‹ Description historique et géographique de l'Asie Mineure, comprenant les temps anciens, le moyen age et les temps modernes, avec un précis détaillé des voyages qui ont été faits dans la péninsule, depuis l'époque des croisades jusqu'aux temps les plus récents; précédé d'un tableau de l'hstoire géographique de l'Asie, depuis les plus anciens temps jusqu'à nos joursChapitre 97 sur 189 · ÉOLIENS, IONIENS · texte numérisé non relu

ÉOLIENS, IONIENS

quels ils séjournèrent pendant près de deux générations. Mais soit qu'une province naturellement peu fertile n'ait pu suffire plus longtemps à cet accroissement de population, soit, comme le rapportaient les chroniques athéniennes , que des rivalités et des dissensions eussent déterminé quelques-uns des chefs à aller chercher au dehors une nouvelle patrie , il est certain qu'une nombreuse émigration, principalement composée d'Ioniens, traversa l'Égce environ cent trente ans après la guerre de Troie, et vint aborder sur les rivages de l'Asie au sud du territoire déjà occupé par les Éoliens.

L'établissement ionien sur la côte asiatique s'étendit depuis le Hermos jusqu'au Méandre, bordant ainsi tout le territoire méonien , qui prit plus tard le nom de Lydie. Cette côte était déjà en partie couverte de peuplades cariennes, que les nouveaux arrivauts refoulèrent ou exterminèrent. Maîtres de ce beau pays, ainsi que des îles avoisinantes deKhios et de Samos, les Ioniens s'y bâtirent douze villes, en mémoire, dit Hérodote, des douze cités qu'ils avaient autrefois habitées dans le Péloponèse. Ces douze villes ioniennes, qui devaient s'élever rapidement à un haut degré de splendeur et de richesse, furent Kphèse, Milet, Muous, Lebedos, Kolophôn, Priênê, Téôs, Lrythrées (Éruthrai), Phocée (Phôkaïè), Klazomenes, Khios et Samos: les dix premières sur le continent , toutes au voisinage de la côte; les deux dernières dans les deux îles du môme nom O. Plusieurs existaient avant l'arrivée des Ioniens; ceux-ci les agrandirent sans doute, ou les relevèrent de leurs ruines. Smyrne et Magnésie, enlevées à la ligue éolienne, furent comptées par la suite au nombre des villes de l'ionie.

Moins considérable que les deux précédentes, la troisième immigration est aussi d'une date un peu moins ancienne. Quoique depuis le commencement du onzième siècle des colonies isolées de race dorienne, exilées par diverses causes du continent hellénique, eussent abordé à des époques successives sur les côtes de la Carie , ce fut seulement trois générations euvirou après la migration ionienne, ou vers l'an 1000 avant notre ère,

1 Herod. VII, 94; 1, 142, 145, 146; Pausan. Ub. VII, c. 1 à 5. RaouJ-Rocbette , Hist des colonies grecques , t. III , p. 03.

264 ASIE-MINEURE. [10e SIÈCLE AV. J.-C.

que s'y forma le gros de rétablissement dorien. On y comptait six villes principales, fondées ou agrandies par les Doriens: Knide et Halicarnasse sur le continent, lêlusos, Kameïros et Lindos dans l'île de Rhodes, et Kôs dans File du même nom.

Ainsi , dans l'espace de deux siècles, à partir de l'ère célèbre que marque la guerre de Troie au sein des temps héroïques, la côte occidentale de l' Asie-Mineure s'est couverte dans toute son étendue de colonies sorties de l'Hellade et formant une triple confédération sous les nomsd'Éoliens, de Doriens et d'Ioniens, les premiers au nord, les seconds au sud, les derniers au centre de la côte. Chacune des villes qui composaient ces trois fédérations helléniques de l'Asie formait un petit État indépendant et tout à fait distinct , se gouvernant par ses propres lois e! par ses magistrats, soitsous la forme monarchique qu'une partie au moins d'entre elles conserva dans les premiers temps de la migration à l'exemple de la mère patrie , soit sous la forme démocratique ou oligarchique que toutes ne tardèrent pas à adopter. Le lien qui unissait respectivement entre elles les cités des trois fédérations avait un caractère plus religieux encore que politique; ou plutôt le lien politique n'était ici que l'extension et le résultat du lien religieux. Ce caractère primitivement religieux se manifeste dans le nombre douze qui préside aux premiers établissements des Éoliens et des Ioniens (0 : nombre mystique qui réglait de même l'organisation fédérale des Pclasgbes- Akhaïens du Péloponèse, et que les Pélasghes-Tyrrhéniens avaient aussi porté avec eux au fond de l'Italie. Le même caractère se retrouve dans la forme des assemblées générales des trois fédérations ; c'est un temple commun qui , pour chacune d'elles, en est à la fois le centre et le symbole (2\ Longtemps avant elles, les Mysiens, les Cariens et les Lyciens, premiers habitants thraciques de cette région de la Péninsule, avaient aussi , nous l'avons vu , consacré par la communauté du temple et du sacrifice le souvenir de leur fraternité originaire.

Nous avons dit que la diversité des dialectes était un des traits

1 L'histoire ne nous dit pas par quelle cause la fédération dorienne s'arrêtait à la moitié de ce nombre.

* Herod. I , U3 à 148. L'historien ne fait cependant pas mention d'un temple commun pour les Éoliens. Voy. c. 157.

Page 1