MEURTRE D'OSORIO A RIO DE JANEIRO
goutte violente et désira se reposer quelque temps â terre. Schmidt raconte avec détails les circonstances de cette navigation'^' et parle d'une ile comme du point d'attérissage. Mais il y en a plusieurs dans la baie; peut-être était-ce la grande île du Gouverneur, située plus à rinlérieur que la capitale actuelle du Brésil.
Il leur arriva ici un événement malheureux, qui fut interprété comme un présage de mauvaise augure pour l'expédition. Pendant l'arrêt, Mendoza avait désigné Juan de Osorio pour le remplacer, afm de se soigner plus tranquillement. Il est probable que l'affection générale dont jouissait cet officier excita la jalousie des autres officiers, qui surent éveiller la défiance de Mendoza. Il ordonna d'arrêter Osorio. Celui-ci se soumit, mais laissa échapper son mécontentement en paroles un peu vives contre l'Adelantado. Ce dernier s'empoita, prononça des imprécations contre Osorio et probablement dit devant les dénonciateurs : < Je voudrais être débarrassé de ce traître. » Ce fut un ordre pour eux. Quatre d'entre eux, Juan Âyolas, Juan Salazar, Jorge Lugan et Lazai^o Salazar, se précipitèrent sur Osorio et le tuèrent avec leurs poignards. Mendoza fit exposer publiquement son cadavre, en le dénonçant comme un traître, avec la menace de traiter ainsi tous ceux qui tenteraient de méconnaître son autorité. Mais l'opinion générale condamna ce meurtre, et tous les soldats regrettèrent la mort de ce chef courageux et juste. Plusieurs des officiers étrangers à l'affaire exprimèrent ouvertement leur mécontentement et parlèrent d'abandonner Texpédition pour se mettre en sûreté contre un traitement aussi injuste^*.
Il faut encore dire que, durant cet événement, tout le personnel de l'expédition n'était pas rassemblé auprès de Mendoza. Une petite partie, séparée des autres par une tempête, s'était rendue directement au Rio de la Plata,souâ la direction de l'amiral Diego de Mendoza. Peut-être était-ce à dessein, parce qu'il n'était pas satisfait de la direction de son frère.
La menace de plusieurs officiel's d'abandonner l'expédition détermina VAdelantado à reprendre son voyage promptement. 11 mit bientôt à la voile, longea la côte vers le sud, passa devant
20 ARRIVÉE AU RIO DE hX PI.ATA.
la Laguna de los Patos et devant le cap Sa-Maria, pénétra dans Tembouchure du Rio de la Plata et vint jeter l'ancre à l'île Saint- Gabriel, où il trouva son frère avec les autres navires. Loi*sque celui-ci apprit le meurtre d'Osorio, il manîfesUi très-vivement sa désapprobation, et comme par une sorte de pressentiment de ce qui devait arriver, il prononça les paroles suivantes : t Plaise à Dieu que la mort de cet homme ne soit pas la cause de notre perte à tous. »
Aussitôt arrivés, chefs et soldats débarquèrent en grand nombre, mais ils ne trouvèrent qu'un village de sauvages Charruas, qui se montrèrent peu empressés et n'avaient comme aliments que des poissons et la chair des animaux tués à la chasse. Ils étaient entièrement nus ; les femmes seules portaient un morceau d'étoffe de coton enroulé, qui descendait de la ceinture jusqu'aux genoux. On estima cette population sauvage à deux milles individus.
Mendoza reconnut bientôt qu'il n'avait rien à espérer de ces gens. Il ordonna donc de se rembarquer pour passer sur l'autre côté du fleuve. Schmidt estime sa largeur en ce point assez exactement à huit lieues. VAdelanlado envoya en avant un canot sous la conduite de son beau-frère, D. Sancho del Campo, pour trouver un pointd'attérissage. Celui-ci s'élançaà terre en s*écriant: que buenos aires son los de este sueloj d'où est venu le nom de la ville de Uuehos-Ayres. Il revint annoncer que la contrée était plate, l'air doux, le pays ouvert et bien approprié pour y fonder un établissement. Mendoza ordonna le débarquement, non pjs sur le rivage élevé où se trouve actuellement Iluenos-Ayres, mais un peu plus au sud dans le voisinage de l'embouchure du Hiachuelo, là où s'étend la plaine entre Barracas et Buenos-Ayres. On débarqua en même temps que les hommes et les armes soixante-douze chevaux, étalons et juments'*.
On s'occupa aussitôt de baraquements pour les soldats, et le i février 15cJ5, Mendoza posa solennellement la première pîeri*e d'un fort d(î forme carrée (400 pieds de côté), avec remparts et fossés. Il s'y fit construire pour lui-même une giande maison en briques cuites, dont la matière fut empi*untée au sol argileux des