‹ Description historique et raisonnée d'une collection de tableaux des écoles italienne, flamande, hollandaise, française et espagnole, appartenant à mesdames Dumont de FrainaysChapitre 17 sur 44 · L. FIELING. (École allemande · texte numérisé non relu

L. FIELING. (École allemande

Deux grands paysages sur toile, avec figures et animaux. Dans ces deux tableaux intéressans, onne trouve point l’enthousiasme et le charme de nos peintures hollandaises ; c’est la nature servilement copiée , le peintre n’a pas donné une touche sans l’avoir consultée ; en un mot il l’a prise sur le fait. Le feuillé des arbres, le coloris, le dessin et le mouvement des animaux, tout est positif.

46- Dans un fort joli fond composé de montagnes, de fabriques, de rochers, de verdure, et éclairé par un ciel frais , on voit des vaches , des moutons et des chèvres qui paissent sur un terrain borné par un lac. Sur le devant du tableau , une bergère, occupée à filer, est assise auprès de son troupeau , dont elle a confié la surveillance à son chien. Plus loin, à l’autre bord du lac, on aperçoit deux pâtres qui conduisent un second troupeau.

4y. Ici, c’est une vaste prairie placée à l’entrée d’une forêt qui fait la pointe au centre de cette

même prairie ; des animaux qui paissent et un fond très vaste bordé par des montagnes. Sur ie devant du tableau se trouve un lac au milieu duquel est une vache jaune et blanche; sur le bord du tertre, qui n’est pas loin de ce premier groupe, une vache grise, adroitement placée, sert de repoussoir aux autres. Une quatrième vache couchée, une chèvre qui boit et cinq moutons composent la totalité de ce premier troupeau : plus loin, on aperçoit le second, Le berger, assis sur un tertre, se lave les pieds, et le repos du chien indique le calme parfait du lieu où se passe cette scène champêtre.

Gla^ude gelée, dit le LORRAIN (École

FRANÇAISE ), ET PHILIPPE LAURI ( ÉcOLE ITALIENNE ).

Claude Gelée, plus connu sous le nom de Claude Lorrain, né en 1600, dans le diocèse de Toul en Lorraine, est un de ces hommes extraordinaires qui se forment d’eux-mêmes dans la carrière qu’ils ont entreprise. Sa jeunesse fut indolente ; il n’eut que la nature pour maître ; elle seule lui enseigna Fart de peindre le paysage , pour lequel il semble avoir été créé. Ce grand peintre ne devint réellement habile que par de longues et bonnes études qu’il fit à Rome, oii il passa sa vie entière. Il a fait des marines et des fêtes de village; mais il excellait dans le paysage pastoral.

48- Nous avons un exemple du beau talent de Claude Lorrain dans le seul tableau que nous possédons ; il représente une vue d’Italie prise au soleil couchant. On voit un lac entouré d’un rocher, dont la verdure annonce la plus riche végétation , et des montagnes dans le fond. Au bas de la montagne du second plan, à la droite du spectateur, se trouve une crèche antique et des pasteurs qui mènent boire leurs troupeaux ; des bestiaux qui précèdent ceux-ci sont déjà entrés dans le lac. A gauche , sur un tertre élevé garni de verdures de toutes les espèces , et sur le dernier plan , se dessinent plusieurs arbres touffus formant un groupe considérable qui s’élève à une hauteur prodigieuse.

Sur le devant du tableau se passe une scène intéressante de la fable , composée et exécutée par Philippe Lauri. On voit un groupe de quatre figures, représentant le jugement de Midas. Apollon debout, tenant son luth, est placé devant Midas; près de lui le peintre a personnifié le fleuve qui arrose le beau lieu oîi se passe la scène. On aperçoit ensuite Marsyas aux pieds fourchus , tenant dans ses mains sa flûte aux sept tuyaux ; il est assis sur un tertre auprès de Midas.

Comme on le voit par ce tableau , Claude Lorrain a peint tous les effets possibles de la lumière réfléchie dans les eaux , ou produite par la couleur du ciel meme. Ici , c’est l’effet que produit le soleil immédiatement après qu’il est passé au-dessous de

riiorison; la nature alors semble couverte d’un voile léger et transparent tirant sur le jaune, qui produit l’effet d’une demi-teinte. Comme nous l’avons déjà fait pressentir, ce peintre inimitable a parfaitement rendu sur la toile toutes les nuances fixes et accidentelles du jour. Au besoin, son coloris est chaud, frais ou vaporeux; son pinceau vrai, brillant et harmonieux n’est jamais hasardé.

Si, enfin , j’examine les beaux ouvrages de Claude Lorrain, je veux dire ceux du Musée, et particulièrement celui de notre Collection, j’ajouterai à ma première observation sur l’art de peindre le paysage, que la mémoire , l’imagination , l’attention , et surtout la comparaison, sont absolument nécessaires au peintre s’il veut bien rendre la nature : j’en vais donner un exemple.

Frappé par l’aspect d’une vaste prairie , je suis forcé d’en reconnaître la verdure et l’étendue ; mais si ma volonté me détermine à l’examiner en détail, je la parcours, et je distingue bientôt, outre la verdure, les fleurs dont elle est émaillée; si je veux la connaître encore mieux, je compare entre elles les différentes plantes dont elle se compose; et quoique l’herbe y soit partout de la même couleur, si je compare entre elles les tiges, les feuilles de chaque plante , je reconnais qu’elles sont d’espèces différentes : ces observations se gravent dans ma mémoire, et, soit que j’aie ou non la prairie sous les yeux, je puis , en combinant les différentes données

que l’attention et la comparaison fournissent a ma mémoire, et celle-ci à mon imagination, faire, sur cette prairie , tous les raisonnemens qui résultent directement de ces données.

Si , ensuite , je m’abandonne à mon imagination , je pourrai , en faisant abstraction de cette prairie , conclure de cette grande quantité d’herbes et de fleurs diverses qui la couvrent , que la nature est infiniment variée dans ses productions. J’en conclurais encore que les études qu’un peintre doit faire sont extrêmement étendues; car, après avoir examiné la prairie comme je l’ai fait , je puis la peindre à ma volonté. Il en sera ainsi de toutes les parties qui concourent à former non seulement l’ensemble d’un paysage historique , pastoral ou champêtre , mais aussi de toute espèce de tableau. Ces observations que m’ont inspirées les belles productions de Claude Lorrain , lui sont particulièrement applicables , car il ne donnait jamais un coup de pinceau, et ses tableaux le prouvent, sans avoir scrupuleusement examiné la nature et sans avoir mûrement réfléchi sur ce quelle lui présentait. Ce grand peintre mourut à Rome en 1682.

On allait voir à la Malmaison, dans la galerie de l’impératrice Joséphine , les Quatre Heures du Jour, par Claude Lorrain , dont la beauté surpassait toute imagination. Après la mort de cette auguste princesse, ces tableaux sont passés en Russie; l’empereur Alexandre les a acquis de ses héritiers. L’Angleterre

possède aujourd’hui la majeure partie des tableaux de Claude Lorrain , oh ils sont traduits avec beaucoup de talent par les plus habiles graveurs de Londres. La grande quantité d’épreuves qu’ils en tirent est l’objet d’une spéculation commerciale très avantageuse aux artistes et au gouvernement.

Joseph VERNET. (École fra^nçaise.)

Deux tableaux peints sur toile, représentant un calme et une tempête.

Le génie de Joseph Vernet a ouvert aux peintres une nouvelle carrière dans le genre qu’il a pour ainsi dire créé. Avant lui les peintres de marine flamands ou hollandais étaient regardés comme des maîtres fort habiles, aujourd’hui les peintres français qui peignent le même genre les ont surpassés , parce que les productions de Vernet les ont guidés dans la route qu’ils avaient à suivre. Il ne donnait rien au hasard , tout dans ses tableaux est positif, pris dans la nature, et le plus petit détail est peint avec vérité et précision.

Personne n’a peint avec plus de chaleur et de vérité que Vernet le calme et la tempête , les agitations de la mer et les reflets de la lumière sur une onde tranquille ; il a donné une expression si vraie aux horreurs que présente la mer en courroux , qu’il identifie le spectateur avec la position oh il s’est trouvé lui-même, lorsqu’au milieu d’une tempête

effroyable il se fît attacher au mât du vaisseau pour en admirer les terribles effets. S’il peint des naufrages il touche votre âme par des scènes pathétiques et douloureuses , et aussi par l’accent de son colons et la touche savante de son pinceau.

4q. Près d’un port, que son phare annonce aux voyageurs, et qui est soutenu par une roche qui s’avance dans la mer , et dont la sommité se perd au-dessus des nuages, nous voyons un orage se former. Le ciel s’est complètement obscurci et la pluie tombe de tous les côtés ; quelques alcyons volent et tournent autour du rocher. Déjà la mer est soulevée , ses flots grossis se roulent en écume et se brisent contre une roche qui se trouve à peu de distance du port. Dans le lointain et en pleine mer on aperçoit un navire agité par le vent : on n’est pas sans inquiétude pour l’équipage. Sur le premier plan du tableau se trouve une barque qui a chavire ; et sur la plage cinq matelots qui l’ont amarrée, et qui emploient toutes leurs forces pour l’amener sur le terrain où ils sont. Dans le fond , et sur un ciel orageux, se détachent des montagnes, des rochers et quelques fabriques.

Si, au contraire , Vernet peint le calme de la mer, la scène et le coloris du tableau changent , la tranquillité parfaite prend la place de l’agitation. Chaque passager fournit à l’expression du tableau par une attitude paisible, et le matelot se livre sans crainte au service ordinaire du vaisseau; c’est ce que repre-

sente ie second tableau de Vernet qui fait partie de notre collection.

5o. Autre port de mer, que l’on croit être une vue prise dans ie royaume de Naples , comme semblerait l’indiquer une belle ruine antique qui s’élève sur les bords d’une jetée. La mer est dans un calme parfait. A la gauche du spectateur, et en pleine mer, est un vaisseau pavoisé aux armes de Malte ; il est immobile et ses voiles sont fermées. Au côté opposé on voit une gondole avec un pavillon couvert; le gondolier la dirige vers un tertre ou se trouve une compagnie de quatre personnes distinguées qui se disposent à faire une promenade sur l’eau.

Le premier plan du tableau se compose de plusieurs groupes de gens du peuple qui sont appuyés sur des marchandises, et plus loin , d’un jeune homme vêtu de blanc: il regarde avec attention un pêcheur qui retire son filet de l’eau. Ces tableaux , peints en Italie, nous paraissent être deux grandes études faites d’après nature ; elles sont d’un coloris vigoureux et d’une exécution facile. Vernet, en employant des toiles rouges pour les peindre , n’en connaissait pas encore les inconvéniens.

PEINTRES d’animaux.

L’art de peindre et d’exprimer les passions des animaux appartient plus au peintre d’histoire qu’à

tout autre , aussi ce genre a»t-il été rarement pratiqué isolément. Quel peintre autre que Rubens a mieux rendu l’expression forte et variée des animaux féroces, soit dans le calme, soit dans la fureur! Sneyders et Paul Potter, que l’on regarde comme les plus habiles peintres de ce genre, ne peignaient point l’histoire; et quoique leurs tableaux soient parfaits, ils manquent de cette âme, de ce feu divin qui conduit au sublime, et de cette science parfaite que le peintre acquiert par les études approfondies que nécessite le genre historique. Le seul tableau d’animaux que nous possédons confirme ce que nous disons.

ONDERT - COQ’S. (École hollandaise.)

5 1 • Tableau peint sur bois , r^^présentant des oiseaux de basse-cour, c’est-à-dire un coq, une poule avec ses petits, et une canne avec ses cannetons. On est forcé d’admirer, dans ce tableau, la vérité de ces animaux , l’expression particulière de chaque espèce , la beauté du coloris et l’habileté du pinceau.

Il ne faut pas confondre Ondert-Coq’s , sur lequel on a peu de renseignemens , avec le célèbre peintre Gonsales Goqu’es, né en i6i8, et que l’on surnomma le Petit Vcin Dyck; il mourut en i686.

PEINTRES d’architecture.

L’architecture a fourni aux peintres les moyens d’exercer leurs talens. Elle enrichit le tableau d’histoire ; elle sert à caractériser le lieu oii se passe la scène que le peintre a représentée. Quelques peintres italiens et français se sont particulièrement adonnés à l’imitation des édifices de l’antiquité, des châteaux , des palais et des églises modernes ; mais les peintres flamands et hollandais les ont surpassés par une imitation parfaite et une grande vérité dans le coloris.

Peters MEEF. (Ecole flamande.)

5 2. Vue intérieure de l’église Sainte-Gudule de Bruxelles, l’une des plus vastes de la Flandre , tableau peint sur bois. Cette église est consacrée au culte romain, comme on le voit par les peintures qui la décorent, et par un prêtre qui dit la messe à une chapelle que l’on aperçoit dans le lointain ; sa profondeur est immense : elle étonne par la vérité de Feffet quelle produit. Notre célèbre peintre Louis David, qui mourut à Bruxelles pendant son exil, a été enterré dans cette église avec la pompe qui était due à son grand talent.

Né à Anvers en i58o, Pierre ou Peters Néef fit une étude particulière de l’architecture et de la per-

spective, ainsi que le démontre notre tableau. H peignit avec soin et précision l’intérieur des églises construites dans le goût mauresque que nous nommons On ne peut se lasser d’admirer dans

notre tableau les proportions exactes de la perspective linéaire. On admire surtout la précision de l’éloignement, qui est rendu par l’effet que produit un coloris magique et bien entendu : l’illusion est complète.

Remarquez ces courbes élevées à perte de vue sur de nombreuses arcades en ogive, établies sur d’autres arcades qui séparent les bas cotés de la nef. Voyez aussi les colonnes multipliées qui montent jusqu’au sommet de la voûte, comme autant de faisceaux réunis pour la soutenir. L’extrême légèreté de ces constructions hardies du moyen âge étonne le spectateur , et lui inspire une pieuse admiration.

Enfin , quand on voit le tableau de Peters Néef que nous possédons, on est surpris, sans pouvoir s’en rendre compte , de l’art prodigieux avec lequel il a distribué la lumière et placé les ombres pour produire une aussi grande illusion. Quoique sa manière de peindre soit d’un fini extraordinaire , elle n’est ni dure ni sèche, et cependant les contours sont sévèrement observés. Van Thulden, élève de Rubens, avec lequel il était lié d’amitié, peignait ordinairement les figures de ses tableaux; quelquefois aussi, il les faisait peindre par David Teniers :

celles que nous avons sous les yeux sont de François Franck, qui a imité la touche fine et spirituelle du précédent.

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