Sur les lagiines de la Patagonie
La note sous le texte de la page 320 demande une correction ; j'avais mal compris le ccdonel Melchert, parlant de la position des lagunes, citées dans la note ; elles sont à leur juste place dans la carte de M. Peterhann, comme le prouve la carte de la Pampa, que mon malheureux ami (') a publié dernièrement, sur ces terrains, dans le : La Plala Monatsschrift , IV* année ( 1876 ), page 34. Nous comprenons par cette carte, d'une manière claire et évidente, que mon reproche, fait à M. Peterhann, d'avoir mis trop au Sud le terrain en question, se réfère seulement à la partie plus occidentale, depuis la lagune amère jusqu'à la lagune Urre Lauquen; elles se trouvent les deux presque V L. plus au Sud que leur situation réelle. La carte du colonel Melchert prouve aussi que, à côté des dépôts de chlorure de soude, existent dans la Pampa de la Patagonie, deux autres espèces de lagunes, c'est-à-dire des lacs d'eau douce potable et des lacs d'eau salée amère, fournis d'une solution des sulfates, comme sulfate de soude (Glaubersalz}, sulfate de magnésie [Epsomsalz] et sulfate de chaux {Gyps). Il est important de noter que ces trois différentes espèces de lagunes se trouvent distribuées péle-méle, sans ordre fixe, sur toute la surface des plaines patagoniennes, les unes souvent très-voisines des autres, sans indication d'une distribution des différentes classes dans des localités déterminées, ou d'un certain caractère.
En ce qui concerne l'identité des lagunes, nommées sur la carte de M. Petermann, je dois corriger ici, d'après les données de la carte du colonel Melchert, mes réductions antérieures de la manière suivante :
La Laguna de S. Lucas, de la carte Petermann, n'est pas située 36* 54 L. S. à 4* 18' ouest de Buénos-Ayres ; ces positions correspondent à la Laguna del Monte, que la môme carte pose assez justement plus au Nord, presque avec la même détermination. La lagune, que la carte de Peter-
(') Je regrette de dire que cet oflicier fort instruit et travailleur a été la victime de son zèle, et a succombé aux suites de ses fatigues dans la dernière expédition, dont le but était de reculer plus au Sud les frontières du terrain peuplé de la République.
RÉP. arc. — T. 11. Î6.
MANN nomme de S. Lucas, doit être nommée : Carahui oa Carhué: elle est la même, indiquée dans ma note page 231, sous le point de 37** 10' L. S. à ô*" ouest de Buénos-Ayres. De ces deux lagunes, la seconde est amère, l'autre d'eau douce potable. La troisième grande laguae, de la carte de Petermann, nommée avec raison Salinas, doit être nommée Satinas Grandes, elle est en réalité un dépôt de sel commun, comme ceai dont je parle dans le texte, et sa véritable position géographique est à 37" 20' L. S., 5* 50'-55' à l'ouest de Buénos-Ayres. Ce dépôt de sel commun, le plus grand de la Pampa, est jusqu'à présent dans les mains des Indiens ; les dépôts salés utilisés par les colons européens sont près do rio Negro, au N.-N.-E. de El Cdrm^n, où la carte du colonel Melchbrt indiqae sous 40" 31' L. S., à 4* 32' ouest de Buénos-Ayres, le grand dépôt nommé Los Àlgarrohes, La carte de Peterhann la pose un peu plus au Nord. Enfin, la lagune Puan de la même carte se trouve, sur celle de M. Mel- CHERT, sous 37'' 55' 30" à 4'' 40' ouest de Buénos-Ayres; elle est donc placée trop à l'Ouest sur la carte de Petermann.
Pour faire mieux connaître les différences déjà indiquées des lagunes patagoniennes, j'ai prié mon jeune ami, M. Fraucisco Moreno, de me fournir quelques renseignements, parce qu'il a vu plusieurs de ces lagunei, principalement pendant son dernier voyage si pénible, où il a traversé toute la Patagonie depuis El Carmen jusqu'au pied des Cordillères, poir visiter les tribus indiennes de Los Manzanares (tome I, page 377, note 80), et les terrains aux environs de la grande lagune Mahuelr-Huapi. Cet ami a bien voulu satisfaire avec promptitude mes demandes, et ma apporté des communications étendues, dont quelques-unes suivent ici adjointes à mes propres observations.
Examinant les lagunes de la Patagonie sous un point de Tue général, on doit distinguer, en premier lieu, deux classes complètement différentes, qui sont :
1. Les grandes lagunes du côté occidental au pied des Cordillères. Ce^ lagunes sont toutes d'eau douce, alimentées par la fonte des neiges des Cordillères, et unissant généralement leurs cours à celui des grandes rivières patagoniennes. On peut les rapprocher des lacs de méoKf nature de la Suisse et des environs des Alpes, des parties larges et très-profondes du lit des fleuves qui les parcourent, ces lagunes fonou' de grands réservoirs d'eau, source de fertilité pour la campagne eofiroit* nante.
2. Les lacs, généralement plus petits et moins profonds aa milieu et dans la partie est de la pl.iine patagonienne, sont tous formés par des pluies, ou quelques-uns par des fleuves sortant, plus au nord de notre territoire, des Cordillères. Ces lacs sont de trois différentes catégories. Beaucoup d'entre eux sont saumâtres, contenant des sulfates, tels qu^* sulfate de soude, sulfate de magnésie et même sulfate de chaux en dissolution. Les indigènes distinguent cette espèce de lagunes par I épithète d'amères. Les plus grandes lagunes de cette dernière qualité sooi