DESCRIPTION DE L'ILE DE TÉNÉRIFFE
VALLÉE DE TAORO (*).
Villa Orotava,
La route qui, dans la partie nord de F île de Ténériffe, mène de Santa-Cruz à la ville de Puerto - Oratava , s'étend auprès de cette dernière ville , un peu au-delà de Santa-Ursula , au pied d'immenses rochers , dont la pente est extrêmement rapide ; ils forment une sorte de muraille qui , de la Cumbre , l'arête la plus élevée de l'île, descend jusqu'à la mer. En face,, en avant de la basé* du Pic et à un peu plus d'un mille de distance , s'élève la grande montagne de Tigayga dont les flancs abruptes et presque verticaux , semblables à une autre muraille , s'étendent des points les plus élevés jusqu'au rivâge de la mer. Les escarpements de ces deux montagnes sont tournés l'un vers l'autre , mais entre les deux le sol s'abaisse d'uue manière moins rapide et moins brusque. Villa Orotava, Puerto, Realejo ariba , Realejo abaxo , d'innombrables maisons de campagnes , des vignobles , des plantations et des forêts , couvrent toute la surface que laissent entre elles les deux montagnes. C'est là la belle vallée de Taoro d'où l'on tire principalement les vins , et tout ce que cette île fertile peul fournir de plus délicat et de plus agréable.
f) Voir la carte de Ténériffe.
Des ruisseaux nombreux coulent à travers des forêts de lauriers , et divisés en une infinité de canaux , ils portent la fraîcheur et la vie jusque dans les points les plus reculés. La stérilité de l'Afrique est inconnue dans cette vallée, qui paraît être à l'abri des dévastations dont les parties qui avoisinent le Pic sont si souvent le théâtre.
Lorsque d'un point élevé on jette les yeux sur ce vallon resserré comme entre deux murailles , on est involontairement porté à croire qu'il est le résultat de f éboulement d'une partie de l'île , par suite duquel les deux montagnes formant les flancs de la portion entraînée, auraient été mises à découvert. Le voisinage d'un volcan aussi actif et aussi violent que celui de Ténériffe n'est pas de nature à rendre cette supposition invraisemblable.
En quittant la montagne de S. Ursula,on laisse aussi la partie complètement balsatique de l'île, et on entre dans une contrée qui par la nature de ses produits rappelle le voisinage du volcan. Dans les rochers, le feldspath se trouve souvent entremêlé avec l'augite et le péridot.
La présence du feldspath avec d'autant plus d'abondance qu'on approche plus du cratère volcanique, a été signalée par M. Humboldt { Rel. i., 106). Il pourrait bien se faire que dans certaines couches il y eut dans la profondeur une sorte de passage au tra~ chyte qui , à ce qu'il paraît, forme le noyau du volcan.
En général , les roches se composent de couches alternatives de conglomérat balsatique , formé de fragments bruns , scoriformes , et peu agglomérés, et de basalte solide; ces couches dont l'inclinaison suit à peu près celle de la surface extérieure, ne présentent point les caractères d'une matière qui aurait coulé à l'état fluide. Il ne serait pas possible de compter les innombrables couches qui se succèdent , ni d'en suivre une en particulier, observable en un point, jusqu'à une distance un
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peu considérable; elles forment des masses volcaniques, reposant les unes sur les autres, et qui ne conservent presque jamais leur régularité sur une grande longueur.
Dans le baranco où se trouve S. Ursula, on voit le basalte mêlé de péridot , reposer en couche de près de 20 pieds sur une masse de conglomérat en suivant la pente de la montagne. Mais si on s'élève sur la pente de la montagne vers la Cumbre , les conglomérats acquièrent une grande puissance. Ils reposent irrégulièrement les uns sur les autres , et se composent de fragments considérables qui sont juxta-posés , et qui n'ont entre eux aucune cohésion. Souvent ces fragments sont de véritables blocs de basaltes ; au-dessus se trouvent des masses basaltiques très épaisses. Plus haut , mais seulement lorsqu'on est parvenu à un peu plus de 4,000 pieds, on trouve un mélange peu cohérent de fragments grossiers de feldspath , d'augite et de hornblende. Les cristaux d'augite et de hornblende tombent facilement dans les parties inférieures et se rassemblent sur la pente de la montagne ; on les reconnaît facilement dans le mélange par l'inclinaison de leurs clivages.
On observe aussi fréquemment entre les cristaux noirs d'augite et de hornblende des grains considérables de péridot verdàtre. Ceux-ci sont formés de cristaux dont les faces latérales sont brillantes , et qui sont très faciles à distinguer , lorsqu'un cristal de péridot est enveloppé par un cristal d'augite ( Hauy^ Tab. 70,fig. J34). Les couches inférieures sont repliées en forme de dômes sur les blocs ; les couches supérieures sont planes.
Au-dessus et jusques à la Cumbre qui s'élève à 6,000 pieds, se trouvent des scories dispersées qui forment une couche supérieure , un conglomérat , dont les
fragments ont entre eux fort peu de cohérence.
Telle est la structure intérieure de la montagne , ainsi qu'on peut l'observer dans le profond baranco de l'Aqua manza au-dessus de Villa Orotava , et même dans la partie supérieure du petit baranco de S. Ursula. Les couches balsatiques dont l'épaisseur est de 54 10 pieds r et qui sont recourbées en forme de grosses écailles , se retrouvent cinq à six fois entre les couches de conglomérat. Les couches inférieures seulement sont très compactes , celles qui sont près de la surface ou qui ne sont pas recouvertes , sont remplies de cavités verticales, de sortes de petites cheminées , et à une certaine profondeur elles sont encore très poreuses.
Il est remarquable que tandis que la roche grenue de feldspath, d'augite et de hornblende se trouve seulement dans les parties les plus élevées, ces couches basaltiques contenant des soufflures se présentent d'abord dans les parties les plus basses de la montagne.
Dans la masse à peu près upiforme de la montagne de Tigayga , on observe à la partie inférieure en partant de Realcjo abaxo , une couche puissante de conglomérat , en grande partie formée de blocs d'une médiocre grosseur ; toute la roche est balsatique. Plus haut , les blocs deviennent plus petits et la roche & change en un tuf basaltique. Au milieu de la hauteur, se trouve une couche puissante de basalte très compact : on peut déjà, avant d'arriver à ce point, observer quelques autres petites couches de cette nature. Audessus de cette masse repose une couche de tuf qui ne ressemble nullement au tuf inférieur ; on y observe , en effet, beaucoup de petites pierres-ponces. On retrouve bientôt de nouvelles couches formées de fragments noirs et irréguliers, dont le diamètre devient de plus en plus considérable jusqu'à ce qu'on arrive à une nouvelle couche solide de basalte. De nouveau on voit reparaître les couches de ponce , de blocs
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imiirs, et enfin la couche supérieure solide , contenant les soufflures et cavités. A une demi-lieue , sur le sommet de la montagne, le chemin de Icod passe devant une fort belle source et auprès de la chapelle de Nuestra Senora del Buen Viage ; en ce lieu on peut remarquer au-dessous des couches basaltiques d'autres couches formées de rapilles bruns. Ordinairement les eaux sourdent des points où les couches de basalte et les masses de rapilles et de conglomérats se trouvent en contact. Le basalte est compact comme en Allemagne , il contient du feldspath en petits cristaux , quelques aiguilles de hornblende, et beaucoup de grains brillants , noirs , à cassure conchoïde , de fer titané. La couche qui se trouve auprès de la chapelle et dans la partie supérieure du baranco Hondo de Rambla renferme des grains peu considérables de péridot, mais elle contient à peine encore du feldspath. Cette coucbe est la plus élevée de toutes , mais c'est aussi celle qui offre le mieux tous les caractères du basalte. Plus haut, sur le sommet de la montagne , de nouvelles couches de rapilles forment à la surface un sol rouge etgras,qui lorsqu'il est humide, devient très glissant; ces caractères sont distinctifs pour cette série de couches, et même pour ces îles basaltiques, car ils se retrouvent partout où les roches offrent une composition semblable.
Un grand nombre de barancos entament le sol de la vallée de Taoro , et laissent voir l'intérieur des roches qui forment cette vallée : en général , leurs caractères sont analogues à ceux des roches qu'on peut observer sur les grands escarpements. On y trouve toujours des couches de basalte avec de l'augite et du péridot, contenant rarement un peu de feldspath; ces couches alternent avec d'autres couches de conglomérat ou formées de rapilles bruns, scoriformes,
assez tenus et sans cohésion. Les barancos contiennent rarement de l'eau ; ce sont plutôt des espèces de sillons creusés dans le flanc de la montagne que de véritables vallées. Les deux côtés de ces sillons sont le plus souvent des escarpements presque verticaux à peu de distance l'un de l'autre , et les roches se correspondent parfaitement de chaque côté de ces ravins.
Les falaises que l'on observe au bord de la mer, montrent peut-être encore mieux la nature intérieure des roches qui se trouvent au-dessous de la surface. Au bord de la mer, les escarpements ont une grande hauteur, et on peut les suivre sur une longueur considérable ; il est impossible alors de se tromper sur la nature des couches, et on reconnaît facilement que tout en paraissant avoir une certaine régularité, elles disparaissent cependant très souvent à une petite distance.
Au nord de l'île, à peu de dislance de Puerto Orotava , le terrain s'avance dans la mer et forme un Cap très escarpé , nommé le Cap Martianez. On y observe, en suivant les couches de bas en haut,d'abord une masse
de conglomérat sur laquelle repose une couche de basalte solide e. Cette roche est à grains fins, elle contient des soufflures , mais très petites et point de cavités. On y voit distinctement des petits grains de péridot, et aussi des cristaux d'augite. Au-dessus se trouve une couche d9 formée de petits fragments scoriformes;
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cette couche se divise en plusieurs autres petites couches. Celle-ci est recouverte par une autre c, formée (Je gros fragments en partie noirs, et ayant entre eux peu de cohérence. Toutes ces couches forment une épaisseur de soixante pieds. On trouve ensuite une faible couche de trois pieds d'épaisseur , d'une argile rouge de brique , renfermant quelques fragments scoriformes, puis une couche de gros fragments, et enfin par-dessus une masse puissante de basalte b, qui forme des escarpements verticaux; ce basalte contient beaucoup de soufflures longitudinales , et ses couches sont repliées en forme d'écaillés. A sa partie supérieure, ce basalte est , comme cela arrive le plus ordinairement dans cette contrée , extrêmement inégal , rempli de cavités ou cheminées verticales, et les grosses écailles dont il se compose sont entremêlées les une» avec les autres dans toutes sortes de directions. On voit souvent dans la masse des petits cristaux de feldspath; ordinairement ils se trouvent dans la direction des soufflures.
Toute celte masse est recouverte par une masse a de tuf formé de ponce blanche: ce tuf s'étend au loin sur toute la surface. En ne considérant que les caractères de fluidité qui sont encore imprimés dans la niasse , on pourrait avec raison donnera ces roches basaltiques le nom de coulée de laves. Mais la largeur qu'aurait eu ce courant doit faire rejeter cette idée ; il est donc probable que la production de ces roches est le résultat d'une action différente de celles qui projètent hors des cratères les courants de lave qui se répandent ensuite à la surface.
Les grandes falaises qui bordent la mer au-dessous de Realejo, près le moulin de Gordaxuelo , offrent aussi d'immenses escarpements , où il est facile d'étudier la nature de ces diverses roches. En ce point , les couches
de basalte solide alternent trois fois avec descouches formées de fragments noirs , scoriftfrmes et sans cohérence entre eux. Ces escarpements presque verticaux resserrent entre eux une vallée étroite qui arrive bientôt à la mer , et dans laquelle , entre les couches de basalte et les rapilles, jaillissent une multitude de sources dont la plupart tombent sous forme de grandes et belles cascades.
Le basalte immédiatement au-dessus est divisé eft prismes verticaux à cinq pans , aussi réguliers que ceux qu'on peut voir en Irlande. Cette roche a une couleur gris-noirâtre ; on y voit des cristaux gris ,
très déliés et à peu près parallèles , de feldspath ; assez souvent il s'y trouve aussi des grains vert-olive de péridot et des petits cristaux d'augite. La masse présente fréquemment des soufflures, mais elles ne sont pas très considérables. Plus haut , le basalte devient caverneux, et enfin tout près de la surface, il se présente en écailles contournées, irrégulières , qui reposent les unes sur les autres , et qui sont disposées à peu près comme les tuiles d'un toit. Les cavités qui se forment dans cette roche sont tellement considérables qu'elles peuvent abriter des troupeaux entiers, et en effet on les utilise pour cet objet. Les écailles sont brisées et contournées de toutes manières , et il est clair que cet effet a été produit par le dégagement de quelque matière venue des parties inférieures. Les couches inférieures sont toujours les plus solides , et elles sont alors divisées en prismes. Lorsque les matières volatiles retenues par la pression des couches supérieures se sont enfin dégagées à travers ces couches , la masse inférieure a dû se contracter ; et c'est peut-être à cette contraction qu'on doit attribuer les dispositions du basalte en colonnes primastiques.
Par-dessus ces diverses masses se trouve un tuf
DESCRIPTION GEOGftOSTIQUE. 161
Manc, presque pulvérulent, qui, dans la contrée, est connu sous le nom de Tosca. Cette roche qui paraît en grande partie formée de pierre-ponce , n'alterne plus avec des couches basaltiques. Elle se présente tout-à-fait à la partie supérieure, recouvrant toute la surface comme ùn toît ; elle est seulement interrompue dans les parties où sont creusés les baracos. Elle forme le sol fertile de la contrée , et on y cultive du blé. Les Gouanches y creusaîènt aussi les souterrains qui leur servaient de greniers. Dans cette couche facile à entamer le long des escarpements des barancos , on pratique aussi des vastes souterrains qui sont habité» par beaucoup de familles.
Ce tuf se retrouve aussi au Gap Martianez, et dans cette localité il est bien évident qu'il n'appartient pas à la série des couches basaltiques , car il ne présente aucune trace de fissures , de soufflures et de cavernosités, qui sont cependant si fréquentes et si remarquables dans les couches les plus voisines. Ce tuf est une roche corn* posée de fragments, dans laquelle dominent des parties terreuses, d'un jaune-isabelle faible, et qui sont probablement le résultat de la décomposition des fragments de pierres-ponces. On y observe aussi de petits fragments noirs, appartenant à des roches feldspath iques grenues ou à des pechsteins , semblables à ceux qu'on voit à Icod ; et à travers la masse sont répandus des cristaux noirs très déliés de hornblende ou de fer oxydulé, et parfois de feldspath. La pesanteur spécifique de cette roche est très peu supérieure à celle de l'eau : à la vérité , toute la masse est remplie de petites cavités irrégulières qui ne doivent pas peu contribuer à en diminuer la densité. La roche fait une vive effervescence avec les acides, surtout quand elle est réduite en poudre fine ; toutefois ce caractère se présente inégalement dans les diverses parties de la
roche , et on ne l'observe pas du tout sur les morceaux les plus solides. Toutes ces circonstances tendent à appuyer la supposition que la Tosca a séjourné primitivement sous la mer. Dans son ensemble, on peut considérer la Tosca comme analogue au tuf de Pausilippe, car sa cohésion est dans quelques endroits.assez considérable pouii qu'on puisse tailler ^ette roche ea pierres destinées, à des constructions légères, .
Le itut se. trouve répandu sur toute l'île r et dans des situations très remarquables. On . ne le rencontre que jusqu'à un niveau déterminé sur le flanc des, montagnes, mais ce niveau est variable ; il sç trouve d'autant plus bas que la partie que l'on considère est plus éloigné? du Piç^au contraire, Uest, d'autant plus élevé qu'on ^ rapproche plus du volcan. Auprès de Orotava, la.Tojsca ne s'élève pas à plus de ,400 pieds au-dessus de Ja mer ;<près de Realejo elle se trouve à 600 pieds , et au village de Fuente de los Gouanches, tout près de la base du Pic, elle est à 800 pieds, de hauteur, l^rès. de Qrolava y il y a dans le tuf une grande quantité de blocs basaltiques très considérables r où Ton voit rarement du feldspath. Aux environs de Fuente de los Gouanchea * les blocssont plus considérables, mais ils ne sont pas basaltiques ; leur couleur est le gris* et ils renferment une multitude de longs et beaux cristaux de hornblende et aine grande quantité de feldspath qui paraît trèa distinctement à la surface : ces blocs sont do-véritables trachy tes. Auprès de Santa Cruz, la ïoscaj ne s'élève pas à plus de 100 pieds* et dans cette localité ce tuf ner.renferme pas de blocs. ~ L'existencq de cette singulière roche es tun caractère certain.flt extrêmement précieux qui sert à distinguer les, courants de lave du Pic des matières qui ont aussi l'aspect de courants, mais qui n'appartiennent pas à ce volcan. Car Jes laves et toutes les matières rejetées
DESCRIPTION GÉOGNOSTIQUÈ. i6ù
par le cratère , les rapilles et les ponces ne sont jamais recouvertes par la Tosca, sur laquelle on les voit toujours reposer ; toutes les autres roches en couches , ou sous formes de courants volcaniques , sont au contraire masquées et recouvertes par la Toâca,
Ainsi , il arrive souvent qu'on observe des masses de mattèrés que Ton pourrait prendre pour des courants qui auraient coulé de haut en bas, et qu'on pourrait'facilement attribuer à une éruption du Pic; mais elle* 'sont recouvertes par la Tosca, et par conséquent ces courants sont le résultat d'actions tout-à-fait différentes de celles qui produisent les éruptions isolées du Pic et probablement plus intenses : généralement on ne peut rattacher ces sortes de laves à aucun cône tl'éTûption.
Près le bafanco de las Arenas, à peu de distance aftf nard -ouest de Puerto Orotava; on voit un pareil courant de lave descendre de la Villa ; il atteint le rivage de là mer, tm peu à l'ottest de la maison de campagne de la Paz. On voit cette lave se précipiter en forme de grosses écailles courbes sur les couches de tuf et de basalte , et elle recouvre entièrement la tête de ces couches. Il y a des cavités considérables où le tuf et le courant sont tout à-fait en contact. Le courant ne peut par conséquent appartenir k la série des couches basaltiques , et il doit être venu se superposer postérieurement. A la partie supérieure , la surface présente souvent des espèces de vagues de matières scoriformes, comme il doit s'en produire dans le mouvement d'une masse visqueuse : ce caractère distingue aussi très bien le courant de lavé, des couches basaltiques.
La matière qui compose ce courant est basaltique ; elle renferme dè 'très beau péridot , mais point de fëfcispatti/ • 1 ■ > <
J Un peu au- dessus 4e Villa OrotaVa, à l'endroit où les
164 DESCaiPTlO.i DES ILES CANARIES.
eaux de la vallée de l'Agua Manza sont prises pour être amenées dans la ville , on peut observer un courant de lave tout-à-fait semblable et très facile à étudier, parce que la Tosca, qui ordinairement recouvre ces sortes de courants, ne s'élève point aussi haut dans cette contrée. La roche dont il se compose n'est pas boursoufûée ou spongieuse comme le sont les laves ; elle est au contraire tout-à-faitcomme une masse tressée et entortillée, semblable à celle que forment les courants d'obsidienne du Pic» La masse renferme beaucoup de cristaux brillants , translucides , de péridot et de gros cristaux noirs d'augite. Ces courants descendent du haut de la Cumbre et s'étendent ordinairement à des distances fort considérables.
Au milieu de la surface que laissent entre elles les escarpements de Tigayga et de S. Ursula, s'élèvent encore trois cônes volcaniques , mais isolés , que l'on aperçoit de fort loin. Ces volcans rompent l'uniformité de cette vallée, et ontdonné lieu à de petits courants de lave qui s'étendent jusqu'à la mer. Tous les trois sont de véritables bouches volcaniques , sortes de canaux éloignés qui donnent issue aux matières qui sont en fermentation dans le Pic. .
Immédiatement au-dessus de Puerto Orotava s'élève l'une de ces montagnes, le Pico de las Arenas, et le courant qui en sort s'avance jusque dans la ville même ; une partie de la ville est bâtie sur cè courant, et le petit hâvre, qui au bord de la mer peut être considéré comme un port , est formé par des blocs de lave qui en proviennent. Les caractères de cette matière et son aspect extérieur la rendent complètement différente des autres roches. Aucune tradition n'a transmis de souvenirs sur l'époque de la sortie de ce courant dont la trace est indiquée par la plus désolante stérilité; ce sol ne reçoit aucune espèce de culture, et
DESCRIPTION GEOGNOSTIQUfi. 165
en effet il ne serait pas possible d'y faire rien végéter, car on n'y trouve pas la Tosca, ce tuf précieux dans lequel les racines peuvent se dévelojpper. La lave, étendue comme un large ruban noir, oppose un rem part infranchissable au développement de la belle végétation qui l'entoure , elles quelques plantes de l'Afrique qui y croissent contrastent d'une manière encore plus frappante avec la fertilité du sol environnant.
Le Pico de las Arenas* d'où sortie courant de lave de Orotava,se trouve à une dem,'.-Iieuc au-dessus de la ville, à moitié chemin entre Puerto et Villa Orotava. Il s'élève à 400 pieds au-dessus du sol, et son sommet est à 700 pieds au-dessus de la mer. Toute cette montagne ne se compose que de rapilles caverneux , noirs et roulés comme des charbons. Au mi lieu se trouve un cratère dont la cavité n'est pas très considérable , mais qui est fortement cchancré et ouvert du côté de la ville, de telle sorte que, vue d'enbas , cette montagne présente l'aspect d'une fourche. Ce cratère eçt le point de départ du, courant de lave qui descend le long de la vallée jusqu'à la. mer, sans presque s'écarter de la ligne la plus directe. A la partie supérieure on y trouve des blocs scoriformes, mais qui ne se présentent plus dans les parties inférieures. L'intérieur de la masse est gris , à grains fins : on y observe quelques débris de hornblende et de feldspath, mais pas de traces de péridot. Cette roche n'a rien de basaltique; elle rappelle au contraire les trachytes du Pic et les autres produits qui en dérivent. La grande différence que cette lave présente avec les couches de la vallée peut surtout s'observer dans le baranco te plus rapproché de la ville, le baranco del Puerto. La lave forme la surface supérieure , puis ensuite vient la Tosca qui forme les flancs du baranco, et audessous les masses noires et caverneuses qui consti-
tuent les couches basaltiques supérieures. Lorsque l'on observe les morceaux de ce basalte que Ton emploie souvent pour enceindre les vignobles, on peut très facilement, même d^n$ le voisinage de la lave, les confondre avec des fragments de cette lave ; toutefois on peut y reconnaître une grande quantité de petits grains de péridot et quelques cristaux d'augite, et, au contraire , on n'y voit ni feldspath, ni hornblende. En outre , au point où le baranco del Puerto se sépare er\ deux autres barancos, cette couche inférieure qui renferme le péridot , se divise en grandes colonnes à cinq faces très régulières, caractère qui ne se présente jamais dans les courants de lave. Au-dessous du courant de lave se trouve une couche irrégulière formée de blocs anguleux de la même nature : cette circonstance se présente généralement dans toutes les coulées de lave.
Le Pico de los Frayles, le second cône d'éruption de la vallée, se trouve plus haut sur le penchant de la surface : il est aussi plus élevé que le précédent, et situé tout -à -fait au milieu et à peu près à égale distance de Puerto Orotava, de Villa et de Realejo : ce cône volcanique a 600 pieds de hauteur; le courant de lave s'étend depuis le pied du volcan jusqu'au rivage de la mer. Dans l'intérieur, la lave est tout à fait semblable à la lave d'Orotava. On n'y trouve point non plus de péridot ni d'augite , mais il y a du feldspath et quelquefois des cristaux de hornblende,
Plus haut encore, et tout près de Realejo ariba, s'élève le troisième cône volcanique : celui-ci est très petit et sa circonférence peu considérable. La coulée de lave qui en sort ne parvient pas jusqu'à la mer, et n'atteint même pas la route qui mène de Orotava à Realejo abaxo. On la reconnaîtrait même très difficilement, si l'attention n'était attirée sur ce point par
DESCRIPTION GEOGNOSTIQUK.
l'élévation du cône volcanique. Cette lare contient aussi beaucoup de feldspath.
Ce sont là les 6euls indices de r action volcanique du Pic , qu'on puisse observer dans la vallée de Taoro. On chercherait vainement à reconnaître sur cette surface d'autres traces aussi évidentes d'éruptions , < de cônes volcaniques ou de matières ponceuses.
Sans l'examen de ces circonstances, on aurait pu croire au premier abord que l'action volcanique devait se limiter, dans les environs du Pic, À la montagne de Tigayga. Les coulées d'Orotava sont d'autant plus remarquables que , bien qu'à une distance considérable du Pic, elles ont cependant la plus grande analogie dans leur structure intérieure avec les laves qui proviennent directement du volcan principal, el n'en ont au contraire aucune avec les roches qui les entourent.
D'un grand nombre dé points situés dans les parties* inférieures on peut voir très distinctement que le Pic est entouré d'une ceinture qui lui donne tout-àfait l'aspect d'une four fortifiée, garnie de rempartSv et de fossés. D'Orotava ( Pl. VU ) le Pic paraît s'élever très peu au - dessus de la muraille des rochers qui forme la montagne de Tigayga; en aucun point on ne peut apercevoir le cône tout entier , et par conséquent les parties où le pied du volcan se raccorde avec la ceinture de rochers qui l'environne. Mais on le voit très distinctement lorsqu'on s'élève jusqu'au pied du Piton, par une sorte de passage étroit nommé el Portillo, qui se trouve entre Tigayga
Cratère Se soulèvement.
468 DESCRIPTION DES ILES CAftARBfS.
et l'extrémité occidentale de la ceinture du Pie. De là , les rochers paraissent former un demi-cercle qui entoure avec une régularité fort remarquable le cône yolcanique , depuis la partie sud jusqu'à Test , en face de l'île de Gomera. C'est là le cirque, qui n'est autre chose qu'une partie du cratère de soulèvement au milieu duquel le Pic lui-même s'est probablement élevé. Les flancs de ce cratère auront été détroits vers le nord et l'ouest parles éruptions du volcan, et en effets dans toute cette partie, le flanc de la montagne est recouvert par un grand nombre de coulées ; la montagne de Tigayga, qui s'élève jusqu'à ce cirque, paraît même n'être rien autre chose que la continuation des flancs du cratère , et la composition de cette montagne doit faire supposer que les couches basaltiques de Tigayga se continuent au-dessous des coulées d'obsidienne qu'on voit au nord , vers Icod, et se retrouveraient même à une petite profondeur audessous de ces coulées.
Sur le chemin ordinaire qui mène au Pic, et depuis les forêts qui dominent Villa Orotava, jusqu'à el Portillo , on trouve un très grand nombre de harancos qui descendent sur le penchant de la montagne. Ils ne portent point de noms particuliers , et ils sont même si peu remarquables qu'ils ne forment pas d'interruptions ( seusibles dans le chemin. Les roches qui forment les flancs de ces sillons paraissent être tout-à-fait analogues aux laves qui constituent les coulées les plus considérables qui descendent de la Gumbre ; peut-être même beaucoup d'entre elles appartiennent-elles aux coulées du Pic, car on ne voit pas de péridot dans la masse, tandis qu'au contraire on y observe un peu de hornblende et de feldspath. Sur le flanc de la mon- • tagne on n'aperçoit aucun cène d'éruption.
Auprès de Portillo seulement la fluidité primitive
DESCRIPTION GÉOUNOSTIvUK. *G9
de ces matières devient évidente, et l'on observe en ce point que la lave a la forme de grosses écailles qui se recouvrent les unes les autres comme les tuiles d'un toit; la surface est très raboteuse et inégale; les matières scoriacées se présentent comme des vagues sur le fond des barancos ; le courant s'étend sur une faible largeur , et il est facile de reconnaître ses limites latérales ; enfin , dans les parties supérieures se trouve un cône d'éruption formé de rapilles. Ces phénomènes se font remarquer à une demi-lieue avant d'arriver à Portillo , et le cùne volcanique qui correspond à cette coulée, est vraisemblablement le plus élevé de tous ceux qui se trouvent sur le côté nord de la Cumbre ou dans le cirque du Pic.
On voit une autre coulée dans le passage de Portillo même , dont la lave forme la paroi orientale. Le cône d'éruption qui a donné lieu à cette coulée est très peu considérable ; il s'élève tout près de la muraille verticale du cirque , mais dans l'intérieur du cratère. Entre le pied de ce cône volcanique et les rochers qui forment le flanc du cratère, passe un chemin étroit qui mène dans la partie méridionale de l'île. Ce passage très resserré, et à cause de cela nommé YJngostwa, se trouve déjà élevé à 6,205 pieds au-dessus du niveau de la mer; la lave qui vient de la bouche volcanique de Angostura, forme une des masses les plus considérables , ou au moins des plus étendues de celles qui sont sorties du volcan. Déjà sur la surface même du cirque, au Llano de las Rétamas, elle prend une extension considérable ; puis elle se resserre pour traverser le Portillo , et elle se précipite ensuite le long de la montagne de Tigayga , peut-être même à une très grande profondeur vers Realejo.
Les rochers qui composent le cirque sont verticaux et se divisent en couches : les couches inférieures se
composent de cohglomérats grossiers et de tufs ; les couches supérieures sont formées de trachytes. Mais à la partie la plus élevée , au-dessus d'Àngostura , on voit des couches de basalte. Le trachyte est gris de fumée clair, à grains fins, il se fendille en grosses lames. Le feldspath qui se trouve engagé dans ce trachyte est très lamellaire ; ses cristaux rie sont point fracturés, mais presque tous sont hémitropes et analogues à ceux deCarlsbad.
Les fissures de cette roche sont assez souvent remplies avec de la chaux carbonàtée perlée, en petites stalactites. On y Voit peu de hornblende, mais beaucoup de grains brillants, noirs, de fer oxydulé magnétique. Dans d'autres masses de trachyte, d'une couleur plus foncée , on obsérve ,' à la surface des fragments , la hornblende en longs cristaux et le fer magnétique en octaèdres bien déterminés. Â peu de distance d'Angostura, les couches sont traversées par tin filon d'une grande puissance , à peu près dirigé de l'ouest à l'est , et formé de trachyte à graind fins; on voit ce filon se dessiner sur les rochers comme un ruban ; H forme aussi au pied de ces rochers une saillie au-dessus de la surface. 11 se divise en tables peu épaisses, et la masse de ce filon est composée de lamelles de féldspath tellement minces, qu'on ne peut presque point observer de cassure qué dans la direction de ce clivage. Cette circonstance donne à toute la tache un aspect feuilleté, et l'éclat perlé du feldspath lui donne beaucoup d'analogie avec une roche de micaschiste blanc. C'est ce qui fait que plusieurs fois cette roche a été considérée comme une roche micacée. On peut observer encore d'autres filons de cette nature qui sont analogues à ceux de la Somma , et qui ont peut-être aussi une origitie tout -à-fait semblable. Beaucoup de rochers de lave, d'un aspect singulier et bizarre , s'observent sur la
r DESCRIPTION GEOGNOSTigLE. 171
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surface au pied des escarpements du cratère, et paraissent être sortis isolément du sol. On y voit aussi des basaltes avec des grains d'augite et de péridot , mais qui ne paraissent pas être en place.
A la distance d'un peu plus d'une lieue , le long des rochers du Cirque , le chemin s'élève au sud vers le Pas de Guaxara, lequel se trouve à 7,113 pieds audessus de la mer : la partie la plus élevée offre des couches d'un tuf blanc , dont les fragments paraissent n'être rien autre chose que du trachyte altéré par les vapeurs dégagées du volcan. Au-delà du passage , et sur le flanc sud de la montagne , le chemin tourne vers l'est et arrive , dans la région et à la hauteur où croissent les sapins des Canaries , à plus de 1,000 pieds déjà au-dessous du sommet du passage , à un espace stérile, couvert par des rapilles bruns, noirs, roulés les uns sur les autres. Nul doute que ces fragments ne proviennent d'un cône d'éruption très puissant. Il faut ensuite marcher plus d'une demi-lieue pour apercevoir ce cône au nord du chemin : il a plusieurs centaines de pieds de haut , et sa circonférence est fort considérable. Enfin, on observe dans la vallée auprès de Chasna, une coulée qui s'étend sur la surface du sol, dans toutes les directions. Elle est formée de grandes et belles colonnes basaltiques ; cependant la nature des matières qui la composent se rapproche plutôt encore de celle du trachyte, car on ne voit souvent dans la masse que du feldspath : dans tette partie delà montagne on ne trouve au-dessus des laves aucun recou-
vrement basaltique.
Au - dessus de la coulée de lave , jaillit une petite source acide, la seule qui se trouve dans l'île ; elle est à 0,800 pieds au-dessus de la mer. Les rochers qui environnent celte source et qui font suite à ceux de Tîro delos Gouanches, se continuent jusqu'à la par-
i72 DESCRIPTION DES ILES CANARIES.
tie la plus élevée de la contrée ; ils sont formés d'un très beau trachyte qui rappelle les roches de Wolkenburg dans le Siebengebirge. Le feldspath apparaît . dans la masse en larges cristaux brillants : la hornblende est en cristaux longs et déliés, mais dans aucune de ces matières les cristaux ne sont disposés parallèlement les uns aux autres. On observe aussi dans lé trachyte une grande quantité de grains de fer oxydulé magnétique. La niasse principale de la roche est gris de fumée , à cassure grenue et inégale. Les couches desquelles la source sort immédiatement sont d'un beau blanc de neige , et forment des rochers très po reux. Très probablement cette roche est un trachyte altéré par la vapeur d'eau : ces rochers sont aussi traversés par un filon de deux pieds de puissance et qui s'enfonce verticalement dans la profondeur.
Chasna , où la coulée se termine , est le village le plus élevé de toute l'île ; il se trouve à 4,018 pieds audessus du niveau de la mer.
Du sommet du cirque les montagnes se présentent sous un aspect extrêmement intéressant. De cette hauteur on peut alors juger de la prodigieuse élévation du Pic, car on l'aperçoit dans toutes ses parties , depuis sa cime la plus élevée jusque dans les moindres particularités que présentent les pentes du cône. Des coulées d'obsidienne noire descendent sur les flancs de la montagne formés de ponce blanche, et les bouches volcaniques de l'Estancia abaxo , Estancia ariba , Altavista, qui paraissent être les points d'où sont sortis autant de courants d'obsidienne , forment comme les degrés du cône , et en divisant sa hauteur , donnent une sorte de mesure pour apprécier l'immense élévation de son sommet. A côté de cette hauteur disparaît presque complètement la cavité qui forme le cirque , quoique les rochers qui l'environnent s'élèvent à plus
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de 1,000 pieds et aient souvent 1,800 pieds de hauteur. Déjà l'Eslancia inférieure se trouve presque au niveau de la pointe de los Adulejos , le point le plus cirque , et celle montagne paraît à côté du tout entier n'être qu'une petite colline. Si od jette les yeux au sud du coté de la mer, le flanc de la montagne paraît descendre par une pente douce et uniforme. D'innombrables petits cônes volcaniques qui apparaissent en plus grande quantité au pied de la montagne que dans les parties supérieures, détruisent seuls cette uniformité : mais comme aucun fort élevé, c'est à peine s'ils changent la sur- Le plus remarquable est le Monte Xama, qui s'élève au milieu de l'espace compris entre Chasna cl la mer. Cette bouche volcanique présente du côté de la montagne un flanc très abrupte , l'autre versant s allonge, au contraire, en Rabaissant du côté delà mer. Quoique les courants d'obsidienne ne se soient pas répandus sur tout ce flanc de la montagne comme sur la partie septentrionale , il paraît cependant que les éruptions du Pic n'y exercent pas moins leurs actions ; seulement il n'y a aucune de ces éruptions dont on puisse assigner l'époque.
Long-temps avant d'arriver à Chinama , le tuf blanc delaTosca se montre de nouveau; Chinama est silué à une hauteur de 1 ,812 pieds au-dessus de la mer , et par conséquent cette roche se présente à une hauteur beaucoup plus considérable qu'au-dessus d'Orotava, < t môme qu'au dessus de Icod. Dans les barancos on peut observer des colonnes analogues aux prismes basaltiques, mais la masse contient toujours du feldspath. Nulle part on ne voit de coulée au-dessus de la Tosca. Dans un baranco profond , entre S. Miguel et Chinama, se présente une masse basaltique , contenant beaucoup de péridot ctd'augite, au-dessus de laquelle reposent
immédiatement lé tuf ponceux et la Tosca ; ensuite vient une masse poreuse, scoriforme, comme sur les autres coulées , puis du basalte compact , gris-noir , à cassure grenue et inégale , mais pourtant toujours poreux et rempli de cavités. De grands cristaux, un peu esquilleux , d'augite et du péridot jaune de miel , brillant et conchtiïde, se trouvènt dans la roche et s'y reconnaissent très distinctement. Beaucoup d'autres barancos découpent la pente de la montagne , mais le basalte ne se retrouve que dans quelques-uns. Ùn peu avant Chinama s'élève un cône volcanique au pied duquel une masse colonnaire paraît s'avancer dans la vallée du baranco del Pinô. Cette masse repose sur une couche de tuf blanc et de rapilles poreux. Cette dernière couche n'est point formée de la même roche que le Tosca , et c'est surtout dans stin épaisseur que sont creusés tous les vieux tombeaux des Gouanches. La masse est compacte, contient seulement un peu de feldspath, mais point d'augite ni de péridot. Le tuf prend une grande épaisseur à l'ouest vers Rio, et on ne remarque alors aucune autre roche. Enfin , à près de deux lieues à l'est, dans le ravin profond et escarpé, nommé baranco de la Vegay avant Rio , au-dessous du tuf on retrouve de nouveau le basalte gris-noir, à casshre grenue et inégale , lequel renferme en grande quantité des cristaux brillants, noirs et conchoîdes d'augite et quelques grains de péridot , qui sont pourtant très rares. Il n'en est pas de même dans le baranco de Rio, ravin qui n'est pas moins profond que celui de la Vega ; car la masse solide qui forme le fond de ce ravin contient du feldspath. À peu près à une demilieue, en remontant le baranco, près d'une petite cascade , on voit la couche reposer sur d'autres couches de conglomérats et de rapilles , qui sont repliées en forme de dômes. On y observe aussi une masse cunéi-
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forme de pierres-ponces. Cette roche solide est aussi recouverte par une couche de conglomérat , au-dessus de laquelle se montre la Tosca en couches fort peu épaisses.
Il n'y a aucune remarque à faire sur les roches qui se trouvent au-delà, entre Rio et Guimar; les roches trachy tiques ou les basaltes contenant du feldspath, ne peuvent plus reparaître dans cette partie de l'île : depuis Rio on se trouve, en effet, hors des limites de la ceinture du Pic, et on ne peut plus retrouver, au moins dans les parties supérieures, les traces de roches Iracby tiques.
11 est évident, d'après cela, qu'il est extrêmement difficile, de construire une représentation graphique de la composition géologique de la partie méridionale des fl4nc$ du cratère. Chaque baranco offre quelque chose de particulier , et il est indispensable de les suivre et les étudier tous jusqu'à leur origine. Il faut absolument distinguer ce qui est couche, de ce qui appartient aux coulées, et cette appréciation est très difficile. Malgré les nombreux cônes de rapilles qui s'élèvent sur le versant de la montagne , on ne trouve presque jamais des coulées, aussi évidentes , aussi modernes , aussi bien caractérisées par leur fluidité que celles d'Orotava, de Garachico , de Guimar, de Chio , de Guia et de S. Yago. Au moins ces sortes de lave sont trop masquées pour qu'on puisse les observer. De Grandilla à Nuestra Senora del Pino y à l'ouest. de Chinama, le chemin suit pendant un quart-d'heure une montagne formée de matières scoriformes, tressées comme des cordes : cette montagne doit nécessairement avoir quelque connexité avec une coulée de lave, moderne qui aura suivi la vallée ou la pente de la montagne , cependant cette lave ne se fait voir nulle part.
Toute la contrée unie qui s'étend dans la partie mé-
ridionale de l'île jusqu'au rivage de la mer , et à l'extrémité de laquelle se trouve Puerto de los Christianos, est entièrement couverte par le tuf ponceux de la Tosca, excepté quelques points où s'élèvent des cônes de rapilles d'une médiocre hauteur , dont les plus remarquables sont le Monte Guaza, le Monte Mahon. On voit cependant aussi de larges cratères formés dans le tuf, et dont les bords sont terminés par des surfaces planes ; entre ceux-ci , le plus considérable est celui qu'on observe à l'ouest de l'île sur le chemin qui mène à Adexe. Ce cratère ne paraît pas être un cône d'éruption et semble plutôt avoir quelque analogie avec les solfatares. La circonférence du cratère est tout-à-fait hors de proportion avec la hauteur de ses parois, et elle est si grande et si étendue,que la montagne n'a plus la forme d'un cône , mais ressemble à une large plate-forme élevée au-dessus du niveau des points environnants.
Adexe se trouve à 925 pieds au-dessus de la mer, à l'ouest du Pic, dans un endroit où le flanc de la montagne est creusé par un ravin profond, au milieu duquel coule un ruisseau considérable , circonstance très rare dans l'île de ïénériffe. Cette vallée, limitée de chaque côté par des rochers perpendiculaires, et nommée bavanco del Infierno, est une fissure ouverte dans l'intérieur de la montagne, et qui pénètre jusqu'au Cirque lui-même. Il est difficile cependant de , 9 tirer quelque conclusion de ce qu'on peut y observer. On y remarque d'abord des couches de pierres-ponces qui vont en s'amincissanl , ensuite des couches de conglomérat trachy tique , du trachyle solide, et enfin du basalteavec du péridot et de l'augite, en grande quantité et bien caractérisé. Ces couches basaltiques paraissent pourtant être les couches les plus élevées , et par conséquent la constitution de cette partie scraità peu près conforme à celle du côté occidental du Cirque.
Description géogsostioue. 177
Il paraît résulter de là, que le cratère de soulèvement de Ténériffe s'est formé dans le trachyte et a rejeté sur les côtés les couches basaltiques qui se trouvaient à la ' partie supérieure. L'immense cône du Pic qui s'élève au milieu du cratère et toutes les matières qui en sont sorties, ne présentent dans toutes leurs parties que des masses trachy tiques, et jamais aucune autre roche; par conséquent ce volcan est essentiellement trachytique, comme la plupart de ceux qui jusqu'ici ont été étudiés avec soin.