‹ Description physique de la République Argentine (volume 3)Chapitre 18 sur 583 · EXPÉDITIONS EN AMONT DU FLEUVE · texte numérisé non relu

EXPÉDITIONS EN AMONT DU FLEUVE

en deux troupes, dont Tune devait exécuter les travaux pendant que l'autre veillerait au ravitaillement et à la protection de tous.

Les poissons devenaient chaque jour plus rares devant le grand nombre d'hommes à nourrir. On dut encore diminuer les rations et chaque homme ne reçut plus que six onces de farine par jour. La famine poussa à user de toutes sortes de moyens pour se procurer des vivres. Trois Espagnols ayant tué secrètement un cheval, furent condamnés à être pendus par le juge Ruiz Galan, homme dur et généralement délesté. Mais, dans la nuit même de l'exécution, trois autres allèrent dépouiller les parties charnues des membres des cadavres et s'en nourrirent. Un autre dévora son frère déjà moi1; de faim. Les chiens, rats et chats des navires furent avidement dévorés. Tous les serpents, tortues et oiseaux que l'on pouvait prendre servaient à la nourriture. Le cuir des armes et des chaussures lui-même ne fut pas épargné. La peste éclata au milieu de ces affamés et ceux qui avaient échappé à la faim moururent de maladie. Déjà la moitié des 2,500 hommes emmenés par Pedro de Mendoza au Rio de la Plata avaient succombé sous le coup de ces misères.

Cplte situation ne pouvait se prolonger plus longtemps et on r,hercha des moyens pour y remédier. Plusieurs expéditions furent organisées pour aller chercher des vivres. Une, sous la conduite de .luan de Avolas, devait remonter le Paianà et no'ticr des relations avec les populations éloignées. Une seconde devait, dans le même but, explorer les îles voisines entre les embouchures duParanà; une troisième enlin, sous Gonzalo de Mendoza, faire voile pour le Brésil afuules'yaj)provisionner. Schmidt se trouvait dans la seconde troupe. Ils passèrent dans les îles avec quatre petits navires chaciui de quarante hommes d'équipage, plusieurs canots et d(»s yoles. Ils y rencontrèrent une nombreuse population et plusieurs établissements Indiens '^ Vlais à rap[)roche des navires les hommes prenaient la fuite àTinlérieur, emportant avec eux ce qu'ils avaient ou brûlant ce qu'ils le pouvaient emporter. La détresse s'accrut peu à [leu sur l(»s

ii ATTAQIE DES INDIENS.

navires comme à terre. Chaque homme ne reçut plus que trois demi-onces par jour et la faim eut bientôt fait périr la moitié des équipages, ainsi que Schmidt nous le raconte en témoin oculaire. On dut songer au retour et rentrer au campement les mains vides comme on était parti ". La Mie du petit nombre des rentranls accrut le découragement et bientôt on en arriva au désespoir le plus complet.

Cependant la situation désespérée des Espagnols n*était plus un mystère pour les Indiens. Ils formèrent le projet de leur anéantissement complet et les tribus voisines y prirent part. On résolut d'attaquer le fort et de massacrer tous les Espagnols. Scfaniidt nous décrit Tattaque . Elle eut lieu un mois après son retour de la dernière expédition, et Ton vit s'avancer une armée forte de 23,000 hommes. Quatre peuplades, les Querandis, Bartenes, Charmas et Timbos s'étaient coalisés dans ce but. Slais Azara pense que tout cela est exajxéré et que tous les Charmas qui habitaient sur l'autre côté du fleuve ne possédaient pas de canols pour le traverser. Ceci est vi^aisemblable, car aucun écrivain na parlé de barques et de leur emploi par les Indiens. Les Timbos également, qui habitaient dans le haut Paranà, sur le territoire actuel de Rosaiio et remontaient loin au nord étaient In^ ékMpnés pour venir en aide aux Querandis. Ces derniers seuls, avec leurs voisins des iles du Paranâ, les Guaranis, menèrent Taltuiiie. Us ne pouvaient pas être i23,000 hommes, car, à ce momeit, 10,000 assaillants auraient formé une trou|>e plus que sulfisaâle contre les Espa<rnols. L'attaque eut lieu le jour de la Saint-Jeai (24j\iin) de Tannée I.xJr>. Elle échoua complètement, les IttdieK manquant de moyens pour esralader dcsrelranchemenls btea attendus. Les plus coui-'ajrcux s'approchèrent jusque dans le foss« au pied du mur et tà( lièrent d'atu^indre les Elspagnols avec levn longues piques, timdis q\ie d'autres dérochaient sur les bamquenients des flèches enflammées et y drterminèreni die. Mais ils ne purent pénéirer dans Tenceinte. F-es de mousqueterie en tuèrent beaucoup devant les fois^ *i i grosse artillerie des navin-s faisiiit f«Mi au milieu des liasses. Le;

Page 1