GENRE DIT LE PORTRAIT
Nous sommes convenus qu’en bonne théorie on n’admettait aucune distinction dans l’art de peindre,' parce qu’un peintre doit tout imiter. Dans les beaux temps de l’art , le même artiste peignait indistinctement l’histoire , les scènes familières , le portrait , le paysage, les -fleurs, les fruits, etci L’histoire des peintres nous en fournit la preuve â chaque page. Ici, ce n’est point un peintre d’histoire ou de portrait qui a peint celui qtie noUs allons décrire , mais un peintre de paysage et d’animaux qui ne s’est jamais occupé du genre historique, et qui cependant
a fait un chef-d’œuvre. ^ -
Alrert GUYP. (École hollandaise.)
38- Beau portrait ‘peint sur bois et de grandeur naturelle, représentant un ministre de l’Église réformée. Il est vêtu de noir, vu à mi-corps, et figuré assis dans un fauteuil , devant uné table cou-
une paire de lunettes. On admire l’attitude simple du personnage, la vérité des chairs et riiarmonie générale du coloris. C’est un de ces tableaux rares qui méritent l’attention des connaisseurs : il est signé par son auteur, A. B. Cuyp, i5go.
5g. Mirvelt, né à Delft en i568, fut le meilleur élève de Blocklandt , et le plus habile peintre de portraits de son temps. Celui que nous possédons est un des plus beaux qu’il ait jamais faits. On croit qu’il représente la belle princesse de Nassau, femme du grand capitaine Maurice de Nassau , prince d’Orange, gouverneur des .Pays-Bas. « La vie de ce statbouder , dit l’abbé Raynal , fut une chaîne rarement interrompue , de combats , de sièges , de victoires ; il possédait la guerre en grand, maître et la fit toujours en héros, etc. » On lui reproche la mort du républicain Barneveld, qui s’était opposé à ses vues sur la souveraineté de la Hollande^ : il lui fît trancher la tête en 1619. Maurice de Nassau mourut de douleur, en 162 5, à l’âge de cinquante-cinq ans, de voir l’Espagnol Spinola maître de Breda, après en avoir fait le siège pendant six. mois.
Le portrait que nous avons sous les yeux est d’une beauté rare, d’un coloris suave, fin et éplatant ; ce
Michel MIRVELT. (École flamande, )
n’est plus de la peinture, on voit le sang circuler sous la peau, et on ne peut en comparer la perfection qu’à ceux de Rubens , auquel quelques connaisseurs l’ont attribue. Vous ne négligerez pas la beauté des yeux, la touche fine qui dessine les paupières, la jolie forme de la bouche et le coloris rosé des lèvres, et encore la délicatesse du nez. Remarquez la perfection de cette robe de satin blanc avec ses manches plissées régulièrement, de cette jupe de soie noire moirée , et de ce manteau de la même couleur, d’une autre étoffe. Voyez la légèreté des cheveux, celle de la fraise de gaze qui tourne autour du cou, et aussi le fini précieux des bracelets et des bagues en perles et en diamans que porte cette dame.
Mirvelt commença par étudier l’art de la gravure chez Michel-Jérome Wierinx, fort bon graveur; à l’âge de douze ans , il avait déjà mis au jour des planches dé sa composition qui annonçaient les plus grandes dispositions. Jeune encore, Mirvelt abandonna le burin pour le pinceau ; il reçut des leçons d’Antoine Blocklandt, d’un talent distingué; après avoir produit de fort bons tableaux d’histoire, il s’adonna particulièrement à peindre le portrait, et devint le plus habile peintre du genre qu’il avait adopté. Il passa quelque temps à La Haye pour peindre les princes et princesses de la maison de Nassau. Ceux qui ont écrit la vie de Mirvelt font monter à plus de dix mille le nombre des portraits qu’il a peints : il réussissait surtout dans ceux de femmes.
Ce grand peintre mourut dans sa ville natale, à l’âge de soixante-treize ans , en 1 64 1 •
Martiw FREMINET. (Égolë française.)
4o. Portrait peint sur bois, d’une jeune personne inconnue; elle est vêtue d’un corset rouge ajusté , orné de perles et bordé d’or.
Martin Fréminet, né à Paris en i56'7, fut un peintre d’histoire fort distingué ; il florissait sous Henri iv, qui le choisit pour son premier peintre, et lui donna à peindre la chapelle de Fontainebleau, où il fit seize grands tableaux carrés et vingt-deux ovales, des cariatides et d’autres ornemens. Dans ces productions savantes, on admire des compositions ingénieuses, un dessin vigoureux et un beau coloris. Louis XIII , sous lequel il acheva ce grand ouvrage, le nomma chevalier de l’ordre de Saint-Michel , ordre que ce roi consacra spécialement aux savans et aux artistes. Il mourut à Fontainebleau en 1619, à l’âge de cinquante-deux ans ; son corps fut porté à l’abbaye de Barbeau , où on lui éleva un tombeau.