‹ Description physique des Iles Canaries, suivie dʾune indication des principaux volcans du globeChapitre 17 sur 48 · BASE PU PIC AU NORD ET AU NORD-OUEST · texte numérisé non relu

BASE PU PIC AU NORD ET AU NORD-OUEST

!)epuis les points où se terminent les rochers perpen-* diculaires qui forment le Cirque , au-dessus de Àdexe, tout le flanc de la montagne du Pic est recouvert par des laves volcaniques qui constituent des masses telles ment considérables , qu'elles s'étendent en forme de petites coulées noires , inégales , sur un espace de plusieurs lieues. Les villages de Guia , de Chio et d' Arguaio sont bâtis sur ces coulées volcaniques.

Une grande quantité de cônes qui s'élèvent à une petite distance , et un peu plus haut que cette mer de laves , d'autres bouches volcaniques qui se font remarquer encore plus loin vers la montagne de Chahorra, volcan voisin du Pic, indiquent assez les sources d'où sont sorties ces prodigieuses masses de matières. La plupart de ces courants s'élendent jusqu'à la mer, tandis que les autres ne se prolongent qu'à de faibles distances. Au port de Alcala, au-dessous de Chio , se trouve une grande masse allongée , recouverte par la Tosca, et qui, à cause de cela, est susceptible de recevoir la culture. Les laves en coulant sur les bords des baranços tombent dans la profondeur et ne pouvant

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points étendre en largeur, elles forment ainsi des ttbans étroits et allongés.

Toutes les matières qui composent l'intérieur dè ces courants de laves sont de la même nature. Toutes contiennent beaucoup de feldspath , qui s'y trouve en cristaux très minces et disposés parallèlement les uns aux autres. Lorsque ces cristaux sont mis à nu dans la direction des faces larges , ils brillent de loin avec tout l'éclat du feldspath et reflètent vivement la lumière ; mais dans une autre direction , ces cristaux n'apparaissent dans la masse que comme des aiguilles très déliées, «fdi ne se distinguent souvent de la matière qui les empâte que par leur couleur blanche.

A Arguaio commence une longue colline de tuf et de conglomérat qui s'avance au milieu de ce champ de lave et en rompt la désolante uniformité : la lave a entouré cette colline et a cherché à s'écouler par les étroits défilés que présentait la surface du sol. Elle a par conséquent au plus haut degré l'apparence d'une masse qui a été fluide , de telle sorte qu'en la considérant d'en bas , on serait tenté de croire que c'est une matière visqueuse qui vient de se figer à l'instant même. On arrive bientôt ensuite à la vallée de San Iago qui sépare toute la partie située au nord-ouest y depuis le havre d'Alcala jusqu'à Buenavisla , du reste de l'île, et en forme comme une espèce de nouvelle île. Dans cette vallée, les laves qui descendent de la montagne , se précipitent en se détournant vers le sudouest pour gagner la mer dans cette direction : tel est le courant provenant d'un cône volcanique fort considérable qui s'élève au-dessus de San Iago , et qui se nomme le volcan de Bilma. Les contours de la vallée ont forcé cette coulée de prendre, pour atteindre la mer, une direction presque perpendiculaire à sa direction primitive. Dans cette vallée, Tamaifno se trouve à 1,604

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pieds au-dessus de la mer, l'église de San Iagoest à 2,743 pieds.

L'intérieur de la contrée , ainsi séparée du Pic par cette vallée , présente aussi un aspect tout différent. On peut très bien considérer les parties élevées qui s'étendent au nord-ouest de San Iago comme formant une petite chaîne de montagnes, carie Pas qui se trouve dans le voisinage de Maca, et qui en est pourtant le point le plus bas, se trouve encore à 5,595 pieds au-dessus de la mer. Toutes les roches qui constituent cette chaîne sont basai, tiques ; on n'y observe ni trachy tes , ni laves , ni pierresponces. Elles sont même plus basaltiques que celles qui forment la montagne de Tigayga, depuis le sommet jusqu'aux belles colonnades du Cap deRambla. Dans cesdernières, en effet, on trouve toujours des cristaux de feldspath , tandis que les roches de Maca ne sont jamais porphyriques et ne contiennent point de feldspath. Au delà de la chaîne, les crevasses de la surface s'enfoncent à une telle profondeur qu'on ne voit pas le fond des barancos; la contrée rappelle alors la constitution physique de quelques régions des Alpes. Sur le sommet des montagnes les roches sont formées d'un mélange de hornblende en grains grossiers et d'un peu de feldspath, comme celles qui sont en masses si considérables auprès d'Aqua Manza au - dessus d'Oratava et vers tiuimar sur la Gumbre. Plus bas, vers le défilé de Maca, paraissent des couches amygdaloïdes contenant de l'augite, dont les cavités et les noyaux sont rarement remplis par de la mésotype ; ils contiennent plus fréquemment de belles d ruses; formées de petits rhomboèdres transparents de chabasite. Ces druses se trouvent assez souvent sur des cristaux d'analcime , blancs et translucides. Ceux ci recouvrent une .couche, grise et bleuâtre qui tapisse l'intérieur des nodules , et qui contient de l'oxyde de cuivre, provenant de l'oxy-

dation de cuivre natif. Le spath calcaire , décelé souvent par l'effervescence de la roche avec les acides» ne se trouve pas dans les nodules , mais plutôt dans les fissures qui traversent les roches. La masse de ces araygdaloïdes est brune, et, à la loupe, on y reconnaît une quantité considérable de petits cristaux de feldspath qui sont beaucoup plus nombreux que les cristaux d'augite. Au milieu de cette roche se trouvent des couches formées d'un tuf basaltique brun et très inégal. Les montagnes de Maca et de Gorrizal forment, d'après cela, une sorte d'île basaltique, analogue à l'île de Madère ou à la partie orientale de l'île Canarie.

Toutes ces couches sont traversées dans toutes les directions par d'innombrables filons qui s'élèvent à travers les rochers et s'enfoncent dans la profondeur. La plupart sont verticaux , à peu près parallèles, quelques-uns se croisent et s'entremêlent les uns les autres. Presque tous paraissent, autant qu'on peut les étudier, être formés de basalte solide, très compact, à grains fins et à fragments anguleux ; généralement ils sont divisés transversalement d'une sallebande à l'autre.

Ces montagnes s'étendent des deux côtés des barancos jusqu'à la mer qui n'est pas fort éloignée, et là elles se terminent en falaises fort élevées et très abruptes. Les habitants des villages peu nombreux , bâtis dans cette partie de l'île , trouvent avec la plus grande peine sur les flancs de ces montagnes quelques places pour y élever leurs maisons, planter quelques arbres et cultiver les plantes qui leur sont nécessaires. L'église de Maca se trouve à 1,700 pieds au-dessus du niveau de la mer.

Le baranco de Juan Lopez , qui s'étend tout proche , est également très étroit et très escarpé; il est séparé en deux parties par une montagne qui s'élève encore à 4,502 pieds de haut. On rencontre alors le défilé étroit de

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Corrizal. Ce baranco est creusé dans l'immense cap de Teno , qui forme la pointe nord-ouest de Ténériffe , et qui est de beaucoup le plus élevé de tous ceux qui entourent cette île.

La grande et large vallée de séparation de S. lago tombe dans une autre vallée aussi fort large et dont la direction est la même : celle-ci a reçu le nom de el Palmar , à cause des palmiers qui apparaissent pour la première fois dans cette partie de l'île.

Au milieu de celte vallée s'élèvent deux cônes volcaniques très remarquables qui en occupent toute la largeur. Il en est sorti une coulée de lave qui s'avance vers Buenavista, et qui est composée de masses ayant la forme de grosses écailles et laissant entre elles de nombreuses cavités. Probablement celte coulée parvient jusqu'à la mer. Il est à remarquer que cette lave ne contient point de feldspath , mais paraît formée de basalte grenu. Le vcflsinage des rochers basaltiques de Maca semble donc n'avoir pas été sans quelque influence sur la composition de cette coulée.

La pointe de Buenavista , vers laquelle se dirige la vallée, offre une surface tout -à-fait plane et sans rochers : on y voit seulement un cône volcanique au pied duquel se trouve probablement une coulée de lave.

La plage sur la côte est une des plus étendues de toute l'île : elle est complètement recouverte de tuf blanc, et la mer ne se trouve dans cette partie limitée sur une grande étendue par aucune falaise.

Auprès de Garachico, il est facile de reconnaître que , sur le côté nord de l'île , le pied du Pic est forme de roches de la même nature que celles qu'on observe sur la montagne de Tigayga, entre Realejo et Icori.

Un peu avant d'arriver à Icod los Vinos, le chemin qui se trouve à l'ouest est dominé par une muraille de rochers analogue à celle de Tigayga. On y remarque

aussi des couches basaltiques qui alternent avec des conglomérats et des tufs d'une couleur brune. Ces couches s'abaissent doucement vers la mer, en suivant la pente de la surface extérieure de la contrée. Entre deux montagnes tout-à*fait semblables se trouve resserré le courant de lave qui, en 1706, a détruit la ville de Garachico, et qui a comblé le meilleur, ou plutôt le seul port de l'île de Ténériffe. La lave sortit de plusieurs cônes volcaniques élevés à plus de 1 ,000 pieds au-dessus de la mer et se répandit , lorsqu'elle eût traversé les passages étroits que laissaient les couches basaltiques, en cinq coulées différentes qui se dirigèrent vers la mer. De gros blocs stériles , entassés les uns sur les autres sur la pente de la montagne, et disposés comme la moraine d'un glacier, recouvrent la surface de celte lave.

La coulée la plus considérable, et qui était aussi celle qui se trouvait le plus au sud-ouest, s'avance considérablement dans la mer ; c'est cette coulée qui a divisé en deux parties le port déjà fort restreint de Garachico. La partie la plus orientale du courant ne s'est pas étendue jusqu'à la mer, et s'est arrêtée près des maisons les plus élevées de Garachico. La lave qui forme ces coulées est très noire , à grains fins : on y reconnaît très facilement la hornblende et le feldspath en longs cristaux , comme dans les laves du Pic ; pourtant ces cristaux sont rares et dispersés. Peut-être sont-ils plus fréquents dans l'intérieur de la masse.

Quand on considère d'un point élevé la surface qui est comprise sur une étendue de deux lieues , entre Icod los Yinos et Fuente de los Gouanches , on reconnaît au premier coup d'œil que tout cet espace n'est qu'un vaste champ de lave. Les nombreuses matières scoriacées qui, sous former de vagues, descendent les

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unes sur les autres dans toutes les directions , indiquent aussi qu'un grand nombre de coulées se sont superposées les unes sur les autres. On serait, d'après cela, très porté à croire que le volcan qui a vomi toutes ces matières n'est pas très éloigné , mais on le chercherait vainement dans le voisinage. Cependant , tout près de là, s'élève le flanc abrupte et inaccessible du Pic , principalement vers la partie orientale de la masse de IaVe entre Fuente de los Gouanches et Pino Santo ; et , à peu de distance , on observe aussi la base escarpée de la montagne de Chahorra. Cette dernière montagne se réunit au Pic par sa base, et ne s'en sépare que dans les parties élevées. Or, lorsqu'on étudie le pied de ces montagnes, on reconnaît bientôt, non sans surprise, que tous les courants de lave sortent immédiatement des parties et de la base communes aux deux montagnes ; et parmi toutes les coulées qui s'étendent jusqu'à Icod, il y en a à peine une seule qui ait pour origine une bouche volcanique située au-dessous de la base du Pic. Ces coulées de lave sont donc en grande partie descendues d'une hauteur de plus de 9,000 pieds, et se sont répandues sur un espace qui est souvent de près de deux lieues.

La matière qui compose ces coulées est bien caractérisée et fort différente de celle qui constitue le* au(r< s laves sorlies des bouches volcaniques ouvertes au pied du Pic. Les laves que nous considérons sont de véritables verres ; les parties de lave qui se trouvent près de Pino Santo offrent, quand on les brise, la cassure brillante et largement conchoide du verre; la masse renferme des pores et des soufflures dirigés dans le sens du courant, et la surface est recouverte d'écaillés striées d'une manière confuse. A une certaine profondeur dans la coulée les soufflures disparaissent, la cassure es inoins brillante, la couleur est le brun noirâtre ou le

noir : la roche ressemble au pechstein , et dans quel-* ques parties , on peut en effet la confondre avec lui. On y remarque du feldspath vitreux , et se laissant cliver en long ; on n'y voit point de hornblende. Plus profondément encore la roche est brune, fissile, à peine éclatante dans sa cassure qui est seulement un peu brillante : elle ressemble alors au hornstein. Le feldspath s'y trouve toujours en même quantité. Ces coulées sont évidemment formées d'obsidienne aussi bien caractérisée que celle qui entoure le sommet du Pic. Probablement, à cette grande distance de la source qui a rejeté ces matières , la nature vitreuse de l'obsidienne aura été altérée dans les parties situées à t*ne certaine profondeur , soit par un refroidissement plus lent , soit même par la pression que ces parties avaient à supporter. Alors la matière aura perdu son éclat, sera devenue plus compacte, et aura formé enfin une nouvelle roche.

D'après les remarques de M. Escolar, toutes ces laves répandent , quand leur cassure est fraîche , une forte odeur de bitume , qui se manifeste aussi quand on les humecte. M. Knox (Phil. trans. , 1823 ) a en effet extrait ce bitume de l'obsidienne et du pechstein ; et les recherches de M. de Humboldt ( ReL i, 163), dans lesquelles il avait constaté le boursouflement qu'éprouve l'obsidienne du Pic, lorsqu'on la soumet à l'action de la chaleur, et la perte de poids qui en résulte, lai avaient aussi fait soupçonner l'existence d'une substance de cette nature. De là vient la cassure vitreuse de la masse, et aussi la transformation de cette roche en matières ponceuses.

Le courant qui atteint Icod los Vinos contient une si incroyable quantité de cristaux de feldspath en lames très minces , que ces cristaux paraissent dans les blocs, comme des tils blancs disposés les uns derrière les

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autres : ils suivent en grande partie tous la même direction. Souvent aussi ils sçnt groupés autour d'un noyau ou masse solide allongée, qui se sera opposé comme un obstacle à leur mouvement et qui aura diminué leur vitesse.

Ces laves à surface raboteuse et inégale s'étendent jusqu'à la mer : on n'y voit que quelques buissons à!Euphorbia; il n'y croît point d'arbres , à peine peuton y cultiver la vigne.

L'apparition de ces immenses coulées de lave a dû nécessairement précéder toute tradition ; car il est peu croyable que , pendant la catastrophe qui a produit ces masses assez considérables pour couvrir une étendue de plus d'un mille carré, l'île puisse avoir été un lieu habitable.

La surface occupée par ce champ d'obsidienne s'étend sur la plus grande partie du district d'Icod, sur la totalité de ceux de Buen Paso , de Guancha et S. Catalina, et sur une partie considérable de celui de S. Juan de Rambla.

La montagne de Tigayga , qui limite le champ d'obsidienne d'ïcod du côté d'Orotava, se termine auprès de S. Juan de Rambla, par de hautes falaises escarpées qui bordent le rivage de la mer. Ces escarpements sont remarquables ; et du chemin qui suit le bord de la mer, on peut y observer de magnifiques colonnades basaltiques : ces colonnes sont généralement des prismes à cinq pans très réguliers , et le plus souvent inclinés vers l'extérieur. Le basalte est grenu, à grains fins , et contient un peu de feldspath. D'autres colonnes s'élèvent du sol en divergeant, et relèvent les couches de conglomérats qu'elles supportent en une sorte de voûte. A une certaine distance des colonnes basaltiques, ces couches reprennent leur première direction. Les colonnes ne s'étendent jamais beaucoup en

largeur : ce basalte disparaît bientôt. Les couches de tuf de S. Juan de Rambta ont aussi un singulier aspect ; elles sont toutes remplies de cavités verticales séparées par des cloisons très minces, de manière que la masse paraît n'être qu'un assemblage de cellules. Le basalte paraît alors sortir de nouveau du sol en colonnes prismatiques ; on doit supposer que ce basalte est étranger aux couches basaltiques de la montagne , et qu'il s'est fait jour postérieurement à travers ces couches.

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