‹ Description physique de la République Argentine (volume 3)Chapitre 91 sur 583 · EFFETS DU PAMPERO · texte numérisé non relu

EFFETS DU PAMPERO

comprenant leur impuissance à lutter. Ils tournent le dos à la tempête et la laissent passer sur eux en s'abandonnant à leur sort. C'est un spectacle comique de voir iiîunobiles des centaines de ces animaux inondés, les oreilles pendantes et le corps i-uisselant. Ils attendent jusqu'à ce que le nuage crevé soit passé, ce qui ordinairement se fait aussi promptement que son arrivée. En une demi-heure tout est fini. Le soleil reparaît encore plus clair avant de se coucher. C'est ordinairement après 5 heuresque ces pamperos se déchaînent en hurlant sur les pampas, avec leur accompagnement d'éclairs enflammés et de pluies diluviennes.

Toutes les parties des pampas, du reste, ne diffèrent pas autant des pâturages allemands que celles que nous venons de décrire avec leurs fines graminées gi'oupées en touffes. Il y a aussi des parties revêtues d'un épais et court gazon exactement de même nature que celui de ces localités européennes. Mais ces parties ont toujours des surfaces beaucoup moindres, accidentelles dans la pampa proprement dite et d'un effet insignifiant pour la physionomie générale. La piovince de Tucuman, la plus riche de toutes en eau, est la seule qui offre au voyageur une grande étendue de prairies touffues, formées en grande partie par le Paspalum notaium. Elle a de vastes pi^iries semblables aux pays à pâturages d'Europe. Dans les autres provinces on ne trouve de prairies que dans les bas-fonds, où le sol reste constamment humide, notamment dans le voisinage des nombreuses lagunes, des ruisseaux et des petites rivières qui coulent dans les pampiis. Ces cours d'eau, bordés çii et là de prairies du genre indiqué, peuvent de temps à autre les submerger complètement sans jamais les inonder d'une façon définitive. Dans les districts où ces prairies abondent, elles donnent aux pampas une grande valeur. Elles sont très-recherchées et par cela même très-connues. Mais ce ne sont toujours que des accidents locaux, qui n'entrent point dans l'essence d(î la pampas, pas plus que les lagunes et ruisseaux qui s*y trouvent. Les vraies pampas, aux vastes surfaces, n'ont dans leur étendue ni lagunes ni bas-fonds couverts de verdure.

Cependant les lagunes sont très-communes dans la pampa du

FRÉQDENGE DES LAGUNES. 161

sud-est, princîpalemenl dans la province de Buenos-Ayres. Nous en dirons donc quelques mots. On peut dire que leur nombre se chiffre par centaines, tant elles sont fréquentes dans les pampas de Buenos-Ayres. Ce sont des cuvettes plates, faibles dépressions du sol, dans lesquelles l'eau de pluie se rassemble et les transforme en bassins. Ces bassins, dont très-peu ont une étendue que Ton puisse comparer à celle d'un petit lac, doivent leur origine à r imperméabilité du sous-sol. La marne diluvienne plastique et assez dure, qui atteint ordinairement une épaisseur de 40 à 60 pieds et constitue le sol des pampas, ne laisse point filtrer les eaux. Celles-ci se rassemblent dans les dépressions, ou elles restent stagnantes jusqu'à ce que Tévaporation en abaisse peu à peu le niveau, ou les assèche entièrement, ce qui est le cas de beaucoup de petites lagunes. L'eau, en se rassemblant, entraîne naturellement les parties terreuses légères de la surface du sol au pourtour des lagunes. Telle est l'origine de la vase noirAtre qui forme le fond de presque toutes les lagunes. L'évaporation incessante et la capillarité des terres avoisinantes les tiennent toujours humides et leur penneltcnt une végétation plus riche ; aussi les lagunes sont souvent accompagnées de surfaces assez étendues d'un épais lapis verdoyant, qui opposent une digue aux dénudations. Lc»s lagunes conservent donc à peu près les mêmes contours, et les plus grandes prennent le caractère de lacs permanents '.

En outre de la ceinlui'e de fraîche verdure, la plupart des lagunes constamment mouillées, et notamment toutes les grandes, sont bordées de roseaux très-vigoureux et Irès-élevés. En se déséchant et se décomposant, leur substance végétale contribue essentiellemenl à augmenter le fond d'hunms de la lagune. On y trouve ou bien di^s joncs grêles et élancés de 8 à 10 pieds, ou bien des roseaux à larges feuilles. On y rencontre encore assez souvent une espèce deTi/pha, appelée ici totoras. Elle est plus fréquente l'ilong des petits ruissf^aux qui sortent de beaucoup de lagunes. Les lagunes prennent donc des aspects très-différents, auxquels ^oiT spondent des dénominations populaires particulières. Celles- 'i indiquent en quelque sorte la quantité d'eau aceurfiulée dans

HKP. ARG. — I. Il

162 DUNES —CIÉNEGAS.

CCS bas-fonds et ont besoin d'une explication . Une véritable lagune a toujours une suiface d'eau libre et ouverte, une bordure de joncs ou de roseaux qui n'est pas toujours continue, et très-souvent aussi des rives élevées et abruptes, du moins sur un côté, principalement à l'est. En les examinant avec soin on reconnaît qu'elles ont pour origine ou bien une érosion dans le lehm diluvien (barranca), ou bien d;»s dunes de sables (med/ïnos), accumulées par le vent. Los dunes offrent un intérêt pailiculier. Elles ressemblent complètement à celles de la mer Baltique sur les côtes de la Poméranie et de l'île de Rugeu, où je les ai souvent observées dans ma jeunesse. Elles sont aussi revêtues par une grande espèce A'Elymus comme celle d'Europe *. — Les cienegas forment une seconde catégorie de bassins humides de la pampa. Ce sont de vastes marécages, le plus souvent de forme allongée cl couverts d'une épaisse végétation de roseaux. I^'eau ouverte y existe seulement sur quelques points (banados) au milieu. Ce sont des parties déprimées de la plaine transformées en mai*ais. — Ces marais prennent le nom de pajonales, lorsqu'ils ont une plus faible étendue, et se recoanaissent comme endroits humides à )a présence de roseaux et do joncs élevées. Mais en général ils sont dépourvus d'eau et ont le plus souvent un sol assez solide, non vaseux, et on peut les parcourir et les traverser sans danger. C'est là que croît en abondance le bnlle graminée Gynerium argenteum, — Enfin on appelle canadas tous les bas-fonds de grande étendue dans lesquels sont disséminés des groupes de roseaux. Ils peuvent être traversés par un ruisseau, et constituent dans leur ensemble de bons pâturages très-propres à l'élève du bétuil. — Ces endroits humides dans la pampa ne forment qu'une Irès-minime partie de sa surface et n'en modifient le caractère que d'une façon accessoire. Ils n'entrent pas dans la physionomie typiqu-^ de la pampa. Dans le nord on parcourt souvent des districts entiers de la pampa absolument dépounus d'eau, et le voyageur peut marcher des journées entières sans en rencontrer la moindre nappe*'.

Nous devons encore faire remarquer que quelques-unes de ces

MODIFICATIONS CAUSÉES PAR LA COLONISATION. i63

la^oines sont salées et déposent en quantité plus ou moins grande du sel de cuisine ou du sel de Glauber et du gypse. D'autres aii contraire donnent lieu à des formations de kaolin et quelquefois contiennent dé la silice en dissolution. Toutes ces substances sont localisées et proviennent sans doute du sol sur lequel repose là lagune, ou bien y sont apportées. Ces particularités locales sont peu communes dans la province de Buenos-Ayres, ou lé sous-sol est toujours formé par la marne couleur de rouille. Oii les trouve plus fréquemment sur les limites de la Patagonie et dans Touest des pampas, où les roches meubles des époques préhistoriques constituent le sol. On constate aussi dans ces régions une végétation particulière de plantes propres aux lagunes et bassins salés {salifias et salitrales). Nous y reviendrons plus tard dans les descriptions particulières.

Pour terminer, nous avons encore à faire connaître la part que la colonisation prend dans Taspect général des pampas, part qui; suivant les localités, peut être très-considérable. On ne la reconnaît que sur les points où la population européenne s'est fixée en nombre depuis déjà assez longtemps ; mais elle y a profondément modifié la pampa. Nous ne voulons pas jjarlcr ici des plantations d'arbres mentionnées plus haut , mais des' changements qui se sont produits sans but déterminé et sans l'action directe des colons. Ici se place avant tout l'invasion du sol des pampas pai' les mauvaises herbes d'Euro|)e. Elle est si imporUmte en certains endroits, par exemple le long des routes principales (flm^, 1,132), que des plaines de jilusiours milles ont pris un aspect tout différent de celui qu'elles avaient primitivement. Nous reviendions, dans la partie botanique, sur ces plantes introduites et donnerons la liste de toutes celles qui ont été observées. Pour le moment, nous signalerons seulement celles qui ne croissent pas dans le voisinage etàTintérieurdes villes et villages, mais qui recouvrent de larges surfaces en rase campagne. Ce sont avant tout deux 'luudons, le cardon sauvage (Cynnra cardunculus) et le char- ^^^^n'^Warlo (Carduus [SHybum] marianus), Lq Xanlhiiun spino- ^ww est aussi très-répandu dans les pampas ; ensuite le fenouil

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