‹ Description historique et raisonnée d'une collection de tableaux des écoles italienne, flamande, hollandaise, française et espagnole, appartenant à mesdames Dumont de FrainaysChapitre 14 sur 44 · GENRE FAMILIER · texte numérisé non relu

GENRE FAMILIER

Les peintres proprement dits histoire ont traité aussi le genre que l’on appelle familier^ parce qu’ils peuvent tout peindre , ainsi que nous l’avons déjà exprimé ; que le genre familier procède du genre historique , et qu’il est reconnu qu’un bon peintre ne doit emprunter aucun secours étranger pour faire un tableau.

PHILIPPE , DIT LE Napolitain.

55. Ce petit tableau expressif, d’un coloris vigoureux, représente, dans un fond de paysage, un savetier sur le devant de sa porte , raccommodant la chaussure d’un jeune paysan; celui-ci se chausse avec le soulier que l’on vient de restaurer. La femme du savetier sort de la maison pour quereller son mari , qui rit de tout son cœur. Dans le fond, et sur le second plan de cette scène plaisante , on voit un groupe de cinq gueux déguenillés , qui jouent aux cartes , et plus loin, une jeune fille qui porte un vase sur sa tête. A la manière dont ce tableau est composé, à l’effet qu’il produit, et à la manière dont il

est peint, il est facile de s’apercevoir- que Philippe le Napolitain peignait le genre historique.

• Jea.n miel. (École flamande.) • "

Jean Miel , dont les petits tableaux sont très estimés, est né près d’Anvers en 1099; étant à Rome et jeune encore, il entra dans l’École d’André Sacchi.; Il fît quelques copies d’après les grands: maîtres,: et peignit ensuite plusieurs tableaux pour les églises de Rome : on admire surtout celui, de la galerie de Monte Camllo^ouWdi Yei^vé^exiléMoïse frappant le rocher.

Un grand peintre sait se plier à tous les- genres , et il arrive souvent qu’un homme habile dans Je genre qu’il a d’abord suivi , par un goût dominant que lui inspire, son génie, change inopinéntent de manière de faire : c’est ce qui est arrivé à Jean Miel. Malgré ses talens pour l’iiistoire , et ses' nombreux succès, il se mit à son chevalet avec des idées plus riantes, et produisit un nombre considérable de petits tableaux dans le genre grotesque et familier qui lui firent autant d’honneur què ses beaux ouvrages historiques. Le délicieux tableau de ce maître que nous possédons en est un exemple. .

56. A l’entrée d’un cabaret de ^nllage, placé au bord d’une route , ét sur le devànt d’un fond de paysage, on voit une halte de paysans voyageurs qui ont mis pied à terre pour se désaltérer. Plus loin et au-delà du tertre, deux voyageurs à cheval

s’éloignent du iieu où se passe cette jolie scène champêtre.

Maintenant, si vous jugez le tableau de Jean Miel, vous reconnaîtrez le peintre d’histoire dans l’agencement de la composition ; vous verrez un coloris fin et précieux, un ciel qu’il a peint clair pour faire valoir les couleurs vigoureuses et transparentes des personnages qui occupent le devant de la scène; vous admirerez la fraîcheur des tons; vous ne négligerez pas le cheval blanc qu’il a opposé à un âne brun chargé d’une draperie rouge , que l’on peut regarder comme la clef de l’harmonie générale de ce charmant tableau ; vous ne serez pas moins enchanté des poses naïves et de l’expression naturelle des personnages.

Jean Miel , comblé d’honneurs , mourut à Turin en 1664, à l’âge de soixante-cinq ans , laissant après lui la réputation d’un grand peintre.

^ CoRNELis BEGYN ou BÉGA.

\ (École hollandaise.)

Cornelis Begyn , né à Harlem de Pierre Begyn , sculpteur distingué de cette ville, fut le plus habile des élèves d’Adrien Ostade, dont il imita la manière. Son genre était de représenter des assemblées de paysans , des conversations , des fêtes de village , et d’autres sujets semblables. 11 mourut de la peste à

Harlem , le a y août 1664 > dstiis la force de son âge: on ignore Fépoq^ue de sa naissance.

Le tableau de Begyn que nous possédons est un des plus finis de ce maître ; il représelite une Fête villageoise composée de vingt-neuf figures. Au centre de ce tableau, on voit uneiaLle et des bancs de bols placés devant une chaumière de paysan : elle est entourée d’arbres et de feuillage. Dix personnages dans diverses postures et attitudes sont placés autour de cette table. Une femme de la bande, vêtue de blanc , debout et tenant à la main un verre , chante et montre un commencement d’ivresse ; la gaîté se peint sur son visage , ello rit de voir son mari que la chaleur du vin a mis à ses pieds, ne pouvant plus se soutenir sur ses jambes. Df autres individus, hommes et femmes, se livrent à la joie. Au hout et près de la table , un jeune garçon en veste grise et vêtement brun danse avec une jeune fille vêtue d’un cofôet brun et d’un cotillon rouge. Voyez la pose du danseur ^ qui, malgré sa naïveté; n’est pas dénuée de grâce ; celle de la danseuse , plus naïve encore , indique la timidité de l’innocence villageoise. D’autres paysans forment aussi divers groupes autour de la chaumière, soit en dansant ou en gesticulant. Dans le coin, à gauche, se trouve le cabaret et un homme endormi.

Une butte verte et une tour qui s’élèvent à peu de distance de la chaumière forment le fond de ce charmant tableau , dont vous remarquerez la variété

des expressions, soit du geste ou du visage, ainsi que ia finesse du coloris. Begyn n’a pas surpassé son maître ^ mais il l’a quelquefois égalé ; il observait scrupuleusement la nature ; il règne une gaîté franche dans ses compositions , dont les sujets sont toujours pris dans la basse classe de la société.

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