MOUT DE MENDOZA
espérances déçues d'atteindre promptement le pays de l'or, lo Pérou, et de ne pouvoir récolter d'argent sur le fleuve, rendit bientôt l'Adelantado à sa mauvaise humeur. Sa goutte le tourmen- Uiit sans repos. Il se décida à retourner en Europe et à laisser la conduite de l'expédition à Juan de Ayolas qui possédait toute sa confiance. Dans ce dessein, il lui donna son pouvoir complet avec des instructions secrètes *•, pour continuer les découvertes. 11 lui prescrivait de remonter le fleuve et de choisir le point le plus convenablepourpénétrerparterre au Pérou ;arrivélà, d'y conclure avec Almagro un arrangement de partage des conquêtes avec dédomaîrements convenables et de faire parvenir le traité à l'Adelantado en Espagne. Accompagné de 50 hommes, il retourna à Buenos- Ayres sur deux petits navires pour s'y embarquer.
Arrivé ici, Mendoza ne trouva en vie que la moitié des 160 hommesquiy étaient restés, encore ressemblaient-ils plus à des squelettes qu'à des hommes vivants. Ce spectacle détermina l'Adelantado à se hâter ; mais, pendant qu'il faisait ses préparatifs de départ, Gonzalo de Mendoza rentra de sa mission au Brésil avec des vivres frais et les Espagnols qui avaient échappé à la ruine du fort San Espiritus et s'étaient réfugiés au Brésil avec Morquera. Cette circonstance remonta si bien le courage des explorateurs, que l'Adelantado abandonna son dessein de retour. Il envoya aussitôt, sous la conduite de Juan Salazar et Gonzalo de Mendoza, des approvisionnements à CorpusChristi, avec de nouvelles instructions plus détaillées pour Ayolas (Azara. Hist. del Parag. II. 35.) et sembla avoir oublié ses soufTrances. Mais aussitôt après son départ, il fut repris de son mal et forcé de rentrer. Il donna If commandement sur le Rio de la Plata au juge Franz Ruiz Galan et s'embarqua pour l'Espagne sur deux navires pauvrement équipés. Des vents contraires ralentiront la traversée. Li famine se fit sentir en mer et Mendoza se vit forcé de faire tuer son chien favori pour en manger la chair. Peu de temps après, il fut pris d'un accès de folie furieuse dont il mourut au bout de deux jours. Ceux qui, comme lui, avaient mangé de la chair du chien, tombèrent dans le même état et en mournrenl.
a AYOL\S ISËilO.XTE LE HUIVE.
Les deux navires arrivèrent en Espagne à la fin de Tannée 15^7. Ils n'apportaient avec eux rien autre que le testament de Mendoza, dans lequel il conjurait le gouvernement de continuer son entreprise et d'envoyer promptement des secours à la colonie du Rio de la Plata.
Ici finit la grande expédition. Elle coûta la vie à plus de i^OOO Espagnols et autres Européens, ne laissant dans le pays qu'une petiU5 troupe d'hommes éprouvés et contraints par la nécessité de continuer l'entreprise avec leurs propres ressoui*ces. En dehors de l'équipage qui accompagnait Mendoza à son retour, personne ne revint en Espagne, excepté cependant un ou deux autres individus d'une constitution herculéenne comme Schmidt, qui, grâce à son vigoureux tempérament et à sa prudence, put échapper à toutes les misères. Le récit que les premiers revenus firent contenant la description de leurs malheurs lamentables n'était pas de nature à encourager personne à se jeter de nouveau dans des entreprises si follement audacieuses.