‹ Description physique des Iles Canaries, suivie dʾune indication des principaux volcans du globeChapitre 14 sur 48 · De la Cambre · texte numérisé non relu

De la Cambre

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Le Cytisus pvolijerus et Y Hypericum canariens e sont comptés dans deux régions à la fois y parce qu'ils s'y avancent trop pour qu'on puisse les exclure de l'une ou de l'autre.

Parmi les plantes introduites , nous comprenons celles qui ont été trouvées seulement dans les champs cultivés , et jamais hors de ces derniers , ou bien celles dont l'introduction est un fait connu. Il serait possible , à la vérité , que plusieurs herbes , originaires des îles, ne se conservassent plus maintenant que dans les champs , parce qu'elles poussent plus facilement leurs racines dans une terre remuée et se dessèchent moins promptement.

La disproportion des monocolylédonées aux dicolylédonées, si remarquable dans la seconde région, peut faire croire avec vraisemblance qu'une vingtaine

des herbes qui s'y trouvent pourraient bien appartenir à la Flore primitive, et parmi elles peut-être le Gas~ iridium australe, les Milium cœruleum et multiflorum, ainsi que beaucoup de celles qui croissent aussi dans la première région. Mais des rapports entre des nombres si bornés ne permettent que des conclusions fort incertaines.

Cependant , quand on compare cette Flore avec celle du pays le plus voisin , et situé à peu près sous le même climat , qui nous soit connue , celle des environs d'Alger que Desfontaines a étudiée avec tant de soin , on est conduit à quelques résultats très frappants. Desfontaines compte 1,416 espèces distribuées dans 556 genres. La Flore des Canaries contient 577 espèces dans 259 genres ; celle de Sainte-Hélène 56 espèces dans 24 genres. Le rapport des genres aux espèces est donc :

Dans le nord de l'Afrique continentale. =r i : 4>2 Aux îles Canaries. . . . . ae t : i,40 A Sainte-Hélène . . . . . i : i,5(*).

Voilà dans les îles une étonnante diversité pour les formes des plantes , et qui frappe le voyageur au premier coup-d'œil. De beaucoup de genres, on y trouve une espèce unique. Sur les continents , les individus d'un genre se dispersent fort au loin, et, par la diversité des stations , de la nourriture, du sol , forment des variétés qui , à cette distance, n'étant pas croisées par d'autres variétés et ramenées par là au type primitif, deviennent à la fin des espèces constantes et

(*) D'après le célèbre ouvrage de Humboidl , De Distribut. Plantarum 9 le rapport des genres aux espèces est en France comme 1 : 5,7 , en Laponie comme 1 : a»3.

particulières. Alors si, par hasard, dans d'autres directions , elles viennent à se rencontrer avec une autre variété également altérée dans sa marche, toutes deux sont des espèces fort différentes et non plus susceptibles de se mêler. Il n'en est pas ainsi dans les îles. Resserrés ordinairement dans d'étroites vallées ou dans l'enceinte d'une zone rétrécie , les individus peuvent se rencontrer , et cette rencontre devra neutraliser la tendance de toute variété à se fixer. C'est à peu près comme les défauts de langage qui , propres aux chefs de familles , se répandent avec elles dans tout un district. S'il est séparé et isolé, si des rapports constants avec d'autres ne rendent pas au langage sa pureté primitive, de cette déviation naît un dialecte. Que des obstacles naturels, les mœurs ou le gouvernement circonscrivent plus étroitement ce district et l'isolent de ses voisins , le dialecte finit par se fixer et devenir une langue totalement différente.

C'est pour cela qu'il est si important de déterminer Exactement les localités et d'indiquer quelles sont celles où se trouvent les plantes dans les îles. Elles présentent presque toujours quelque chose de particulier. Un lieu se trouve-t-il isolé par des obstacles, naturels, par des chaînes de montagnes qui établissent une séparation plus effective que des espaces considérables de mer interposés, on peut toujours s'attendre à y trouver des espèces de plantes entièrement nouvelles, et ne croissant pas dans les autres parties de l'île. Un hasard favorable a peut-être porté , par un enchaînement particulier de circonstances, des semences pardessus les montagnes. Abandonnée à elle-même, la variété qui résulte des nouvelles conditions auxquelles elle est soumise, y formera, avec le cours du temps, une espèce distincte, qui s'éloigne d'autant plus de sa forme primitive, qu'elle reste plus long-temps

dans cette localité isolée, exempte d'autres influences. Dans la région de la Cumbre , dont la Flore est presque entièrement formée de plantes particulières aux Canaries , il n'y a pas encore un seul genre qui comprenne deux espèces, différentes ; car elle est ouverte et libre, et chacune de ses parties a des rapports constants avec les autres. Au contraire, quelle diversité dans les Pyrexhrwn, et cependant en même temps quel air de ressemblance ! 11 est tel , qu'on se trouve naturellement porté à considérer toutes les espèces de ce genre comme issues d'une souche commune, Ces espèces diverses ne se trouvent presque nulle part réunies, mais limitées chacune à une vallée ou à un district particulier. La différence des Cinevanu n'est pas non plus tellement considérable qu'on ne puisse les regarder comme produites sur les diverses îles par la diversité de station , de sol et de climat.

Des considérations de cet ordre pourraient bien nous conduire à la connaissance de la cause qui fait des composées , une portion si considérable de la Flore canarienne. Elles forment en effet plus du septième de la somme totale des plantes originaires. Elles n'entrent pourtant que pour -l-9 dans celle de l'Afrique septentrionale. La graine, à laquelle une aigrette sert pour ainsi dire d'aile , peut être bien plus aisément transportée que la graine moins mobile d'autres espèces. La difficulté du transport pourrait expliquer pourquoi, sur les côtes des îles Canaries, on n'a encore jamais vu un Eryngium, quoique la Flore atlantique en compte huit espèces , et que même, sur la côte plus voisine de Maroc, croissent quatre espèces de ce genre. Cette même difficulté est peut-être aussi cause que, dans la Flore des Canaries, la proportion des légumineuses reste tellement eu arrière de celle que la nature semble leur avoir destinée dans

ces climats. Elles y forment à peine plus du tren* tième de la masse totale ; c'est le neuvième dans le nord de l'Afrique.

Les joubarbes, au contraire, semblent avoir trouvé dans ces îles, une patrie particulièrement favorable. Presque chaque vallée peut en montrer une nouvelle espèce , «t vraisemblablement on ne les aura pas encore découvertes toutes de long-temps. Les îles Canaries fournissent les | des espèces de ce genre, et, aux douze qu'on connaissait précédemment, C. Smith a pu en ajouter huit entièrement nouvelles.

Le nombre total des plantes croissant aux Canaries se partage en 27 fougères , 76 monocotylédonées , 458 dicotylédonées. Le rapport des deux dernières classes est donc de 1 à 6. Dans la Flore atlantique, on compte 270 monocotylédonées et 1,137 dicotylédonées ; leur rapport étant ainsi de 1 à 4. Les plantes introduites n'ont pu même , prises en compte , égaliser ces deux proportions. Les graminées manquent à nos îles.

Un. coup d'œil général sur la Flore des Canaries indique au reste facilement qu'elle n'appartient pas à celle de l'Europe. Ces îles font réellement partie de l'Afrique. Les genres peu nombreux , qui sont communs avec l'Europe méridionale, ont leur point central, non en Europe, mais en Syrie, en Egypte et en Barbarie, Aussi , nous voyons manquer ici ce qui , dans la Flore du climat européen, forme les traits principaux. Aucune prairie ne couvre le sol ; car on y rencontre à peine plus de trois espèces annuelles , toutes les autres sont frutescentes. On n'y rencontre pas de potentille, pas de renoncule de pré, pas de rose, pas une espèce àïHieracium , pas même d'œillet. Au contraire les lauriers des tropiques, à feuilles larges et épaisses , jouent un grand rôle dans l'aspect général de la végétation des

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