‹ Description physique de la République Argentine (volume 3)Chapitre 48 sur 583 · LE GOI'VERNEUR ET L'ÉVÈQUE VONT AU PÉROU · texte numérisé non relu

LE GOI'VERNEUR ET L'ÉVÈQUE VONT AU PÉROU

devint bienlôt intime avec le gouverneur et lui persuada d'aller au Pérou pour se fiiire confirmer dans son gouvernement par le vice-roi. L'éveque se rallia à ce projet et se déclara prêt à accompagner le gouverneur. Le voyage fut donc décidé, et Ton en poussa les apprêts jusqu'au 8 septembre 1564 où l'on put enfin se mettre en route. Cent vingt Espagnols, parmi lesquels plusieurs des premiers aivaliers, remontèrent le fleuve accompagnés de leurs serviteurs indiens sur vingt et un petits navires. Nuflo de Chaves les accompagnait avec son escorte pour guide. Elle demeura à terre et eut le soin de veiller à reconnaître les meilleurs endroits de halle. On ariiva ainsi jusqu'à l'embouchure du Rio Mbotetey (aujourd'hui Rio Mondego ou Miranda, 19** 26' de lat. sud), près de la I^guna Guato (ou Guano). Chaves persuada aux Indiens de cette contrée de l'accompagner en grand nombre pour venir habiter dans son gouvernement. Il est facile de comprendre que cette conduite ne plut guère au gouverneur du Paraguay, qui la considéra comme un rapt commis sur son territoire. Aussi on ne larda pas à se quereller et Chaves se sépara des autres, sous le prétexte d'aller veiller aux apprêts pour recevoir les voyageurs dans son gouvernement, mais en réalité pour donner l'ordre de retenir le gouverneur et l'éveque durant que lui-même se ren- (hait à Lima y prendre les ordres du vice-roi. Il gagna à sa cause ce dernier, en faisant valoir les services rendus par lui a son fils, qui était devenu gouverneur du Chili. Il reçut du vice-roi la promesse d'être nommé gouverneur des provinces qu'il avait administrées jusqu'à ce jour pour son lils. Pendant ce temps, Vergara arriva seul à Lima, sans l'éveque. Il y fut mal reçu par le vice-roi, qui le blâma durement d'avoir quitté son gouvernement sans la permission du roi. Il lui reprocha, en outre, d'avoir oublié ses devoirs de fonctionnaire et d'avoir nui par son voyage au progrès dé sa province, en entraînant à sa suite tant de gcms utiles ailleurs. Le vice-roi le déposa et le retint à Lima, afin de l'envoyer en Espagne pour y être jugé. Telle fut la triste fin du |2[ouvernement de D. Franz Diego Vergara. Pendant cela, l'éveque ♦Hait à Chuquisaca, où il attendait le retour de Vergara. Au lieu

70 NOUVELLE RÉVOLTE A LA GlIAYRA.

de ceLi, il reçut avis de sa déposition et de la nomination d'un nouveau gouverneur, dont il pouvait attendre rarrivée pour retourner avec lui au Paraguay. Le vice-roi nomma pour nouveau gouveineur Juan Ortiz de Zarate et lui permit de se rendre d'abord en Espagne pour y obtenir les conditions stipulées par lui pour la prise de possession du gouvernement du Paraguay.

Durant le voyage du gouverneur Yergara, la colonie du Paraguay ne jouit pas du repos nécessaire à son progrès. Les colons de la Guayra, qui s'étaient déjà révoltés une fois, se révoltèrent une seconde fois contre Guzman, sous la conduite d'un certain Escalero, comme ils s'étaient révoltés contre Pedro de Segura. On avait trouvé dans cette province quelques grosses calcédoines dont la cavité était tapissée de brillants cristaux de quartz et d'améthyste. Elles sont assez communes dans le Rio Paraguay et attirent encore aujourd'hui l'attention des immigrants. On crut ces pierres très-précieuses et l'on résolut d'aller en Espagne pour les y vendre cher. Guzman voulut s'y opposer, peut-être parce que lui-même croyait la trouvaille très-précieuse et voulait la retenir pour le fisc. Les colons, conduits par Escalero, se révoltèrent contre lui et le réduisirent à envoyer demander aide à TAssonip- Uon. Le \ice-gouverneur, don Juan Ortega, envoya Melgarejo au secours de Guzman. Mais Melgarejo, qui voyait avec déplaisir Guzman à la place que lui-même avait occupée, prit le parti des rebelles et força Guzman à aller à l'Assomption pour y justifier sa conduite. Gc voyage ne fut pas simplement un outrage pour Guzman, mais encore plein de dangers, car Melgarejo, homme violent et méchant, d'après les dires de l'historiographe Guzman, avait excité contre lui les Indiens pour le faire tuer par eux. Guzman put cependant arriver à l'Assomption. Après lui arriva aussi son ancien rival, Philipp de Caceres, qu'il devait détester d'une façon spéciale en sa qualité de neveudu gouverneur déposé, Cabeza de Vaca. Il venait comme remplaçant du nouveau gouverneur Ortiz de Zarate, qui l'avait chargé d'administrer le Paraguay durant son vopge en Espagne. Non-seulement Guzman justifia ses actes auprès de lui, mais encor<^ il se réconcilia avec Gaceres

J. ORTIZ DE ZARATE EST NOMMÉ f.OUVERNEUR. 71

qui le renvoya à la Giiayra et rappela Melgarejo, qui, en sa qualité de frère de Vergara, devait être son ennemi naturel. Caceres devait gouverner le Paraguay pendant que Yergara était prisonnier à Lima et que Zarate allait en Espagne pour y prendre possession de son titre dans les conditions stipulées pai*lui. Mais leur plan échoua et les conduisit tous deux à leur ruine.

Jean Ortiz de Zarate était un homme devenu promptement riche au Pérou. A ce titre il jouissait d'une grande influence, mais se faisait illusion sur les conditions qu'il voulait imposer à son acceptation du gouvernement du Paraguay ' * . Contre la promesse que ce gouvernement lui appartiendrait jusqu'à la troisième génération, il s'engagea à dépenser 24000 ducats à l'amélioration de la colonie en installant, dans un délai de trois ans, au Paraguay 200 familles de cultivateurs et d'artisans espagnols, avec 4000 têtes de bétail, 500 chevaux et 500 chèvres, offres qui par le fait étaient inexécutables. Comme nous l'avons dit, il partit en Espagne et désigna pour le remplacer Philipp de Caceres, qui était venu à Chuquisaca à la suite du gouverneur Vei'gara et de Pévêque de La Torre. C'est là qu'il avait fait connaissance de Zarate et tramé avec lui et quelques autres le plan de la déposition de Vergara. Lorsqu'ils eurent réussi, Caceres fut chargé d'administrer le Paraguay jusqu'à l'arrivée du nouveau gouverneur et revint avec Téveque de La Torre et le rosle de l'expédition après une absence de trois ans (1567). Lorsqu'on fut arrivé à la station des navires près de la Laguna Gato, Caceres fit embarquer l'évoque et sa suite. Lui-même prit la roule de terre en suivant le fleuve et eut dans cette marche , le H novembre, une chaude affaire avec les Indiens, qui voulaient lui barrer la route. Après les avoir battus on continua sans obstacle le voyage vers l'Assomption, où l'on arriva au commencement de l'année 1508.

11 se forma aussitôt deux partis qui se firent une guerre violente comme au temps de l'emprisonnement de Cabeza de Vaca, auquel Caceres avait eu une grande part. Les uns prirent le parti (lu gouverneur déposé Vergara et se recrutèrent surtout parmi

72 RÉVOLTE CONTRE CACERES.

les anciens amis de Cabeza. Les antres se rallièrent autour de Gaceres ; ces derniers étaient ses anciens compap^ons et complices. L'évoque de La Torre et tout le clergé, qui rendaitCacercs responsable des humiliations et des souffrances dont leur supérieur avait été abreuvé durant le voyage, se joignirent à ses adversaires. Melgarejo, frère de Vergara, se mit à leur tête. Il était encore à la Guayra, où il fut déposé par Gaceres et remplacé par Guzman, ainsi que nous l'avons déjà dit. Mais Melgarejo refusa d'obéir. Il laissa Guzman entrer sur son territoire, le fit prisonnier et leva ouvertement le drapeau de la révolte contre Gaceres ; mais celui-ci n'était plus à l'Assomption ; il était parti pour l'embouchure de la Plala pour y recevoir le gouverneur Zarate ou nu moins lui choisir un bon lieu de débarquement. Il revint apn»s en avoir cru trouver un à l'île San Gabriel. Il y laissa une bouteille bouchée avec des dépéchps et une inscription comme signe dere( onnaissance. Il reprit ensuite la route de l'Assomption.

En y entrant il trouva la moitié de la population en révolte et y apprit la rébellion de Melgarejo. Il reconnut qu'il n'était pas on état de résister à ces deux attaques et retourna sur-le-champ à la V\i\U\ pour y attendre l'arrivée du gouverneur et profiter dos n^nforts qu'il amonorailpour réprimer la sédition. MaisGaceres devait encore se voir frustré dans ses espérances. Le nouveau gouverneur tardait A arriver. Il se vit forcé, s'il ne voulait pas abandonner toute la colonie à ses ennemis, de revenir à l'Assomption avec la petite troupe de ses fidèles pour y tenir tête aux révoltés. Il s'entoura d'une gtirde du corps do 50 hommes armés, sans lesquels il ne sortait plus. Ils l'accompagnaient même à la messe, ou il so rendait régulièremonl. Sos ennemis Tattaquèrent dans une do • st^s sorties ; Franz dol Gampo s'empara do sa personne et l'enferma dans le couvent des moines m< ndiants. On le soumit à une garde riiioureuso, onchaînô ot attaché à un gros bloc, qui ne lui permettait |uisde changer de place, t'.aceres, cpii avait été le principl promoteur de la ruine de Gaboza de Vaca, subit la même mauvaise destinée.

Martin Suaroz de Tolodo, que Gacei-es avait désigné pour le

Page 1