‹ Description physique de la République Argentine (volume 3)Chapitre 33 sur 583 · RÉVOLTE DES INDIENS · texte numérisé non relu

RÉVOLTE DES INDIENS

jusqu'aux grands marécages de Xarayes, dans le Matto Grosso actuel, à la limite de la Bolivie. De ce point, il pénétra à quatre jours de marche à l'intérieur avec ses hommes et reçut là, par un messager envoyé par le gouverneur, l'ordre de faire pendre le cacique Aracaré pour avoir rebroussé chemin avec ses gens, par crainte des peuplades ennemies de l'intérieur. Irala revint sur-le-champ pour obéir à cet ordre, le mit à exécution et se rendit à l'Assomption , où un grand incendie avait réduit plusieurs maisons en cendres {S février 15i3). Les seules informations qu'il rapportait au gouverneur se bornaient à la connaissance de l'existence de plusieurs grandes peuplades , dont il faudrait traverser le territoire avec des dangers continuels pour communiquer avec le Pérou.

Ces nouvelles persuadèrent Alvaro Xufiez qu'il devait se mettre lui-même en roule, s'il voulait réussir à quelque chose dans cette entreprise, il ordonna de préparer une seconde expédition composée de neuf brigantins. Gonzalo de Mendoza et Antonio de Cabrera reçurent ordre de partir en avant avec trois brigantins. Ils devaient faire apporter par les Indiens de grandes provisions de vivres au point où l'expédition commencerait son voyage par terre , ce qui permettrait de s'avancer sans retards. Mais l'entreprise fut retardée par un soulèvement général des Indiens d'Ypané, Garambaré etAtyrâ, que l'exécution du cacique Aracaré avait fortement irrités. Le gouverneur fut conli*aint d'envoyer Irala pour étouffer la révolte en faisant rentrer dans l'obéissance le père du pendu, nommé Tambaré, et de châtier les Indiens dont le projet avait été d'attaquer , après le départ du gouverneur , la ville de TAssômption de tous côtés et de l'anéantir. Ileureusenicot le complot avait encore été dénoncé à lavance. Irala exécuta cet ordre avec succès ; il livra une bataille sanglante aux Indiens le ii juillet 15^W , dans laquelle il perdit seize houmies et força Tambaré à demander pn\ce en faisant une complète soumission aux Espagnols.

Après celle affaire, le gouverneur reprit son projet de voyage cl se mil en route le 8 septembre. Il partit à la tète de cinq a^nls

CABÉZA DE VxVCA SE MET EN ROUTE. 49

Espagnols et deux mille Indiens montés sur dix brigantins et cent vingt canots. Juan Salazar, qui avait gagné toute sa confiance, fut laissé à la tête des trois cents restants. On attaqua d'abord, dans le voisinage de l'ancien havre de Gandelaria , les Payaguas sur la rive occidentale du fleuve. Ils firent peu de résistance et s'enfuirent dans les forêts. En continuant de remonter le fleuve, on arriva bientôt chez la grande nation des Guasarapôs, qui occupaient, sous le 20'' de L. S., un territoire de 120 lieues et ensuite dans la Bolivie actuelle, chez les Saracosis ou Jarais , qui possédaient la région de Puerto de los Reyes (à peu près sous le 48" de L. S.). Ils marchaient nus et les femmes portaient une petite pierre , les hommes une grosse cheville de bois, dans un trou percé dans la lèvre inférieure. Ce port étant le dernier, le gouverneur ordonna de continuer à remonter le Paraguay par terre. 11 laissa en station auprès des navires , Juan Romero avec cent cinquante soldats et dix-huit cavaliers ,et le 26 novembre 1543 il se mit en route avec le reste de sa troupe. Mais il s'aperçut bientôt que les oflîciers , mécontents de cette expédition au milieu de contrées inhospitalières et marécageuses , faisaient mal leur service et excitaient de mauvaises dispositions chez les soldats. Avec la confiance dans l'entreprise disparut aussi la santé des hommes; beaucoup se plaignirent de leurs fatigues et se déclarèrent incapables de continuer le voyage. Après une marche de dix-huit jours, Alvaro Nunez se vit forcé de s'arrêter. H essaya encore d'envoyer plus loin Franz de Rivero avec quelques hommes de cœur. Celui-ci étant revenu après quelques jours en disant qu'une grande nation lui refusait le passage , il le renvoya une seconde fois avec une troupe plus forte et revint lui-même sur ses pas à la station de Puerto de los Reyes, sur le Rio Paraguay.

Schmidt, qui accompagnait Rivero, raconte avec beaucoup de détails les incidents de cette expédition. Il cite cinq nations, les Orejones, Acaras, Xarayes, Paresis et les Urteses, que Ton visita les unes après les autres avant d'arriver chez los derniers, qui étaient situés le plus au nord. Alors il fallut rebrousser chemin, parce que les vivres manquèrent. Les Urteses paraissent avoir

REP. ARG. — I. i

m AHIUVÉE AU PARAGUAY.

èrer hostiles. Mais dès qu'on eut fait quelques présents aux Caciques, ils devinrent très-empressés à venir en aide aux Espagnols. Ils leur aidèrent à traverser le lleuve et prêtèrent des canots pour embarquer les hommes les plus fatigués qui, sous la conduite de Nuflo de Ghaves , durent descendre le Paranâ pour remonter ensuite le Paraguay et arriver à l'Assomption sans plus de fatigues. Le passage diflicile du Paranâ se fit assez heureusement avec la perte d'un seul homme , le seul de tout le voyage. Au delà, on remonta le cours du RioMonday et l'on atteignit la ligne de séparation des eaux du Paranâ et du Paraguay , la Sierra Ibilicuru , dont les forêts épaisses opposèrent encore quelques difficultés à la marche. Au delà, on rencontra les premiers Indiens sachant l'espagnol. D'après Guzman, ils accueillirent les voyageurs avec des manifestations de plaisir. Ils accompagnèrent la troupe jusqu'au village d'Arecay , où l'Adelantado fit halte et dépêcha un messager à l'Assomption pour y annoncer son arrivée. Irala lui envoya sur-le-champ des compliments par les capitaines Juan de Orlega, Alonzo Cabrera et Juan Salazar, qui durent reconnaître l'autorité du nouvel Adelantado. Celui-ci les reçut amicalement et les renvoya bientôt à l'Assomption pour y préparer son arrivée. Domingo Irala, accompagné des principaux de la ville, s'avança à la rencontre du nouveau gouverneur, et le 11 mars 1542, à neuf heures du matin, au milieu des acclamations de la population, il introduisit Alvaro Nufiez Cabeza de Vaca dans la capitale de son gouvernement^*.

Ce difficile voyage s'aclieva donc d'une façon assez heunMise et avec des pertes insignifiantes ^'. Mais ce bon début ne fut nullement le commencement d'un avenir aussi favorable pour l'Adelantado. Bientôt apparurent à l'horizon de gros nuages qui peu à peu s'entassèrent sur sa tête et bientôt obscurcirent complètement le ciel brillant de sa destinée, ainsi que nous le verrons par la suite du récit.

Le premier soin du nouveau gouverne ur fut de faire reconnaître son autorité. Dans ci* but, il fit venir tous les oflîcit rsde la colonie, leur présenliï le brevet royal et tous les autres documents conc^^r-

EXPÉDITION D'IRALA AIJ NORD-OUEST. i7

nanl sa nomination, leur fit prêter serment de fidélité, les chargea d'en informer leurs troupes et d'obtenir leur acquiescement. Aussitôt après cet acte solennel, il ordonna à Diego de ^Vbreu de descendre le fleuve pour aller recevoir les hommes envoyés par navires à Buonos-Ayres et les conduire à l'Assomption. Abreu rencontra les navires dans le voisinage de Corricntes actuel, mais en assez triste état. Les équipages avaient souffert de la disette, étaient amaigris et en partie malades. On se hâta d'atteindre l'Assomption pour s'y réparer le plus tôt possible. Le chef du délachement , le regidor (*) Philipp de Cacores, oui une altercation avec le gouverneur, très-irrilé en voyant le mauvais état des arrivants. Alvaro Nunez refusa de le reconnaître comme regidor, parce qu'il ne put présenter sa patente royale , prétendant l'avoir perdue en route. Lorsque les hommes furent débai'qués et se Turent reposés pendant quelques jours, le gouverneur commanda une revue générale dans laquelle l'effectif s'éleva à huit cents hommes, d'après Schmidt (1,300 d'après Guzman). Après la revue, il confirma tous les officiers dans leur grade et nomma Domingo Martinez Irala son Maestro da campo , c'est-à-dire commandant supérieur des troupes.

Le nouveau gouverneur prépara ensuite une expédition pour remonter le fleuve. Gomme D. Pedro deMendoza, il donna comme instruction d'ouvrir une route directe avec le Pérou. Il en remit Tcxécution à Irala, lui donna trois brigantins et quatre-vingts soldats , auxquels Irala ajouta huit cents Guaranis du village d'Ypané , parmi lesquels se trouvait leur cacique Aracaré. Irala savanra jusqu'à un endroit appelé alors las Picdras partitas , aujourd'hui Penas hermosas, par 2â" 24', et y fit halte. De ce point il envoya les Indiens, sous la conduite de leur cacique , à l'ouest dans les terres, afin d'explorer la contrée, pendant que lui-même continuait à remonter le fleuve avec ses Espagnols. D'après les indications d'Azara (Hist. d. Paraguay, II, 7fl), il dut s'avancer jusqu'au Puerto de los Reyes, par 17" 7.V do L. S*, c'est-à-dire

{*) En espagnol regidor signilie lillôraloniont ivgissoUr ; mais désigne iubltttellemeut iiu magisti'ut i[\i\ occupe une cllarge au nom du roi.

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