CHAPITRE VT
61 (55). Nous avons fait le récit de l'expédition d'Irala contre Acay d'après les indications de Schmidt, en plaçant uniquement le début avant la déposition de Cabeza de Vaca, ce qui nous semble plus d'accord avec les dires de Guzman. D'après lui, Guzman était en bons rapports avec le gouverneur, et les conjurés agirent promptement, profilant do son absence. Azara entre dans beaucoup de détails (Hist. d. Parag., Il, 97 et suiv.), mais ne cite pas Irala, ce qui s'accorde avec la version de Guzman sur son absence. Salazar lui-même, que Cabeza de Vaca désigna pour lui succéder, était aussi, d'après Azara, parmi les conjurés.
62 (56). D'après la loi coloniale déjà promulguée par Ferdinand et Isabelle et renouvelée par Charles-Quint, tous les indigènes d'Amérique baptisés étaient libres. Mais cette loi ne fut suivie que Irès-incomplétement par les conquérants. On répartissait les Indiens dans des colonies {réduc- U(m$) attribuées aux chefs pour le temps de leur vie et non à titre de propriété transmissible, comme salaires de leurs services (eiicomiendas). Ils les traitaient suivant leur bon plaisir, tantôt bien, tantôt mal. Ordinairement on ne donnait qu'une faible partie des habitants d'un village conquis ou nouvellement établi. La plus grande part revenait au fisc ou à l'Église qui en jouissaient en pleine propriété et pouvaient les céder, mais toujours à la condition de veiller à leur protection on leur conversion un christianisme et de les civiliser. Mais comme les chefs n'habitaient pas dans le village, ils les confiaient à des subordonnés qui, préoccupés des intérêts de leur maître et de leur personnel, opprimaient d(î toutes façons les malheureux Indiens pour en retirer des bénéfices. Les Indiens devaient payer à leurs maîtres un tribut déterminé, nommé la Mitdy d'où on les appelait Mitayos. Ils y étaient tous soumis d(^ dix à cinquante ans. Ils pouvaient payer le tribut en argent, en fruits ou en travail et sa valeur variait de i à 8 piastres par an, suivant la richesse des différentes rolonicîs. Afin d'établir un contrôle, les Indiens étaient inscrits sur (l«'s IhU'i^ipadrons) et chaque individu taxé d'après ses ressources. Mais celui (jui ne payait pas régulièrement son tribut perdait son titre d(; tributaire et devenait
. esclave de corps sans rien posséder en propre. — Outre ces Mitayos, il existait encore une seconde classe, les Yanacones, d'après un mot guarani qui iiulique les serviteurs noirs ou bruns. Ceux-ci vivaient indépendants, c'esl-à-(lire sans surveillants dans leurs villages; mais ils payaient aussi un tribut à la Couronner et non à des njaitres particuli<?rs. Le Codigo de ^^^^hdm contenait les règlemeuts de toute cette organisation. (iCs règle- "'«"nls sont très-favorables aux Indiens; mais ils n'étaient guère suivis ni
par les particuliers, ni par les juges et tribunaux. Personne ne se plaignait du texte de la loi, car les fonctionnaires T interprétaient toujours en faveur des Espagnols et jamais des Indiens.
63 (56). Azara a tiré Tordre d'Irala des archives de TAssomption {Hist. d, Parag.y II, 106). On y voit quelles grandes précautions chacun devait prendre pour protéger sa vie.
6i (59). Schmidt raconte îivec beaucoup de détails son voyage de retour. Il eut d*abord beaucoup de peine à obtenir son congé d'irala, mais celuici y consentit à la fin en considération de ses vingt années de fidèles services. La nostalgie du pays se réveilla chez Schmidt à la nouvelle reçue par un nouveau venu du Brésil, qu'un navire allemand appartenant à Erasmus Schetzen venait d'arriver de Lisbonne. 11 résolut de se rapatrier avec ce navire. 11 nomme Ginenugia l'endroit où il rencontra le territoire portugais, peut-être par corruption d'un nom indien dérivé du Rio Iguary, qui s'ouvre dans le Paranâ sous le 25* de L. S. En outre des Tupis, qu'il nonmie Tapis, il visita encore les Carinsebes, les Byesyas et les IJrquea, noms sans doute trés-estropiés, car l'orthographe de Schmidt est toujours singulière. 11 rencontra près de la côte les premiers Portugais, sous les onlros d'un certain Juan de Reinville, qu'il dépeint conmie un véritable chef de brigands. Il arriva sur l'Océan ù S. Vincent. Il y trouva le navire d'Erasnuis Schetien encore occupé à son chargement de sucre et fut reçu en qualité de com|>atriote, à bras ouverts, par le facteur Peter Rossel. D |Kirtit le 24 juin 15% (jour S.-Jean), observa plusieurs animaux marios, parmi lesquels VEcheneis naucmies^ dont il rapporte beaucoup de fables. 0 toucha les Açores, j^assa deux jours à Terceira et arriva quatone jours après j\ Lisbonne, le jour de la S.-Jérôme (30 septembre) 1553. Dans cette ville, il reçut aide de Johann von Hùlsen, représentant de la maison Schetien. 11 vo>-agea par la poste à Séville, pour remettre ses papiers, descendit le (luadalquivir jusqu'à S. Lucar et s'embarqua à Cadix pour Anvers. .Vprès de nombreux coutre-temps et après avoir touché à l'Ile de NVijrhl sur la côte d'Angleterre, il arriva le iô janvier 1554 à Anvers, rilrioh S<*hiuidt termine là sa relation, qui restera on document important |Hnir l'histoire de la colonisation européenne en .\ménque et qui a donné la célêliritè à son auteur. Bien que simple soldai, il sut observer les chos«*s qui rentoumieni avec alleutiou et conserve une certaine liberté uaturvUe d'esprit où l'on voit partout |»errer le caractère allemand, ami de la vente smiple et sans enjolivements. D serait bien précieux poar nous SI nous (H^sstslious d'autres relations aus^yi dignes de foi de la niéoie ê|HH|ue« sur les autrt's conlnvs de r.Vmêrique du Sud.
65 ttvkl. .Uani. suixunt >on habitikle de sVleihlre longuement sur les détails |»er«Minels, entre dans de loug>i développements sur le clergé qui »rv\mq^giwiil l'é^èqiie. Il Its noiuiue tiHis en parti^^ulier tffôl. d. Paraf., IL liÔi. N\His ne rv^iMTx^mrvms |^s leurs noms, qui n*ont aurone import&iKv |H>ur rhisti^n,* de la ct^K^iisaliou.
tïb «KJtK .V»r4 ji>sunE* que It* iHMubr^^ lie k)0 eottomieikias domiê par
Gusnan est très-exagéré et que les Indiens soumis n'auraient pas été assez nombreux pour peupler la moitié de ce nombre d'encomiendas.
67 (65). Nuflo de Ghaves partit de l'Assomption avec 200 Espagnols, plusieurs cavaliers montés et 1500 Indiens, tous bien équipés. Une partie des Espagnols étaient sur 12 petits navires qui portaient les bagages et les Tivres, les Indiens dans leurs canots. On remonta le fleuve jusqu'à l'embouchure du Rio Jaura (16" 5'- de L. S.), où Ton rencontra une grande année d'Indiens bien armés, qui s'opposèrent au passage. Un combat assez ▼if s'engagea, dans lequel 11 Espagnols et 80 Indiens succombèrent. Nuflo de Chaves resta vainqueur. Ce combat eut lieu le 1®' novembre 1557. Les indiens firent leur soumission après cette dure leçon et Nuflo de Chaves put continuer sa marche en remontant le Rio Jaura, par le territoire des Xarayes et ensuite par celui des Chiriguanes. De là il gagna le territoire des Cbiquitos, sur les frontières du Pérou. Ils firent résistance aux Espagnols, dont ils excitaient particulièrement la cupidité parce qu'on leur avait dit qu'ils possédaient beaucoup d'or et d'argent. Il fallut livrer un nouveau combat, qui, d'après le propre aveu de Guzman, coûta beaucoup de monde aux Espagnols, mais se termina en leur faveur. Les soldats, découragés par toutes ces fatigues, demandèrent à revenir et à prendre station chez les Xarayes. Us savaient qu'Irala ne les avait pas envoyés au Pérou, mais pour fonder une colonie chez les Xarayes. Mais la mort du gouverneur, connue par un messager envoyé par son successeur, Gonzalo de Nendoza, détermina Chaves à continuer l'entreprise pour son propre compte. Il proposa à sa troupe d'aller au Pérou pour fonder sur ses frontières un nouveau gouvernement et permit à tous ceux qui ne voulaient pas l'accompagner de s'en retourner. Beaucoup en profitèrent pour revenir sous Gonzalo Gasco. Chaves lui-même continua sa marche avec les autres, arriva au Rio Guapay, le traversa et s'avança dans des contrées déjà conquises par les Espagnols et qui étaient sous le conimandement d'Andres Manso. Un conflit s'éleva aussitôt entre les deux chefs sur le droit de possession. Nuflo de Chaves se décida à aller à Lima, pour se faire soutenir par le vice-roi. Parent avec D. Andréas Hyrtado de Mendoza, marquis de Caneta, par sa femme, fille de Franz de Mendoza, cousin du vice-roi, il fut bien accueilli et la mort de Manso, que les Chiriguanes tuèrent peu de temps après dans un combat, lui aplanit les voies. Le vice-roi lui abandonna la province de Manso, ainsi que s'appela longtemps sur les cartes espagnoles la contrée située entre le cours supérieur du Rio Paraguay et les pentes orientales des Cordillères sous la même latitude. Nuflo de Chaves devait la gouverner pour le fils du gouverneur Garcia Hyrtado de Mendoza. Il reçut le titre de lieutenant général avec le droit de faire pour son compte des conquêtes sur les Indiens non soumis. Chaves fonda en 1558 la ville de Sa Cruz de la Sierra et y resta jusqu'en 1558, où il fut tué avec lous ses compagnons dans une expédition contre le village indien Itatin. ("était lui-même qui avait amené du Paraguay ces Indiens, lorsqu'il en
revint on 15Gi, après y être allé chercher sa famille et ce qui lai appartenait pour les transporter dans sa province.
68 (66). Azara estime Tàge dlrala à soixante-dix ans, d*après une noie d'Ullrich Schmidt à l'occasion de son expédition au Pérou en i5i8. U raconte que les jeunes filles qui lui furent données par le cacique des Abayas s'enfuirent pendant la nuit et qu'il avait alors soixante ans. Si cette note est exacte, il avait soixante-dix ans au moment de sa mort, arrivée en 1558. 11 mourut pauvre, le Paraguay ne possédant pas de. métaux précieux avec lesquels on pût s'enrichir promptement. Les conquérants manquaient absolument d'argent monnayé et les échanges se faisaient au moyen d'étoffes de laine que les femmes indiennes tissaient et que l'on divisait par Varas (2 pieds 3/5) pour s'en servir comme de monnaie. Irala laissa à sa famille comme seuh biens mobiliers 1482 varas de cette étoile, dont la valeur était de 2 réaux la vara. Dans son testament, il instituait héritiers 9 enfants : 6 filles et 3 garçons, et nommait Nuflo de Chaves, Juan Ortega et Esteves Yergan exécuteurs testamentaires. On ne sait rien de plus sur ses trois fils. Cependant Azara présume que le Domingo Irala que l'on voit apparaître lors de la seconde fondation de Buenos-Ayres par De Garay et qui fut chargé de cette opération est le fils d'irala, nommé Diego, et que le copiste a fait confusion de nom avec celui de son père. Les deux autres, Antonio, qui mourut de bonne heure et Martin, disparaissent sans laisser trace. Des six filles, une mourut jeune, Anna, les cinq autres se marièrent, dont quatre du vivant de leur père, avec des officiers supérieurs. L'atnée, Gimberta, épousa D. Pedro Segura; la seconde, Marina, Franz Ortiz de Vergara; la troisième, Isabella, Gonzalo de Mendoza; la quatrième, llrsala, Alooio Riquelme de Guzman, et la cinquième, .\nna, seulement après la mort de son père, un certain Juan Fernandez. Depuis lors le nom d'irala disparaît de la colonie, et Azara remarque que de son temps il n'existait à l'Assomption qu'une pauvre famille avec le nom de l'ancien gouverneur. Peutêtre descendait-elle de son fils Martin. Personne ne fait connaître le lieu de son inhumation et il est complètement tombé dans l'oubli.