CHAPITRE XIL
Considérations sur les Phénomènes relatifs au moui^ement des Eaux courantes, près de leurs embouchures à la mer, dépendants de rabaissement du fond de ces eaux au-dessous du niveau de la mer^ et des protubérances , non susceptibles d'érosion, qui se trouvent sur ce fond.
66. Lorsque le fond d'un affluent à la mer est abaissé au-dessous du niveau de la basse-mer, l'action de la pesanteur sur toute la masse d'eau
Go MAKAIS PONTIN'S.
inférieure à ce niveau, dans le Ht de cet affluent, est détruite où contrebalancée à chaque instant , d'après les lois connues de Téquilibre hydrostatique. Nous supposons d'abord la mer parfaitement calme, et sa hauteur invariable ; cette porti<:}n (feau inférieure au niveau de la mer peut donc être considérée comme un corps dépouillé de pesanteur, qui, s'il a du mouvement , l'emprunte nécessairement de la masse d^eau supérieure au niveau de la mer, sur laquelle la j>csanieur exerce une action dont une partie est employée k produire des forces motrices capables d'agir dans le sens horizontal. L'expérience prouve que celte communication de mouvement a effectivement lieu, et qu'il existe une vitesse de fond et une translation des molécules fluides inférieures au niveau de la mer; il se l'ait donc une répartition de la somme des forces motrices imprimées par la pesanteur à la masse fluide supérieure à ce niveau, entre cette même masse et celle qui est au-dessous d'elle, phénomène que Ton a désigné sous le nom de communication latérale dii mous^ement des Jluides, Or il résulte de là que la vitesse moyenne dans la section en mouvement, qui s'étend au-dessus et au-dessous de l'horizon de la mer , est moindre qu'elle ne le serait, s'il n'y avait pas de mouvement au-dessous de cet horizon , et qu'il n'y eut d'ailleurs aucune autre cause de perte de force. Si, par exemple, la couche fluide placée au niveau de la mer devenait un plan solide, une partie horizontale de la paroi du lit parfaitement lisse, et sans frottcmenl ni aptitude à l'adhésion, il n'est pas douteux que, dans cette hypothèse, on n'eût la plus grande facilité de mouvement du fluide, lequel coulerait en vertu d'une pente de surface ; mais, dans l'état physique des choses, celte partie inférieure de la paroi du lit, plane, horizontale et au niveau de la mer, fera éprouver au fluide les résistances dont nous avons déterminé les lois dans notre ouvrage sur les eaux courantes précédemment cité, d'où il résidtera une perte de force motrice et de vitesse moyenne; ou aura ainsi, relativement à la forme de la section, un premier cas extrême de mouvement modifié par la seule résistance de la paroi, san$ communication <Ie force motrice à aucune masse fluide inerte inférieure" c'est celui d'un fond à pente régulière, dont tous les points sont au-dessus du niveau de la mer. Dès que l'on supposera le lit creusé et la paroi infléchie au-dessous du niveau de la mer, ce cas se changera en celui du mouvement résultant de la répartition d'une somme de forces motrices entre les molécules auxquelles ces forces sont immédiatement a]>pliquées^ et un système d'autres molécules inférieures, qui , sans cette circonstance se trouveraient dans l'état d'éqmhbrc, ce mouvement étant de plus modifié
INTRODUCTION. — CHAPITRE XII. 6i
par la résistance de la paroi. Enfin on peut supposer Je fond tellement abaissé, que la masse dVau immédiatement appuyée sur ce fond ne participe pas au mouvement de Tcau supérieure; ce (jui donne, pour cette masse d'eau , un autre état extrême, ou une seconde limite opposée à celle que comporte le premier cas.
Nous avons considéré la mer à une hauteur fixe et dans un calme parfait ; alors son effet est purement et simplement de détruire la somme des forces motrices que la pesanteur tend à imprimer à la couche fluide placée au-dessous de son niveau : si elle varie de hauteur, Tépaisseur de cette couche inférieure varie en même-temps; et c'est à cette A'ariation de hauteur ou au gonflement qu'elle éprouve dans les bourrasques, qu'est du le premier obstacle qu'elle oppose alors à Técoulement de ses affluents.
67. La recherche de la forme de la paroi la plus favorable à Técoulement, en ayant égard à ces diverses considérations et entre les limites que nous venons d'indiquer, fournit la matière d'un problème intéressant : sa. solution générale et théorique est compliquée de considérations physiques qui la rendent difficile; peut-ctre même cette solution serait-elle plus curieuse qu'utile. l*a profondeur du lit d'un fleuve, et en général la forme de sa section transversale, dépend essentiellement, sur-tout dans la partie de son cours qui avoisine la mer, d'un concours de causes naturelles qui rétablissent cette forme lorsqu'on lui a fait subir quelques variations par de simples fouilles, et sans employer les espèces d'ouvrages stables qui dénaturent le régime; elle subit des changements qui, j)ar exemple, lorsque le fleuve est limoneux, tiennent aux altérîssements, au prolongement de l'embouchure dans la mer, à Texhaussement du fond, au changement de pente qui en résulte, etc. : mais ces changements qui sont l'ouvrage de la nature, se font graduellement et lentement.
68. Une des conséquences des raisonnements consignés dans les deux articles précédents, est que, dans un fleuve roulant sur un sol de facile corrosion , où la forme de la paroi du lit résulte principalement de l'équilibre entre la force érosivc, due à la vitesse, et la consistaucc du fond, toute solution de continuité dans le profil longitudinal suppose une consommation de force vive faite en pure perte , même lorsque cette solution de continuité a lieu au-dessous du niveau de la mer; la protubérancede matière dure qui Toccasione gène nécessairement le mouvement de fond , et la destruction de force qu'elle opère diminue la vitesse moyenne : de Vk une intumescence plus ou moins sensible , mais toujours réelle, dans
»3a MARAIS PONTINS.
la niasse iltnJe, donl les effets sont d'autant plus à craindre, qu'ils ont lieu dans des points plus voisins de la mer, où la pente est faible, et la campagne ordinairement peu élevée. La suite de cet ouvrage nous fouruira roccasion de revenir sur les réflexions très - générales que nous venons de présenter.