‹ Description physique de la République Argentine (volume 3)Chapitre 44 sur 583 · ARRIVÉE DE NOUVEAUX COLONS D'ESPAGNE · texte numérisé non relu

ARRIVÉE DE NOUVEAUX COLONS D'ESPAGNE

par plusieurs officiers supérieurs chargés de justifier les événements. Il s'en trouvait aussi d'autres du parti adverse, qu'on avait éloignés de crainte de les voir susciter des troubles dans la colonie. Au nombre de ces derniers était Juan de Salazar, un des principaux partisans du gouverneur et désigné par celui-ci comme son successeur au dernier moment. Le procès lui fut défavorable, la couronne reconnut justifiée sa déposition et lui nomma pour successeur Juan de Sanabria. Mais celui-ci mourut avant les préparatifs. Son fils Diego voulut continuer l'entreprise, mais ne se trouva pas en état de subvenir aux frais nécessaires. Alors Juan de Salazar, qu'il avait recommandé à plusieurs de ses amis, hauts fonctionnaires de la cour, reçut la permission de prendre part à l'expédition. Avec son expérience acquise, il en prit la direction et persuada à la veuve de Sanabria de l'accompagner avec ses deux filles Maria et Mencia ainsi que plusieurs autres seigneurs et dames de la noblesse espagnole. La tiaversée ne fut pas heureuse ; on éprouva plusieurs avaries et bien qu'on eût déjà atteint la Laguna de losPatos (31' deL. S.), le naufrage d'un navire arrêta toute l'expédition. Une partie des voyageurs, parmi lesquels les dames, se sépara des autres, revint sur ses pas sous la conduite de Hernando do Trojo et vint aborder à l'île de San- Francisco sur la côte du Brésil, où elle voulait fonder une colonie. On obéissait ainsi aux prescriptions mômes du roi qui voulait assurer des communications plus faciles avec le Paraguay. Mais on y tomba bientôt dans une grande misère. Les dames surtout eurent à souffrir d'un manque absolu de tout comfort européen. On se décida donc à gagner l'Assomption par terre comme l'avait fait Cabeza de Vaca. On exécula le projet avec de grandes souffrances, qui retombèrent surtout sur les dames; mais enfin on arriva à l'Assomption où Ton fut très-mal reçu. Irala fit empri^ sonner Hernando de Trejo qui avait épousé Dona-Mencia. H lui reprochait de n'avoir pas montré assez d'énergie à exécuter l'ordre du roi de fonder une colonie à San-Francisco.

La seconde moitié de l'expédition, sous la conduite de Juan de Salazar, remonta encore plus au no 'd à Saint- Vincent et y trouva

62 IRÂLA ÉTâBUT UNE COLONIE SUR LE RK)-PARANÂ.

Ruy Diaz Melgarejo qui, fugitif à la suite de la révolte d'Abrcu, était venu là avec Schmidt et y vivait avec les sauvages Tupis. Les nouveaux venus se mirent sous sa direction et passèrent deux années tant bien que mal, jusqu'à l'arrivée d'un navire, commandé par un gentilhomme, du nom de Becerra, qui voulait faire des découvertes pour son propre compte. Il avait emmené avec lui ses deux filles Elvira et Isabella, pour le soutenir dans son entreprise ou du moins l'encourager par leur présence. Melgarejo demanda la main d'Elvira et l'obtint. On vécut là dîins l'isolement jusqu'à ce qu'il devînt insuppoilable à tout le monde. Alors cette moitié de l'expédition prit à son tour la route du Paraguay par terre sous la conduite de Melgarejo. Plusieurs cavaliers, entre autres deux Portugais, Cipio ctYincente de Gocs, s'y joignirent. Ces derniers, gens prévoyants et habiles spéculateurs, emmenèrent avec eux sept têtes bétail. Ils les confièrent à un serviteur du nom de Gaete, avec promesse de lui laisser une des 6 vaches, s'il les amenait toutes saines et sauves au Paraguay. Il réussit. Hommes et animaux arrivèrent tous à l'Assomption en 1555. De ces 7 tôtes dérive la nombreuse postérité de beaux bestiaux qui peupla bientôt les plaines du Paraguay.

Après l'arrivée de ces deux convois, Irala, voyant sa colonie fortement accrue et embellie par la présence charmante de dames espagnoles, se décida à lui donner plus d'étendue et à se conformer de son côté au souhait de la couronne d'ouvrir une communication directe av( c l'Océan. Déterminé par les fréquentes hostilités dans lesquelles les Guaranis au delà du Paranà l'entrainaient avec les Indiens voisins, et guidé par le désir de devancer les Portugais qui s'avançaient de plus en plus vers le sud et de leur opposer une digue, il décida l'installation d'une colonie sur la rive orientale du Rio Paranâ, dans le voisinage de la grande cascade. Il chai-gea de l'exécution son beau-fils Fi'anz de Vergara, en 1555, peu après l'arrivée du second convoi. Celui-ci prit avec lui des ouvriers et dos soldats en nombre sulTisant et fonda, à l'embouchure du Rio Pc(juiri dans le Rio Paranà, au dessus du Salto de Guayra, une ville qu'il appela Ontiveres du nom de son

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