‹ Description historique et géographique de l'Asie Mineure, comprenant les temps anciens, le moyen age et les temps modernes, avec un précis détaillé des voyages qui ont été faits dans la péninsule, depuis l'époque des croisades jusqu'aux temps les plus récents; précédé d'un tableau de l'hstoire géographique de l'Asie, depuis les plus anciens temps jusqu'à nos joursChapitre 89 sur 189 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

L'Asic-Mineure d'Homère. — Époque de la guerre de Troie. 1 1209 ans avanl Jésus-Chrisl. )

Quoique les notions fournies par Homère sur la grande région qui fut nommée dans la suite Asie-Mineure soient, dans leur ensemble, plus étendues, plus détaillées et plus précises que celles dont l'exposé est contenu au chapitre précédent , elles peuvent néanmoins donner lieu à la même remarque générale : c'est qu'à peu près exclusivement limitées au pourtour maritime de la Péninsule , elles ne pénètrent pas encore dans l'intérieur. Xé dans l'Ionie, sur les bords de l'Égce, Homère connaît surtout la côte si pittoresquement découpée que baigne cette mer depuis l'Hellcspont jusqu'à Uhodes. Au delà de l'IIellespont, sur les parties du nord que bordent la Proponlide etl'Euxin, ses informations s'affaiblissent à mesure qu'elles s'éloignent des pays occupés par les peuples thraciques ou pélasgiques ; au Midi , sur la mer de Cypre, elles sont plus vagues encore et plus incertaines.

Il ne faut pas perdre de vue que ces notions, et les limites où elles se renferment , appartiennent à l'époque de la guerre de Troie, et non au temps même du poète. Homère, qui vivait trois cents ans après les événements que ses chants ont immortalisés, qui, de plus, demeurait au centre des villes commerçantes de la côte ionienne , et qui avait lui-môme voyagé dans plusieurs parties de la Méditerranée orientale, Homère devait connaître les côtes méridionales, et peut-être aussi quelques parties intérieures de la Péninsule, plus particulièrement que ses vers ne l'indiqueut. Mais par un admirable sentiment de la vérité historique, il n'a consigné dans ses poèmes que les notions propres au siècle' d'Achille, de même que dans tous les

TROADK D'BOMÈRE.

détails de sa nomenclature géographique il se reporte avec soin aux mêmes temps, faisant complètement abstraction des changements que trois siècles avaient opérés dans l'état des contrées qu'il décrit. C'est ainsi, parmi d'autres exemples, qu'on ne trouve ni dans l'Iliade ni dans l'Odyssée nulle trace des colonies helléniques que les côtes aegéenncs de l'Asie -Mineure avaient vues se former au milieu des troubles dont la Grèce fut agitée dans le siècle qui suivit la guerre de Troie.

C'est sur le théâtre même des combats de l'Iliade, sur la plaine troyenne et les cantons limitrophes, que les ouvrages d'Homère fournissent surtout de riches détails. A la touche vivante et pittoresque du poète, Homère joint ici la scrupuleuse exactitude du géographe. Il ne décrit pas, il peint ; mais les tableaux que son pinceau trace sont toujours d'une admirable fidélité. Chez lui , l'imagination sait tout embellir sans rien altérer. Pas un trait qui ne sorte du fond des choses; pas une épithète qui ne soit fournie par la nature môme. Tous les voyageurs ont d'une voix unanime rendu témoignage de celte exactitude minutieuse des descriptions de l'Iliade; et Ton peut dire avec vérité que les connaissances que môme aujourd'hui nous possédons sur la Troadc ne dépassent pas celle qu'Homère en avait acquise.

La plaine fertile à laquelle la ville de Troie donne son nom CO, et les vallées qui versent leurs eaux dans l'Hellespont, sont dominées par les crêtes de Vida, chaîne aux mille sources dont les gorges profondes nourrissent des animaux féroces Le pic élevé du Car gare couronne les sommités de l'Ida , — le Gargare , au tel parfumé de Jupiter, séjour aimé du redoutable dieu aux foudres retentissantes (3). Une chaîne boisée qui s'adosse au Gargare vient aboutir au Lekton , promontoire avancé que le pays

1 Mad. IX , 329.

* id. 11,821; XI, 183; XII, 20; — MU, fl7 ; XIV, 157; — XV, 151. Le nom à' Ida , qui appartenait aussi à une montagne célèbre de l'Ile de Crète , dérive évidemment d'une racine qui se retrouve à la fois et daus Yyidon des t'Ittniciens, seigneur, maître (Adonaï), et dans l'Ëtôo; des Grecs, forme, beautc , stature ; — dans les deux cas, emportant l'idée de ce qui domine, de

qui excelle par la puissance ou la grandeur.

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