GÉNÉRALITÉS
au-dessus du niveau de la mer. Ce sont des espèces véritablement montagnardes, qui ne descendent jamais dans la plaine. Une espèce de cerf (Cerviis antisarms s. chilensis), le célèbre guamul, que Molinà avait décrit sous le nom de Equiis bùulcus, animal rapide et peu connu pendant longtemps, se tient aussi dans les mêmes altitudes^ en compagnie du condor, l'oiseau de proie le plus grand. Il est important de noter que toutes ces espèces sont répandues seulement dans la chaîne des Cordillères, depuis TEqualeur jusqu'au détroit de Magellan, et préfèrent le niveau élevé nécessaire à leur existence.
Ces quatre espèces spéciales aux montagnes se trouvent dans le terrain, nord-ouest de notre République; aucune d'elles ne se trouve à l'est; les mammifères et les oiseaux plus petits que le condor, ainsi que la plupart des insectes particuliers à ces régions, ne se trouvent pas non plus en dehors de la région nord-ouest.
On rencontre encore le condor dans la sierra de Cordova et le méridien de cette montagne indique à peu près la limite orientale des espèces appartenant à la faune du nord-ouest et des Cordillères. On peut dire que le système des montagnes de l'Aconquija, avec ses prolongations de hauteur au sud, dans les provinces de Catamarca, de Cordova et de San Lois, que j'ai décrites tome I, page 234 et suiv., marque les véritables confins de la faune de la région orientale et occidentale de la République Argentine; très-peu des espèces vivant dans un côté se trouvent aussi dans l'autre ; le sol même prend un caractère difTérent, car dans l'ouest de ces montagnes dominent les pampas stériles, et l'est est rempli de champs fertiles couverts de pâturages. Il n'y a dans ces régions ni forêts épaisses ni arbres pourvus d'un riche feuillage, des épines fortes et de menues branches innombrables prennent leur place. Dans la partie orientale, les forêts augmentent d'autant plus que le terrain se dirige vers l'est, et les arbres y sont couverts d'un feuillage frais et plus vigou-
reux. Aussi les singulières Cactées sont rares dans la moitié) l'est de cette région en comparaison de celle de Touest, < elles se présentent à chaque pas, dans les plaines stériles, et lant au regard une quantité et une variété considérable aucun palmier n'est originaire du terrain occidental ; Ve. pèce la plus à l'ouest se trouve sur la chaîne occidentale i système des montagnes de Cordova et va en augmenta toujours et présentant des espèces différentes et des form plus riches et plus variées à mesure que l'on se dirige dava tage vers Test.
Au sud, les régions orientale et occidentale présentent même différence, mais non dans toute la République, car caractère de la moitié orientale change au commencement la Patagonie, à peu près à la hauteur de Bahia Blanca. Air les forêts ne dépassent pas l'embouchure du Rio de la Plat toute la province de Buénos-Ayres, au-dessous de ce grai estuaire, est sans arbres indigènes, sauf dans quelques ei droits à l'embouchure des petits ruisseaux qui se jettent da la grande rivière ; de véritables forêts existent seulement s les îles à Tembouchure du Rio Parand et ne dépassent p^i ^ dans larégion à l'ouest, l'embouchure du Rio Carcaranal.il n
a plus aucun palmier dans les forêts du côté de cette rivièi tandis qu'au côté est, et dans le bassin du Rio Uruguay, < les rétrouve décorant agréablement les bosquets et encadra les rivages de ce fleuve pittoresque. Delà jusqu'au sud, terrain conserve le même caractère de stérilité à l'est qi] l'ouest; les forêts sont inconnues dans la Patagonie centre et orientale; les penchants seuls des Cordillères et les te rains voisins de la plaine sont couverts d'arbres et grandes forêts ; car ici beaucoup de ruisseaux descendent d sommets de la montagne couverts de neige perpétuelle, doi nant naissance à une végétation supérieure ù celle de Taul côté, où trois ou quatre grands fleuves, formés par ces rui seaux, ont creusé leur lit sans recevoir d'aflluents penda tout lour parcours dans la pinino patagonienne. Dans lui]
RESSEMBLANCE DU COTÉ OUEST A Lk PATAGONIE 6
cette région, d'une superficie de plusieurs mille de milles carrés, l'organisation est identique à celle de la partie occidentale avoisinant les Cordillères ; les mêmes grands animaux, le puma (Felis concolor) et le guanaco se trouvent dans ce long territoire compris depuis la province de Catamarca jusqu'au détroit de Magellan, et quant au nord, ces animaux ne se rencontrent que sur les penchants des Cordillères^ au sud, on les trouve jusque sur les côtes de TOcéan Atlantique.
J'ai déjà fait remarquer au lecteur, dans la note 25 du livre quatrième (tome II, page 149), l'analogie de la faune des Cordillères avec celle de la plaine patagonienne, et je saisis cette occasion pour reproduire ici quelques passages d'un petit essai entomologique, publié par moi dans la Gazette d'Entomologie de St6ttin(année 1875, page 469), où je m'étais exprimé sur cette analogie comme il suit. Ce sont principalement quelques espèces des Coléoptères Mélànosomes qui prouvent évidemment cette analogie. Cette famille, qui choisit de préférence les régions stériles de la surface de la terre, trouve à satisfaire ses instincts dans les parties occidentales du pays et se trouve répandue en sociétés nombreuses dans tout le district des Cordillères et de la pampa occidentale, depuis la Bolivie jusqu'au détroit de Magellan. Une seule espèce, la Zophosis nodosa, de Germàr, actuellement Ny délia nodosa, se trouve à l'est du méridien de Cordova, dans la province de Buénos-Ayres et même dans la République orientale de l'Uruguay ; mais elle manque dans l'^Entre-Rios et dans la province de Tucuman au nord, où je n'ai trouvé aucune espèce du genre Nyctelia. Mais dans celle de Catamarca, j'ai recueilli la Pilobalia décor ata (Nyetelia Erighs.^, qui est bien connue en Bolivie^ où cette famille est représentée par des espèces différentes des nôtres, comme le genre Gyriosomus et ses analogues. D'ici elle passe au sud par le Chili et les vai- 1^ des Cordillères à Mendoza, où on en a trouvé plusieurs espèces, ainsi que dans la Patagonie, sur les bords de TOcéan
Atlantique, comme elle avait déjà été décrite par Darwin, en 1835, pendant son voyagé (Voyez la trad. allera. 1. 1, p. 93). La Nyctelia pliccUtpennis (lattssimay Blch.) et VEpipedonota ebenma sont très-communs dans les deux pays, et il est trèscurieux qu'on les trouve à Mendoza, seulement sur la montagne voisine, quand elles viennent à l'embouchure du Rio Negro, dans la plaine environnant le village du Carmen, qui s'étend jusqu'^au détroit de Magellan. Ce phénomène n'est pas isolé et borné aux insectes seuls ; il se rencontre aussi chez les oiseaux. La martineta (Eudromia elegans), le gallito (Rhinocrypta lanceolata)^ l'oiseau du roi (Anabates gutturaUs)^ les représentants les plus remarquables de l'omis de Mendoza, où je les ai chassés, se trouvent aussi dans la même région du Rio Negro, ainsi que j'ai chassé moi-même à Mendoza, le lièvre patagonien (Dolichotis), ce type si singulier de
notre faune*
J'ai observé, au sujet de ce dernier animal (Proc. ZooL Soc. 4875, 634 et 4876, 461), qu'il se trouve aussi dans la pampa de la province de Santiago del Estero, à l'est des chaînes de montagnes placées au centre, que j'ai décrites dans le tome I, pages 226 et 235, sous les noms de Sierra del 4lto et Sierra del Campo^ comme formant la branche orientale du système des montagnes de Cordova. Ces deux Sierras servent, au nord, de limite entre la faune orientale et la faune occidentale de notre République; mais il existe entre elles une large interruption de continuité, occupée par la grande saline centrale (voyez la carte géognostique au tome 11)^ et le terrain du milieu de la plaine centrale y atteint la dépression la plus grande. La présence du lièvre patagonien dans cette région de la partie orientale de la Sierra del Alto, jusqu^aux environs de la ville de Santiago del Estero, prouve que cet animal a passé peu à peu de la faune occidentale à la faune ^mentale, allant chercher^ dans le côté est du grand désert eentral de la saline, un sol plus habitable que dans la stérile pampa occidentale, dont il est originaire.