DE D. PEDRO DE MENDOZA
Les nouvelles des succès incroyables de Pizarre qui arrivèrent en Espagne en 1534 émurent au plus haut degré les populations de l'Europe presque entière. Tout le monde s'intéressa à des événements aussi inouïs, et beaucoup s'empressèrent de s'offrir pour des expéditions semblables. Riches et pauvres, grands et petits, vinrent à l'envie faire offre de leurs navires au gouvernement. Au milieu de ces circonstances le nom du fleuve argentifère résonnait agréablement auprès de nombreuses oreilles.Si l'on ne devait pas recueillir de grands trésors immédiatement sur ses rives, il serait au moins facile, croyait-on, de s'y avancer vers le Pérou et de s'y approprier une partie des gisements aurifères que ce riche pays renfermait. Tel était le principal mobile qui stimulait les promoteurs de nouvelles expéditions.
D. Pedro de Mendoza, seigneur d'un haut rang et très-considéré à la cour comme membre d'une des premières familles d'Espagne, se mit sur les rangs. Il se recommandait encore par la part qu'il avait prise à la guerre de peu de durée sous le connétable de Bourbon en Italie, bien que, d'après les on dit, il se fût enrichi par des procédés d'une délicatesse douteuse au pillage de Home. H proposa au gouvernement de faire à son propre compte une expédition au Rio de la Plata daiisle but d*y ouvrir une route directe vers le Pérou. 11 detnandait a être le seul chef et le titre de lieutenant du roi dans la nouvelle colonie, avec un traiternent annuel de 2 000 ducats pris sur ses revenus et soumis à la rote-» nue du cinquième habituel en faveur de l'Klat. Le gouverncmeût n'hésita pas à accepter ces propositions. Un ai-rangement (asiehto) par écrit fut conclu avec Mendoza dans lequel, avec le titre d'Adelanlado, on lui donnait l'administration de tous les pays à cotiquérir. Mendoza, de son côté, s'engageail à réunii* mille hommes
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bien équipés, à les entretenir pendant une année et à emmener avec lui des ecclésiastiques pour convertir sur-le-champ les Indiens au christianisme. On leur recommandait de les traiter avec douceur. Cette dernière obligation, imposée à la requête particulière de Charlcs-Quint, prouve combien l'empereur avait à cœur les progrès du christianisme dans ses Etats et combien, à cet égard, il i essemblail a sa grand'mère Isabelle, surnommée la Catholique, qui s'inquiétait d'une manière toute particulière du salut de Tâmc des Indiens. Cependant l'ardeur de faire des conversions dégénéra bientôt alors, comme plus tard sous Philippe II, en une persécution indigne. Les pauvres Indiens avaient vécu beaucoup plus heureux dans leurs croyances payennes, que lorsqu'ils se furent fait baptiser. Le despotisme orgueilleux des Espagnols n'admettait que l'humble soumission d'esclaves à laquelle les Indiens baptisés eux-mêmes furent bientôt réduits.
Lorsque le tiaité conclu par Mendoza avec le gouvernement fut rendu public, un si grand nombre d'hommes accoururent à lui, qu'au lieu des mille hommes stipulés, il put constituer une troupe de deux mille cinq cents individus choisis et en renvoyer un nombre égal. L'Adelantado^ débordé par une telle afiluence, se hâta de se mettre en route pour échapper à de nouvelles demandes. 11 quitta Séville le i\ août 153-4, accompagné de ses officiers et leva l'ancre le 1" septembre dans le port de Saint-Lucar.
Parmi les navires, il s'en trouvait un équipé par les négociants d'Augsbourg, Jacob Welser et Sébastien Neidhart, pour aller commercer au Rio de la Plata avec Henri Peine comme leur facteur. L'équipage de ce navire se composait d'Allemands et de Flamands enrôlés par ces négociants. A la première nationalité appartenait un cei-tain Ulrich Schmidt de Stmubingen , en Bavière, qui s'était laissé enrôler comme soldat, afin d'aller voir par luimême les merveilles du nouveau monde. Il resta vingt ans dans le pays, et écrivit à son retour, en 1554, une relation de ses aventures, ({ui est le plus ancien document historique sur ces contrées et comme description par un témoin oculaire a une grande importance pour leur connaissance*^. La grande importance commerciale
HÊIINION AUX CANARIES. 17
d'Augsbourg à cette époque et la prédilection de l'empereur pour cette ville expliquent facilement la part que les négociants allemands prirent à l'expédition. Ce fut sans doute pendant les fréquents séjours que Charles-Quint lit à Augsbourg, où les Fugger lui servaient de banquiers, qu'il accorda cette permission aux riches négociants nommés plus haut, de même que dans l'expédition de Cabot, ceux de Séville y avaient été admis à leur propre compte. On sait que les Welser et plus tard les Fugger fîrent de semblables entreprises, et une colonie allemande, leur propriété, exista longtemps au Venezuela. Elle était administrée par des fonctionnaires allemands. Elle ne fut rachetée par l'État aux Fugger que plus tard, lorsque la couronne d'Espagne sortit de la maison royale d'Autriche*'^*.
Poussée par un vent favorable, la flotille arriva bientôt aux lies Canaries, où, comme de coutume, on fit une longue halte pour y compléter l'organisation qui n'avait encore été fixée que dans ses traits généraux. Mendoza, qui était devant Ténériiïe, réunit tous ses oTiciors, leur recommanda la plus grande attention dans leur service, la traversée do l'Océan étant exposée à de nombreux périls, et désigna les personnes à qui on devait obéir en cas de malheur. 11 choisit pour premier commandant au-dessous de lui Juan Osorio, officier de mérite, qui avait fait la campagne d'Italie à côté de lui et que les soldais respectaient beaucoup. Le frère de Mendoza, Die^o, fut nommé arî.iral de la flotte, et vice-amiral Juan de Ayolas (ou Oyolas, comme d'autres écrivains le nomment), l'ami particulier de l'Adelanlado. Le procurateur royal fut Franz de Alvarado et Juan de Carabajal son subordonné. Guzman désigne encore cinquante officiers de l'expédition, qui presque tous appartenaient aux familles les plus considérables du pays. Nous nous contenterons de citer seulement les noms de ceux qui joueront un rôle dans le cours de l'histoire. Avant tout autre, il faut nommer Domingo Marlinez de Yrala (ou Irala), Biscayen de naissance et le véritable fondateur de la colonie de la Plata; ensuite, deux parents de Mendoza, D. Gonziilo et D. Francisco de Mendoza, qui avait été intendant de la maison du frère du roi, pins tard l'empereur Ferdinand. Juan
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de Caceivs accompagnait l'expédition comme payeur du ix)i et avait son frère Philipp avec lui; Carlos de Guevara comme facteur de la couronne et Nunez de Silva à titre d'alcade des établissements à fonder. Le frère de lait de l'empereur, Carlos Dubrin, s'y trouvait aussi, et parmi les étrangers, on doit signaler en première ligne Fernando Centurion, Génois et ancien capitaine de mer sous André Doria; après lui, le Flamand Simon Jacques de Ramua.
Le navire sur lequel se trouvait Schmidt était stationné devant l'île Palmaavec deux autres, sept éUiient devant Gomara et le reste avec Mendoza à Ténériflb. Durant le séjour, qui dura quatre semaines, les Allemands eurent une petite aventure qui menaça de se terminer sérieusement. Un parent de l'Adelantado, D. Jorçe de Mendoza, s'était rendu sur le navire allemand, peut-être à titre de surveillant. Pendant ces quatre semaines, il noua une intrigue d'amour avec la fille d'un des principaux habitants de l'île Palma, persuada la jeune fille de l'accompagner et la nuit avant le départ l'emmena secrètement sur le navire. Cet enlèvement avant été connu à terre et Mendoza se refusant à rendre son amante, le navire reçut des bordées d'artillerie qui tuèrent un homme et empêchèrent le départ. Heureusement qu'un grand navin^ espagnol avec cent cinquante hommes se trouvait dans le port de Palma. Le capitaine s'interposa et Ton envovîi chercher Vxidelanlado, Aidés du gouverneur des Canaries, ils apaisèrent 1(* père do la jeune fille et I). Jorge Mendoza se déclara prêt à l'épouser et à rester avec elle à Palma. L'expédition continua sa roule seulement après qu'on eut accompli le mariage avec beaucoup de pompe-'.
Des Canaries ont fit voile vers les îles du Cap- Vert, où la flotillc se rassemhla de nouveau. Le navire de Schmidt aborda à Sîiintlago et s'y ravitailla de vivres frais. II raconte qu'elle est habitée par des nè^rres el appartient au Portugal. De là on <»ouvema obliquement à travers l'Océan et toucha à une île inhabitée, qui doit ^tro rîle actuelle de Fernando Norunha'^. Après deux mois, ou atteignit la baie de Rio de Janeiro (Nhiteroy), où Ton séjourna quatorze jours. I/Adelantado était malade; il souffrait d'une