KP. ARG. — I
3i FR. U. GALAN VIENT A 1/ ASSOMPTION.
commandement des troupes de l'Assomption à Gonzalo de Mendoza et prit le chemin de rembouchure de la Plata afin de transmettre ces informations au juge Franz Ruiz Galan. Celui-ci avait été nommé commandant de la station de Buenos-Ayres par TAdelantado avant son départ, et en cas de mort d'Ayolas devait lui succéder.
La description que Salazar et ses soldats firent de la vie des Espagnols au Paraguay parut si alléchante à tous ceux de Buenos- Ayrcs, que Ruiz Galan se décida à y partir, il désigna Juan Ortega pour le remplacer, quitta la station de Tembouchure de la Plata et arriva à l'Assomption avant qu'Inila fût encore revenu de son séjour à Puerto de Candelaria. Galan, se considérant comme investi par l'Adelanlado de l'héritage d'Ayolas, le reçut comme son subordonné. Mais Irala refusa d'obéir, affirmant que la mort d'Ayolas devait d'abord être démontrée avant qu'il put devenir capitaine général. Galan le fit enchaîner et traiter comme rebelle. Les murmures des officiers et des soldats à la vue de ce traitement détenninèrent Galan, qui était peu aimé, à remettre Irala en liberté avec la condition de retourner à Puerto de Candelaria pour y attendre de nouveau Ayolas *'\ Ainsi fut fait, et ce fut pc^ndant ce second séjour qu'il reçut la nouvelle certaine de la mort d'Ayolas par le retour de son serviteur à la station.
Galan reconnut bientôt qu'il lui serait difficile de prendre une position solide à l'Assomption. Il se décida donc à retourner à Buenos-Ayres pour y attendre les secours qui , selon toute vniisemblance, arriveraient prochainement d'Europe, si cela n'était déjà fait. En passant à la station de Corpus Chrisli chez lesTimbos, il n'y trouva plus les Espagnols et les Indiens dans leurs bonnes relations d'autrefois. Sur les suggestions de son greffier Pedro Fernandez et d'un prêtre Juan Pabon, le capitaine Alvarado, commandant du fort, avait mis à mort le Cacique et causé un soulèvement général des Indiens. Galan emmena les coupables avec lui à Buenos-Ayres, changea la gîunison et donna le commandement de l'étiiblissement à Antonio de Mendoza. Mais les Indiens ne montrèrent plus le môme empressement amical et commencèrent
lUALA EST ÉLU GOLVERNEUIL 35
des machinations hostiles. Un Cacique se présenta comme un transfuge qui abandonnait ses compatriotes et demanda à ètreroru dans le fort avec sa famille. En réalité c'était un espion. Les Indiens bloquèrent le fort et Antonio de Mendoza ayant siiccotnbé dans une sortie, les survivants abandonnèrent l'établissement sur deux navires qui leur étaient venus deBuenos-Ayres. Les Timbos détruisirent tout sans tarder '*.
Quelque temps après le départ de Galan de l'Assomption, Irala y rentra avec la nouvelle certaine de la mort d'Ayolas et de ses compagnons. La colonie, ainsi que nous l'avons vu plus haut, était gouvernée par Gonzalo de Mendoza, à qui Galan avait remis ses pleins pouvoirs. Lorsque la mort d'Ayolas fut connue, la colonie ne se considéra plus comme obligée d'obéir aux ordres de Galan. On convoqua une assemblée générale des officiers et des soldats, et le 15 août 1538 on élut comme commandant supérieur Domingo Martinez Irala. Celui-ci accepta la nouvelle fonction et se décida à se rendre à Buenos-Ayres pour y aller chercher tous les autres Espagnols et donner à son autorité une confirmation indispensable en la faisant reconnaître de tous. Il se mit en roule sur quatre brigantins avec 200 soldats, parmi lesquels se trouvait Schmidt, et arriva à Corpus Christi avant que le complot des Indiens eût encore éclaté. 11 recommanda au nouveau chef, Antonio de Mendoza, de' se conduire avec la plus giande douceur, pour gagner la confiance des Indiens, lui laissa quelques-uns de ses hommes, parmi lesquels Schmidt, et continua son voyage vers Buenos-Ayres. Mais le coup demain prémédité fut mis à exécution bientôt après cl amena la catastrophe dont nous avons dit quelques mots dans les pages précédentes *\
Lorsqu'Irala arriva à Buenos-Ayres avec ses compagnons, il y trouva tout dans le plus triste étal. Les Espagnols étaient tenus dans un véritable blocus, soit par des bandes d'Indiens, soit par des bêtes féroces, de grands félins, qu'ils appelaient des tigres iFelis onca) et qui les enipùchaient do sortir du camp pendant la nuit. 11 fallait la protection des soldats pour vaquer aux occupations les plus journalières. Tout le monde était si affaibh et
36 ARRIVÉE DE NOUVEAUX ÉMlGRAiYTS.
épuisé par le manque de bons vivres, qu'on avait à peine la force de se ravitailler.
Quelques jours après Tentrée à Buenos-Ayres des arrivants de Corpus Christi, on apprit qu'Alonzo de Cabrera, un des quelques Espagnols survivants, qui avaient accompagné Mendoza à son retour, venait d'aborder à Sa-Catharina avec deux grands navires richement chargés et destinés à Buenos-Ayres**. On y expédia surle-champ un navire, sous la conduite de Gonzalo de Mendoza, pour presser l'arrivée des secours. Ils arrivèrent enfin, et deux cents nouveaux émigranls qui débarquèrent relevèrent beaucoup le courage des habitants de Buenos-Ayres. Avant que les approvisionnements fussent consommés, on tint une assemblée générale dans laquelle il fut décidé presque à l'unanimité qu'il fallait suivre les propositions d'Irala, abandonner l'établissement du Rio de la Plata et émigrer au Paraguay avec le matériel de guerre et tout ce que l'on pourrait emporter. On mit ceci à exécution vers la fin de l'année 1538.
Lorsque tous les Espagnols furent réunis à l'Assomption, un conflit s'éleva bientôt sur la question de savoir auquel des officiers supérieurs, qui prétendaient à la suprématie, elle devait revenir régulièrement. Irala avait été élu gouverneur de la colonie à l'Assomption, mais il n'avait reçu aucune investiture de la seule personne qui pût lui donner l'autorité supérieure, l'Adelantado D. Pedro de Mendoza. 11 avait simplement été désigné par Ayolas pour le remplacer, tandis que le juge Franz Uuiï Galan avait été institué gouverneur de Buenos-Ayres par l'Adelantado lui-même. Les troupes du fort Corpus Christi liîfusaient d'obéir à celui-ci, parce qu'Ayolas seul avait été leur chef suprême. Quelques-uns des soldats de l'expédition de Cabot revenus du Brésil avec Alonzo de Cabrera voulaient se ranger sous les ordres d'Irala. Les ofliciers supérieurs de chacun de C(^s partis prétendaient au posUî de capitaine général. Comme» ces discussions menaçaient de devenir sérieuses. Cabrera fit connaître un édit royal du 1:2 septembre l'^M à Valladolid, dans lequel on conférait à la colonie, en cas de mort du chef nommé par Pedro
ADMINISTRATION D'IRALA. 37
de Mendoza, le droit de se choisir elle-même un gouverneur. Ce cas étant réalisé depuis longtemps, d'un accord unanime on fit usage du droitaccordé, et à la majorité on élut Domingo Martinez Irala. C'était Toflicier le plus aimé des soldats et beaucoup, sinon tous, le reconnaissaient comme le plus capable. La première élection d'Irala du 15 août 1538 se trouva donc confirmée.
Le premier acte du nouveau gouverneur fut une revue générale des hommes encore existants. Il s'en trouva à peine six cents de complètement valides. Plus de trois mille avaient déjà trouvé ' la mort sur les rives du Rio de la Plata et de ses affluents, en y comprenant les premières expéditions et les derniers arrivages.
Son autorité bien reconnue, Irala s'occupa de la fondation d'une ville et de la construction des édifices publics les plus indispensables. Jusque-là la ville de l'Assomption n'était composée que de la maison fortifiée et des baraques dispersées à l'entour. On ti^aça des rues et des places publiques on commença la construction d'une église et d'une maison de ville (cabildo). Les officiers supérieurs reçurent des lots de terre pour les engager à y construire des maisons. Irala donna le bon exemple, et en qualité de gouverneur il entreprit pour lui la construction d'une grande et riche maison. Los autres officiers Timitèront à l'cnvi. On voit encore aujourd'hui quelques-unes de ces vieilles maisons solidement construites et qui ont duré depuis les premiers jours de l'Assomption. Les Indiens ardèrent beaucoup les ouvriers espagnols dans tous ces travaux. Comme ils n'étaient pas trèsfatigants ils remplirent leur tache avec zèle et souvent même avec dextérité. 11 fallut bientôt aussi s'occuper des besoins de la religion, car Cabrera avait, sur Tordre exprès de Charles-Quint, emmené avec lui quelques moines franciscains qui devaient enseijoier la religion chrétienne aux Indiens^'. Aidé par eux, Irala institua des écoles pour les indigènes, plus particulièrement pour ceux qui étaient issus du commerce des Espagnols avec les femmes indiennes. D'après les lois coloniales, ces enfants étaient hommes libres et jouissaient des mêmes droits que les Espagnols de sang pur. Ils ne parlaient guère cependant que la langue de
38 i;nions des espa<;nols avec les indigènes.
leurs mères, le puarani, qui devint la langue des écoles et bientôt aussi la langue vulgaire des gens du peuple. Elle s'est conservée ainsi jusqu'à nos jours. Ce fut seulement en 187:2 que le gouvernement élu après la chute du dictarteur Lopez, interdit la langue guarani dans les écoles. L'union des Espagnols avec les femmes indiennes donna à ces dernières une grande influence, non-seulement sur les Espagnols, mais encore sur leurs propres compatriotes, qui se considéraient comme honorés par ces alliances. Peu à peu il s'établit une sorte de régime patriarcal entre les Européens et los Indiens, qui reconnurent que Thomme blanc est supérieur à l'homme brun et est pour ainsi dire prédestiné par la nature à la domination.
Malgré ces relations paisibles, l'ancienne haine contre les Espagnols resta enracinée chez une grande partie des Indiens. Ils voyaient avec irritation leur domination s'étendre dans le pays et se promettaient en silence de s'en délivrer lors d'une occasion favorable. Beaucoup de familles indiennes, qui n'avaient noué aucune alliance avec les Espagnols, se retirèrent dans les contrées les plus éloignées à l'intérieur et menèrent, suivant les anciens usages, une existence indépendante dans les forets dont le pays était couvert. D'autres, qui avaient déjà reçu le baptême et s'étaient laissé convertir au christianisme, soit par force, soit par indifférence naturelle, formèrent des communautés dans le voisinage des Espagnols, des villages appelés Réductions, avec des chefs pris parmi eux. C'est ainsi qu'après la conquête de Lambaré le village indien Yta fut fondé par les survivants dans le voisinage de l'ancien fort et que des communautés chrétiennes se groupèrent autour de l'Assomption. Des relations secrètes existaient entre toutes ces communautés ; elles s'étendaient jusqu'à l'intérieur, en sorte que les tribus sauvages étaient instruites de ce qui se |>assait chez les Espagnols. Lorsque Irala, voulant tenir en haleine ses soldats et étendre les limites de sa domination sur les indigènes, entreprit une expédition contre les Yaperis lixés loin de là, pour les chUier de la part qu'ils avaient du prendre au désastre d'Ayolas, et emmena avec lui loin de l'Assomption une grande