PREMIÈRE PARTIE
Comprise entre Alger et l'île de la Galite.
Nous regarderons Aiger comme ie point central auquel aboutissent toutes les communications qu'on peut avoir avec les autres parties du littoral de l'Algérie. En conséquence, dans les descriptions qui vont suivre, nous supposerons qu'on part de ce port, qu'on visite les cotes de 1E. en les parcourant à petite distance, et que, dans une seconde course, on voit et l'on décrit avec les mêmes détails ceïles qui sont à Ï'O.
Baie d'Alger.
La baie d'Alger occupe un espace de 8 à 9 milles de FE. à l'O., et sa profondeur est d'environ 4 milles. Elle n'offre aucun mouillage assuré contre les gros temps de l'hiver; car on ne peut nulle part s'y mettre à l'abri des coups de vent du N. A l'embouchure du port et dans le port même, des bâtiments ont été brisés par la houle et le ressac qu'v causent ces espèces d'ouragans. Les travaux exécutés depuis le commencement de l'année 1836, au moyen de grands blocs de béton de 60 à 90 mètres cubes, ont déjà produit une amélioration sensible. On peut espérer que, si on les continue encore pendant quelques années, les bâtiments seront enfin tout à fait en sûreté dans l'intérieur et à l'ouverture de la darse'. Durant la belle saison on mouille partout in-
1 Renseignements fournis par M. Rang, directeur du port.
différemment dès qu'on est à la distance d'un mine à un mille et demi de la côte; on trouve alors del6à25ou30 brasses d'eau sur un bon fond de vase. II est prudent de se servir de chaînes, les câbles étant exposés à rencontrer des ancres perdues. On y est quelquefois bien tourmenté par la mer, quoiqu'il fasse beau temps.
Lorsqu'on veut entrer dans le port, on doit s'approcher du môle à petites voiles et mouiller à une encablure, à peu près N. et S. des roches les plus saillantes de la batterie du phare. Une bouée a été placée dans cet endroit pour servir d'indication aux bâtiments, qui arrivent et qui de là peuvent être facilement remorqués ou toués jusqu'aux quais. Si r on veut séjourner en rade, il faut mouiller plus au large, par 20 ou 25 brasses. Les grands bâtiments de guerre jettent l'ancre à un peu moins d'un mille de la batterie du môle, lorsqu'ils relèvent son extrémité S. par la Casba ou peu après avoir dépassé cette ligne. Ils se mettent aussi à trois quarts de mille, par 26 brasses, fond de vase grise;
Relevant le phare au N. 56° 0' O. 1 .
LefortBab-Azoum.. S. 68° 0' O.
Le fort l'Empereur.. S. 78° 0' O.
La Maison carrée. . . S. 40° 0' E.
Ceux qui viennent de l'O. et qui, après avoir doublé la pointe Pescade, veulent serrer la côte, doivent faire attention en s'approchant du port à la roche Mtahem, située au N. 20° O. du phare, à un demi-mille de distance, et sur le sommet de laquelle il n'y a qu'un pied d'eau. On voit la mer briser dessus avec les vents d'E.; mais elle est plus difficile à découvrir lorsqu'il n'y a pas de houle et que les vents d'O. régnent. On se tient éloigné de sa position en conservant les îlots de la pointe Pescade toujours ouverts avec la pointe des
1 Tous les relèvements donnes dans le courant de cet ouvrage sont corrigés de la déclinaison de l'aiguille.
Consuls , ou de manière qu'on aperçoive l'horizon de la mer entre eux et la tangente des terres.
Au N. du phare toute la côte est rocailleuse; on n'y mouiïîe jamais. On le pourrait peut-être vis-à-vis cette grande plage où l'on voit une si belle vallée, mais il y a des roches dans les environs : il ne faudrait pas y rester avec des vents de fa partie de i'E.
La roche Mtahem est réunie à la terre par un banc presque à fleur d'eau, qui rendrait une jetée facile dans cet endroit; s il était aussi aisé de la joindre à la partie N. de la batterie du môle, nul doute qu'un jour nous aurions un véritable port à Alger. M. de Tessan croit, et nous partageons sa manière de voir, qu'il serait possible de réunir cette dernière à la pointe de roches de la batterie où aboutit ïa rue des Lotophages par une jetée circulaire qui, présentant sa convexité vers le large, opposerait une plus grande résistance à ïa fureur des vagues. La plus grande profondeur de l'eau serait de 37 pieds; on gagnerait ainsi sur la mer un espace trois fois plus grand que le port actuel. Une communication serait établie entre les deux ports à travers l'ancien môle. Ce projet est figuré sur ie plan particulier du mouillage.
Vis-à-vis l'ouverture du port d'Alger, à la distance d'un quart de mille , il y a une roche cachée sous 7 pieds d'eau , connue des marins du pays sous le nom â'A/gefna, dangereuse pour les bâtiments qui, avec les vents frais de TE., viennent mouiller en toute confiance au S. du môle. Elle est exactement située au S. 33° O. du phare, à un peu moins d'un demi-mille.
La ville d'Alger 1 , appelée par les Arabes cl-Gezaijr, est bâtie en amphithéâtre sur une colline de 118 mètres, dont elle occupe tout le penchant qui fait face à la mer. Elle a ainsi la forme d'un triangle, dont le plus grand côté, lui ser-
1 ïcosium des Romains. Son commerce consiste principalement en blé , orge , cuirs , cire , huile , plumes d'Autruche et laines.
vant de base, s'appuie sur le rivage. Ses maisons', blanchies et terminées par des terrasses, offrent une masse non interrompue qui s'aperçoit à une grande distance au large. Le grand nombre de maisons de campagne dont elle est environnée iui donne l'aspect d'une ville riche et commerçante. Son port, où l'on pénétrait autrefois avec tant de difficultés, offre aujourd'hui quelques ressources pour la navigation : on peut y faire de l'eau , des vivres et réparer des navires.
Le phare a 35 mètres d'élévation au-dessus du niveau de la mer; il est éclairé par un feu tournant de quatrième grandeur, dont la portée est de 5 iieues et dont les éclipses , se succédant de demi-minute en demi-minute, ne sont totales qu'au delà de 2 iieues.
Au S. S. O. du phare, à la distance d'un mille environ, est le fort Bab-Azoum , très-remarquable par la position qu'il occupe au bord de la mer; il est construit sur le roc. Au S. de ce fort la côte forme une petite anse où ion croirait, au premier abord, que les bâtiments pourraient trouver un abri; mais pendant les grands vents de N. il y a un ressac trèsdangereux. JLa côte continue encore à être rocailleuse jusqu'à i' embouchure d'un ravin assez profond qui conduit à la mer. ies eaux pluviales des hauteurs voisines; ensuite commence une grande plage, qui tourne à 1 E. S. E. et se courbe insensiblement en remontant enfin vers ie N. jusqu'à la rivière Hamiz, formant ainsi ia plus grande partie du circuit de ia baie. Cette pïage conserve presque partout une grande iargeur, ce qui indique qu'elle doit être souvent battue par ia mer; on remarque en effet que les vagues s'y brisent continuellement, même pendant ies plus beaux jours, dès que ia brise du large est établie ; si on ia considère alors du haut des collines du fort l'Empereur, elle paraît bordée de larges festons d'écume.
Des batteries à fleur d'eau, des redoutes cachées ou de petits forts ont été placés de distance en distance pour la défense de ia baie. Entre le bord de la mer et les hauteurs qui régnent vers l'intérieur jusqu'à l'Harrach, il y a un terrain
assez bas où i on remarque de beaux jardins et quelques riches cultures. On y voit, comme aux environs d'Alger, un grand nombre de maisons de campagne.
L'embouchure de l'Harrach se trouve presque au milieu de la baie ; elle est souvent obstruée par un banc de sable que les vagues y forment et que les eaux de la rivière emportent tous les ans à l'époque des pluies. Lorsqu'on appareille du mouillage d'Alger avec les vents de la partie de RE. , il arrive souvent qu'on prolonge la première bordée jusqu'auprès de cette embouchure; et, comme dans cet endroit les terres qui s'avancent vers le N. sont basses, on estime ordinairement très-mal la distance à laquelle on se détermine à virer. Il faut donc y faire bien attention , afin de conserver l'espace suffisant pour virer lof pour lof en cas que la première manœuvre n'ait pas réussi.
A l'E de l'Harrach la plage commence à se relever vers le N. ; 2 milles et demi à trois milles plus loin elle est interrompue par un pâté de roches basses, sur lequel on a bati le fort de l'Eau. Elle continue ensuite jusqu'à la rivière Hamiz, où le sable disparaît entièrement. Là c'est une falaise qui, selevant graduellement jusqu'au cap Matifou, dans une direction N. et S. , ferme la partie orientale de la baie d'Alger.
Entre l'Harrach et l'Hamiz les terres de l'intérieur sont marécageuses et tous les environs fort malsains.
Dans l'intervalle compris entre le fort de l'Eau et la batterie située sur la rive gauche de l'Hamiz, à environ un mille vers l'intérieur, on remarque, sur une petite hauteur, une grande maison appelée Rassauta, visible de tous les points de la baie. Cette maison peut servir à éviter le banc de Matifou, qui se trouve sur la ligne qui passe par elle et par-dessus la pointe occidentale du cap Matifou.
A cette extrémité de la baie il existe un mouillage très-bon pour les vents d'E. et de N. E. , par 10, 12 et 15 brasses, sur un fond de sable et vase. On y voit un fort que les Algé-
riens avaient élevé pour protéger les bâtiments qui venaient s'y réfugier. A un demi-mille environ vers le S. S. E. de ce fort sont les ruines d'une ancienne colonie romaine appelée Rusgonium, et, suivant les recherches de M. Dureau-Deïamalle, Ruscunia.
Cap Matifou.
Le cap Matifou est formé par des terres basses ; il occupe un espace de 2 milles; dans la partie orientale de cette étendue il y a un petit monticule dont le sommet forme un pïateau qui se présente sous le même aspect dans toutes les directions; aussi est-il facile à reconnaître de loin. Toute la bande N. du cap est taillée à pic et garnie à son pied d'une infinité de rochers , qui ressemblent à autant de débris de la terre principale. A la pointe O. quelques roches s'écartent jusqu'à un quart de mille, mais il n'y a aucun danger au delà. Lorsqu'on est à 1 6 ou 1 7 milles au large on aperçoit le seul plateau comme une île , tout le reste est noyé.
Au N. de ce cap et à ïa distance de 2 milles il existe un haut - fond de roches sur lequel nous avons trouvé 29 pieds d'eau; sa pïus grande étendue, dirigée du N. au S., est d'environ un quart de mille. Tant qu'on est sur les roches on trouve de 6 à 20 brasses; mais, aussitôt que la sonde rapporte du gravier, on s'aperçoit que la profondeur de l'eau augmente de 22 à 28 et à 32 brasses. Etant sur le sommet du banc on relève la pointe O. du cap Matifou, à peu de chose près, au S. du monde, et l'on voit par-dessus Rassauta, grande maison située sur une hauteur, à peu de distance du fort de i'Eau. On remarque de plus que le commencement de la plage qui est à TE. de Matifou reste par ïe sommet de la montagne A'mmal. Nous avons rencontré sur ce banc des courants qui portaient à FE. avec une vitesse de 2 milles au moins. Entre sa position et la côte on trouve un fond de gros gravier mêlé de coquilles brisées, et quelquefois de vase, par 30 et 40 brasses.
Sandja.
En passant auprès du cap Matifou on voit à TE. et à une très-petite distance, un quart de mille au plus, un groupe de petits rochers d'un brun presque noir, dont le plus remarquable, appelé Sandja, a environ 8 à 9 mètres d élévation. II y a des jours, où le mirage le fait paraître très-grand. Pendant les premiers temps de la croisière, nous l'avons pris plusieurs fois pour un bâtiment a ïa voile.
A 2 milles plus à l'E. on trouve un rocher noir isolé, de forme ronde et qui peut avoir de 4 à 5 mètres de hauteur. Ses environs sont sains.
AgueHi.
Plus loin vers le S. E. on trouve un autre groupe rocailleux, appelé Aguelli, dont les, parties les plus élevées ont environ 27 mètres. Les bateaux du pays qui font le cabotage d'Alger à Deïlys et au cap Tedlès viennent souvent s'y mettre à l'abri. Il laisse entre la côte et ïiu un espace libre de plus d'un demi-mille.
Entre le cap Matifou et le cap Bengut on ne trouve ni abri ni mouillage; des terres basses et uniformes dessinent le cordon de la côte en se courbant vers le milieu. Là une terre de moyenne hauteur vient former une pointe, qui paraît saillante parce qu'il n'y a aucune élévation voisine, soit à l'E., soit à l'O. On remarque sur toute cette étendue de grandes plages séparées par quelques falaises. Lorsqu'on passe à 10 ou 1 2 milles au large, ce qui est le cas le plus ordinaire, ces terres paraissent former un enfoncement très-profond, et cette illusion est causée par la présence des montagnes qui se trouvent au delà de aMitidja.
Cap Rengnt.
Nous croyons qu'il faut appeler cap Bengat toutes- ces *
hautes terres qui sont de 24 à 33 milles à l'E. \ N. E. du cap Matifou. Lorsqu'on les voit de face, c'est-à-dire au S., on distingue trois montagnes principales; celle du milieu, qui est la plus élevée, s'appelle Boubérac, du nom d'une rivière assez considérable qui coule à son pied du côté de i'E, Son sommet est arrondi et sa pente de droite est plus douce et plus longue que ceiîe de gauche. Ces trois montagnes se confondent et paraissent séparées du continent lorsqu'on commence à les apercevoir en venant de l'E. ou de 10. ; mais Je sommet Boubèrac domine toujours; c'est ie point qu'on relève ordinairement pour le cap Bengut. lï a été bien déterminé. Sa hauteur, que nous n'avons pu mesurer, a été estimée à 600 mètres. Les deux autres ont reçu, des villages bâtis dans leurs environs, les noms de Dellys et de Ginet.
Ginet.
A i'O. de la pointe Ginet on trouve un mouillage et un abri pour les vents de ïa partie de l'E. On y remarque une petite anse qui, d'après le docteur Shaw, serait le port des Poules, Mer-sel- dj aj e , dont parle Edrish Plus au S. est l'embouchure de Tisser; cette rivière termine son cours à travers des terres basses et boisées. Sur cette partie de la côte on voit des plages très-longues, formées sans doute par les flots qu'y amènent les vents d'O. et de N. O., auxquels elle est entièrement exposée.
Le Boubérac.
De la pointe Ginet à la pointe Dellys, c'est une côte droite presque entièrement occupée par des plages; deux rivières y débouchent, une de chaque côté du mont Boubérac, par deux grandes vallées, a travers lesquelles on aperçoit, dans l'intérieur, des espaces immenses couverts de belles cultures. * Le Boubérac , une des rivières les plus considérables de l'Aï-
•gêne, se rend y la mer par la vallée la plus E. , qui est aussf la plus large; elle y arrive à travers les sables que les vagues lui opposent tous les jours; et ce n'est qu'à i'époque des grandes pluies que ses eaux, après avoir emporté la digue, s'y versent directement.
A l'E. de cette embouchure les plages régnent encore : elles s'étendent jusqu'à environ un mille; ensuite commencent les terrains élevés de Dellys, les roches qui bordent le pied des montagnes et qui ne sont interrompues que par quelques bandes de sable fort étroites.
La première pointe qu'on rencontre est défendue par des rochers plats, qui s'écartent assez pour laisser un passage d'environ une encablure.
Pointe Dellys.
La seconde est un peu plus N. ; c'est la pointe de Dellys ; elle est longue, étroite; elle s'avance comme un môle pour protéger le mouillage de Dellys contre la mer et les vents de la partie de l'O. Quelques rochers peu élevés au-dessus de l'eau et placés dans la même direction que la pointe la prolongent encore d'environ une encablure et demie. II n'y a aucun danger dans les environs.
Les coteaux voisins de la mer compris entre ces deux pointes sont remarquables par la manière et les soins avec lesquels ils sont cultivés : c'est une suite de jardins d'un aspect fort agréable, qui sembleraient annoncer dans les habitants de l'ordre, une certaine industrie et un amour du repos qu'on ne trouve nulle part en Afrique.
Lorsqu'on double la pointe de Dellys, on aperçoit, dans l'intérieur des terres, vers le S. S. E., une montagne isolée, nommée par les habitants du pays Beny-Selim. Son sommet est facile à reconnaître parce qu'il est couronné par une excavation intérieure semblable au cratère d'un volcan. Bientôt après on découvre le mouillage de Dellys, où les bâtiments peu-
( ioo )
vent se mettre à i'abri des vents d'O. et de N. O. On y trouve un bon fond de sable etjfvase par 13, 14 et 15 brasses. Pendant ïa belle saison on peut y rester avec les vents d'E. et de N. E. ; mais on y est fort incommodé par ïa mer et il devient difficile d'appareiller; lorsque ce point de la côte sera occupé, on y mouillera avec confiance.
Dellys.
La ville est adossée à une montagne qui a tout au plus 400 mètres de hauteur; ses maisons sont bâties en pierre et recouvertes de tuiles ; tous les abords de la baie sont en général d'un aspect triste. On y trouve beaucoup de restes d'antiquités et d'anciennes murailles. Les habitants font un grand commerce avec Alger, où ils apportent aujourd'hui tous leurs produits agricoles. Ils liaient à terre leurs embarcations pour ne pas les laisser exposées à la mer du N. E.
Cap Tedlès.
■A partir de Dellys, la côte suit à peu près une direction E. et O., sans sinuosités bien remarquables; il faut en être bien près pour suivre quelques légers enfoncements ou reconnaître des pointes qui disparaissent pour peu qu'on les voie de face. H y en a cependant une qui s'avance un peu plus que les autres : c'est le cap Tédeles ou Tedlès , formé par un petit mamelon et défendu, du côté de ïa mer, par des roches nues et fortement inclinées. Il est peu élevé et ïe paraît d'autant moins que les terres des environs sont hautes. Sur son sommet il y a un village assez considérable, bâti comme celui de Deïïys. Ce cap est facile à reconnaître par les cultures nombreuses qui l'entourent; toutes ïes collines qui s'élèvent en amphithéâtre derrière lui sont entièrement défrichées; aussi voit-on dans quelques endroits des groupes de maisons bâties et couvertes en tuiles remplacer ïes tentes dont se ser-
vent habituellement les Arabes. Dans la partie la plus élevée des montagnes situées au S. du cap Tedlès, on remarque un bouquet d'arbres où l'on dit que les habitants se réunissent à certaines époques pour tenir un marché : cet endroit est connu sous le nom de Bemj-A'bd-allah; il est à 920 mètres au-dessus du niveau de la mer.
A l'O. de ce cap, à la distance d'un mille et demi, il existe un petit îlot boisé, qu'on n'aperçoit que lorsqu'on passe très-près de terre; il semble alors qu'on en voit deux : celui du S. est une presqu'île. Les petits bateaux peuvent trouver là un abri contre les vents d'E.
Du côlé opposé on découvre une ligne de roches qui sortent de l'eau et qui se prolongent jusqu'à près d'un mille dans la direction du N. E. : la côte forme un léger enfoncement et offre ainsi à l'abri de ces roches un petit mouillage pour les vents d'O. On y aborde par une plage; il y a quelques maisons auprès de la mer.
A 5 et 7 milles plus à L'E., on rencontre deux mamelons qui s'avancent au N., autant que le cap Tedïès, et qui peuvent être remarqués, quand on est au large, à cause de leur forme triangulaire allongée et de leur couleur sombre qui vient de ce que leur face N. est presque toujours à couvert des rayons du soleil.
Un peu au delà du plus oriental de ces deux mamelons , se trouve un plateau de roches hors de l'eau et sous l'eau qui s'étend à un mille et demi de la côte.
Cap Corbelin.
En continuant à s'avancer vers l'E., la terre la plus saillante qu'on rencontre estie cap Corbelin, assez élevé, d'une couleur roussâtre et facile à reconnaître par les bandes inclinées que forment les diverses couches de roches dont il est composé. A l'O. de ce cap on trouve une petite baie et un mouillage pour les vents d'E., appellé Mers-el-farm (port au charbon); c'est là que les barques de la côte, les sandales, venaient chercher
le charbon de bois qu'elles transportaient à Alger; ce fait, qui est rapporté dans le voyage de Shaw, nous a été confirmé par notre pilote Mohamet.
Au S. de ce cap est la montagne Azefoun, élevée de 1,360 mètres, qui domine tout le premier plan des terres hautes dont est bordée la côte depuis Deilys, qui s'aperçoit de loin, de toutes les directions, et conserve presque toujours sa forme à peu près conique; vue du N. E. et du N. O., elle paraît cependant plus évasée que lorsqu'on la voit du N. Ce point remarquable servira probablement très-souvent à rectifier la position des bâtiments qui navigueront auprès de cette côte. Ses environs sont bien cultivés, ainsi que toutes les hauteurs qui avoisinent Mers-el-Farm.
Après les terres du cap Corbeiin, qui se prolongent encore à l'E. S. E., en s'élevant progressivement dans un espace d'environ 4 milles, on arrive à un petit enfoncement qui paraît d'abord très-profond et où l'on s'attend à trouver un excellent abri; mais on s'aperçoit bientôt que cette illusion est causée par une profonde et belle vallée qui vient aboutir à cet endroit, et où l'on se figure que la mer pénètre. Là commence une longue plage de sable rarement interrompue par des roches, derrière lequelle est un terrain plat, couvert de broussailles et de petits arbres. Les montagnes élevées sont loin dans l'intérieur. Cette plage se termine à l'E. par des falaises basses et pierreuses, qui conduisent, en se courbant un peu vers ïe S., à une petite montagne conique, remarquable par les cultures dont elle est couverte depuis la mer jusqu'à son sommet. Delà, jusqu'au cap Sigli, on aperçoit aussi des terres cultivées, on découvre une autre montagne conique, voisine de îa mer, semblable à ia précédente, mais plus élevée. Viennent ensuite des falaises noires et basses formant le cordon de ia côte , et derrière elles une grande vallée qui produit l'illusion que nous avons signalée à ï'E. du cap Corbeiin ; on croit toujours en effet qu'à l'O. du cap Sigli il y a une baie profonde, et l'on serait tenté d'y mouiller avec les vents d'E.
Cap Sigli.
Le cap Sigli est forme par des terres de moyenne hauteur.
Qu'on vienne de i'E. ou de ï'O., lorsqu'on côtoie à petite distance, il paraît s'avancer beaucoup en mer. Son sommet est remarquable par des bîocs de roches disposés d'une manière bizarre et qui ressemblent beaucoup à des ruines; c est par une pente assez douce qu'on peut descendre jusqu'à son pied, qui est environné d'une multitude de petits rochers de formes très-irrégulièrcs, mais qui ne sont pas écartés vers le large; on y voit un îlot d'une couleur rousse, diversement haché dans ious les sens, a peine séparé de la côte, et tout à fait aride.
Le cap Sigli est celui que Shaw désigne sous le nom de Ash-oune-mon-kar , et qu'il regarde comme le Vabar de Ptolémée.
La côte que nous venons de décrire, à partir de Dellys, suit une direction assez uniforme vers I'E.; elle est formée de terres hautes; lorsqu'on la parcourt à petite distance on rencontre par intervalles des coteaux bien cultivés qui annoncent une nombreuse population. Presque tout ce pays est d'un aspect agréable. Si on la prolonge à une distance de 10 à J 2 milles , alors on découvre toutes les montagnes de l'intérieur, parmi lesquelles celle d'Azefoun se fait remarquer par son élévation et sa forme ; on aperçoit quelquefois au-dessus de ce rideau les sommets coniques de la chaîne de Gergera.
Du cap Sigli au cap Carbon la côte suit à peu près la direction de I'E. S. E. Les terres sont d'abord hautes et diminuent peu à peu jusqu'auprès de Goureya ; elles sont en général assises sur des couches de roches qui les défendent de la fureur de la mer, et parmi lesquelles on voit cependant des intervalles où il y a du sable. A peu de distance à I'E. du cap Sigli il y a une petite crique qui peut servir d'abri aux bateaux caboteurs 1 .
A 5 milles plus loin est une pointe qui s'avance un peu plus
1 Situation de Saldcf d'après M. D'Avezac.
que le reste de la côte; elle paraît saillante à cause de l'enfoncement brusque qu'on trouve après elle, et cet enfoncement lui-même semble encore agrandi par les ravins qui viennent y aboutir. On y voit une très-belle plage , toutes les montagnes des environs sont ornées d'une riche végétation.
Entre cette plage et l'île Pisan, on rencontre à un demimille de terre une petite roche qui est presque à fleur d'eau, entourée d'autres roches qui ne découvrent pas.
Ile Pisan.
L'île Pisan est un rocher de 500 mètres de longueur; son sommet, tronqué et incliné vers 10., a environ 50 mètres d'élévation ; ses flancs sont garnis de quelque végétation, surtout vers le S. Elle peut offrir un abri pour les barques de la côte , ou de petits bâtiments. Sa partie N. est environnée d'un grand nombre de petits rochers qui s'étendent à un peu plus d'une encablure, et dès qu'on s'est encore éloigné de cette distance de ceux qui s'avancent le plus on trouve grand fond. Au N. 51° O. de Pisan, à un demi-mille de distance, on voit une petite roche à fleur d'eau, qu'on pourrait approcher du côté du large, mais non dans la ligne qui la joint à l'île, où le fond est très-inégal. Dans le S. S. O., sur la terre ferme, il y a une petite anse bordée d'une plage qui semblerait fort commode pour les bateaux caboteurs, et dont la pointe orientale est basse, formée par des roches et couronnée par un bouquet d'arbres, au milieu desquels on remarque une petite maison blanche. Le pays environnant paraît très-beau et bien cultivé.
A un mille et demi de cette pointe basse, on en voit une autre semblable, mais un peu plus élevée, et terminée par un petit mamelon arrondi ; puis vient une plage , et après elle , la côte s'élève et présente à la mer une muraille perpendiculaire de grands rochers qui règne sans être interrompue jusqu'au cap Carbon et même dans la baie de Bougie. Au commencement et à peu de distance du rivage, on remarque dans ces rochers