‹ Description physique de la République Argentine (volume 3)Chapitre 17 sur 583 · COMBAT AVEC LES QUERANDIS · texte numérisé non relu

COMBAT AVEC LES QUERANDIS

berges élevées du fleuve. Il appela son établissement Sa-Maria de Buenos-Ayres. Les baraques furent couvertes avec de la paille formée avec les joncs du ruisseau voisin, et Ton lira le bois des fourrés de saules qui bordaient les rives. Il n'y avait ni forêt, ni pierre dans la contrée pour y construire plus solidement. On ne voyait de forêt qu'à une distance considérable au nord.

Schmidt, dont les indications, en qualité de témoin oculaire, sont préférables à toutes autres, raconte qu'on trouva près du point de débai*quement un village d'Indiens, avec environ trois mille habitants. Us se nommaient Carendis ou plus exactement Querandis. Ils marchaient nus comme les Charmas, les femmes seules portant par devant un court tablier. Ils n'usaient d'autre nourriture que du poisson et la chair de leur gibier. Ils faisaient de longues courses pour se pourvoir (jusqu'à 30 lieues), et manquant souvent d'eau, ils buvaient sur le sol le sang des animaux tués, parmi lesquels il est question de cerfs. Ils utilisaient aussi pour calmer leur soif le suc d'une racine que Schmidt appelle cardes (chardon).

Pendant quatorze jours, les Indiens vinrent échanger avec les Espagnols les provisions alimentaires qu'ils avaient, puis ils se retirèrent et ne revinrent plus, chassés sans doute par la conduite arrogante des étrangers et par les exigences sans nombre qu'on voulait leur imposer. L'Adelantado envoya auprès des Indiens le juge Juan Pavon^'^ avec deux soldats, pour aller chercher des yivres. Mais ils n'obtinrent rien et furent même chassés par les Querandis et un d'entre eux blessé. Celte nouvelle excita la colère des Espagnols. Mendoza résolut de châtier sévèrement les Indiens et dans ce but envoya son frère Diego avec trente aivaliers bien armés et trois cents lansquenets pour attaquer les Indiens dans l»*ur village, enlever tous les vivres et y construire un petit fort. Schmidt, qui prit paît à cette expédition, ne cite aucun personnage d'importance, mais donne brièvement le résultat. Les Indiens étaient à peu près au nombre de quatre milles hommes. Ils se défendirent courageusement et abandonnèrent la place. Diego Mendoza, six cavaliers et vinjçt hommes avaient été frappés mor-

It TRISTE SITIATION DES ESPAGNOLS.

tellement, beaucoup étaient blessés grièvement. Guzman est au contraire très-long dans la description du combat. Il nomme les chefs et les morts, place le théâtre du combat dans un bas-fond marécageux, au milieu duquel serpentait un petit fleuve dont les Indiens avaient défendu l'approche. Les Indiens étaient armés d'arcs, de flèches et d'épieux munis de pointes en fer. En outre, ils avaient encore dos lassos, armes très-dangereuses pour les Espagnols. Ils les maniaient avec une grande habileté, inquiétant surtout les chevaux, leur enlaçant les jambes et faisant tomber à terre bête et cavalier. C'est de cette façon que Mendoza et les autres officiers perdirent la vie^^ Enfin, dit Schmidt, les ennemis s'enfuirent, nous pénétrâmes dans le village, mais on n'y trouva que de la viande, du poisson desséché, dont la graisse et le corps étaient réduits en poudre qu'on pourrait appeler farine de poisson**; en outre de nombreuses peaux de martre et de couleuvre, lesquelles sont très-communes dans le pays. On laissa une garnison dans le village des Querandis. On pécha avec les filets des Indiens, afin de se procurer des vivres pour tout le monde. Mais les portions étaient petites; chaque soldat recevait seulement un poisson tous les trois jours. Celui qui, dit naïvement Schmidt, voulait manger plus, pouvait s'en aller pêcher lui-même^*.

L'Adelantado fut très-découragé par la perte de son frère et d'autres braves officiers. Le chagrin et le mauvais régime accrurent les souffrances de sa goutte, surtout lorsque quelques jours plus tard on trouva un autre ofiicior, le capitaine Medrano, assassiné dans son lit. C'était un des diffamateurs d'Osorio et il était coupable de sa mort. On ne réussit pas à découvrir l'auteur du crime, protégé par le mauvais vouloir général. Mendoza se montra craintif môme en face des Indiens. Il fit renforcer l'enceinte du camp qui était en mauvais éUit. D'après Schmidt, on délruisailun jour ce qu'on avait élevé le précédent. La maison de briques construite pour l'Adelantado ne devait pas non plus être élégante ; il manquaient de tous les matériaux nécessaires, de chaux et de bois de construction. Afin de pourvoir plus aisément aux besoins de la situation, Mendoza divisa son armée

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