‹ Description physique de la République Argentine (volume 3)Chapitre 90 sur 583 · LE MIRAGE · texte numérisé non relu

LE MIRAGE

qui, apercevant de loin le voyageur, le fixent de leur regard immobile.

Il existe un phénomène particulier que Ton observe presque constamment dans les pampas et qui contribue essentiellement à les caractériser. Nous voulons parler du mirage, qui, dans les journées chaudes, se produit de 10 heures du matin à 5 heures du soir. L'ail' échauffé, partant du sol, s'élève en lignes ondulées tremblotantes, et produit àThorizonces singulières images de lacs ou de nuages dans lesquelles le sol se reflète et paraît flotter librement dans l'air comme une seconde surface terrestre. L'imitation de nappes d'eau au milieu d'immenses plaines est si trom-* peuse, qu'on a peine à se convaincre de l'illusion, surtout lorsqu'on y voit de grands troupeaux de bétail se baigner. Ce spectacle est aussi attrayant que trompeur, et il m'a souvent occupé et distrait pendant des heures durant les longues marches à travers les plaines désertes, sous la chaleur accablante du jour.

Le pampero, qui mugit si souvent dans ces plaines, offre un spectacle encore plus étonnant. On aperçoit au loin à rhorisson s'élever une nuée noir grisâtre ou gris bleuâtre, qui prend quelquefois une teinte bleu indigo et monte à vue d'oeil. Bientôt cette nuée s'enflamme, et de longs éclairs la sillonnent des zigzags les plus variés. A cet éloigncment, on n'entend encore aucun tonnerre. Mais à mesure que la masse sombre s'élève de plus en plus, le tonnerre résonne sous forme de roulements lointains. Des tourbillons de poussière d'un jaune clair, chassés par le vent qui les soulève, viennent se mêler aux nuages d'un bleu sombre. Les animaux dispersés dans la plaine commencent à devenir attentifs. On les voit, inquiets, regarder la sombre nuée, dresser les oreilles, se rassembler en groupes et enfin s'enfuir devant la tempête hur* lante. Non-seulementles chevaux, les bestiaux et les moutons, mais encore les cerfs et les autruches des parties encore inhabitées, se précipitent en désordre pour échapper à l'orage. Ils croient pouvoir se sauver; mais ils se trompent. L'oiage va plus vite que leurs jambes; il les devance et bientôt ils sont au milieu de la tempête qui se déchaîne sur eux. Les animaux s'arrêtent alors,

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