CHAPITRE XXIIL
Travaux à faire dans la partie dtmte des Marais Pantins,
Planches i et 8.
5ao. La partie droite des marais n'a pas besoin, eu égard k sa largeur, sa configuration et sa pente, de deux fosses longitudinales auxiliaires, comme celles que nous avons proposées pour la partie droite , et nous pouvons nous dispenser de produire ici les preuves de" cette assertion , tant d'après les détails dans lesquels nous sommes entrés sur cette partie des marais, art. i35 et i36, et dfpuis l'art. a5a jusqu'à Tart. 162, que d'à» près les principes généraux que nous avons établis sur Y axr principal d'écoulement , et sur les moyens d assurer la marche des eaux jusqu'à cet axe.
Le canal délia Botte nous semble ici parfaitement propre à remplir les fonctions de fosse longitudinale auxiliaire. On a vu , art. aoa et ^53, qu*avant 1795 il n existait que la partie actuelle de ce canal comprise entre le canal ou bief délia Mola ( canal établi sur la direction de la fosse niilliaire 5i ) et le Portalorex le canal délia Mola formait, dans la partie droite des marais, un barrage transversal, qu'on regardait comme une des causes du séjour des eaux sur les terrains supérieurs silués du côté de la rive gauche du bief. £a couséquence, on construisit en 1 7()5 , sous ce bief, un aqueduc eu siphon, apj>elé Batte y lequel , établissant une communication entre les terrains de sa rive gauche et ceux
Ide sa rive droite, donnait la possibilité de faire affluer (au moyen du prolongement supérieur du canal délia Botte )y du côté de cette dernière rive, les eaux des terrains de la rive opposée.
Nous avons donne, aux articles cités, les détails historiques de ces travaux , et nous avons dit que, d'après la grande surcharge d'ean qu'ils avaient fait éprouver à la branche inférieure du canal délia Botte ^ on s'était déterminé à interrompre par un batardeau le cours des eaux dans cette branche, en établissant, du point amont de ce batardeau à la ligne Pio, une communication par une fosse particulière creusée dans ia direction de Tancienne fosse dî Carruccio, Dès lors la partie de la fosse délia Botte y inférieure au batardeau , n'a plus eu à conduire au Portatort que les eaux de la campagne qu'elle traversait.
.^ar. Ces dispositions générales, qui, dans Tétat actuel des choses, sont sujettes à des difficultés et à des objections fondées , nous paraissent devoir être maintenues , si on les considère comme faisant partie du système de travaux que nous avons proposé pour le dessèchement des marais Pontins; système dont une bien petite partie seulement, le chuigement d'embouchure de la Schiazza, a été réalisée.
Une opération bien essentielle pour assurer l'effet des dispositions dont nous venons de parler, est le nettoiement et le recrettSement de la partie de l'ancien lit de la Cavatella comprise entre les IbsseB miiîaires 5o et 44 9 qui doit former le prolongement supérieur du canal éellà-Boiie^ bien entendu qu'on n'entreprendra ce travail qu'après avoir mis le canal délia Botte lui-même en parfait état d'écoulement dans toute !a partie inférieure à la fosse milliaire 5o.
La fosse longitudinale auxiliaire ayant ainsi le degré de perfection dottt elle est susceptible, il faudra curer toutes les fosses milliaires primitivement creusées pour les écoulements transversaux , et prendre les mesures les plus assurées pour que leur entretien, qui est à la charge des propriétaires, se fasse avec une pariaite exactitude.
Réunissant à ces travaux ceux que nous avons proposés pourrëcoulement des eaux supérieures , dont un des effets sera de délivrer la ligne Pio du torrent de Sermonetta, et ceux que nous proposerons bientôt pour recreuser et élargir cette ligne Pio , les terrains de la partie droite des marais, situés ati-dessns du débouché de la dérivation parla fosse de CariDCcio , auront tous les moyens d'écoulement dont les localités Vo& rendettt susceptibles. Nous pensons même que les effets désastreux des crues extraordinaires, comme celle du iS avril 1809, dont nous avons parie fc rartidb ^58, seront, sinon entièreriient prévenus, du moins tellement atténués , que la campagne et les canaux n'en épro^verûvit pas dé dommage
sensible. Il n'en sera pas moins prudent de placer les vannes dont nous avons parle art. aSp.
Saa. Lexisteuce du barrage cxinstruit en aval du point de dérivation par la fosse de Carruccio,5e trouve ainsi raotivée et maintenue; ce qui est une circonstance importante pour les terrains de la partie droite des marais compris entre le canal ou bief délia Mola et le Portatore : plusieurs portions basses de ces terrains ne poiirraient pas avoir entrée dans la branche inférieure du canal délia Botte^ si cette branche recevait les eaux des terrains supérieurs, qui, en certains temps, sont très-abondantes. On pourrait proposer de lever cette difficulté par Tapplication des moyens que nous avons projeté d*employer, arl. 47S et siiiv. , pour abaisser et encaisser les eaux de lUffente. Mais le défaut de pente ne permet pas l'approfoudissemeut du lit dans le cas dont il s* agit ici, le fond du canal délia Hotte ^ en avant <\n barrage, n*ëtant élevé au-dessus du niveau de la mer que de o^So : on n'aurait, pour augmenter la section , d*autres ressoiuvcs que celle de Télargissement du lit, qui entraînerait beaucoup d'inconvénients; et il vaut beaucoup mieux laissera la branche du canal inférieur au batardeau, et au fossé parallèle à cette branche dont il a été question à l'article u56, la fonction exclusive d'écouler les eaux de la seule partie du marais qu'elles traversent.
5a3. La destination primitive du canal délia âfola était, ainsi que nous Tavons dit à Tart. 3i4> de conduire des eaux dérivées du canal Sisto au moulin établi près de Mesa. Ce moulin, construit à grands frais, n'est d'aucun usage depuis plusieurs années ; cependant il a du offrir au pays quelques avantages;on avait la commodité dy apporter les grains par eau, et de transporter par le même moyen les produits de la mouture. Nous ajouterons qu'il nous semble qu'on pourrait tirer quelque autre parti encore de l'élévation des eaux du canal Sisto au-dessus de celles de la ligne Pio. Mais , quels que soient les établissements qu'on forme dans cctie vue, nous ne saurions trop recommander la prolnbition rigoureuse de toute espèce de barrage sur le travers du canal Sisto, et nous pensons même qu'il fnut détruire entièrement tout ce qui reste de celui qu'on avait construit sur ce canal, k la prise d'eau du canal délia J/o/a. V^aiiienient objecterait-on que ces barrages on régulateurs sont construits sous la condition d'être ouverts pendant tout Ictempsque dure le danger de ta retenue des eaux; la cupidité ou la négligence des meuniers et des maîtres d'usine devra toujours faire redouter des malheurs que la surveillance la plus active ne saurait prévenir : ainsi, dans le cas où Ton voudrait mettre à
38a AURAIS PONTINS.
si U masse de terre qui convre la ligne de peute uniforme menée entre le fond du canal au Foro Appio , et le point au niveau de la mer à b fosse milliaire 54* était enlevée, les eaux tant d'étiage que des crues s'abaisseraient nécessairement; cet effet aurait lieu d abord en vertu du recreusement du canal à o'"4(>, valeur moyenne au-dessous du fond actuel, et ensuite parce que, la pente de fond ëtaut devenue régulière,' sa différence avec la pente de surface des eauK deviendrait insensible, et Ton verrait disparaître le gonflement dû aux protubérances du lit, qui gênent leur mouvement. Chacune de ces circonstances influe à sa manière sur rabaissement des eaux, et leurs effets particuliers se cumulent dans Teffet ultérieur.
Cette amélioration serait parfaitement compatible avec le nouveau dé* boucbë du canal de la Schiazza dans la ligue Pio , qui a lieu près la fosse milliaire 55, où le fond du canal Pio est abaissé de plus d'un mètre audessous de la basse mer.
5:^9. Il serait convenable, en exécutant le recreusement dont noua venons de parler, de donner à la ligne Pio une augmentation de largeur, laquelle peut être fixée à i""75, valeur moyenne; savoir, i*5o au Foro Appio , porté graduellement à a*, qui seraient la valeur de l'augmentation de largeur à l'origine du Portatore di Badino. Ces travaux , et rexpulaion, hors de la ligne Pio, du torrent de Sermonetta, doivent produire une amélioration telle, qu'avant d'en entreprendre de plus considérables, il faudrait d'abord, par une année ou deux d'expérience, voir jusqu'à quel point le canal, ainsi perfectionné, serait devenu apte à remplir les fonctions auxquelles il est destiné. Cette attente n'aura aucun inconvénient pour les travaux subséquents, et n'occasionnera aucune perte de dépense, si l'on emploie les moyens de curage et de fouille indiqués au chapitre KIX de la présente section.
53o. Il est bon d'observer maintenant que si les travaux proposés dans le numéro précédent ont l'effet nécessaire d'abaisser les eaux de la ligne Pio , d'un autre coté cet effet est contrarié par les amélioi*ations mêmes que doivent éprouver les parties droite et gauche des marais, d'après les projets exposés dans cette quatrième section; car le résultat de ces améliorations sera de donner au mouvement des eaux de la campagne , de part et d autre de la voie Appia, toute la facilité et la célérité possibles: la masse de fluide que ces campagnes reçoivent dans un jour, ou dans un nombre déterminé de jours, arrivera donc au récipient en un temps moindre qu'elle ne le faisait précédemment. Or c'est du rapport entre la
SECTION IV. CnAPITRE XXIV. 383
durëe de C€tte charge du récipient et les moyens qu'il a , par sa forme,
ses ilimensions et sa pente, de contenir et de débiter les eaux, que dépendent les crues et les événements qui en sont les suites. D'ini autre côté, les observations consignées dans les tableaux des articles i44 ^^ '4^ établissent les chances malheureuses de pluies extraordinaires, fourniftsant en un jour la quantité d'eau équivalente au produit de dix-huit ou vingt jours pluvieux moyens : de pareils désastres sont très-rares; mais il n>n est pas moins utile de reconnaître jusqu'à quel point le récipient peut se prêter aux dispositions qu'ils peuvefit rendre nécessaires.
La ligne de fond dont on a établi la position et la penlcà rarticle 5^7 , et qu'on a proposé(art. 5a5)detablir en déblayant la terre qui la couvre, étant prolongée jusqu'au Tabio (où nous avons placé, art. aoi , le point commun aux deux pentes, très-différentes entre elles, de la surface des eaux de la ligne Pio) , tombe k o^aS au-dessous du niveau de la mer, la Chiavica del Tabio étant à 124?" de distance de la fosse militaire 54, et la pente de fond ci -dessus déterminée, de 0,0001978. A ce même point du Tabio , le fond de la ligne Pio est abaissé de i^SS au-dessous du niveau de la mer, ou de i"o8 au-dessous de la ligne de pente dont nous venons de parler; donc une ligne qui, partant du fond du canal, au Tabio, rencontrerait la verticale au Foro Appio , à j"°o8 au*dessous du fond, à ce dernier point, conserverait la pente de 0,000198 déterminée à lart. 5^7, qui deviendrait ainsi compatible avec un encaissement des eaux plus abaissé de i"o8 que celui qui a été proposé précédemment, ou avec lin approfondissement de la ligne Pio de ï™'ï4* valeur moyenne.
Réduisons à un mètre l'abaissement du fond au Foro Appio, et de ce fond ainsi abaissé traçons la ligne de pente parallèle à celle de l'art. 5it'j t celte ligne rencontrerait le plan au niveau de la mer, entre les fosses milliaires 5o et .^i , à iiSyS*" du Foro Appio; et le fond étaut supposé établi régulièrement suivant sa direction , la déclivité de surface des eaux serait, à très-peu près, sur sa longueur, c'est-à-dire entre le Foro Appio et le Tabio, de 0,000198 , ou -^x^ à très-peu près. -Une pareille penle est très-favorable à l'écoulement; et si l'on veut, à cet égard, un objet de comparaison familier, nous citerons le cours de la Seine aux abords de ^ris, où, d'après d'anciens nivellements, que nous avons répétés à foct^asion des travaux du pont de Louis XVI , la pente de surface a été trouvée de ■— t ^^ 0,000167, moindre de o,oooo3r que celle dont nous venons de parler. Nous ne donnons ce rapprochement que comme un aperçu approximatif; car, potir établir une comparaison rigoureuse, îl
faudrait faire entrer en considération les volumes d*eau débiles » les
formes des sections, etc.
Le recreusement, à une profondeur d*UD mètre au-dessous du fond actuel du Foro Appio(5"'4SS au-dessous de Tintrados de la clef du pont placé à cette origine), sur une pente longitudinale de 0^000198, tieodrait les eaux des crues ordinaires eacaissées, en sorte que les digues * n'auraient pas besoin d*étre maintenues à leur hauteur actuelle. Oa conçoit aisément combien récoulement des campagnes serait facilité et assuré par une semblable opération , dont Texécution est très-praticable; cependant p malgré ces avantages, nous pensons qnon peut s eu tenir d'abord aux travaux proposés aux articles 5a8 et 539.
53i. La ligne Pio, ainsi recreusce et délivrée des eaux du torrent qui coulent à Toucst de Scrmonetta, par lexécution des projets ci-dessus décrits pour l'écoulement des eaux supérieures, offrira le double avantage d*of(rir un émissaire toujours suffisant aux eaux de la partie gauche intérieure des marais, et de ne recevoir que des eaux peu ou nullement chargées de matières terreuses, celles de ia Cavata et de la Cavatella étant des eaux de source.
Il existe cependant un petit torrent, appelé Fosso di Basdano^ dont nous avons parlé art. ]o6, et qui a son point le plus élevé au sud-est de Sermonetla; son cours a environ 2000 mètres de longueur. Ce torrent, après avoir traversé Tancicnne voie Consulaire, entre dans respacc compris entre le Fiume Coperto et la partie supérieure de la Cavata appelée Portatore, Il ne faut pas chercher à donner à ses eaux un autre récipient que le lit de la Cavata; mais on pourrait en disposer de manière à produire des colmates dans un bas-fond situe à la gauche et près de Torigine de ce récipient ;on débarrasserait ainsi TalOuent de la ligne Pio, de la petite quantité de sédiment fournie par le Fosso di Oasciano , laquelle serait employée utilement pour l'agriculture.
53a. Le pont du Foro Appio, sous lequel l'eau de la Cavatella traverse la voie Appia pour se rendre dans le canal Pio, n'a que 4*"57 d'ouverture : ce débouché est de beaucoup trop petit, et occasionue, dans les crues, un gonflement des eaux en amont, qu'on éviterait ou p^r la conslruction dune seconde arche, ou , encore mieux , parcelle d*un nouveau pont de 10 à la"* d'ouverture.
533. Le Portatore di Badino, qui reçoit les eaux du canal Pio et celles de ruffente, TAmaxeno- et la Sca ra va zza, s'est toujours maintenu eu état de fournir un bon moyen d'écoulement, malgré les irrégularités que nous
avons signalée» au chapitre III de la seconde section. La correctioa de ces irrégularités ne serait qu'un simple remuement de terre , qu'il faudrait faire successivement en commençant par la partie d'aval ; mais ce travail n'a rien d urgent : le bon effet de ce Portatore tient ao volume d'eau qui court dans son lit , et se zâîàntiendra tant que la cause elle-même sub* sistera.
Le fond du Portatore , k son embouchure à la mer, vis-à-vis la villa Saglituu' , eut de 4^ au-dessous de la basse mer; mais il se relève rapidement, du côté du large, sur une longueur d'environ Soo", k rextrëraitë de laquelle est une barre dont le sommet n'est plus qn'à un mètre au dessous de la basse mer. Dans l'hypothèse où le projet que nous avons proposé pour les eaux supérieures s'exécuterait , cette barre serait infailliblement repoussée vers le large, et son sommet se trouverait très-abaissé au-dessous de la mer; elle pourrait même être coupée à certaines époques. Ces effets seraient les résultats de la réunion de la presque totalité des eaux extérieures et intérieures dans la fosse de Badino, et de la grande action impulsive de cette masse de fluide.
Nous parlerons bientôt des travaux importants qu^ii serait conveuabfe et trèa-utile d'exécuter à cette embouchure commune.