce mot s'est étendu au figuré à la sublimité morale i c'est ainsi que sur les monnaies bilingues du roi de Mauritanie Juba, nous lisons d'un côté Rex Juba, et de l'autre Ioubaï Ram Melkad, Juba chef de l'empire, roSn D1 W.

» Uésiod. , Theogon. , v. 304 ; Hom. , lliad. II , v. 783.

» Potocki , J/iêt. primit. de* peuples de la Russie , p. 2*71 et suivM édit. Klapr. Cf. p. 1C.

* Sur Mosokh , le Mesek de la géographie de Moïse et les Mck/ot de la géoÉ

c'est-à-dire vers le commencement du huitième siècle avant . notre ère (O, les souverains de Ninive étendirent leur domination jusqu'au Halys, et peut-être même jusqu'à l'extrémité occidentale de la Péninsule^), le nom des Assyriens s'étendit avec eux sur les peuples incorporés à leur empire; assimilation qui dut être d'autant plus facile, au moins pour les Aramécns habitant à l'est du Halys, que leur origine, leurs mœurs et leur langage établissaient une confraternité d'origine avec le peuple conquérant (3). L'usage des dialectes syriens ou sémitiques a depuis longtemps disparu de l'ancienne Cappadoce , d'abord remplacé , après la conquête d'Alexandre , par celui de la langue grecque, puis par le turk, maintenant à peu près exclusif. La domination des Assyriens dut s'étendre sur le pays maritime vers les bouches du Thermodon et du Halys , car on trouve le nom de cote assyrienne appliqué à cette partie du littoral (4); aussi Strabon remarque-t-il (6) que l'idiome parlé de son temps dans laPaphlagonie était mêlé d'un grand nombre de mots de la langue cappadocienne. D'après le témoignage d'Hérodote (6), ce furent les Perses qui introduisirent à l'est du Halys la dénomination de Cappadoce or, les Perses acquirent l'empire de l'Asie, que leur donna Cyrus, dans la seconde moitié du sixième siècle avant notre ère. Mais les Grecs continuèrent d'appliquer aux ha-

graphie grecque, nous devons renvoyer à notre volume consacré à la région caucasienne.

» De 780 à 770. selon Volney, Recherches Nouvelles sur Vhisloire ancienne, ch. XIX, p. 242, édlt. de 1825.

* A une époque beaucoup plus reculée, une partie de l'Asic-Mineure avait déjà été comprise dans le premier empire assyrien fondé par Ninus, et agrandi par Sémlramis. Voyez ci-après ch. 2.

3 Posidonius, ap. Strab. , lib. 1, p. 41 , édit. Casaub. Voyez ci-après le . volume où nous traitons du Kourdistan , l'ancienne Assyrie. ^ 4 Hccatée de Mllet, ap. Steph. Byz. v.Teipix ; Scylax Caryand. Peripl. 88, cd. éail; Apollon Rhod., Argonaute lib. II, v. 965; Dionys., Periegesis, v. 772 et 971 à 975. Cf. Hérod. I, 76, et II, 17. Add., Strab., lib. XVI, p 737.

» Lib. XII , p. 553.

« Lib. I, c. 72; VII, 72. Cf. Plin. VI, 3.

7 Ce nom a été récemment trouvé sur une inscription kouflque de Persépolis. Voyez a cet égard une savante dissertation de M. Chr. Lasscn, Die Altpersischen Keilinschriften von Persépolis , 1836 , et les remarques d'un jeune orientaliste trop tôt enlevé à la science , M. Jacquet, sur cette partie de l'iu-

LYCAOSJENS. KATAONIEXS. f.lLÏCIEXS.

bilants de cette contrée le nom de Syriens , en les distinguant par l'épithète de Syriens-Blancs, AEuxo-Supo». , des peuples basanés de la Syrie propre (O. Ce fut aussi sous la domination persane que la partie de l'Asie-Mineure à Test du Halys fut distinguée en deux provinces ousatrapics ; l'une formée de la Cappadoce proprement dite, l'autre de la région montagneuse comprise entre la Cappadoce et l'Euxin. C'est cette dernière province que les Romains désignèrent plus tard sous la dénomination de Pontus, par abréviation de Cappadocia Pontica ou Cappadoce maritime.

Deux peuples particuliers qui confinaient à la Cappadoce , les Kataoniens et les Lykaôniens , ceux-ci à l'ouest du côté de la grande Phrygie , les premiers au sud dans les hautes vallées du Saros et du Pyramos , se rattachent par leur nom au groupe nombreux des populations thraciques ou pélasgiques de l'Asie- Mineure, quoiqu'un long contact avec les tribus araméennes eût introduit dans leur langue assez d'éléments étrangers pour effacer en partie leur individualité originaire. Les Cataoniens, en particulier, avaient fini par adopter entièrement la langue cappadocienne (»).

Au midi des Cataoniens et de la Cappadoce , dont la séparait la chaîne duTaurus , s'étendait, entre cette montagne et la mer, une contrée qui dut à la nature du sol son nom de Cilicie. Le mot hébreu dont ce nom dérive (') a été exactement traduit par les épithètes de ^yûa et ^pa/stum? , âpre , que les Grecs appliquèrent plus tard à la partie la plus montagneuse de cette région maritime (A\ Les Ciliciens, peuple belliqueux comme tous les montagnards du midi de la Péninsule , parlaient autrefois la même langue que les Cappadociens et les Syriens méridionaux, de même qu'ils avaient une commune origine 5 un passage d'Hérodote prouve que de son temps la tradition en était encore vi-

scription , dans le IVouv. Journ. Aiiat. , 3e sér. , t. VI , p. 385 et suiv.

1 Hécatée, cité note h de la p. précéd. ; Slrab. , XII, 5M.

* Strab., lib. XII, p. 533. — Sur les Lycaoniens, voy. Jablonski, Delinguâ lycaonicâ disqtHsitio, ap.cjusû.Opuscixlor. t. III, p. 123, et Joli. Frid. Gtihlingius, Dis*, de linguâlycaonicâ à Pelasgis GrœcisorUL yilemb. 1720, in h° .

3pSn, hhalek ou kbalek , pierre, caillou; pluriel D>pSn , khalékîm . Comp. le grec yiV.xa, et le latin silex.

K Voy. Strab., lib. XII, p. 568.

ASIE-M1NEIHE

vaille '). Dans le langage métaphorique de la mythologie grecque, Cilix est frère de Pliœnix Aussi les Ciliciens et les Cappadociens ne formuient-ils ensemble qu'une même province sous la domination des Mèdes et des Assyriens. L'arménien est aujourd'hui l'idiome dominant de l'ancienne Cilicie ; mais l'introduction de ce nouveau langage ne remonte qu'au commencement du onzième siècle de notre ère , époque à laquelle des colonies arméniennes , fuyant la domination des Turks Seldjoukides qui se jetaient sur l'Arménie) vinrent en grand nombre se fixer dans les vallées ciliciennes C3).

L'ancienne géographie connaît plusieurs autres contrées du nom de Cilicie. Dans l'Assyrie , les Silici occupaient les hautes vallées qu'arrose le Lykos ou Zàb, un des afluents gauches du Tigre. VAkilisène était un canton de l'Arménie-Majeure , vers * le point de jonction des deux bras supérieurs de l'Euphrate. Il y avait aussi une Cilicie dans la Haule-Cappadocc , aux environs du mont Argée. Enfin , plus célèbre que les précédentes, la Cilicie mysienne, que mentionne Homère occupait le fond du golfe d'Adramylteïon , au revers sud-est du massif de l'Ida troyen. Selon quelques auteurs, nous dit StrabonW, les Cihciens de la Troadc , obligés de s'expatrier par suite des bouleversements politiques qui suivirent la chute de Troie, allèrent s'établir à l'autre extrémité de l'Asie-Mineure, où ils s'emparèrent, sur les Syriens, de cette étendue de pays qu'on nomma depuis, d'après eux, la Cilicie. Cette tradition est en elle-même bien peu vraisemblable ; car on admettra difficilement qu'un canton de très-peu d'étendue, telle qu'était la Cilicie mysienne , ait pu fournir, après une guerre désastreuse, un assez grand nombre d'émigrants pour aller, loin de là, s'emparer sur une nation puissante d'une contrée assez vaste à laquelle ils auraient donné leur nom. Ce nom , nous l'avons vu, est indubitablement d'origine araméenne. Il n'a donc pu être

* VII, 91. Cf. Arrian. De Expedit. Alex, M. , llb. II , c/s, édlt. Raphel.

* Apollod., lib. III, c. 1 , § 1.

■'> Saint-Martin, Mémoire* sur l'Arménie , 1. 1, p. 197.

* Iliad. , VI, v. 397 et suiv.

* Lib. XIII, p. 027.

PISIDIENS. PAMPIIYMENS. 1 Y0.1ENS. 187

altribué à un pays dont il dépeint la nature physique que par les Araméens avoisinants ; et si nous le retrouvons hors des pays où régnent les langues sémitiques , il est bien plus naturel de penser qu'il y aura été porté par des émigrants de la Cilicie araméenne. Poursuivons notre marche à l'ouest en longeant les cotes méridionales et occidentales de l'Asie-Mineure , et nous allons retrouver à chaque pas des vestiges de celte antique extension des tribus de sang araméen.

La frontière occidentale de la Cilicie touchait à la Pisidie, que la Phrygie bordait au nord, et à l'ouest la Lycie et la Carie. La Pisidie était une région non moins montagneuse que la Cilicie ; les habitants étaient cités comme une race a la fois grossière et belliqueuse (0. La tradition constante de l'antiquité * les identifie avec les Solymes mentionnés dans Homère, et dont Bocharta bien prouvé la parenté avec les Phéniciens, conséquemment avec les Araméens qui appartenaient à la même famille 00.

Le nom de Pamphylie que portait la partie maritime de la Pisidie ne désignait pas proprement un pays distinct. Hérodote rapporte l'origine du peuple qui l'habitait à des fugitifs échappés ù la ruine de Troie (») ; leur nom môme atteste que ce peuple n'était qu'un mélange d'hommes d'origine probablement diverse (*).

La Lycie, qui dans notre périple succède à la Pisidie, occupait celte presqu'île montagneuse que projctle sur la Méditerranée la côte sud-ouest de l'Asie-Mineure , et où l'on fixait le point de départ de la longue chaîne du Taurus. Aucun passage des anciens ne peut nous éclairer directement sur la langue lycienne; mais les explorations d'un voyageur moderne ont fourni quelques lumières à cet égard (»). H a été reconnu que

* Strab., lib. XII, p. 570. Arrian. Exped. Alex. M., lib. I, c. 28. Tit.- Liv. , lib. XXXVIII , c. 15.

* Chanaan , lib. I , c. 6. — Nous reviendrons sur ce sujet , ci-après, ch. 2. » Lib. VII, c. 91.

t C'est ce qu'exprime le mot DajjupûXioi.

5 Ch. Fellows, A Journal written during an Excursion in Asia-Minor, 1838. Lond. , 1839 , in-8 ; et du même : An Account of Discoveriet in Lycia, 1840, Loud. , 1841, in-8. Sur ces deux relations, particulièrement remarquables au point de vue archéologique , voy. un savant article philologique de M. Grolefend, dans le Zeittchrift filr die Kunde des Morgenlandet de

188 ASIE-MINF.I RE.

par son alphabet, de même que par ce que l'on connaît de son vocabulaire, le lycien se rattachait aux dialectes parlés anciennement sur toute la côte méridionale de F Asie-Mineure , dans la Pisidie et la Cilicie. De nombreuses synonymies dans la nomenclature géographique ont confirmé ce résultat (0. Toutefois, il ne faudrait pas prendre cette donnée générale dans un sens trop exclusif. Si, comme tout l'indique , la langue araméenne dominait dans la Lycie (2), il y avait certainement eu là, de même que dans les pays avoisinants, d'autres éléments de population distincts de l'élément araméen. Que les tribus dont nous avons signalé précédemment l'extension sur toute la côte ouest de la Péninsule se soient anciennement avancées jusque dans les vallées de la Lycie et même de la Pisidie , c'est ce qui nous parait hors de doute , tant y sont nombreux les ' indices de leur présence. Le nom même de la contrée nous reporte vers la Thrace , vers ce foyer d'où rayonnèrent à la fois et les vieux cultes pélasgiques et les migrations de la race blonde sur le pourtour entier de la mer Égée (8). Mùl-

C. Lassen , t. IV, p. 281 et suiv. Conip. Saint-Martin , dans le Journal des Savants, 1821 , p. 235 et suiv.

1 Grotefend, art. cité , p. 300. Cp. Raoul-Rochette, dans le Journ. des Sav., juillet 1862, p. S87.

* Il paraît qu'une portion de la Lycie , aux environs de la rivière de Limyra , avait gardé le nom de Terre des Phéniciens, «Pomxoç ë$o< (Quint. Smyrn. , Posthome rie. VIII, 106. Strabon connaît dans le canton un mont Phœnicum (11b. XIV, p. 606 C).

3 Les éruditsont beaucoup discouru sur l'élymologie du nom de la mer Égde (Voir Sam. Bochart, Canaan, lib. I, c. 13. Cf. Varro De linguâ latind, lib. VI , 2) ; il nous parait que c'était aller chercher bien loin ce qui s'offre de soi-même. Ai^alov se rattache évidemment à un radical commun a toutes les langues de la famille hindo-germanique, et qui signifie eau. Le grec primitif avait irf % (Scaliger, ex. 725) , en rapport étroit avec Vaqua des Latins et ses nombreux dérivés , parmi lesquels notre mot aiguière conserve une forme très-rapprochée de Yaïgaïon hellénique. Le grec classique a de nombreux déri vés de l'ancien radical : atyiaXt; , plage , ai^U , tempête , aîylç (dorique), vagues de la mer(allem. wogen; — comp. notre mot voguer). neViyiacst la hauto mer, Vœquor des Latins. On le retrouve encore dans la première syllabe du nom même de l'Océan, Qx-eavô;, nom dont la plus ancienne forme parai* avoir été Qv-f.v (Lycophron Cassandra, v. 230 ; Hesychius : Û^v, Qxeavôç), d'où peut-être haie, défense, clôture, ce qui ceint, ce qui entoure; lo

Sin LE NOM t>ks LVC1ENS. 180

Kt (0 a rapporté au culte d'Apollon l'origine de ce nom de Lycie (Auxta, que l'on prononçait Lukia ou Loukia) et des njtres dénominations géographiques qui eurent pour base le môme radical Xux , luk (»); peut-être ce rapprochement ainsi généralisé s'étend-il trop loin, et le nom du loup, >ôxoç (loukos) a-t-il servi dans plus d'un cas à désigner directemême radical se montre encore, sous cette forme 6g , dans coy-upt; , étang; de r.:6me que sous sa forme Colique ou latine il existe pur dans lac, l'eau par excellence. Diodorc dit qu'Ùxsavi; fut originairement le nom de l'eau dans son acception la plus générale, {Biblioth. I, 12). N'oublions pas de remarquer que ALystio; , l'Aquatique , était un des surnoms du Neptune hellénique (Phérécyde, dans le Schol. d'Apoll. I , v. 831), et qu'Alyaicov (vulgairement ^Egaeon) était aussi un des noms du Titan Briarée, qui demeurait dans lamer (Schol. Apollon. Rhod.I, v. 1165). Si maintenant nous remontons vers la source d'où les langues du Midi de l'ancienne Europe durent tirer ce radical ak ou og (que l'on a cru reconnaître aussi dans les langues sémitiques; v. à ce sujet Bochart, Chanaan% c. 36), nous trouvons d'abord, dans !cs groupes intermédiaires, le vieil allemand ach, aach, aujourd'hui inusité, mais qui se montre dans une foule de composé» géographiques; l'islandais a'ig , l'irlandais uisg, les particules anglaises isky ex y ox, usJfc, attachées à une foule de noms de rivières; le gothique ahwa; puis enfin, centre commun de ces nombreuses dérivations, le sanskrit oghay eau, fleuve, torrent. Ogha , dans la mythologie pourânique, est l'Océan (&2y^v, ûxeav-fcç) , le père commun des eaux sacrées qui descendent du Mérou (Wilford, dans les Mat. lies. VIII, 321, 350). Oughy âg, àoug, ou ôg, eau, existent encore dans quelques-uns des dialectes grossiers de dérivation sanskrite qui se parlent dans les montagnes du N.-O de l'Inde (Burnes, Voy. à Boukhâra, t. III de la trad. fr., p. 165; T. Vigne, Travels in Kashmir, Ladak, Iskardo , vol. II, p. /J36-37. Cf. les vocabulaires annexés par le lieutenant R. Lcech à son Epitome of the Grammairs of the Brahuiky , the Jialochky and the Panjâbi languages, dans le Journ. of the Asiat. Soc. of Bengal, t. VII, 1838 , p. 728, 731 , 782 et 784). Enfin (nous devons cette remarque à M. Troyer, le savant traducteur des annales du Kachmlr), le sanskrit lui-même a encore, avec la même signification , le mot oud-ak-oum , remarquable en ce qu'on y retrouve à la fois l'Oôcop des Grecs et le aq des langues tculoniqucs et pélasgiques. Nous laissons à ceux qui font de la philosophie des langues une étude spéciale à montrer par quel lien ogha se rattache au sanskrit agh, aller, se mouvoir (comp. le grecûxùo, et à rechercher par quelle loi de transformation le primitif ogh ou agh s'est changé en ap ou db dans une foule de langues Intermédiaires.

1 Dorions , t. I , p. 248. Nous citons la traduction anglaise , où il y a d'importantes additions fournies par l'auteur lui-môme.

* Auxaïoç , loukalos , était un surnom d'Apollon ; l'origine en est Incertaine. L'étymologie qui rapproche cette épithète du mot Xûxv), aube du jour, lumière, lux, est assurément la plus vraisemblable.

ment un canton où les loups abondaient (0. Ce qui est certain, au surplus, c'est que les noms de rivières, de montagnes, de villes et de cantons formés du radical Xux se reproduisent en grand nombre partout où les tribus pélasgiques delà Thraceont porté leurs migrations (»). Ceci est un point qui demanderait, comme tout ce qui se rattache aux questions encore si obscures des origines helléniques , de profondes recherches et de longues discussions étrangères à notre sujet actuel. Au surplus, voici sur les origines lyciennes le rapport d'Hérodote, que rien ne nous autorise à rejeter, au moins dans ses circonstances essentielles ; seulement il ne faut pas perdre de vue que ce récit traditionnel remonte jusqu'aux temps mythologiques. « Les Lyciens , dit l'historien , sont connus de toute antiquité pour être originaires de Crète , car il est certain que cette île fut autrefois occupée entièrement par des barbares. Dans la guerre qui éclata entre les deux fils d'Europe , Sarpédon et Minos, pendant qu'ils se disputaient la royauté , Minos, vainqueur, chassa de l'île Sarpédon et son parti. Ceux-ci passèrent alors en Asie , et vinrent habiter le territoire de Milyas W , celui positivement que les Lyciens occupent aujourd'hui et qui autrefois s'appelait ainsi. Les Mylicns ont aussi porté le nom de Solymes; mais pendant le temps que Sarpédon régna sur cette contrée, ils prirent celui de Termiles, sous lequel les Lyciens sont encore connus des peuples qui leur sont limitrophes. Enfin,

» Voy. un passage deThéocrite , Idyl. XXV , v. 18û.

* Dans la Lycie troyenne (ci-après, ch. III) , dans la Lykaonie (ou plutôt Lukaonte), dans la Lukorie du Parnasse, dans la Lucanie de l'Italie ancienne, etc., etc., toutes localités originairement peuplées par les Pélasghes. {V oy. Apollodore, liv. III., ch. 8, Si). Les Lupercales du Rome, ou fête des Loups, selon l'interprétation latine, étaient originaires de PArcadie, région pélasgique (Tit. Liv. 1 , 5). Le même radical se reproduit dans* une foule de noms de Tilles et de rivières de l' Asie-Mineure , de la Grèce, de la Thrace et de l'Italie ; mais pour plusieurs au moins des rivières dans le nom desquelles on le rencontre, il parait avoir emporté seulement l'idée de force et d'impétuosité [Voy. un passage de Quinte-Curcc , liv. III, ch. 1). C'est ainsi qu'en une foule d'endroits, l'expression Xûxot, les loups, est employée par Lycophron dans le sens d'hommes féroces, rapaces, sanguinaires. Cassandra, v. 12, 48, 1293, 1300, etc.

» Bochart nous semble dériver fort heureusement le nom de Milyas de l'ai améen W^flC » Heux montagneux; Chanaan , lib. I , c. 6.

«iAÏUENS. LtLfcCUES.

lorsque Lycus, flls de Pandion , fut à son tour chassé d'Athènes par son frère jEgée, et vint se réfugier chez les Termiles , près de Sarpédon, les Terni îles finirent par adopter de Lycus le

nom de Lyciens (0 h Voici trois populations successives

positivement indiquées : Tune , la plus ancienne , se rattachant aux Solymes que nous savons être de souche araméenne ; l'autre, sortant de Vile de Crète et imposant aux habitants antérieurs le nom de Tcrniiles; la troisième, enfin, venue du continent pélasgiquc et apportant avec elle le nom le plus récent , celui de Lycie. La parenté ethnologique de celle-ci ne saurait être douteuse ; mais il reste incertain , au milieu de l'obscurité de ces vieilles traditions où la mythologie se mêle à l'histoire , si la seconde appartenait aux Phéniciens qui occupèrent primitivement la Crète , ou aux tribus de souche hellénique qui s'y établirent à une époque moins ancienne^*). Quoiqu'il en puisse être, il n'y a toujours en présence ici que deux races , la race du nord et celle du midi , que nous voyons en contact dès les plus anciens temps dans toute la région de la mer Égée , où les avait amenées leur extension simultanée vers de nouveaux établissements. Il y a apparence aussi que des tribus de la côte nord-est de la Péninsule avaient poussé jusqu'en Lycie leurs courses vagabondes-, car on y voit un peuple de Latons (3), dont le nom semble nous reporter vers les Halysons de la haute Cappadoce , sinon jusqu'aux Lazes de la côlepontiquc.

La Carie succède immédiatement à la Lycie vers l'ouest , occupant l'angle extrême de l'Asie-Mineure , sur les deux mers dont l'île de Rhodes marque ici la limite, au sud la Méditerranée proprement dite, à l'ouest la mer Kgée. Au nord , la Carie est séparée de la Lydie par la moitié inférieure du cours du Méandre.

Les Carions, au rapport d'Hérodote et do Thucydide, avaient d'abord occupé sous le nom de Lélèghes les iles de la mer Egée y

« Herod. 1, 173. Cf. Strab. Ilb. XII , p. 573.

» Sur les premiers temps de la Crète , on peut voir Clavier, Hist. des premiers temps de la Grèce, 1. 1, p. 6 et suiv., 576 et suIt. 1- édlt. ; Raoul- Roehettc, Uist. des colonies grecques, t. II, 132; et surtout la savante monographie de Ch. Hoeck, Krela, rlc. Gœtttng. 1829-39, in-8 , 3 v.

» Herod. III, 90; VII, 77.

192 ASIË-MINEltlË.

ils en furent expulsés, en partie par Mi nos, roi de Crète, en partie par les successeurs de ce prince, et se virent contraints de se fixer sur le continentO). « C'est là du moins ce que les Cretois rapportent des Cariens, ajoute Hérodote-, mais ceux-ci ne sont pas d'accord avec les premiers. Ils prétendent être autochtones du continent, et avoir toujours eu le même nom qu'ils portent aujourd'hui. Ils allèguent en preuve l'ancien temple de Jupiter Carien, dans le territoire des Myîasiens, qui leur est commun avec les Mysiens et les Lyciens, comme du môme sang que les Cariens, Lykos et Mysos ayant été, suivant eux , les frères de Carès. C'est par cette raison , disent-ils, que ce temple leur est commun , tandis que d'autres peuples , quoique parlant la même langue que les Cariens, ne participent point à cette communauté. >» Homère nomme parmi les auxiliaires de Priam les Cariens et les Lélèghes; mais il en fait deux peuples entièrement distincts, l'un habitant, loin de Troie, les monts ombragés de Phthire, les rives du Méandre et les sommets élevés de MycaleOO; l'autre occupant, sur la côte même de la Troade, les rives du Satnios et la ville de Pédase(3). L'autorité du poète, et on sait combien elle a de poids dans les recherches d'antiquités historiques , vient donc ici à l'appui de ceux des anciens logographes qui parlaient des Lélèghes comme d'un peuple différent des Cariens , bien qu'ayant été associés à ceux-ci dans leurs courses de piraterie»». Jl est probable en effet que ce furent deux tribus originairement distinctes, quoique appartenant l'une et l'autre à la grande famille thracique. D'un coté, les premières traditions mythologiques de la Grèce rattachent Lélex , père de la tribu, à la tige des Deukalionides, d'où sont sortis les Hellènes ; et d'une autre part les Cariens, on vient de le voir, se disaient eux-mêmes frères des Mysiens , dont l'origine thracique est certaine. Les traditions historiques de l'Hellénie faisaient descendre les jEtoliens des vieux Lélèghes, origine que

1 Herod. I, 171 ; Thucyd. 1,4,8. Add. Strab. XIV , 661 , et Pausan. VII, 3. Il s'agit ici , d'après la chronologie des Marbres de Paros, d'une époque antérieure de plus de deux siècles à la guerre de Troie.

* II. II , v. 867.

» II. XXI, v.87. Cf. X,v. 420.

Strab. lib. VII, p. 321.

CAIUENS

ne démentait pas l'humeur indomptable et le penchant inné à la piraterie qui distingua longtemps les jEtoliens parmi les peuples de la Grèce (*).

Au reste , on croira difficilement qu'à leur arrivée sur le continent les Cariens aient trouvé le pays inoccupé. Quand depuis longtemps le midi de la Péninsule était couvert de tribus araméennes, la Carie seule n'était sûrement pas restée déserte. Mais ce qui ne serait, en l'absence de preuves directes, qu'une supposition plus ou moins probable , prend un caractère tout à fait certain dès que l'on étudie de près la topographie carienne pour en découvrir les origines étymologiques. Nous ne recommencerons pas ici ce travail que d'autres ont fait avant nous (2) 5 l'origine araméenne ou phénicienne d'une partie des dénominations de l'ancienne géographie du pays que les Cariens occupèrent des deux côtés du Méandre , n'est plus un fait douteux. Nous ne prétendons pas garantir , toutefois, et même nous sommes loin d'admettre indistinctement toutes les étymologies proposées ; mais en rejetant ce qui paraît contestable , il reste encore un nombre assez grand d'applications auxquelles ne peut se refuser la critique la plus sévère, pour que notre conviction trouve à s'asseoir sur une large base. Ajoutons que la côte ionienne , où les Cariens avaient antérieurement habité , avait une ancienne ville dont le nom d'Érythrai rappelle à la fois et la plus ancienne demeure et le nom primitif des Phéniciens W; d'autant plus que le port d'Érythrai portait le nom particulier de Phœnicus (*). No-

4 Dicaearchus, Descr. Grœc. v. 71 ; Thucyd. III, 94; Polyb. IV, 3, 67; XVII, 5, XXX, 14, et passim. Dionys. Halle. I, 3. TU. Liv. XXXIV , 24; etc.

2 Bochart, Chanaan , lib. I, c. 7. Dupuis, De l'influence que les habitants des îles du golfe Persique , des côtes méridionales de la Perse et de la Caramanie ou du Kermdn, jusqu'à V Indus, ont eue sur l'Europe et sur l'Asie-Mineure. 1800. Dans les Mém. de l'Instit., classe de Llttér. et Beaux-Arts , t. V, an XII , p. 21. Il ne faut lire ce mémoire de Dupuis qu'avec une extrême circonspection.

a Phénicien est synonyme d'Érythréen. L'un et l'autre signifient rouge, et tous deux semblent se rattacher à la mer Érythrée ou mer Rouge (nom primitif de l'Océan Indien), d'où les Phéniciens étaient originaires. — L'Élolie grecque avait aussi sa ville maritime d'Érythra (Tlt. Liv. XXVIII, *); et un peu plus haut , sur la côte d'Éplre voisine de Corcyre , il y avait un port de Phœnikc.

*> Tit.Liv.XXXVI,45.

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