‹ Description physique de la République Argentine (volume 3)Chapitre 52 sur 583 · ZARATE VIENT A SA.\ SALVADOH · texte numérisé non relu

ZARATE VIENT A SA.\ SALVADOH

ncur Zarate fit une seconde halte a l'Ile Martin Garcia pour y attendre Tenvoi de De Garay. Il y fut rejoint par le navire qui l'amenait Meljrarejo de St. -Vincent au Rio de la Plata et (|ui apportait quelques provisions de bouche. Zarate et ses compagnons accueillirent avec plaisir ce secours et surtout l'arrivée d'un homme aussi familier avec le pays que Tétait Melgarejo. Le gouverneur le chargea aussitôt d'aller en avant et de se procurer des vivres où il pourrait. Melgarejo remonta le Paranâ et rencontra son beau-frère De Garay dans les environs de l'ancien fort S. Espiritus. L'ancien ressentiment au sujet du meurtre de sa femme fui mis de côté et on fit le possible pour subvenir aux besoins du gouverneur , près duquel Melgarejo letourna. 11 le trouva trèsmécontent; une tempête lui avait détruit deux navires. Cet endroit fut donc jugé impropre à l'installation d'un établissement ol Zarate chargea Melgarejo de chercher une meilleure place sur le Rio Uruguay. On informa aussi De Garay de cette décision. H reçut le message sur le Rio Parana dont il descendait lentement le cours, rassemblant des vivres de tous côtés. l\ remit les navires chargés au messager pour les conduire au gouverneur , qui les attendait à Tile Martin Garcia et remonta lui-même dans le Rio Uruguay , pour y aider Melgarejo dans sa mission. 11 le trouva à l'embouchure du Rio S. Salvador où Cabot avait déjà construit un fort (p. 0), après avoir repoussé les violentes attaques dos Chmruas , qui faisaient payer aux Espagnols chaque pied de teiTain au prix d'un combat. De Garay et ses hommes aidèrent à reconstruire le fort de Cabot, et lorsqu'il fut rendu à peu près habitable il alla chercher le gouverneur pour le lui remettre. Zarate vint I)romptement, trouva l'emplacement favorable et prit possession (lu pays au nom de la couronne d'Espagne en le baptisant du nom de Hiscaya. il nomma aussitôt un alcade et des regidores pour la nouvelle ville de S. Salvador. 11 éleva son ami De Garay au gnul»' de lieutonant-général pour tout le gouvernement et renvoya à l'Assomption pour y annoncer son arrivée et y faire connaîlie si nouvelle dignité.

De Garay partit avec Melgarejo et rassembla en roule autant <!•'

SON ENTRÉE A l/ASSOMPTION. 77

vivres que possible pour les envoyer à S. Salvador par Melgarejo. Malgré cela la disette se fit bientôt sentir dans cette ville. On souffrit de faim comme autrefois avec D. Pedro de Mendoza, et des murmures s'élevèrent contre le gouverneur qui assistait immobile à œs souffi^nces. Heureusement il arriva un envoi de De Gaïav, et le gouverneur ne pouvant plus rien tirer de la contiée se décida à partir pour le Paraguay. Il se mit en route avec le gios de sa troupe et arriva à l'Assomption en octobre 1575.

Il commença son administration par un acte très-imprudent, qui souleva aussitôt toute la colonie contre lui. Le 2^ octobre 1575 il promulgua un décret dans lequel il déclaia de nulle valeur toutes les mesures administratives de Martin Suarez de Toledo et destitua de leur emploi tous les fonctionnaires nommés par lui, prétendant qu'il avait outrepassé ses droits en les nommant. 11 blessa toute la colonie par ce décret. Tout le monde s'éloigna du gouverneur, et bientôt il se trouva entièrement isolé au milieu de gens ouvertement mal intentionnés à son égard. Cette situation produisitune réaction très-pénible surZarate, il s'irritaensilence contre lui-même et contre son entourage, tomba malade et mourut avant la fin de l'année 1575, en se croyant empoisonné par ses ennemis (Azara, Hût, d. Parag., II, 199). En voyant sa fin approcher, il fit promptement son testament et désigna pour son unique héiilièie s;i fille Johanna , qui était encoic à Chuquisaca; pour exécuteurs testamentaires ses amis Martin Duré et Juan Do Ciaray, et son neveu Diego Ortiz de Zarate y Mendieta comme vice-gouveineur. Celui-ci confirma De Garay dans son emploi de lieutenantgénérnl et voulut toucher à Torganisation exisUinte avec peu de prudence. Il s'aliéna si bien pai* cette conduite Martin Duré, que son oncle avait placé à coté de lui comme conseiller , qu'il -dut bientôt l'éloigner.

D«! Garay, qui avait aussi à craindre de la part du vice-gouvci*neur de semblables éclats de despotisme aveugle , se rendit à Cluii[uisacîj, comme tuteur de Johanna, fille de Zarate , pour lui aunoncer la mort de son père. Il envoya Franz Sierra à Sa Fé pour le remplacer et administrer la province. Lorsqu'il fut arrivé

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a Chuijuisaca , il trouva Johanna fiancée à un ceitain Juan do Toi'ies Yera y Arragon, asscsseui' (regidor) de la cour suprême , (jui se considéi-ait déjà comme futur gouverneur du Pai-aguay. On piéparait déjà le mariage, lorscjue De Garay recul ordre du viceroi de Lima de se rendi'e auprès de lui pour conférer avec lui et choisii' un mari pour Johanna. Celle-ci se décida à se marier sans retard ; le mariage fut célébré et le nouveau gouveineur Torres Yera confiima De Garay dans toutes ses dignités. De Gai-ay, prévoyant qu'il n'avait rien de bon à attendre du vice-roi irrité, repaitit aussitôt poui* le Paiaguay et continua son voyage sans obéir à un oïdie apporté par un messager d'avoir à se rendre à Lima. Le vice-ioi tourna alors sa colèie contre les nouveaux mariés et les manda à Lima.

Duiant ces événements le vice-gouverneur du Paraguay, Zarale y Mendiela, s'éUiit rendu à Sa Fé pour inspecter la province. Il se trouva aussitôt en discussion avec Franz Sierra au sujet de sa manière d'administrer et le fit mettie en prison. Mais la population de Sa Fé prit le parti du prisonnier et forra Mendieta à le remettre en liberté. Franz Sierra, non satisfait , se mit à la tète des mécontents , s'empara du vice-gouverneui' et le dirigea sur l'Espagne, ou il n'arriva pas, cai' il fut massacré en route par les Indiens de la cote du Diésil.

De Gaïay étant revenu à l'Assomption y apprit le départ du vic(î-j:ouverneur poui" Sa Fé et s'y rendit lui-même. Il ne Fy trouva plus, mais appiit sa déposition et son embanjuement pour l'Espjigiie. A ces nouvelles et en sa (jualité de lieutenant-général du gouverneur Tories Veia, il revint à FAssomplion pour y prendre en main Fadministiation de tout le pays, il i>rit pour principal but de fain; piogresser les parties les plus éloignées d»' la colonie, et dansée dessiin il renvoya dr nouve.iu Melgaii»jo dans son ancienne proviiici; de LaGuayra, où Alon/o lii(|uelme de Guzman représi'nlail toujours Ir pouxoir. Il le iliiirgcait de fonder de nouveaux villages et villes au delà du lerritoiie déjà colonisé. .Melgarejo s'y rendil \c\'^ la Fui de ir>7(i el fonda une \illo nounnéo Villa Uica del Kspiritu Sanlo; mais elle ne prit jamais grande ini-

NOUVELLES FONDATIONS A LA Gl AYRA. 70

poiUincc. Les Espagnols ne furent pas lieurcux avec leurs essais sur la rive orientale du Rio Paranâ. Ils échouèrent tous ou ne survécurent que misérablement jusqu'en Tannée 1010, où les jésuites vinrent dans cette contrée et y fondèrent les célèbres Missions, qui restèrent en leur possession jusqu'à la suppression de Tordre (17(iG), et depuis lors sont en décadence. Cependant leurs possessions étaient situées beaucoup plus au sud, entre le Rio Paranà et le Rio Uruguay, où ces deux grands fleuves se rapprochent le plus (^7-28" de L. S.), tandis que les essais dont nous parlons se firent au nord du Rio Tacuary, dans le voisinage de la grande aiscade et des rapides du Rio Paranâ (24-25" de L. S.) Ces établissements furent tous perdus pendant la guerre avec le Portugal et se trouvent aujourd'hui au pouvoir du Brésil , ainsi que les autres colonies des Espagnols situées plus au nord sur le Rio Paraguay.

Peu de temps après le départ de Melgarejo pour la Guayra, les Indiens du nord du village de Guambaré tentèrent un soulèvement sous la conduite de deux fanatiques, Oberu et Guirarô, qui persuadèrent à leurs compatriotes d'abandonner les Espagnols et leurs établissements et les forcèrent à se retirer avec eux dans les forêts. De Garay prit rapidement ses mesures pour coupei* court à des projets aussi dangereux. Accompagné d'une bonne escorte, il remonta le Rio Paraguny jus([u';\ l'embouchure du Rio Jujuy et pénétra dans cette rivière aussi loin ([ue ses navires purent remonler. De là il s'avança au nordpai* terre, défit les Indiens dans plusieurs combats, assujettit plusieurs tribus encore insoumises, les répartit comme les autres en encomiendas et les obligea à la vie sédentaire. Ces Indiens lui parlèient d'un grand fleuve à Test, qui commence par trois bras et coule dans un sens opposé au Rio l*aranà. Il s'agissait du Rio Yacuari, qui forma plus tard la limite cnU'elos possessions poilugaises çlcspa^inoles. De Gaïay y étiiblit «luelques colonies de villages iudicins organisés en encomiendas, pour ouvrir des relations avec la (luavra. A son retour à l'As- ^omption, il envoya encore Mc^lgarejo pour sounietlre à la couronne d'Espagne les districts les plus septentrionaux du Paraguay. Mel-

SO DE GARAY FONDE DUENOS-AYllES.

garejo arma dans la contrée au commencement de 1580 et jeta sur le bord du Rio Mbotetey (ou Mondego) les fondations d'une ville qu'il appela Santiago de Xeres (au nord du 20" de L. S.) Mais elle eut le même destin que les autres ; elle ne prit jamais un grand essor et fut plus tard annexée par les Portugais à leurs possessions. Aujourd'hui il ne reste plus aucune trace de ces villes. De Garay eut un meilleur succès dans l'attention qu'il donna aux parties méridionales de son gouvernement. Les cruelles épreuves de Zarale, à son arrivée dans l'embouchure de la Plala, l'avaient convaincu qu'il était nécessaire avant toute chose d'offrir un lieu de débarquement sur et un séjour agiéable aux arrivants d'Espagne. Il résolut donc d'en fonder un. 11 avait vu combien les honunes étaient épuisés après la longue traversée de l'Océan avec une nourriture peu abondante ou môme mauvaise, et combien il était difficile de leur fournir des vivres frais tant qu'on n'aurait I)as de lieu d'entrepôt pour les emmagasiner à rembout:hure de la Plata. Ces considérations le déterminèrent à reprendre le premier projet de D. Pedro de Mendoza et à tenter pour la seconde fois la fondation de Buenos-Ayres. 11 choisit soixante Espagnols de sa troupe, gens éprouvés et énergiques , les mit sous la conduite d(» son fils et les chargea de conduire du bétail par terre le long de la rive orientale du fleuve, comme lui-môme avait déjà fait loi^s de la fondation de Sa Fé. Pendant cela il se poita par navire à Sa Fé pour y veiller aux préparatifs nécessaires. De Garay arriva à lUienos-Ayres avec son convoi le jour de la Sainte-Trinité (i6 mai 1580) et débarqua aussitôt pour s'occuper des premières dispositions. On choisit un emplacement un peu plus au nord, sur les berges élevées, et l'on dressa, à l'endroit où est actuellement le jiahiis du gouvernement, un màt élevé avec l'étendard royal pour sen ir de ralliement aux traînards. Le 11 juin on posa en grande solennité la première pierre d'un édifice, on traça les rues et les plaides publiques et l'on distribua les lots de terreaux Ciivaliers et soldats qui étaient présents. De Garay choisit saint Martin pour |KUron et, commit Mendoza, donna à la place le nom de I^uerto de Sii Maria de Duenos-Ayres. On réserva des emplacements pour la ciitlié-

IMPORTANCE DE CETTE VILLE. -8i

di*ale, la maison de ville (cabildo) cl les couvents des Franciscains et des Dominicains, ainsi que pour le gouverneur, qui choisit Tangle où se trouve actuellement le grand Ihéâlre colon. On rédigea un procès-verbal de tous ces actes et on le déposa dans les archives de la maison de ville de la nouvelle fondation'^.

La restauration de la ville de Buenos-Ayres fut une idée trèsheureuse de De Garay et prouve mieux que tous ses autres actes avec quelle vue juste il appréciait la situation de la colonie et combien il était plus préoccupé du bien général que de son intérêt personnel. Buenos-Ayres devint promptement le premier port des Espagnols sur la côte orientale de l'Amérique du Sud, et elle conservera toujours son importance commerciale de premier ordre, par sa situation à rembouchure des deux plus grands cours d'eau que possède la moitié méridionale du nouveau monde. Le Rio de la Plata est l'artère naturelle de toutes les contrées intérieures de ce grand continent au sud du Tropique et la route tracée par la nature par laquelle leur progrès matériel et moral a passé jusqu'ici et passera encore à l'avenir.

Il n'est pas nécessaire de nous étendre plus longuement sur les débuts et le rapide développement de Buenos-Ayres. Ces détails appartiennent aux histoires locales. Contentons-nous de faire remarquer que par la fondation et raccroissemont graduel de celte ville, la colonisation de Télat actuel de la Plala se trouva assurée et que, par raugmentation rapide de sa population intelligente venue de toutes les parties de l'Europe, elle est devenue le centre de civilisation pour le pays entier. Depuis qu'on eut appris à connaître la véritable civilisation à Buenos-Ayres, il devint impossible pour les habitants de Tinléneur de persister dans rancienno manière de vivre à demi indienne. A partir de cette époque commença la véritable conquête du pays à la haute culture, et le développement de cette conception libérale de l'organisation sociale qui amena plus tard la défection des colonies espagnoles de leur mère-patrie et de son esprit étroit.

Le lecteur doit se rappeler qu'il existait dans les environs de Buenos-Ayres deux familles très-distinctes d'Indiens. Au nord

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