I.Pi,ran au J. M
A i mille et demi'
plusieurs cavernes très-grandes qui sont bien visibles lorsqu'on côtoie à la distance de 3 milles.
Cap Carbon.
Le cap Carbon est formé par la partie N. E. d'une grande masse de rochers presque nus et dont le sommet, appelé Gouret/a, surmonté d'un marabout, s'élève à 671 mètres audessus du niveau de la mer. Dans certaines positions, au S. E. l/4 E.etau N. O. \ 0., il paraît comme un pain de sucre qui n'est joint à la tewe principale que par un col moins élevé et plus étroit que lui. Cette partie extrême du cap est perforée de part en part dans une direction N.etS., et pour cette raison a été appelée Metsqoub { pierre percée); la mer y pénètre en y conservant une certaine profondeur, puisque nous avons vu des barques du pays passer au travers.
* Baie et mouillage de Bougie.
A partir de ce cap la côte tourne au S. jusqu'à la pointe escarpée du fort Bouac, puis en faisant diverses sinuosités vers 10., le S. O. et le S., elle forme une baie dans laquelle est bâtie Bougie et où l'on trouve un bon mouillage et un bon abri pour toutes les saisons , mais particulièrement contre les vents de N. au N. O. et à 10. Pendant l'été on peut mouiller partout avec confiance dès qu'on a atteint 1 6 brasses d'eau, parce que là le fond est d'une très-bonne terre. En hiver il faut se mettre près de terre par 6 brasses, dans cette petite anse, qui a reçu le nom de Sijdxj-Ya'ta, du marabout bâti à sa partie N. ; les petits bâtiments doivent s'amarrer à quatre, aussi près que possible de ce marabout. Alors on peut y résister aux gros temps amenés par les vents de N. et de N. E. On y éprouve une forte houle, et avec les vents de N. et de N. O., des rafales violentes qui descendent de toutes les directions parles différentes gorges de la montagne.
Lorsqu'on veut se réfugier à Bougie par un coup de vent de N. , de N. O. ou d'0=, il faul ranger de très-près le cap
( los )
Carbon et mouiller dès qu'on a dépasse îa pointe du fort Bouac ou qu'on est assez avancé pour trouver fond par 10 ou 12 brasses. On se haie ensuite au bon mouillage lorsque ie temps le permet. On doit, autant que possible, s'approcher de l'anse Yaïa, et y entrer si le vent en donne la facilité; mais il serait imprudent de tenter de prendre ce mouillage en louvoyant; car on trouverait des vents de plus en plus contraires à mesure qu'on s'avancerait dans la baie, et une fois de l'autre côté, on serait au milieu des rafales de S. O., suivies d'accalmies qui vous mettraient dans les plus grands embarras pour virer de bord. Avec des vents deN. grand frais, on a vu des bâtiments retenus ainsi sur cette partie de la baie et mis en très-grand danger par une forte houle qui portait constamment à terre. Deux frégates algériennes se sont sauvées en mouillant, le fond y étant très-bon, mais elles ont été excessivement tourmentées par la mer.
M. Segretier, capitaine de corvette, qui a séjourné longtemps dans la baie de Bougie, dit que pendant la mauvaise saison le seul mouillage qui présente quelque sécurité est celui de l'anse de Sydy-Yaïa , mais quelle ne peut contenir qu'une quinzaine de navires, afïburchés depuis G brasses jusqu'à 4 brasses et demie, sur un fond de vase ou d'argile ; qu'en général ils doivent se placer autant que possible par le travers du marabout de Sydy-Yai'a, et qu'une fois au mouillage, il ne faut pas relever îa pointe du fort Bouac plus IN. que l'E. N. E.
« Pendant l'hiver rigoureux que nous venons de passer ici (de 1834 à 1835), ajoute M. Segretier, nous avons reçu plusieurs coups de vent ; les plus forts ont été du N. E. à l'E. S. E. Dans toute l'étendue de la baie la mer était extrêmement grosse et ne formait qu'un brisant. Quelques navires se sont trouvés au mouillage de Sydy-Yaïa, et durant tous ces mauvais temps , il n'y a eu que deux chaînes et un câble cassés. Ces avaries ont été promptement réparées, parce que nous < avons pu porter secours aux bâtiments qui en avaient besoin.
Les venls se sont bien fait sentir par fortes rafales, dans cette petite baie, mais la mer n'a jamais été assez forte pour nous empêcher de communiquer d'un bâtiment à l'autre. Deux chaloupes de l'administration de la guerre, un chalan et ïa chaloupe du Liamone, ont toujours été sur leurs amarres et n'ont couru aucun danger, ni même éprouvé d'avaries.
Le mouillage situé devant la ville n'offre absolument aucun abri pour ces gros vents de l'hiver, la mer y est affreuse et ïes navires qui le prendraient courraient les risques de se perdre. H n'est vraiment praticable que pendant la belle saison. C'est à ce dernier mouillage que s'est perdu, le 25 janvier 183 5, le brick de commerce français le Vigilant , ainsi que plusieurs bateaux pêcheurs du pays. »
La ville de Bougie 1 est bâtie sur le revers méridional de la montagne de Goureya, à l'emplacement d'une ancienne cité dont il reste encore de nombreuses ruines. Parmi cellesci on remarque surtoutles démolitions des murs d'enceinte qui occupent un espace immense, se prolongeant jusqu'à une grande hauteur. Aujourd'hui ses maisons paraissent éparpillées au milieu des arbres; un fort, probablement de construction espagnole, la domine entièrement; un autre, qui est au bord de la mer et qu'on appelle casba , ainsi que plusieurs batteries de côte , servent à sa défense.
Le mouillage de Bougie peut être d'un grand secours pour les bâtiments qui, pendant l'hiver, fontleserviced'AlgeràBone,
' Saldœ des Romains, fixée par une inscription en place découverte en 1834. ( Communique' par M. Dureau de Lamalle.) Les Goths, lors de l'invasion, y ont établi leur empire. En 7G2, prise par Abni, roi des Sarrasins; 862 , conquise par le roi de Maroc ; 1443, faisant partie de la province deTIémecen, puisdeTunis; 1510 , occupée par les Espagnols ; 1512 et 1514, attaquée par Barberousse ;
15 41, sert de refuge à Charles-Quint, après son désastre auprès. d'Alger ;
- Dans la même anm c", fut prise par les Algériens.
c'est le seul point qui leur offre quelque sûreté en cas d'avaries. On ne peut parler de ses avantages d'une manière absolue, parce que. dans bien des contrées, ce serait un mouillage de très-peu d'importance; mais sur une côte aussi dépourvue de ports et d'abris, il ne saurait être négligé. On conçoit cependant que des marins accoutumés à la navigation du Levant, où l'on trouve de belles rades et des mouillages fermés , où un pilote prend toute la responsabilité dès que le bâtiment est sous voiles , on conçoit que ces marins puissent trouver cette baie mauvaise et en général toute la côte impraticable.
Reconnaissances de Bougie. — Beny-Tchoudja. — Mont-Babor.
Les bâtiments qui viennent du large peuvent reconnaître les environs de Bougie à une grande distance, à 10 et même 15 lieues, si le temps est beau. La montagne Beny- Tchoudja, éloignée de cette ville de 1 1 milles vers l'O., est fort remarquable par son isolement et sa hauteur, qui est de 1,261 mètres. La forme de son sommet est changeante, arrondie quand on la voit de loin à l'E. ou à l'O., anguleuse ou conique très-évasée quand on passe au N. On voit en même temps du côté de l'E. un rideau de montagnes fort élevées qui se prolonge beaucoup dans cette direction ; on est frappé d'abord de la variété des formes de leurs crêtes. La plus haute, appelée Babor, a 1,890 mètres; elle paraît isolée et avec un sommet aplati, lorsqu'on commence à la découvrir en venant d'Alger ou de Bone; mais quand on la relève au S., elle se lie d'une manière insensible aux autres terres, et ne s'en distingue que par son élévation. Nous y avons vu delà neige en juin 1832. La montagne de Goureya paraît comme une île bien séparée de tout ce qui l'environne.
A mesure qu'on s'approche du cap Carbon et qu'en le doublant on regarde dans cet enfoncement qui se présente à l'O., on aperçoit quelques grands arbres que le mirage fait paraître encore plus élevés, et qui se trouvant à fleur d'eau, semblent être dans un grand éloignement et donner à" la baie une immense
profondeur. Les terres hautes qui se trouvent alors de chaque côté de l'observateur contribuent beaucoup à cette illusion.
Une rivière appelée Oued-bou-Mcssaoud se jette à ia mer dans cet endroit. Shaw fait remarquer que c'est la Nasava de Ptolémée.
A partir de là, la côte s'incline régulièrement versïe S. et remonte ensuite avec une espèce de symétrie jusqu'au cap Cavallo. La première partie de cette grande courbe est occupée par des plages d'une largeur remarquable, indice presque certain qu'elles sont souvent tourmentées par la mer. On croit y distinguer deux pointes, qui sont à peine sensibles en réalité, mais qui paraissent s'avancer et terminer la baie du côté du S. E., parce qu'elles sont formées par des mamelons assez isolés et garnis à leur pied de quelques roches. La seconde partie est rocailleuse, entrecoupée de quelques plages, plus dentelée que la première. II faut y remarquer . deux pointes voisines l'une de l'autre, formées par des terres assez élevées, et dont les mamelons arrondis ressemblent de loin à deux îles. On voit derrière elles vers l'intérieur des montagnes escarpées , couronnées de rochers arides, et plus loin le mont Babor. Au N. de la plus avancée de ces deux pointes, à la distance d'un tiers de mille, il y a un rocher sortant à peine de l'eau sur lequel la mer brise souvent.
Un peu plus à FE., nous avons vu des ruines sur les petites falaises qui sont au bord de la mer.
Hc Mansouriah,
Eu continuant à suivre la côte on arrive à l'île Mansouriah , située très-près de terre de manière à offrir un bon abri pour les navires ordinaires du commerce. Nous y avons vu un brick tunisien qui prenait un chargement de blé; ce port est d'une fort petite étendue, mais il y a fond pour de grands bâtiments; on s'y amarre contre l'île. Celle-ci est peu élevée ; elle est reconnaissable à un petit mamelon conique arrondi qui occupe sa partie E., tandis qu'elle est très-basse et rocailleuse à l'extrë-
mité opposée, où elie communique à la terre ferme par une chaîne de roches hors de l'eau ou à fleur d'eau. Les montagnes des environs sont élevées et forment un gros massif sur lequel cette île est toujours projetée , ce qui est cause qu'on la distingue difficilement.
Après avoir dépassé Mansouriah, fa côte remonte au N. E. en faisant quelques sinuosités; elle est bordée de falaises composées de roches et interrompues par deux petites plages. A 4 milles plus loin on se trouve dans une baie très-ouverte où l'on peut mouiller avec des vents de la partie de FE. Lorsque nous y avons jeté l'ancre en 18 32, nous n'avons pu nous empêcher de faire attention à l'aspect que présente une montagne isolée de l'intérieur, qui est d'une aridité extrême, un roc entièrement mis à nu; sa forme, dans cette position, est celle d'un cône qui paraît occuper peu d'espace, mais dans tout autre point de vue, son sommet s'étend sur une ligne fort longue.
Un peu plus loin la côte remonte plus vers le N. , c'est une suite de falaises rocheuses continues et dominées par des montagnes assez hautes, sur lesquelles il y a de grands espaces de terrains cultivés. Avant d'arriver au cap Cavallo on voit un petit îlot qui s'avance à un demi-mille au large, composé de, prismes de trachites perpendiculaires qui rendent son accès très-difficile. Nous l'avons désigné par la lettre a sur la carte particulière du golfe de Bougie; c'est sur ce point que nous avons fait les observations astronomiques qui, combinées avec celles de l'île Pisan et de l'îlot b, près de Jigelli, ont déterminé la bas-e de cette carte. L'îlot a peut avoir environ 20 mètres de hauteur; nous ne l'avons pas mesuré, il est habité par des pigeons et une quantité innombrable de martinets. Auprès de ïa côte, vis-à-vis, et dans les environs, il y a quelques autres roches qui paraissent de même nature.
Le golfe de Bougie que nous venons de parcourir offre en général un aspect fort agréable lorsqu'on le côtoie à petite distance; sa première moitié, celle qui est entièrement bordée
de plages, présente des vallées et des coteaux ornes d'une plus belle végétation et couverts d'une plus grande quantité de cultures que dans la seconde. Presque toutes les montagnes élevées ont leurs sommets couronnés de" roches tout à fait nues. Pendant la belle saison on peut mouiller partout à un mille ou un mille et demi de terre; on y rencontre souvent des brumes et des calmes plats, ce qui est cause que les bâtiments craignent de s'y enfoncer.
Cap Cavallo.
Le cap Cavallo est une terre assez élevée qui s'avance vers le N.N.O. en diminuant progressivement de hauteur et formant une pointe aiguë. Cependant, quand on le voit de près, il présente un profd accidenté qui rend sa reconnaissanre facile ; on y remarque à peu de distance de son extrémité un mamelon à forme de pain de sucre, un peu incliné vers le S. , et paraissant de loin comme une île. Au milieu de ses collines et des mamelons les plus hauts on aperçoit un grand nombre de défrichements.
lies du cap Cavallo.
A i'E. de ce cap il y a plusieurs petites iles, ilôts ou rochers, désignés sur quelques cartes sous le nom d'îles Cavallo; l'une d'elles est assez remarquable par sa forme conique et assez élevée , qui , dans certaines positions, la fait prendre pour le pain de sucre du cap Cavallo. Shavv lui donne le nom de Zeerl-al-Hcilc , nous l'avons conservé. On y voit quelque peu de végétation. Les autres ne sont que des rochers arides, bas et situés fort près de terre. La baie ouverte dans laquelle elles se trouvent est formée par des plages entrecoupées de quelques falaises basses, composées de roches noires. On croirait au premier abord trouver de bons mouillages au milieu de tous ces accidents de la côte; mais il n'y a qu'un abri pour les vents d'E. auprès de l'îie plate, et encore ne doit-on le prendre qu'avec un temps et un vent bien établis. Au sud de Zeert-al-
Heile, le fond est très-inégal, les petits bâtiments seuls peuvent y mouiller. Les terres qui avoisinent cette baie sont bien cultivées, les hauteurs sont couronnées par de beaux bois, toute ia vallée située à TE. du cap de Cavallo se présente en général sous un aspect des plus riants.
Roche Afia.
Auprès de l'île plate s'avance une pointe de roches de même nature qui se confond souvent avec elle. Ensuite ia côte forme un petit enfoncement garni d'une plage de sable ; puis viennent quelques falaises, et enfin cette roche isolée, d'un rouge de feu, que ïes Arabes ont appelée pour cette raison Afia. Au N. E. de ceïle-ci on voit trois petits rochers noirs à fleur d'eau qui s'éloignent jusqu'à un quart de mille. Le fond des environs est madréporique, on y trouve du corail rouge.
La Salamandre.
M. Léon Duparc, lieutenant de vaisseau, a découvert dernièrement dans ces parages un banc de roches sur lequel il n'a trouvé que 13 pieds d'eau. Les relèvements qu'il nous a communiqués nous ont permis de le placer sur ia carte avec assez d'exactitude. II se trouve sur l'alignement de la montagne de Jigelli, désignée par la cote de hauteur 374, et de ia partie E. de la pointe à laquelle appartient la roche Afia, à 2 milles de celle-ci : nous ïui avons donné ie nom de la Salamandre, qui est celui du bateau à vapeur que commandait cet officier.
Nous saisissons cette occasion pour engager ies personnes qui pourront rencontrer des roches, des hauts-fonds ou un danger quelconque inconnu, à s'arrêter et à faire sonder autour avec des embarcations, à se placer sur ia partie ia plus élevée, et à prendre avec un instrument à réflexion des angles à tous les points remarquables de ia côte, ainsi qu'aux sommets des montagnes. Il est aussi très-important de faire des vues , afin qu'on puisse bien reconnaître les points relevés. Le motif d'une mission pressée n'est pas toujours une bonne raison pour se dispenser de passer une heure ou deux heures tout au plus
à 1 nUUe 3 /$
à la détermination d'un danger qui peut être la cause de grands malheurs, surtout sur les côtes d'Afrique.
De la roche A fia à Jigelli il n'y a à signaler que deux petites criques, où les bateaux du pays viennent quelquefois chercher un abri. Celle de l'E. est la plus profonde et la meilleure; il y a une roche peu élevée au-dessus de l'eau, vis-àvis le milieu de son ouverture. La côte est formée par un cordon de roches basses et uniformément placées comme les pierres d'un quai.
Jigelli.
Le port de Jigelli ressemble à celui de Tripoli de Barbarie, mais il est plus petit et moins sûr. On peut y mouiller avec confiance pendant la belle saison. II est défendu des tempêtes du N. par une ligne de roches qui malheureusement ne sont pas assez rapprochées pour anéantir entièrement la puissance destructive des vagues. Le plus grand intervalle qui les sépare est du côté de la ville ; on y trouve un fond très-inégal, mais il y a cependant des profondeurs de 5, 6 et même 7 brasses ; dans d'autres endroits les plus grandes sondes sont de 4 et 5 brasses. On voit néanmoins la possibilité de remplir tous ces vides par des pierres perdues ou de grands blocs de béton, et d'acquérir ainsi un port dans lequel on pourrait passer l'hiver, mais qui ne serait pas grand, quoique avec un fond suffisant pour recevoir des bâtiments d'un fort tonnage. On mouille au S. de l'îlot le plus haut de l'entrée, à environ une encablure par 10, 11 et 12 brasses, sur un fond de sable et gravier, de manière à fermer le cap Bougaroni avec cet îlot,
La vrîle est bâtie sur une presqu'île rocailleuse, protégée du côté de la terre par une tour carrée et des murailles assez hautes. Cette position favorable a donné aux habitants la facilité de se mettre à l'abri des attaques des Arabes, et de se rendre en quelque sorte indépendants. Les autres parties de la ville sont plutôt défendues par la mer que par de mauvais remparts où l'on voit beaucoup de trouées surtout du côté du N. E.
A l'O. , il existe une petite crique bordée d'une plage et dont l'ouverture est obstruée par quelques roches; c'est une cale où Ton construit beaucoup de bateaux caboteurs; nous en avons vu neuf sur les chantiers. Le bois de construction du pays, qui est du chêne , a une grande réputation de durée et de force.
La France avait autrefois un grand commerce avec ce point de la côte d'Afrique; en 1664 elïe s'en empara, mais elle ne put le conserver longtemps 1 , la ville étant dominée par des hauteurs très-voisines. On avait alors le projet d'y établir un port; les renseignements qui furent demandés aux marins qui fréquentaient ces parages, existent dans les archives du dépôt de la marine; on y trouve aussi l'avis de Duquesne et d'autres grands capitaines de cette époque : ils s'accordent tous à dire qu'on ne peut y passer l'hiver si l'on n'y construit pas un môle de manière à embrasser toute la ligne des roches et même la dépasser en inclinant vers ïe S. E. ; que pendant fesgros temps il y a un grand ressac causé par la mer qui passe par l'intervalle des roches, où elle se précipite avec une grande impétuosité, entraînant des pierres mouvantes qui viennentendommager les câbles ; que pour cette raison on ne pouvait se borner à boucher une seule passe, mais qu'il fallait les remplir toutes par des jetées et qu'après cette opération ii serait possible d'y renfermer 15 à 18 bâtiments, et 8 ou 10 galères. L'expérience avait aussi appris qu'on pouvait séjourner à Jigeïli depuis le mois de mai jusqu'à ceïui d'octobre. On trouve sur de vieux plans ïe projet d'un môle de 100 toises de long, qui aurait été construit au S. E. des dernières roches de l'entrée.
Au S- de la ville règne une grande et belle plage qui, en se courbant vers l'E. , forme l'enceinte de ce port; à un demimille environ on remarque un gros rocher tenant à la terre, mais qui paraît s'avancer comme un îlot et sur îequeï on voit une petite maison 2 entourée de quelques arbres. Dans cet in-
1 Du 23 juillet au 30 octobre 1664.
2 C'est le tombeau d'un marabont.
tervalle il y a un haut-fond très-ëtendu vers le N. E. et qui rétrécit beaucoup la partie navigable de ce bassin. La Chimère, capitaine Dispan, s'y est échouée en 1836. Entre ce point et le milieu de la ligne de roches du N. on trouve 5 et 6 brasses d'eau; en général on doit se rapprocher plutôt des roches que de la plage du S.
Oiied-el-Kebir (Ampsagas).
De Jigelli au cap Bougaroni la côte suit à peu près l'E. N. Ë. , presque en ligne droite ; elle est formée en grande partie par des plages et par quelques falaises. D'abord les terres qui avoisinent la mer sont basses; elles se font remarquer par la manière dont elles sont cultivées, et par une assez belle végétation ; nous y avons vu des troupeaux et beaucoup d'habitations arabes. II paraît exister derrière elles une vaste vallée, à travers laquelle doivent s'écouler les eaux qui viennent des montagnes élevées de l'intérieur. A peu de distance de Jigelli il y a deux ouvertures qui servent probablement de passages à des rivières; il nous a été impossible de nous en assurer, parce qu'ici comme dans les autres parties de la côte l'embouchure d'une rivière est barrée par le sable. On rencontre ensuite une montagne très-voisine de la mer qui a 9 80 mètres de hauteur, son isolement la fait paraître très-élevée ; dans un grand nombre de directions, on voit son sommet divisé en deux parties; mais par un temps vaporeux,lorsqu'on est mouillé à Jigelli, il ressemble h celui du cap Bougaroni, et il pourrait être dangereux de les confondre quand on a à faire route vers i'E. Cette montagne se termine à la mer par des falaises; à son extrémité E. il y a deux petits rochers dont l'un touche le rivage , et l'autre se trouve à une petite distance ; nous avons conservé à celui-ci le nom de Zcrt nabou . qu'il porte sur la carte du capitaine Smyth. Après la pointe qui les suit commence une plage d'une grande étendue, située vis-à-vis une vallée profonde par laquelle débouche une belle rivière, probablement l'Ampsagas des anciens et le Oued-el-Kébir
d'aujourd'hui, qui passe, dit-on, à Constantine. Elle arrive à fa mer par la partie E. de Ta plage après avoir couru parallèle ment à elle.
Immédiatement après le Oued-el-Kébir les terres sont élevées et escarpées du côté de ïa mer, cette partie paraît tout à fait inculte et abandonnée: aussi est-ce là que les corailleurs du cap Bougaroni viennent faire de l'eau et du bois. H y a des criques tellement cachées par ies coupes abruptes des rochers qu'il est très-difficile de ies y découvrir.
Mcrs-el-Zeitoune. — Roche Lamein. — Raz-Attyah.
A TE. 'de ces pointes rocailleuses on trouve encore une grande plage ; la côte se courbe vers ïe N. et forme une baie à laquelle les Maures ont donné ïe nom de Mcrs-el-Zeitoune x (le port des Olives), où ies bâtiments trouvent un bon fond, et un bon abri pour ies vents de la partie de i'E., mais il ne faudrait pas y rester avec ies vents du N. à i'O. Dans le milieu de cette baie on voit vers î'intérieur une vallée étroite où coule une rivière qui vient se jeter à la mer, à l'extrémité de ia plage. Plusieurs auteurs ont placé là ie Oued-el-Kébir ; nous pensons qu'iï est plus à i'O., dans un endroit où tous les mouvements de terrains nous paraissent plus appropriés au passage d'un grand fleuve; mais nous devons avouer que nous n'avons aucune certitude du fait. Avant d'arriver à cette rivière dont nous n'avons pas pu avoir ie nom , et que Shaw appelle Oued-Zoun, on remarque des falaises sabïonneuses qu'on peut reconnaître de loin à cause des grandes taches jaunes dont elles sont marquées ; il y a quelques ruines dans les environs. Sur ia rive droite les accidents du terrain sont pîus variés et plus agréables , ia côte devient rocheuse et dentelée ; on voit un village à peu de distance de ia mer, et sur les hauteurs quelques habitations éparses. A ia pointe N. de Mers-el-Zeitoune, il existe plusieurs petites roches qui sont peu écartées, l'une
1 Voyages du docteur Shaw.
ïVelies cependant s'avance à un tiers de mille vers 10. : c'est relie qui, sur ia carte du capitaine Smyth, est portée sous le nom de Lamein. Ici se trouve le premier des sept caps dont on dit que le cap Bougaroni est composé, et sur les noms et les indications desquels les hydrographes et les marins ne sont pas toujours d'accord. Nous avons encore suivi la noruenclalure du capitaine anglais, en conservant au second de ces caps le nom de Raz-Altyah.
Cap Bougaroni.
Le cap connu aujourd'hui sous le nom de Bougaroîii 1 , qu'il faudrait peut-être écrire Bujaroni ou plutôt Bugiaroni, a été ainsi appelé par les Italiens et les Génois qui fréquentaient autrefois cette côte pour la pèche du corail; Shavv fait remarquer que ce nom est probablement du au caractère sauvage des tribus qui habitent ses environs. Les Maures l'appellent Sebba Rous (les sept caps); c'est le point le plus N. de toute la côte de l'Algérie; il est formé par une grande masse de terres qui occupe une étendue de plus de 16 milles de Ï'E. à I'O., et dont le sommet le plus élevé a 1,090 mètres et se trouve à peu près au centre; sa surface est en général tiès-accidentée, elfe est couverte d'un nombre infini de mamelons entre lesquels on remarque de grands espaces défrichés et des habitalions. Les tribus qui s'y sont fixées sont, dit-on, féroces, trèsaguerries et tellement indépendantes, qu'elles n'ont jamais pu être soumises à aucun dey.
Tout le contour de la partie de I'O. et du N.O. a une forme arrondie ; il est bordé de grosses masses de roches qui le défendent de la mer; on trouve de grandes profondeurs d'eau dans les environs, et ce n'est que très-près de terre qu'on peut atteindre le fond avec ïa sonde. C'est précisément dans cette partie que viennent pécher les corailleurs; les vents du N. n'é-
1 Sur une carte italienne de 1663, Specvhio dcl marc, etc., de Francesco Maria Levante on d ouve ce nom écrit ainsi . Btigaronic.
tant pas à craindre pendant la beile saison , m se mettent à l'abri des autres vents d'un côté ou de l'autre du cap. Au N. et à TE. le terrain qui touche à la mer est moins élevé, il est bordé de falaises et découpé par des baies profondes où l'on peut trouver de bons abris contre les vents de N. O. et d O.; le fond n'y est pas très-bon, si ce n'est dans la baie de Collo. Les eorailleurs viennent souvent se réfugier dans les deux premières baies ; ils y sont quelquefois attaqués par les naturels, mais ce n'est pas toujours sans des provocations de leur part.
Baie de Collo.
La baie de Collo offre un abri contre les vents du N. O. àl'O.; les petits bâtiments qui peuvent s'approcher de terre et s'amarrer devant la ville, sont à l'abri de presque tous les vents ; le fond y est d'une très-bonne tenue ; les vents de N. E. y causent une forte houle. II est probable cependant que lorsqu'on aura occupé cette partie de la côte pendant quelque temps, on reconnaîtra qu'on peut y passer une grande partie de l'année sans danger; on y mouille par 14 et 1 5 brasses, fond de vase, relevant la mosquée au N. N. O.; de là, le brassiage diminue peu à peu jusqu'à la plage, où l'on trouve un débarquement facile, ainsi que sur presque tous les points de la baie.
La ville 1 est bâtie derrière la presqu'île qui porte le nom d'Aldjerda, ses maisons sont en pierres et recouvertes de tuiles, elle est habitée par des Maures qui vivent du commerce qu'ils font avec les autres parties de la côte; aussi est-il possible de s'y procurer des provisions ou des rafraîchissements, pourvu toutefois que ce soit à ï'insu des Kabaïles, c'est-à-dire qu'il ne faut communiquer avec la terre que pendant la nuit. Ceux-ci vivent dans les montagnes où l'on voit un grand nombre de défrichements; ils sont belliqueux et ont opposé toujours la résistance la plus opiniâtre aux beys qui ont été envoyés pour ■çs soumettre à un tribut.
' Cuîlu des anciens.
La compagnie d'Afrique, de 1604 à 1685, a eu un établissement à Collo pour le commerce intérieur et la pêche du corail.
Les environs, tels qu'on peut les voir sur un bâtiment mouillé dans la baie, présentent le tableau le plus varié et ïe plus pittoresque. Au S. c'est une plaine d'une belle étendue couverte d'une riche végétation, au milieu de laquelle s'élève une montagne conique toute boisée que les habitants ont appelée Roumadyah (ïa charbonnière), et qui, du large, paraît comme une îïe au fond du goïfe. Une rivière traverse cette vallée et vient se jeter à ïa mer dans l'E. de la baie; à droite et à gauche, de grandes masses s'élèvent graduellement, toutes les collines sont couronnées de bois ; l'on voit des terres cultivés sur les endroits les plus élevés ; mais ce qui étonne le plus, c'est le mouvement extraordinaire du terrain. A Ï'O. de Collo on remarque quelques sommets de montagnes stériles, un entre autres de forme pyramidale, isolé, qu'on peut reconnaître dans presque toutes les positions et qui est appelé Coudia; sa hauteur est de 590 mètres.
La presqu'île d'AIdjerda est d'un aspect assez triste, elle est bordée de quelques roches arrangées en tuyaux comme des trachites ou des basaltes.
La baie qu'on trouve au N. de Collo porte le nom de Bahal-Aouather (bain des jeunes filles), elle est trop étroite pour qu'on puisse tenter d'aller y mouiller.
Il existe au S., à environ 2 milles, un lac ou un bras de mer qui s'avance dans l'intérieur des terres, mais qui est séparé de la baie par un intervalle de terrain sablonneux d'environ 300 pieds. Les habitants ont conservé de leurs aïeux des traditions qui constatent que ce lac communiquait autrefois avec la mer, et que c'était un beau port où l'on renfermait un grand nombre de bâtiments ; il lui ont donné le nom de el-Djvbia. On voit encore dans son intérieur et aux environs des restes d'anciennes constructions. Notre pilote Mohamet y a trouvé 13 brasses d'eau dans quelques endroits. Les monta-
gnes qui l'avoisinent sont couvertes de beaux chênes et d'autres bons bois de construction, que le dey envoyait prendre pour approvisionner îes chantiers d'Alger. Pendant que nous étions au mouillage de Collo, en juin 1832, M. BoIIe fut envoyé au fond de la baie pour sonder cette partie, qui correspond à el-Djebia, et en reconnaître les approches ; mais il ne put y rester longtemps, les habitants, cachés derrière les broussailles, l'ayant accueilli à coups de fusil.
La population du territoire de Coiïo et des montagnes de Bougaroni est extrêmement nombreuse , et divisée en une infinité de tribus qui sont presque toujours en guerre les unes contre les autres.
Raz-Frao.
La partie occidentale de la baie de Collo se termine par un terrain rocailleux et de moyenne hauteur, qui porte le nom de Raz-Frao. Une grande plage de sable battue, et probablement formée par la mer qu'y amènent les grands vents de N. et de N. E., en forme le fond.
He Coïlo.
A i'E. de ce cap, la côte, vers le large, a ses flancs garnis de roches, excepté dans quelques sinuosités, où l'on voit du sable. Après le Ras-Rebeltefa, il y a une petite anse où les barques de la côte vont se réfugier dans le besoin; elles peuvent aussi s'amarrer au S. de l'île Collo, qui est à peu de distance et, qui, à cause de sa masse et de son étendue, offre un meilleur abri. Cette île a environ 60 mètres de hauteur ; son sommet est arrondi et d'une couleur roussâtre; toute sa partie N. est d'un aspect aride, tandis que du côté opposé on trouve quelque végétation; quant on arrive du large, elle devient difficile à reconnaître, parce qu'étant entièrement projetée sur des terrains semblables de la côte elle disparaît. Lorsque nous l'avons visitée elle était habitée par un grand nombre d'oiseaux d'espèces différentes; nous y avons vu des milans,
des éperviers ayant leurs nids à côté de ceux des goëlans, des hirondelles de mer, des pétrels et même des pigeons, et chaque espèce paraissait y être dans la plus entière sécurité. Cet étrange assemblage s'est présenté plusieurs fois à nous en débarquant sur les roches et îes îlots qui bordent la côte d'Afrique.
Le passage entre l'île et ïa terre nous a paru sain.
De là au cap Bibi, il y a une baie assez profonde, garnie d'une plage , où l'on trouverait un abri contre les vents de ïa partie de ï'E. ; à plus d'un demi-mille avant d'y arriver, on rencontre un rocher conique moins élevé que l'île CoIIo.
Raz-Bibi.
Le cap Bibi, Kaz-Bibi, s'avance en pointe étroite et se reconnaît aux divers mamelons qui le composent, et à l'îlot dont nous venons de parler. H est probable que les bateaux caboteurs s'arrêtent à l'E. de ce cap, auprès d'une petite plage, quand ils sont contrariés par les vents d'O.
La pointe que l'on rencontre ensuite et qui porte le nom de Tzour-hamed-Dj crbi , paraît s'avancer beaucoup en mer lorsqu'on vient de l'E. et qu'on côtoie à petite distance; les roches qui l'accompagnent semblent aussi être bien au large; en général, on dirait que toutes les pointes qu'on voit dans cette position laissent derrière elles des enfoncements bien profonds, et l'on est étonné de les voir disparaître à mesure qu'on s'en approche.
A l'E. de Tzour-hamed-Djerbi, ïa côte est soutenue par de grandes roches ; elle forme un creux dans lequel on remarque une immense tache blanche qui s'aperçoit à plus de 15 milles en mer; nous lui avons donné ïe nom de Oued- A li qui est aussi celui de l'enfoncement dans ïequel elle se trouve.
Tarsah Akniès.
L'îlot Tarsah est un rocher pyramidal, entièrement nu, à peine détaché de la côte et qu'on ne reconnaît bien que lorsqu'on le voit du N. O. et de l'E. ; car iï disparaît dans la plu-
part des autres positions, étant projeté sur des terres de même couleur. La pointe au bout de laquelle il se trouve est escarpée et se termine par un grand bloc de roche qui lui ressemble assez. Cet ilot est le même que celui qui est présenté sous le nom de Pelau clans les descriptions de M. Baudin , qui nous ont été si utiles pour l'exploration de ces parages. La côte en cet endroit tourne rapidement au S. et forme une baie ouverte où l'on peut mouiller avec des vents de la partie de ï'O., mais dans la belle saison seulement; encore faut-il avoir la précaution de se mettre hors de portée du fusil. Au fond de cette baie il y a une plage, et vers l'intérieur une vallée assez profonde couverte de bois, où l'on aperçoit quelques habitations et une campagne bien cultivée ; les Maures caboteurs appellent cet endroit Akmes.
Srigina.
A l'E. de la plage ce sont de grands escarpements de roches, des masses arrondies qui forment les sinuosités de la côte. L'île Srigina, qui est éloignée de celle-ci de moins d'un demimiïïe, est un seul rocher nu dont la longueur gît N. et S., et qui est entourée de quelques roches peu élevées ; on peut passer par ce petit canal dans un cas forcé ; il y a fond pour toute espèce de bâtiment.
Cette île correspond à un gros cap sans nom, après lequel fa côte tourne au S. , en conservant le même aspect ; quelques ravins profonds divisent ces masses de terrain , en leur donnant, auprès du port de Stora , des formes de pyramides assez remarquables , et qu'on peut reconnaître de bien loin à cause de leurs taches blanches. Il y a dans les environs plusieurs roches noires peu éloignées qui n'offrent aucun danger.
Port de Stora.
Le port de Stora est une petite anse où quelques bâtiments, des bricks et même des corvettes pourraient se mettre à l'abri
pendant l'hiver, en s'amarrant à quatre, très-près déterre, mais en supposant le pays occupé par nos troupes ; car les montagnes voisines, hautes et boisées, mettraient les Arabes dans la plus entière sécurité après leurs attaques. II y a 9 et 1 brasses d'eau dans le milieu. Pendant la belle saison on peut mouiller dans la baie, entre le port de Stora et le Ras- Skikida; on y trouve bon fond, et l'on doit s'y croire en sûreté parce que les vents de N. , qui sont les seuls qu'on puisse redouter, sont alors faibles et présagent le beau temps. Pendant les vents de N. O. et de N. E. on y éprouve une houle assez forte.
Les environsde cette baie, duS. O. au S. E., offrent quelques sites charmants; au bord de la mer, il y a une suite de petites plages entrecoupées de pointes de roches. Les terres élevées de l'intérieur s'abaissent insensiblement jusqu'au Ras-Skikida. Mais ce qu'on y remarque avec le plus d'étonnement c'est la quantité de ruines répandues dans ce petit espace. Vis-à-vis le milieu, et tout auprès de la plage du port, il y a un gros massif d'anciennes constructions, auquel les Maures ont donné un nom qui, dans leur langue, signifie les magasins , parce que c'est là qu'on a rassemblé pendant longtemps les grains, les cuirs, la cire que les Arabes de l'intérieur voulaient vendre aux Européens ou envoyer à Alger. Si on suit la côte vers l'E. on voit des fragments plus petits de ces ruines sur presque tous les mamelons; on arrive enfin à la plage qui précède le cap Skikida., et là, sur un emplacement assez beau, on les trouve bien plus multipliées qu'ailleurs. On y distingue des cintres de voûtes, des restes de citernes, des pans de murailles qui , du bord de la mer, se dirigent vers l'intérieur en suivant les sinuosités des collines. Ce sont les ruines de Rusicada, ancienne cité des Romains, qui devait avoir de grands rapports avec Constantine comme port le plus rapproché de cette capitale. Léon l'Africain 1 dit que de son temps , de 1 5 1 2 à 1 5 1 4 , on
1 De l'Afrique, t. 2 , p. 10 ; édition 1830.
voyait encore entre ces deux villes une route pavée en pierres noires, semblable aux routes romaines d'Italie.
Les bâtiments de la compagnie d'Afrique venaient autrefois à Stora prendre des chargements de blé; ils mettaient une garde sur le rocher le plus avancé, auquel ils avaient donné le nom de presqu'île Bramepan. Par 5 ou 6 brasses, ils se trouvaient a l'abri des vents du large, ils faisaient de l'eau dans le ravin qui est à droite des magasins. Les bateaux allaient chercher le blé à la plage de Rusicada , où ils étaient quelquefois gênés par la houle.
Aujourd'hui les Maures, parmi lesquels sont les meilleurs marins de la cote, regardent le port de Stora comme le plus sûr de la régence, mais il faut observer qu'ils ne sont pas habitués à manœuvrer de grands bâtiments, et que les moindres criques suffisent pour mettre à l'abri leurs petites barques. II est probable qu'on y est un peu tourmenté par la houle ou le ressac.
Le cap Skikida 1 est formé par une terre isolée de 190 mètres de hauteur , qui s'abaisse graduellement vers l'intérieur , mais qui, du côté de la mer, est abrupte et garnie de quelques roches. Ses parties élevées sont très-boisées. A i'E. coule à son pied une rivière appelée Oued-el-Kébir et aussi Bemj-Melki, qui se jette à la mer à travers un banc de sable, de sorte qu'il nous eût été impossible de voir son embouchure si elle ne nous avait été indiquée par un Maure qui se trouvait alors avec un bateau caboteur au port de Stora. Nous apprîmes de lui que cette rivière passe à Constantine, et que cette ville n'est éloignée de Rusicada que de 1 6 heures de marche 2 .
Raz-Filfila.
Une plage droite, uniforme et longue d'environ 6 milles conduit du cap Skikida au capFiïfila. Elleest bordée de dunes
1 Skikida, altération évidente de Rusicada, d'après M. Dureau de Lamaile ; Rus Sicada , Ras Skida. Rus et Ras signifient cap.
2 il est probable (jue ce Maure voulait parler d'une marche à cheval.
recouvertes de quelques broussailles; derrière elles sont des terrains bas embrassant une assez belle étendue avant de joindre ïes montagnes de l'intérieur qui viennent former le cap Filfiîa. Celui-ci , du côté de la mer, est un composé de falaises rocailleuses , taillées à pic , reconnaissable surtout à la place qu'il occupe entre deux grandes plages. Les coraiileurs établissent quelquefois leur pêcbe au N. ou au N. O. de ce cap à petite distance; ils le connaissent plus particulièrement sous le nom de cap Vert.
Le grand enfoncement compris entre le cap FilfHa et le cap de Fer est généralement connu sous le nom de golfe de Stora; on peut s'y mettre à l'abri des vents de N. au N. E. et à Ï'E. , mais il ne faudrait pas s'y laisser surprendre par des vents de N. O. à l'O. , qui y causent subitement une forte houle. Le fond y est presque partout mauvais, on y trouve peu de vase , des coquilles brisées ou des madrépores, quelquefois aussi des roches, et plus souvent un composé de sable et de gros gravier qui peut endommager les câbles. Larsqu'on veut y mouiller, il faut se mettre au S. du pic à environ un mille, par 18 brasses, on est ainsi en mesure d'appareiller au besoin, et on ne doit pas tarder à le faire aux moindres apparences de vents d'O., parce que la mer s'y fait sentir de bonne heure et que l'on a de la peine à louvoyer pour doubler le cap de Fer. A l'extrémité S. de la plage, auprès d'un petit mamelon jaunâtre, nous avons vu quelques ruines. A l'extrémité N. , il y a un petit abri pour les barques du pays; toutes les terres des environs sont bien cultivées, on y voit beaucoup de tentes et de nombreux troupeaux. Dans cette partie on remarque un endroit où la grève est interrompue par des falaises rouges, entre lesquelles le Oued-el-Karha se jette à* la mer. On dit que les sandales entrent facilement par cette embouchure et remontent la rivière à plus d'un mille. Au delà des dunes qui bordent ce golfe, il y a des plaines qui se prolongent dans l'E. , à de très - grandes distances , à travers lesquelles nous avons relevé plusieurs fois les montagnes de Bone,
-dont nous nous trouvions séparés par un intervalle de plus de 25 milles \
Le cap de Fer.
Le cap de Fer est formé par une masse étroite de terres élevées et garnies à leur base et à leur sommet de rochers gris entièrement nus. Son contour est assez dentelé; dans ia partie S. il y a deux pitons ou mamelons isolés, l'un très-arrondi situé du côté de ia plage, l'autre tout à fait escarpé placé plus à ï'O., paraissant, dans certaines positions, avec une forme conique, et pouvant servir à faire reconnaître le cap de Fer. On ie désigne sous le nom de Pic; il a 3 70 mètres de hauteur, tandis que le plus haut sommet du cap a 480 mètres. L'extrémité la plus O. de ces terres est encore plus mince et plus découpée que le reste, elle a été appelée Ras-Tchekidish par îes Maures; on y remarque une petite baie assez profonde qui fait face au N. , où les corailleurs viennent faire de l'eau et commercer avec les habitants. On peut obtenir de ceux-ci quelques provisions fraîches, mais on doit se tenir continuellement en garde contre leur perfidie. Dans tous les points des environs du cap de Fer, ainsi qu'auprès de la plage de Rusicada , nos embarcations ont été accueillies par des coups de fusil. Il y a peu de terres cultivées sur ia partie N. du cap de Fer.
A un demi-miïie a i'O. du Ras-Tchekidish, il existe un îlot, un roc de 37 mètres de hauteur, sur lequel nous avons fait des observations astronomiques. Entre lui et le cap de Fer on voit un grand nombre d'autres petits îlots, quelques-uns à fleur d'eau, qui s'écartent tout au plus à un demi-mille de la côte et qui contribuent à donner aux approches du cap un aspect redoutabïe. Cependant ii n'y a aucun danger caché, toutes ces roches sont visibles et ne sont à craindre qu'à cause des courants assez forts que i on rencontre ordinairement dans ces parages. L'opinion générale parmi les marins est que ces
1 Du mouillage de CoHo , le mont Edough a e'te' aperçu quoique à la distance de 52 milfes.
('.de Gard? au X 55 ?E. à 24 milles
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