‹ Description hydrographique et historique des marais PontinsChapitre 154 sur 155 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

)e la quantité <r eau amenée^ par les atjuéducs, à l'ancienne et à la nou\felle Ronie, Modules ou unités de la distribution de ces eaux, à différentes époques. Nouveau module^ proposé par t auteur, pour avoir une unité de distribution adaptée au système métrique

français,

56o. Les auteurs qui ont traité des concordances des mesures, oiu, en général, négligé de parler de celles qui se rapportent à Ja distribution de9 eaux. !Xous pensons que le lecteur nous saura gré de tie pas faire une pareille omission , surtout lorsqu'il s'agit des eaux romaines.

Les Romains sont , de tous les peuples anciens et modernes, ceux qui ont exécuté, tant dans la capitale que dans lespa}s soumis à leur domination^ les plus grauds travaux pour la couduite des eaux destinées aux usages publics et privés. Leur premier grand aqueduc fut coustruit vers le milieu du S*" siècle de la fondation de Rome , et , sous le règne de Trajan , il en existait neuf qui devaient fournir, en vingt-quatre heures, environ 785000 mètres cubes deau, d'après nos évaluations consignées dans un mémoire que nous avons lu à l'Académie Royale des Sciences*de Paris I le 33 décembre itfiG, et qui fait partie du tome a de sa collection , aunée 1817. A cet immense protiuit s'est réuni, postérieurement , celui de cinq autres aqueducs; de manière quau commencement du secoud siècle de notre ère , quatorze aqueducs amenaient à Rome le tribut de leurs eaux. Jamais ville nen fut aussi abondamment pourvue, et Taugmentatton progressive de ces eaux a eu lieu dans une proportion beaucoup plus grande que celles de l'augmentation de la population \ mais il faut considérer qu'indépendamment de l'excès du luxe qui était la suite d'une richesse démesurée, Tusage général des bains sufGsait déjà pour rendre les besoins d'eau individuels, des habitants > beaucoup plus grands qu'il ne le sont à présent. Ou sait , d'ailleurs, avec quelle immense prodigalité l'eau était dépensée pour les habitations des empereurs, les naumachieSi et, eu général, pour les objets de magniiicence publique.

Aussi les Romains sont-ils, selon toute apparence, le premier peuple qui ait eu un système régulier de distribution des eaux, dont la corapo-

Isition se trouve exposée dans le mémoire ci-dessus cité. On peut consulter, sur cette matière , et eu général sur ce qui concerne les aqueducs

romains , le Traité de Fronliaus , récemment publié avec la traduction française, un atlas de planches, et des additions considérables, par M. Rondelet, membre de Tlnslitut royal de France.

La Rome moderne est encore fournie d'eau par trois aqueducs , savoir: Taquéduc antique dont leau s'appelait Aqua Firgo , qui alimente la belle fontaine de Trcvi ^ et arrive à une petite hauteur au-dessus du Tibre; Taquéduc construit par Trajan , l'an i la de notre ère, et qui alimente la fontaine Pauline, sur le Janicule ^ placée à une hauteur au-dessus des basses eaux du Tibre , que nous avons trouvée, par un nivellement barométrique, de 64 mètres (une partie de son eau fait mouvoir plusieurs usines); et Taquéduc construit, ou restauré, par le pape Sîsle V, pour conduire Teau , appelée Aqita Felice , sur le mont Quirinal , à une hauteur, au-dessus du Tibre, que nous avons aussi mesurée barométriquement et qui est de 54 mètres.

5Gi. Ces trois aqueducs et quelques autres légers produits fournissent encore, à Rome, un produit d'environ iSoooo mètres cubes d'eau en vingt-quatre heures , dont on fait la répartition aux établissements et aux habitants qui y ont droit ; et le mode de cette répartition consiste à donner, à chaque concessionnaire, un certain nombre d*unités de distribution qu'on appelle onces d* eau,

""Ces unités, d'une espèce particulière, diffèrent des unités de volume ou de capacité, ordinaires, en ce quelles se composent de la combinaison des idées de volume et de temps; chacune d'elles peut être représentée par un écoulement continu et uniforme, assujetti à des conditions telles qu'il en résulte uu produit déterminé dans un temps donné. Ainsi Un concessionnaire a une once d*eau lorsqu'il jouit du produit de récoulement continu qui peut être fourni par un orifice circulaire vertical d'une once (ou ~ de palme romain moderne) de diamètre (o",oî86), orifice auquel doit être adapté un ajutage horizontal de 5/4 de palme (o'",a793) , la charge sur le centre étant aussi de 5/4 de palme.

56ï. Nous avons fait à Rome, en i8i i , la jauge exacte de l'once d'eau dont nous venons de parler, et nous avons reconnu que son produit était de 4i"'"*^ii6 en vingt-quatre heures ; mais cette once^ applicable seulement aux concessions d'eau de la fontaine de Trevi^ est celle qu'on peut appeler la ^/-ûTîrfe once ; lorsqu'il s'agit des eaux des fontaines Pauline^ et Felice y la concession de ce qu'on appelle une once y dans ce cas, ne représente que la moitié du produit que nous venons d'assigner, c'est-àdire uo""'**",58 en vingt-quatre heures. Nous pensons que cette singula-

rite tient à ce que, le prix des eaux des deux deruières fonlainos élant double de celui des eaux de Trevi, on a voulu s'arranger de manière que le mot once fut toujours lié à l*idee d'une même somme d'argent, en lui faisant représenter, dans différents cas, des quantités de choses vendues qui fussent en raison inverse du prix intrinsèque de ces choses.

563. L'once romaine, moderne, est une imitation du quinaire^ module, ou unité de distribution, chez les anciens Romains, qui représentait le produit d'un oriûce circulaire de 5/4 de doigt de diamètre (o",o23), placé à l'extrémité d'un ajutage horizontal de la doigts (o~,2ai ). Le doigt est le j/i6 du pied antique qui , d'après ce que nous avons dit (art. laG notej, vaut o",a94a5-

La charge d'eau sur le centre n'est point énoncée dans Frontinus\ et «demeure absolument conjecturale ; mais il est extrêmement probable cju'elle était, comme pour l'once d'eau romaine moderne, égale à la longueur de l'ajutage, et, dans celte hypothèse, le produit du quinaire serait d'environ 56 mètres cubes en vingt-quatre heures.

La mesure de distribution des eaux , connue en France sous le nom de fyyuce d'eau, est une imitation imparfaite, et bien grossière, de loncc roxnaine. On la suppose donnée par un orifice circulaire à\\ï\ pouce de cjiamètre, avec une charge d'eau de 7 lignes sur le centre , sans tenir aucun compte de répaisseur de la paroi ou de la longueur de l'ajulagi-. IVous avons exposé dans notre mémoire sur le Jaugeage des eaujc courantes^ les imperfections de cette mesure , dont la valeur, purement nominale , «ît peu différente de la petite once romaine moderne ^ est portée à 5Co pied* «rubes , ou i9"'"^'*,a, en vingt-quatre heures.

Nous avons proposé, dans le mémoire ci-dessus cite et imprimé dans le volume de 1817 de TAcAdémie Royale des Sciences, de remplacer le ^x>uce d'eau par une mesure liée au système métrique décimal français , ^t de prendre pour unité de distribution, un produit de 10 mètres cobe» ci'eau en vingt-quatre heures; nous appelons oc produit module d*eau k l'imitation des anciens Romains,

On trouvera, dans le mémoire cité, la description d'un nouvel appareil de jauge, et les résultats des expériences faites avec cet ap|>arcd , pour «hablir que le double module d'eau, français, à très-peu près ^al h la petite once d'eau romaine, est <lonnée par on orifice circulaire dr ' de diamètre, â rcxlnrmilè «Fon ajuUgc de o*,oi7, la charge de le*. le centre étant de o~,o5.

MARAÎ5; PONTINS.

Page 1