LA PLAINE PATAGONE
est occupée par un sol dur, sec, sans^tapis de graminées, mais avec des broussailles herbacées ou ligneuses dans lesquelles dominent tantôt une espèce, tantôt une autre, mélangées çà et là avec des touffes de graminées et de composées, mais sans jamais former des gazons comme dans les pampas. Les buissons de grandes plantes ligneuses atteignent à la hauteur d'un homme ou d'un cavalier, et se distinguent comme dans le terrain détritique du pied des Cordillères et des autres montagnes des pampas de Touest par leurs feuilles nombreuses et extrêmement petites, par leurs innombrables ramifications et les fortes épines dont ils sont armés. Des cactus, avec de longues et très-dures épines, s'y trouvent aussi en gi'and nombre et donnent à la campagne un aspect particulier, misérable et repoussant que nous avons déjà vu dans le terrain détritique. Le voyage à cheval lui-même devient diincile à cause des longues et dures épines que les animaux s'enfoncent facilement dans les pieds.
L'eau n'existe à peu près nulle part sur ces terrasses. Le sol dur ne la laisse pas pénétrer dans la profondeur ; mais il tombe peu de pluie et Tévaporation est très-active sous l'action des vents régnant, le plus souvent du sud. Dans les dépressions seules se forment des nappes d'eau accidf3ntelles qui y font naître une fraîche verdure et des gazons. La pluie, ne pouvant pénétrer dans le sol dur, se rassemble ici pour quelque temps, apporte dans la dépression de léfçers dépôts d'alluvions et maintient une fraîcheur plus durable. Il n'existe que trois grands fleuves au nord : le Rio Colorado, le Rio Xegro et le Chubut, et deux petits au sud : le Rio Désire et le Rio Sanla-Cruz. Tous descendent des Cordillères et transportent à la mer les eaux des neiges fondues du sommet. La végétation est un peu plus riche sur leurs rives, et les larges thalwegs qu'ils se sont creusés sont quelquefois très-propres à la culture. La vigne, le blé et toutes les plantes cultivées de l'Europe moyenne croissent dans la partie septentrionale. D'épais halliers ûe saules aux troncs élevés et disposés en groupes ornent aussi leurs rives. Mais ils font peu d'effet au sein de l'immense désert dos steppes et rie ressemblent guère à de vraies forets. La vérita-
176 PARTIE OCaDENTALE.
ble végétation arborescente manque ici. Quand Teau s'accumule et forme des lagunes, elle est presque toujours salée. Celle qui jaillit des profondeurs jouit du même caractère, et sur plusieurs fontaines artificielles, c'est à peine si l'on en trouve une avec de l'eau douce et vraiment potable. Les lagunes contiennent souvent du sel de cuisine pur, qu'elles laissent déposer sur leurs bords, et deviennent ainsi utiles à l'homme^. Mais la colonisation européenne a peu de chose à espérer ici. Les essais tentés depuis cent ans sont tous venus échouer au bout de peu de temps devant le découragement des colons, auxquels les tristes épreuves des débuts enlevaient bientôt tout espoir de succès pour l'avenir et ne laissaient qu'une existence misérable quand ils persistaient â demeurer sur les lieux.
' La partie occidentale des steppes de la Patagonie est un peu différente de l'orientale ; mais elle est malheureusement li*ès-peu connue. Les anciens voyageurs de l'époque de la domination espagnole parlent souvent de haute végétation dans cette contrée, d'une foret de pommiers sauvages dont les fruits seraient man^^cs pai* les Indiens ; mais on ne sait encore rien de certain sur tout cela et il faut considérer le dernier fait comme une fable. Quanti l'existence de forêts, elle est certaine. Le sol s'élève vers l'ouest de même que plus loin vers le nord, et forme encore plusieui's terrasses avant d'atteindre les puissantes formations détritiques qui longent le pied des Cordillères ou sont accumulées dans les gorges même est la de montagne. Ces terrasses proviennent des dépôts formés loin des anciens rivages par les masses terreuses finement broyées produites par les phénomènes de désagrégation dans les montagnes, et dont les restes allaient se déposer ti*anquillement loin du rivage. Comme chacun de ces gradins possède une grande étendue et que chacun d'eux se sépare des suivants pai* une chute très-apparente, les indigènes les ont très-bien reconnus et les distinguent de la pampa basse par le nom de pamjms elevadas. En général, il existe deux gradins. Le plus élevé fait immédiatement suite aux collines détriti((ues, le second, un peu moins élevé* s'avance plus dans le pays. L un et Tautre sont tout à fait unis 9