PIC
Le Pic est une montagne qui s'élève sur une autre montagne. Lorsqu'on entre dans le cirque par le défilé de Portillo , on est seulement parvenu au pied de cette nouvelle montagne, c'est-à-dire dans les parties qui lui sont tout-à-fait propres et qui la distinguent des protubérances jqui la précèdent. Toutes celles-ci, si hautes qu'elles soient, ne doivent être considérées que comme une enveloppe extérieure qui n'appartient pas essentiellement au Pic.
Depuis Portillo , les flancs du cône présentent une si grande quantité de pierres-ponces, que toute la montagne paraît de loin être complètement recouverte de neige (Pl. VI). Des coulées d'obsidienne se détachent sur ces ponces, comme de larges rubans noirs qui descendent du sommet ; quelques-unes s'étendent jusqu'au fond du cirque, d'autres s'arrêtent à moitié de la hauteur et restent suspendues sur le flanc du cône ; d'autres enfin s'étendent si peu, qu'on ne les distingue sur le sommet du Pic que par leur couleur noire qui contraste d'une manière si tranchée avec la blancheur de la surface sur laquelle elles reposent. Cette surface poreuse ne peut recevoir ni arbres ni gazons ; les seuls
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buissons qui puissent encore végéter sur ce sol aride et desséché sont ceux du Spartium nubigenum , du Rétama blanca, dont les racines s'étendent au loin à travers les pores de la surface.
Les pierres-ponces ont comblé toutes les fentes et toutes les crevasses ; aussi sur les flancs du cône on ne voit point de barancos, point de rochers saillants, point de formes brusques et aiguës : ce n'est mie vers le pied du cône principal qu'on peut observer de petits «ônes d'éruption ayant un cratère à leur sommet, et qui sont entièrement formés de rapilles noirs. Les pierres ponces , les rapilles et l'obsidienne sont les seules matières qui , sur le Pic , frappent la vue de l'observateur.
On ne voit point de pierres-ponces incohérentes à la surface du sol aux environ» d'Orotava , non plus que sur le chemin qui mène au Pic. C'est seulement quand on arrive dans le voisinage du défilé de Porlillo r p^ut-être une demi-lieue avant de parvenir à ce point , qu'on commence à remarquer sur le sol des fragments très petits de ces ponces. Insensiblement elles deviennent plus fréquentes , et, dans le défilé de Portillo, elles forment déjà une eouche assez considérable : les fragments deviennent aussi plus gros. Sur la plaine des Spartium, Llano de las Rétamas, qui s'élève par une pente douce, il y en a déjà une telle quantité, qu'il est impossible d'en apprécier l'épaisseur; les pierresponces ont pour la plupart , dans cette partie de la montagne, la grosseur du poing.
En s'élevant à plusieurs centaines de pieds sur la base du Pic, on arrive au Monte de Trigo ou Montagne de Blé, ainsi nommé parce que les morceaux de pierres ponces roulent les uns sur les autres , le long de la pente delamontagne, comme d'immenses grains de blé, et que cette partie du cône volcanique paraît comme si elle était tout-à-fait recouverte de blé.
Au-dessus de cette montagne se trouve une petite plaine , l'Estancia abaxo , où les voyageurs qui montent au Pic , passent ordinairement la nuit . Cette plaine se trouve à 8,040 pieds au-dessus du niveau de la mer , et déjà à plus de 2,000 pieds au-dessus de Portillo; cette hauteur dépasse de beaucoup les bords les plus élevés du cratère de soulèvement , et au premier abord, ce résultat a lieu de surprendre, parce que jusque-là on s'élève sur une pente douce et unie , formée parles pierres- ponces qui recouvrent les flancs du Pic. Mais à partir de là le flanc de la montagne s'élève plus rapidement le long d'un courant d'obsidienne : le chemin monte alors en serpentant, et les pierres- ponces deviennent plus considérables ; enfin, vers l'Estancia ariba, à une hauteur de 8,937 pieds, elles sont grosses comme la tète et rarement plus petites; dans leur cassure , elles présentent des fibres fines et irrégulières , et sont presque toujours très blanches. On y voit rarement du feldspath. Le chemin suit pendant une demi-heure la coulée d'obsidienne jusqu'à Altavista , où on est forcé de quitter les ponces pour continuer à monter sur l'obsidienne elle-même ; c'est alors avec la plus grande peine et les plus grandes difficultés qu'on peut se guider à travers les blocs aigus , que leur nature vitreuse et le tranchant de leurs angles rendent aussi dangereux que des lames de couteaux. On emploie plus d'une demi-heure à traverser ce champ de verre , et ce n'est pas certainement sans raison que cette partie de chemin a reçu le nom de el Ijtfalpays. Au milieu de ce champ d'obsidienne les blocs ont formé en s'entassant les uns sur les autres, une grotte profonde, dont le sol est constamment couvert de glace. Cette grotte, nommée Cueva delHielo, est extrêmement précieuse, en raison de la glace dont elle approvisionne constamment les localités situées au pied de la montagne.
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Au-delà du Malpays s'élève alors le dernier cône, le Piton, qui est singulièrement abrupte, et partout recouvert de pierres-ponces blanches. Il est fort remarquable que dans cette partie les fragments de pierres-ponces sont beaucoup plus petits que ceux qui se trouvent auprès de l'Estancia ariba, et on peut à peine trouver un morceau qui dans la cassure ne paraisse tout rempli de cristaux de feldspath. Évidemment , ces ponces sont toul-à-fait différentes de celles qu'on observe plus bas, et si la grosseur des morceaux est , ainsi qu' on doit le supposer, en rapport avec leur proximité de la source qui les a rejetés, la bouche d'éruption qui a projeté les ponces qu'on observe depuis Portillo jusque dans les parties élevées sur le flanc de la montagne , ne doit pas être cherchée dans le grand cratère sur le sommet du Pic, et doit, au contraire, se trouver près d'Estancia.
Le Malpays s'élève d'une manière si brusque et si rapide , qu'on peut très bien considérer comme une plaine le petit espace qui sépare cette partie de la montagne du dernier cône du volcan nommé Piton ou Pain de sucre. Dès qu'on s'est un peu élevé sur le flanc de ce cône, on voit très bien l'origine de ce vaste champ de lave que l'on côtoie depuis l'Estancia inférieur. La lave commence au pied du Piton lui-même, et aucune partie de cette matière ne provient du point culminant ou du grand cratère. On n'observe non plus aucune trace du cratère d'éruption qui correspond ordinairement à chaque coulée de lave sortie du volcan. Mais à l'origine du courant , on voit dans la surface de la montagne, fort peu inclinée en cet endroit, de grandes crevasses entre les blocs. Ces fissures concourent toutes en un point central qui offre une cavité beaucoup plus profonde que les extrémités des crevasses. C'est de ce point qu'est sortie la prodigieuse masse de matières qui s'est répandue au loin à lest et au sud-est, et
qui en se précipitant sur la pente rapide du cône s'est divisée en plusieurs branches, dont les principales pourtant n'atteignent point encore le pied de la montagne, pas même celle qui a accumulé des blocs si considérables pour former la Gueva del Hielo. Cependant la partie de ce courant qui passe devant l'Estancia, descend jusqu'au bas du cône ; cette immense coulée s'étend même encore plus loin , et de plusieurs côtés dans TAtrio du cratère vers le pied des rochers qui entourent le Cirque. Tous ces faits peuvent très bien s'observer du bord du grand cratère au sommet du Pic.
Ces diverses coulées sont toutes composées d'obsidienne. A la surface où le courant se précipitait d'une manière plus rapide, la matière vitreuse a la forme de filaments déliés et tressés les uns avec les autres ; et sor les côtés sont suspendues de grosses larmes de verre. De là et des blocs qui se trouvent au pied du Piton , on peut facilement détacher et recueillir de gros fragments gris noirâtres, transparents, brillants, conchoides, très faciles à casser, et que l'on pourrait aisément prendre pour du verre à bouteilles, sans les cristaux blancs de feldspath qui se distinguent très bien dans la masse avec laquelle ils sont presque tout-à-fait liés. A une certaine profondeur dans le courant, la matière est moins brillante,d'un brun-noir, finement conchoïde, mais toujours très cassante. Elle ressemble à du pechstein très noir, et en morceaux isolés, on le prendrait certainement pour cette roche. Les cristaux de feldspath s'y trouvent en telle quantité qu'on a souvent de la peine à distinguer la matière qui empâte ces cristaux. Le feldspath paraît augmenter dans la lave, à mesure qu'on considère des parties plus profondes dans le courant, et il y devient tellement abondant que cette lave ressemble souvent à une roche primitive. Dans beaucoup de points, parti-
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culièrement à laCueva del Hielo, on voit Irès distinctement comment les cristaux de feldspath , par suite du mouvement inégal de la masse , suivant son plus ou moins d'extension en largeur , se sont divisés en lamelles minces, parallèles, qui se sont placées les unes derrière les autres. Souvent les portions des cristaux ainsi divisés sont encore tellement rapprochées, qu'on peut facilement par la pensée les rattacher les unes aux autres dans leurs positions primitives; les autres forment des espèces de lames minces parallèles , dont les faces les plus larges sont parallèles à la direction de la coulée, et qui, vues en coupe, ressemblent à des aiguilles blanches. Les expériences de M. de Drée , dans lesquelles il a fait fondre diverses laves dans un creuset, ont prouve que dans une telle masse fluide, les cristaux de feldspath devaient tendre à se précipiter au fond.
Souvent dans les courants il se trouve de petites couches dans lesquelles la masse principale est pl us ou moins brillante ; on voit fréquemment de ces couches de deux ou cinq pieds d'épaisseur, formées d'une matière matte et presque pulvérulente , et qui empâtent une grande "quantité de fragments de pechstein noir. Ce phénomène peut s'observer très distinctement à la Cueva del Hielo. L'attention la plus minutieuse ne peut rien faire découvrir autre chose que du feldspath dans ces blocs d'obsidienne ; il n'y a aucune trace ni d'augile ni de péridot.
A la surface de la coulée sont suspendus un grand nombre de blocs solidement unis avec la masse , mais qui sont filamenteux , poreux et boursoufflés comme des pierres-ponces ; on ne pouvait même les en distinguer sans leur couleur. On observe souvent des blocs semblables , dispersés et isolés. 11 est évident que cette espèce de ponce provient du boursoufflement de l'obsidienne , et peut-être ces blocs doivent- ils leur tex-
ture au dégagement du bitume qui colore l'obsidienne.
II est extrêmement remarquable que sur le Malpays et sur toute la coulée d'obsidienne , on ne voie aucune trace de pierres-ponces ; si elles existaient , elles se distingueraient par leur couleur blanche qui trancherait d'une manière évidente sur le fond noir de la lave* Toutes les coulées qui recouvrent le flanc du cône sont donc sorties de la montagne postérieurement aux éruptions qui ont rejeté les ponces ; cependant les deux matières pourraient encore provenir de la même éruption. On peut en effet supposer, et cette hypothèse est même très vraisemblable, que la transformation de l'obsidienne en pierre-ponce s'est effectuée dans l'intérieur du volcan et avant l'éruption , soit par l'action des vapeurs sur la roche , soit par celle de la chaleur. La sortie des ponces aurait ainsi précédé l'éruption de l'obsidienne. Il existe pourtant des coulées de la même nature qui paraissent se trouver au-dessous des pierres-ponces. Dans un escarpement qui se trouve à peu de distance au-dessous de l'Ëstancia inférieur, on voit ainsi un courant d'obsidienne qui se trouve à une grande profondeur au-dessous de la surface.
Lorsqu'on monte vers Estancia , sur le Monte de Trigo , ce n'est pas sans surprise qu'on voit au-dessus des pierres-ponces, de gros blocs d'une couleur noire, formant de véritables petits rochers , et qui sont toutà-fait étrangers au sol sur lequel ils reposent On pourrait croire qu'ils sont sortis du grand cratère du Pic, et qu'ils ont été jetés dans cette position par une éruption ; mais un cratère pourrait difficilement projeter de telles masses , et on n'a jamais vu les éruptions du Pic produire un tel résultat, qui, d'ailleurs, aurait quelque chose de très invraisemblable. D'ailleurs , à une petite distance du cône volcanique, dans une partie où sa pente peut très bien être étudiée , on
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reconnaît bientôt que des masses noires tout-à-fait semblables correspondent toujours vers le pied de la montagne à la limite d'un courant d'obsidienne qui s'est arrêté sur les flancs : ces masses ne sont donc autre chose que de grosses larmes de verre qui se sont détachées de la coulée et ont roulé sur la pente jusqu'au pied de la montagne.
Tous ces phénomènes sont évidemment de nature à exciter au plus haut degré l'intérêt , en ramenant sans cesse nos idées vers les grands mouvements qui se sont effectués dans ces points de la surface du globe, et qui les ont recouverts de nouveaux produits.
Le Piton, dont la hauteur ne surpasse pas 800 pieds , s'élève d'une manière très rapide, et les petits morceaux de pierres-ponces qui recouvrent sa surface ont si peu de consistance, qu'on aurait la plus grande peine à gravir cette pente sans une arête solide de rochers qui paraît hors de la surface , et sur laquelle on peut s'appuyer pour monter. Ce n'est plus de l'obsidienne , mais une masse grise contenant du feldspath, et qui n'a nullement l'apparence d'une coulée. On peut observer des rochers tout-à-fait semblables en arrivant au bord du cratère, et par conséquent au sommet le plus élevé de la montagne. Ce trachyte, si bien caractérisé, paraît être de la même nature que les blocs qui sont tombés de la partie occidentale de la crête du Pic et qui ont couvert l'extérieur du cratère : il est formé d'une masse principale feuilletée, grise, avec beaucoup de cavités ; les cristaux de feldspath qu'où y observe ne sont pas disposés parallèlement les uns aux autres comme dans les laves ; ils se croisent au contraire dans tous les sens, et dans la cassure des fragments on voit ces cristaux présenter indistinctement leurs faces larges ou leurs faces étroites.
Ces blocs ne formeut pas des masses isolées ; les roches
ir,
qui composent l'enveloppe intérieure du cratère sont de la même nature, comme on peut le voir par les rochers qui s'élèvent à 50 ou 40 pieds de hauteur vers Chahorra. Les couches que cette roche paraît former plongent du nord-est au sud-ouest ; c'est aussi la pente générale de tout le cratère. Le bord le plus élevé de ce cratère est donc au nord-est, et, au contraire, le point de la phis grande dépression est au sud-ouest, du côté de Chasna. Depuis ce point le cratère ne s'abaisse presque pas jusqu'à son centre. La différence de niveau de ces deux points est en effet tout au plus de 20 pieds. De tous les côtés, excepté seulement de quelques points de la partie occidentale qui présentent des rochers abruptes, on peut descendre facilement dans l'intérieur du cratère, sur des blocs ou masses de rochers formés de trachyte altéré et décomposé par les vapeurs sulfuriques qui se dégagent du volcan.
Nulle part on ne voit rien qui puisse ressembler à une coulée de lave ou à de l'obsidienne , et la quantité de tuf ponceux qu'on peut y observer est si faible en' proportion de la masse énorme de cette roche qui se trouve sur le flanc de la montagne , que l'on doit évW demment renoncer tout-à-fait à l'idée que ces tufs ont été rejetés par ce cratère.
Le cratère n'est rien autre chose qu'une solfatare; des vapeurs sulfureuses se dégagent de l'intérieur dans presque toutes les parties et même jusque sur la crête de la ceinture extérieure du cratère. Ces vapeurs transforment les roches en une argile blanche , probablement aussi en terre alunifère, et le soufre se dépose dans l'intérieur des écailles qui se détachent de la masse , en fort beaux cristaux groupés en druses. En beaucoup de points le sol est tellement amolli par ces actions chimiques, qu'il faut apporter beaucoup de circonspection pour ne point enfoncer dans des masses
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de matières très échauffées, où Ton serait dangereusement b rûlé.
La circonférence entière du cratère est au plus d'une demi-lieue , pas au-delà , mais elle n'est aussi guère moins de cette étendue. Sa profondeur depuis le point le plus élevé est de 160 pieds ; mais au-dessous de la plus grande partie des bords du cratère, elle n'est pas même de 100 pieds. L'intérieur ne présente aucune trace d'autres petits cratères de fentes ou de crevasses ; on n'y observe pas non plus de scories. Le cratère parait, depuis des siècles, n'être rien autre qu'une solt fatare.
Gomme le bord occidental du cratère est un peu plus élevé que le bord oriental , il en résulte que la vue se trouve limitéeà l'ouest lorsqu'on arrive au cratère en partant de l'Estancia , et par conséquent la nature du flanc de la montagne ne peut s'observer que lorsqu'on est parvenu aux rochers qui forment le bord du cratère du côté de l'ouest. Alors on voit sous ses pieds s'ouvrir un nouveau cratère plus considérable que celui qui forme le sommet du Pic : ce cratère appartient à la montagne de Chah orra. La flanc du Pic est aussi extrêmement rapide de ce côté , mais seulement sur une hauteur de 2,000 pieds : au pied de cette pente se trouve une plaine recouverte de pierres - ponces blanches , qui s'étend à l'ouest en se terminant brus- . quement à l'immense cratère de Chahorra. - Du sommet duPic on ne distingue point de montagne, tandis que vu d'en-bas le mont Chahorra pourrait, sans le voisinage du Pic, être comparé aux volcans les plus élevés (pl. VII). Chahorra est resté long-temps inconnu aux naturalistes, parce qu'en yisitantla montagne, à partir de Orotava, on ne peut le distinguer du Pic qui le couvre en grande partie. M. Cordier est le premier qui l'ait découvert en 1803 , et qui l'ait fait
lf)ft DKSt:iill»TIOX DES ILES CANARIES.
connaître : il avait gravi la montagne en partant de Icod i et , dès qu'en partant de ce point on a dépassé les premières élévations, on aperçoit cette prodigieuse montagne , qu'il est alors impossible de confondre avec le Pic. En effet , sans la petite plaine qui les réunit tous les deux , et qui n'occupe guère que la huitième partie du contour de la montagne , Chahorra serait un cône volcanique complètement isolé, aussi rapide et aussi régulier que le Pic lui-même ; mais son cratère et les coulées de lave qui en proviennent surpassent tellement ceux du Pic, que M. Cordier est porté à croire que ce n'est point le cratère du Pic , mais celui de Chahorra qu'on doit considérer comme la bouche principale du volcan. 3
11 est fort difficile de descendre du Pic sur la montagne de Chahorra; car on rencontre bientôt, à une hauteur plus considérable que sur le flanc du cône qui se trouve du côté des Estancia , une coulée considérable d'obsidienne qui couvre de blocs immenses toute la pente jusqu'au pied du cône. Au-dessous, et entre les deux cratères, on voit aussi une autre coulée d'obsidienne sortir de la montagne, tout près de la pente septentrionale. Le vaste gouffre d'où cette masse de matières vitreuses s'est répandue dans toutes les directions , fait connaître le point où l'éruption s'est effectuée. Les diverses branches du courant se précipitent bientôt dans les parties inférieures , se mêlent à d'autres coulées qui sont descendues des flancs du Pic, et s'étendent sur la surface inférieure du penchant de la montagne , au-dessus de Icod, jusqu'à la mer. D'autres coulées , peut-être plus considérables encore, couvrent la pente septentrionale du cône de Chahorra ; ce sont les mêmes coulées qui traversent Icod lui-même. On peut les suivre parfaitement dans tout leur cours, en les .observant d'un point élevé : ces courants s'ar-
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rètent dans les forêts de pins , nommées Pinar, où la peote commence à devenir moins rapide, et elles y forment quelques collines d'un aspect bizarre , qu'on ne peut mieux comparer qu'à ces immenses amas de laitiers qu'on accumule auprès des hauts fourneaux ou dans les fonderies. Chacun des fragments de ces grandes masses est un verre dont les arêtes sont aiguës et fort tranchantes. »
Il est à remarquer que les coulées d'obsidienne qui caractérisent d'une manière si spéciale le Pic de Teyde, proviennent seulement des parties élevées de la montagne : toutes les coulées des partîtes inférieures n'ont aucune analogie ni de nature ni d'asffèct avec les masses vitreuses qui constituent les courants d'obsidienne. La coulée qu'on observe sur la f etite surface plane qui réunit le Pic et la montagne de ChahorrJ est probablement le courant d'obsidienne qui est sorti le plus bas des flancs du volcan ; il se trouve à une très petite profondeur au-dessous du sommet de Chahorra , peut-être n'est-il pas même au-dessous de ce niveau , et par conséquent sa hauteur au-dessus du niveau de la mer est de 9*200 pieds. On peut très bien supposer que la pression que les matières supportent dans les parties situées à une certaine profondeur, empêche ces matières de prendre la texture d'une masse vit roQSQ*
La hauteur du Pic , d'après Borda , est de 11,424 pieds ; il en résulte donc que la hauteur du cône audessus de la surface des pierres-ponces de Chahorra est de 2,200 pieds. Les morceaux de pierres-ponces qui recouvrent cette sorte de plaine sont singulièrement gros, et leur diamètre est souvent tel, qu'on pourrait croire qu'ils appartiennent au sol. C'est évidemment dans l'étendue de cette surface qu'il faut rechercher les bouches volcaniques d'où ces ponces ont pu provenir. Les
morceaux de ponces forment une sorte de surface plane qui s'élève jusqu'à la hauteur deChahorra;et, ensuivant cette surface , on se trouve sur le bord d'un immense cratère , sans l'avoir en aucune façon soupçonné. Ce cratère n'a pas une grande profondeur, elle ne surpasse peut-être pas 140 pieds ; mais il faut employer plus d'une heure pour en faire complètement le tour. A l'exfcémité du cratère, vers l'ouest, il se trouve réuni à un autre petit cratère dont la profondeur est de près de 500 pieds , et qui présente sur sa pente extérieure des escarpements de rochers très abruptes et presque verticaux. L'intérieur de ce cratère est formé d'un conglomérat de matières scoriacées entrelacées les unes avec les autres, et dans la partie supérieure d'obsidienne. Vers le sqjl , les rochers se composent d'un trachyte brun qui a quelque analogie avec celui qu'on observe dans le cratère du Pic. Tout l'intérieur du cratère est recouvert de pierres -ponces, qui n'ont pu provenir que des flancs du Pic. Or , puisque les ponces ne recouvrent pas les coulées d'obsidienne sur le Pic , il faut bien que les ponces sorties de Chahorra soient plus anciennes que ce qui a descendu sur les flancs du Pic. La partie la plus élevée de Chahorra, le bord méridional du cratère, qui se trouve à 9,276 pieds audessus de la mer, est aussi recouverte de ponces. Les flancs de la montagne s'abaissent rapidement de tous les côtés éloignés du Pic; et ce qu'il y a de surprenant, c'est que les pierres - ponces disparaissent lorsqu'on tourne sur la pente de la montagne en descendant du cratère, et que, dès qu'on perd le Pic de vue, on n'en trouve plus aucunes traces. Lorsqu'on a tourné le cône de Chahorra de manière à voir reparaître le Pic sur le côté septentrional, on retrouve aussi les pierres-ponces qui recouvrent le flanc de la montagne jusqu'à l'endroit où commencent les pins, c'est-à-dire jusqu'à la
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forêt de Pinar. Il est donc évident que la montagne de Chahorra , en faisant l'office d'une sorte d'écran , a empêché les ponces de se répandre également de tous côtés ; tandis que dans les parties où Chahorra ne formait pas de protubérance, il n'y pas non plus eu de digue opposée à la masse des ponces qui se sont répandues sur le sol.
Au pied de la montagne de Chahorra, du côté de l'ouest, presque à l'extrémité de la ceinture de rochers qui environnent le cirque, s'élèvent quatre cônes volcaniques, qui, le 17 juin 1798, rappelèrent aux habitants •de Ténériffe qu'ils étaient au pied d'un volcan. Les cônes sont tous disposés sur une ligne dirigée de la base de Chahorra vers les rochers du cirque. Cette disposition indique par conséquent la direction^ la ligne de fracture. Les bouches inférieures sont beaucoup audessous, (peut-être plusieurs centaines de pieds) des bouches les plus élévées. Celles-ci rejetèrent fort peu de lave ; mais de la troisième sortit un courant rapide et <jui. s'étendit au loin. H atteignit les rochers du cirque , et s'étendit dans la partie de ce cirque nommée Canada ; la muraille formée par les ro^ chers l'empêcha de descendre plus avant sur la montagne et d'arriver jusqu'aux points habités. Les craintes des habitants de Guia, de Chio et d'Aguaio , sur. le flanc occidental de l'île, de voir cette lave atteindre et détruire leurs plantations , n'étaient donc nullement fondées. Les laves sur lesquelles ces villages sont bâtis ne sont pas sorties de points aussi élevés, et les cônes volcaniques , dont l'action d'ailleurs se dU rige vers le sud, en sont beaucoup trop éloignés.
La matière qui constitue cette lave est peu différente de celle qui forme les couches auprès d'Orotava, et celles qu'on remarque à Portillo. Cette lave ne ressemble nullement à de l'obsidienne ; elle est compacte,
saos éclat, et contient une grande quantité de petits grains de feldspath.
La plus élevée jde ces bouches volcaniques se trouve à peine à 7,000 pieds au-dessus de la mer.
Si du sommet du Pic, ou mieux encore des bords du cratère de Chahorra on jette les yeux du côté nord* ouest de la montagne , on voit avec étonnement que toute cette partie du flanc du volcan est couverte d'une infinité de cônes d'éruptions qui s'élèvent les uns derrière les autres sur toute la surface. Sur aucun point l'action volcanique n'a été plus intense que dans cette partie; et à l'aspect de cette contrée, on reconnaît bientôt pourquoi les bords du cratère de soulèvement sont brisés du côté de l'ouesj, , et n'existent pas du tout vers le no^d.
Tout près du pied du cône de Chahorra, on peut compter facilement vers le nord -ouest onze grands cônes de rapilles , qui probablement ont donné Heu à autant de coulées de laves. D'autres cônes, qui se trouvenC dans la direction de S. Yago, se recouvrent tellement l'un derrière l'autre sur le penchant très rapide , de la montagne , qu'on ne peut plus saisir leur nombre. Plusieurs autres encore, vers Garachico, ont répandu avec leurs laves, la dévastation sur presque toute la base ou au moins sur toute la région moyenne de la montagne, et sur une si grande étendue, que M* Cordier , en montant au Pic depuis Icod , croyait que le nombre de tous ces cônes volcaniques , très rapprochés et élevés de 2 à 500 pieds , était au moins de quatre-vingts (Journal de Physique , t. vu , p. 57). Parmi tous ces volcans , on reconnaît- celui d'où est sortie la coulée qui a détruit Garachico. L'an des cônes se distingue aussi des autres par sa couleur rouge de feu , provenant de scories rouges qui en sont sorties , et qui sont répandues sur le flanc de ce cône.
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Cette grande quantité d'orifices domptions est hors de toute proportion avec le petit nombre de ceirç qu'on observe de l'autre côté du volcan; il est par conséquent évident que dans cette partie les matières vol7 caniques ont trouvé moins de résistance : on«conçoit facilement , d'après la constitution de la montagne , qu'il a dû en être ainsi. En effet, au sud se trouve la masse de roches qui forment le cratère de soulèvement ; vers le nord de l'Ile , on observe sur une longueur considérable des masses basaltiques : auprès d'Orotava, les flancs des baraûcos montrent que la surface est aussi recouverte de couches de basalte. Au contraire , entre Ghahorra et la vallée de & Yagô, ces roches basaltiques ne se font remarquer nulle part. Il semble donc que dans cette partie elles ont été entraînées à une époque fort reculée , et qu'ainsi elles ont livré un passage plus facile à toutes les matières qui , dans l'intérieur, exercent un certain effort pour se faire jour au-dehors.
U en est de même au Vésuve où presque toutes les laves se trouvent du côté de la mer, tandis qu'il y en a fort peu dans l'Atrio qui sépare le Vésuve de la Somma.
L« Pic et la montagne de Ghahorra , doivent être considérés comme ne formant qu'un seul volcan avec deux sommets : la distinction entre les deux cônes ne devient évidente que parce que le Pic s'élève à une hauteur plus considérable. Dans le milieu de leur pente les deux montagnes sont tout-à-fait réunies et ne présentent aucune discontinuité. La masse des deux cônes s'élève avec une pente uniforme et également rapide au-dessus des protubérances avoisinantes , et elle ne forme qu'un tout unique environné par la ceinture de rochers qui forment le cratère de soulèvement. La composition et les produits des deux montagnes sont ab-
solumeut identiques ; tout ce qui appartient à ces montagnes, est formé de trachyte, ou de rochers qui dérivent immédiatement du trachyte. Il est donc évident que les deux volcans ne sont rien autre chose qu'un immense dôme de trachyte enveloppé seulement, presque de tous les côtés , comme par un manteau de couches basaltiques. La forme de ces cônes et leur situation peuvent faire supposer , et cette hypothèse est presque une certitude , qu'ils ont été produits par le soulèvement d'une masse sollicitée par des forces intérieures qui tendaient à se faire jour, et qui, en se frayant un passage au milieu du cratère de soulèvement , ont fait prendre à la masse supérieure la forme d'une voûte.-
C'est alors par cette cheminée , qui établit une communication plus facile avec la surface extérieure', que s'exercent toutes les forces qui agissent dans l'intérieur du volcan ; et lorsque l'ébouleftient des parties supérieures et surtout lorsque les masses de lave qui se sont accumulées vers le sommet , ont fini par intercepter le passage et ont rendu la résistance en ce point plus considérable que celle des flancs du cône , alors les vapeurs, les rapilles, les laves se font jour par les points du pourtour de la montagne qui opposent moins d'obstacles à leur éruption.
Ces éruptions ne doivent jamais être considérées comme produites par de nouveaux volcans ; car elles out toujours lieu autour du cône principal, et elles ne se font jamais en des points fort éloignés du grand cratère central. De toutes les éruptions volcaniques du Pic, la plus éloignée du centre est celle de Guimar, cependant en ligne droite elle en est distante à peine d'une lieue.
La plupart des cônes d'éruption qui s'élèvent entre Chahorra et S. Yago , et tous ceux qu'on observe audessus de Guiaet de Adexe ne sont pas aussi éloignés
DESCRIPTION GEMNOTTIQLE. 205
du centre principal du volcan , qne Monterosso ne l'est du sommet de l'Etna.
COULÉE DE GUlMAR.
Guimar situé dans la partie sud-est de l'Ile de Ténériffe , se trouve séparé d'Orotava par la Cumbre. Le chemin qui y conduit s'élève immédiatement sur la montagne , à partir de Villa Orotava , et traverse d'abord les coulées anciennes de la Villa. Bientôt après, à l'entrée d'une forêt de lauriers , il se trouve sur des couches de rapilles scoriformes qui alternent irrégulièrement avec du basalte solide^ la hauteur de 5,800 pieds , on observe des masses considérables et élevées, formées par un mélange de fragments grossiers de feldspath , de hornblende et d'augite , qu'on voit aussi dans la vallée de l'Aqua Manza , et au-dessous de S. Ursula. Le feldspath y est en grande quantité, et la roche est , au reste, très poreuse et remplie de soufflures. Plus haut, vers le sommet de la Cumbre, le feldspath devient plus rare ; les cristaux se séparent aussi facilement de cette roche , et coulme ils tombent dans les parties inférieures , on peut les recueillir en grande quantité sur le flanc de la montagne ; il est très facile de se procurer des fragments parfaitement cristallisés. Assez souvent , parmi ces cristaux , on en remarque quelques - uns de péridot jaune de vin , transparents, englobés en partie dans la masse solide, et en partie par des cristaux de hornblende. Les formes des cristaux, soit de hornblende , soit d'augite, varient très peu : ce sont presque constamment les formes les plus simples sous lesquelles se présentent ces minéraux. La hornblende est presque toujours en dodécaèdre {Hfruy, f. 74) avec une hémilropie; l'augite est en prismes à &
pans (Jiaty , f . 95 ) qui rarement présentent la troncature du biseau ( Hauy, f. 105 ).
Cette roche est recouverte par des rapilles1 scoriformes rouges , au-dessus desquels se trouve une couche de même nature , mais dont la couleur est jaune : ces deux couches sont horizontales et se distinguent même depuis Puerto Orotava , parce qu'elles reposent sur une masse basaltique très escarpée et divisée en belles colonnes prismatiques. Cette masse s'étend au loin sur le haut de la montagne, et est connue sous le nom de los Organos. Enfin, tout près du sommet de la Cumbre , on observe à travers les couches un grand nombre de filons qui s'étendent comme des muraille» sur le flanc de la mgptagne. Cës filons présentent ce fait remarquable que beaucoup d'entre eux paraissent être de la nature du trachyte : en effet, sur la surface gris de cendre des morceaux , on voit se détacher des longs et déliés cristaux de hornblende répandus dans la masse comme dans le trachyte. Intérieurement la masse est gris foncé , et on n'y remarque que pfeu de feldspath.
On observe une autre mura il te analogue très élevée et fort étendue', qui est composée d'un mélange de cristaux de hornblende et d'augite ; on suit ce filon bien caractérisé jusqu'au point le plus élevé de la Cumbre.
Cette partie de la crête de la montagne est la continuation du Perexil , et elle se trouve , auprès de la croix qui marque le point culminant du passage, à 5,974 pieds au-dessus du niveau de la mer. Tout le sol environnant est recouvert de scories brunes , sans aucune cohérence entre elles ; il ne se trouve pourtant là aucun cône d'éruption. Ces scories appartiennent à la j^rtie supérieure des couches de conglomérais. Bientôt sur la crête reparaît le mélange grossier descris-
DESCRIPTION GEOCNOSTIQUE.
(aux de hornblende et d'augite. Les premiers, quoique de la même grosseur que les autres, se font cependant plus particulièrement remarquer par leur grande quantité, l'éclat de leur cassure et par l'angle aigu que forment les clivages. Plus loin, la roche devient caverneuse, et on y voit paraître du feldspath en longues aiguilles déliées. Cette roche fort singulière est en même temps caractéristique pour cette portion de l'île deTénériffe.
Déjà du sommet de la Cumbre on aperçoit dans le bas le volcan deGuimar : c'est un grand cône d'éruption d'où sort une coulée de lave. Ce volcan s'ouvre au fond
d'un canal étroit, où il est entouré de chaque côté par des murs presque verticaux. Le chemin qui mène au fond de cette crevasse, traverse des couches de rapilles et de scories , dont les fragments recouvrent toute la pente. Ces couches sont traversées par un grand nombre de filons qui s'entrecroisent dans tous les sens, commu à la Somma. Ces filons sont disposés de manière à relier entre elles les parties très facilement désagrégeables des couches de conglomérats : ils sont évidemment beaucoup plus nombreux sur la hauteur, au milieu de la crête, que vers le pied de la montagne. Les filons paraissent aussi se retrouver constamment dans toutes les crevasses étroites que présente la surface.
Les couches de la vallée où se trouve le volcan, plongent de chaque côté de Taxe de cette vallée , et cette disposition , qu'on peut très bien observer de Guimar,
est précisément celle qui serait résultée d'une éruption ou d'un phénomène analogue , dont l'action aurait été de briser et de relever les couches supérieures.
En bas, au fond du ravin , on voit de nouveau la roche formée de hornblende et d'augile , dont une partie renferme beaucoup de péridot ; et immédiatement au-dessus de cette roche s'élève le cône d'éruption qui se trouve à 2,441 pieds au-dessus de la mer. La crevasse dans laquelle il est renfermé est tellement resserrée, que le cône en occupe toute la largeur. Le volcan s'élève encore à 200 pieds de hauteur , et il s'étend considérablement le long de celte vallée. Les rapilles qui sont sorties de ce cratère contiennent les matières qui se trouvent dans les couches les plus voisines ; ainsi on y observe beaucoup de petits fragments brillants et jaunes d'or de péridot, qui sont mêlés dans la masse. Il en est de même de la lave qui s'est précipitée du pied du volcan , et qui s'est répandue au loin en plusieurs coulées.
Parmi toutes letflaves de l'île de.Ténériffe qui forment des coulées bien caractérisées et qui évidemment appartiennent au volcan principal du Pic, celle-ci est peutêtre la seule qui contienne du péridot. C'est aussi la seule coulée qui ait fait éruption à travers des couches de la nature de celles qui entourent le cratère. La masse principale de la lave est un peu brillante , ne contient pas du tout de feldspath, et , au contraire , beaucoup d'augite.
Au point où la vallée s'élargit , le courant paraît s'être divisé en trois branches : l'une d'elles s'est précipitée sous forme d'une cascade dans une gorge en se dirigeant vers Guimar , mais s'est arrêtée avant d'être parvenue jusques là ; la partie extérieure du courant du côté gauche , a coulé sur une surface moins inclinée, entre Candelaria et Guimar ; elle s'est étendue
DESCRIPTION. GÉOGNOSTIQUE* 207
sur un espace de deux lieues , mais n'est point parvenue pourtant jusqu'au rivage de la mer ; la troisième branche beaucoup plus large, mais aussi moins étendue en longueur , se trouve entre les deux. Chaque bras du courant correspond à une ouverture particulière dans le flanc de la montagne , mais ces ouvertures se sont produites pendant la môme éruption.
Dans le bas , vers Candelaria , cette lave recouvre immédiatement la Tosca , qui se trouve dans cette situation à une assez grande hauteur. Cette roche est composée de morceaux de pierres-ponces entremêlés comme les briques de Engers, avec lesquelles sont construites toutes les murailles. Le contraste que forme la blancheur éclatante delà Tosca avec la couleur noire et inégale de la lave est d'un effet singulier.
Lorsqu'on considère le passage étroit par lequel cette grande masse de laves est sortie , il est évident que l'éruption qui les a rejetées , a du produire dans.l'intérieur un vide immense ; et pourtant ce gouffre ne peut pas s'étendre à une grande profondeur au-dessous de la surface, sans quoi les matières qui forment la lave ou qui l'accompagnent, n'auraient pas autant d'analogie avec les roches qui avoisinent la coulée.
Si cette partie de l'île était soumise à de fréquentes éruptions , il est probable que son aspect serait bientôt complètement changé , mais jusqu'ici cette éruption est la seule qui ait eu lieu dans la contrée. On n'y observe point non plus ces courants plus anciens dont la date est inconnue, qui se présentent aux environs du cratère de soulèvement du Pic, et à la distance d'une petite lieue du centre de cette montagne
La première éruption auprès de Guimar eut lieu, d'après les renseignements recueillis par Viera {fiera, m, 331) , le 51 décembre 1704 , dans Llano de los Infantes , au dessus de Icore , et par conséquent suivant
toute probabilité dans les parties basses de la contrée. Le courant de la*e avait au plus la longueur d'un tercio dimillia , George Glas ( p. 241) qui eut entre les mains une description des phénomènes de cette éruption s'exprime d après le manuscrit, de la manière suivante : « Déjà le 24 décembre on avait ressenti de violentes secousses ; les commotions se succédaient avec une telle rapidité qu'on en compta 20 dans l'espace de trois heures ; leur intensité allait toujours croissant , lorsque le 51 décembre on aperçut audessus de Manja, du coté de la montagne blanche, une lumière extrêmement vive. La terre s'entr'ouvrit , et il se forma deux volcans qui rejetèrent une si grande quantité de fragments que ceux-ci en s'accumulant, produisirent deux montagnes. Le 5 janvier 1705, continue Glas, le soleil fut caché par des nuages de vapeurs et de fumées , et avant la nuit tout ce qui se trouvait dans un cercle de trois Leagnes, fut éclairé par ûn courant incandescent, sorti d'un nouveau volcan, et qui s'était fait jour par trente ouvertures différentes dans un espace d'un demi-mille vers Orotava (à partir de Guimar). Les secousses qui accompagnaient ces phénomènes renversaient les maisons et continuèrent aussi long-temps que dura l'éruption. Le bruit qui en résulta se faisait entendre à une distance de vingt milles en mer. Le 2 février s'ouvrit le volcan , dont la lave arriva jusqu'à Guimar et détruisit l'église. Les phénomènes volcaniques se manifestèrent jusqu'au 26 février. Le récit que Viera fait de cette dernière éruption est encore plus circonstancié. Le 5 janvier, dit-il, le second volcan s'ouvrit à la distance d'une légua du premier, auprès de la Canada de Almerchiga. La lave se précipita dans le baranco de Areza ou deFasnia, et combla ce ravin extrêmement profond , dans l'étendue d'un* légua et demie d'une manière si complète , que le fond
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fie la vallée se troriva ne plus former qu'une seule plaine avec les bords. Le volcan s'éteignit le 13 janvier. Probablement nous n'avons pas observé celle coulée de lave. Fasnia se trouve au sud-est de Guimar au-delà d'une série de rochers escarpés nommés le Ladera de Guimar et du côté de Rio, et toute la partie de l'île situéo entre Rio et Guimar nous est tout-à-fait inconnue. La troisième éruption eut lieu le 2 février, à deux léguas de la précédente, dans une gorge resserrée entre des rochers. La coulée de lave se divisa bientôt en deux bras j l'un d'eux suivit pendant une légua le baranco de Arafe, et se dirigea ensuite vers la mer; l'autre branche du courant s'étendit dans Melosar , se divisa en plusieurs autres parties et s'avança même vers Guimar , jusqu'à une éminence située à peu de distance , qui força la lave de prendre une autre direction. Les commotions se firent sentir d'une manière si violente dans la contrée , que la miraculeuse madone de Candellaria fût transportée jusqu'à Laguna. Au-delà de la Cumbre, à Villa Orotova, les secousses étaient encore telles, que les habitants abandonnèrent leurs maisons, et qu'on fut même obligé de sortir el santissimo de l'église et de le porter au milieu des champs.
Depuis la conquête de l'île vers la tin du quinzième siècle, on n'avait vu, à Ténériffe, aucune éruption; on ne trouve , au moins , aucun document qui fasse mention d'un pareil événement. L'éruption dont nous venons de parler était donc la première depuis plu sieurs siècles. Ce phénomène est d'autant plus remarquable, que cette recrudescence dans l'activité du volcan ne se borna pas seulement à la contrée qui environne Guimar, mais qu'elle se manifesta bientôt aussi de l'autre côté du cratère principal. L'éruption qui détruisit Garachico eut lieu le 5 mai 1706 , par un cratère qui se trouve si exactement vis-à-vis le volcan de Guimar,
qu'une ligne qui tesjoindrait tous les deux passerait paf le cône du Pic et serait même peu éloignée du sommet. Il "est étonnant que cet événement qui a complètement anéanti la partie alors la plus importante de l'île ne soit pas plus connu. Viera rapporte seulement que la lave s'est ouvert un passage dans l'Alto Risco, ets'est dirigée sur ia ville. Glas ne dit rien de plus sur cette éruption.
L'éruption qui suivit celle-ci eut lieu le i7 juin 1798. Il s'était écoulé presque un siècle entier entre les deux ; mais celte dernière eut lieu sur le flanc du Pic et dans sa partie supérieure. Il paraît donc évident que les éruptions sont en relation avec le grand cratère du Pic, qui est la principale communication entre l'intérieur et l'atmosphère, et qu'elles ne sont pas dues à des sources volcaniques indépendantes. Il résulte de là que, pour parler exactement, on ne doit considérer dans l'île qu'un seul volcan qui est le dôme trachytique, auquel on a donné le nom de Pic de Teyde.
CUtfBM ENTRE OROTAVA ET LAGUNA.
Sur le chemin qui mène d'Orolava à Laguna, on ne voit aucune roche qui ait quelque analogie avec les coulées modernes appartenant aux éruptions volcaniques du Pic : on n'observe non plus sur le flanc de la montagne aucun cône de rapilles. Au-delà de S. Ursula, toutes les couches sont recouvertes par la Tosca , et cette roche se prolonge jusqu'à Viltôria, située à une hauteur plus considérable au-dessus de la mer ; cependant la Tosca ne se continue pas tout-à-fait' jusqu'à Matanza qui est encore plus élevé. Près de Vittoria , on voit au-dessous une masse très huileuse remplie de péridot . Cette couche présente les carac-
tlfeSCRIPTlOïH GKOCISOSTIQUE. 2ll
(ères des coulées provenant d'an point élevé, à un plus haut degré que les couches basaltiques qui , dans les barancos, alternent avec les conglomérats. Ces coulées ont quelque chose de très particulier; si évident que soit leur caractère de fluidité primitive, on ne peut pourtant pas fixer avec certitude la largeur qu'elles occupent : on ne les voit pas non plus se limiter dans un espace restreint, tel qu'une vallée, une crevasse ou un baranco, comme cela arrive pour les coulées du Pic. Il paraîtrait d'après cela que ces matières recouvrent tout le flanc delà montagne jusqu'au sommet de la Cumbre. Elles semblent aussi être le résultat de phénomènes tout-àfait différents et beaucoup plus puissants que de simples éruptions volcaniques.
La Cumbre, depuis la ceinture qui environne le Pic jusqu'à Laguna, forme sur une longueur de six lieues une arête qui s'abaisse d'une manière constante et presque insensible de la hauteur de 7^600 pieds qu'elle a à Angostura jusqu'à la plaine de Laguna, qui n'est plus qu'à 1 ,620 pieds au-dessus de la mer (pl. VIII). La largeur de cette crête de la montagne diminue avec plus de rapidité ; auprès du Cirque, cette largeur est d'environ une demi-lieue , près du Péréxil et au-dessus de Guimar, elle est réduite à moins de cent pas ; et entre Vittoria et Candelaria , la crête de la montagne est formée par une arête si aiguë, terminée de chaque côté par des pentes si raides, qu'on peut à peine y trouver place pour marcher. A cause de cette disposition, cette partie de la Cumbre a été nommée el CuchilLo, c'està-dire le Couteau. Sur cette hauteur on ne voit presque rien autre chose que des scories rouges répandues sur toute la surface et analogues à celles qui se trouvent ordinairement à la surface des couches de conglomérats. Seulement, auprès du Péréxil, on voit sur une petite longueur une masse tabulaire composée de feldspath,
et où se trouvent de longs cristaux de hornblende. Lé feldspath est en larges lames ayant peu d'éclat ; quelques-unes deces lames lui donnent l'aspect d'un schiste brillant , et , à ce qu'il paraît, on l'a aussi quelquefois considéré comme du micaschiste. Peut-être cette masse forme- 1- elle un h Ion à travers les couches basaltiques.
De Jà jusque sur el Cuchillo la crête de la montagne s'abaisse d'une manière peu rapide , et les parties arrondies qui se trouvent au-dessus de Yittoria et de Matanzasont recouvertes de scories qui ressemblent encore plus à de simples fragments de conglomérats, et qui se présententNjur le flanc et sur le sommet de la montagne en masses fibreuses et tressées , sans qu'on» puisse toutefois remarquer ni cône d'éruption ni cratère volcanique. Cependant la montagne qui se trouve audessous de Fuentc Fria , source située au dessus du village d'Esperanza, est élevée de 400 pieds, et paraît n'être absolument formée que des matières scoii formes tressées et de rapilles ; ce pourrait être le cône d'éruption, auquel appartiendrait la lave basaltique que Ton rencontre sur le chemin de Laguna entre Matanza et l'Aqua Garcia.
Avant d'atteindre cette coulée volcanique , on voit paraître une masse grenue d'augite qui se présente en roches solides et en grosses boules , comme celles qui très souvent recouvrent les couches de basaltes. On peut surtout observer cette roche dans la partie de la montagne , de laquelle on peut apercevoir le village d'Arafo sur ie ilanc méridional : elle paraît alterner avec des couches de rapilles.
A partir d'Esperanza, l'arête de la Cutnbre disparaît tout-à-fait ; elle s'élargit en s'abaissant jusqu'à la grande plaine où se trouve Laguaa, et sur la pente qu elle forme s'élèvent de grands cônes qui n'ont entre
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eux aucune liaison. Ces cônes sonl sans doute des cônes d'éruption des volcans isolés, comme on a l'habitude de les appeler, et chacun d'eux est probablement le point de départ d'un courant de rave. Bien qu'ils s'élèvent jusqu'à plusieurs centaines de pieds de hauteur, il n'y a rien de solide dans les masses qui les composent, iU sont tous formés de rapilles et de scories sans collusion-, on observe à leur sommet des cratères bien déterminés. Généralement , on reconnaît le côté par lequel la lave a dû s'écouler par l'échancrure des bords du cratère, qui sont moins élevés de ce côté.
Le plus élevé et le plus remarquable de- ces cônes volcaniques est le Monte Chigita, qui s'élève à 3,400 pieds au-dessus de la mer. Cette montagne fait encore partie de la Cumbre elle-même , avec l'arête de laquelle elle n'est pourtant reliée que par des rochers étroits. Ce volcan est situé presque au milieu de la ligne qui réunirait Esperanza et Candellaria; il se compose, dans toutes ses parties, de couches de rapilles noirs ou rouges , à fragments anguleux ou arrondis , n'ayant entre eux aucune liaison. Ces couches suivent4 tout autour l'inclinaison des flancs de la montagne , et il est évident, d'après cela, qu'elles ont été relevées vers le point central ou sommet du cfatère. Vers la base méridionale, se montre une masse solide qui appartient à ce cône d'éruption ; probablement elle s'étend le long des barancos vers la côte méridionale de l'île , où elle se présente avec les caractères d'une coulée.
Celte masse est fort extraordinaire ; depuis Laguua , en montant la crête de la montagne , on ne rencontre absolument que des roches d'augile, et cependant la lave de Chigita ne contient pas de traces de cettj substance. La masse principale en est très poreuse et d'un grisbleu : on y voit des cristaux d'hornblende et de feldspath ; les premiers de couleur noire , les au Ire*
jaunes, tous très difficiles à reconnaître, et présentant à peine encore quelques traces de clivage. Ces cristaux sont en quantité tellement considérable , qu'il est évident que cette lave n'est plus de nature basaltique , mais appartient aux trachytes. L'action volcanique , en brisant les couches basaltiques au-dessous desquelles elle s'exerçait , n'aurait-elle pas pu amener de l'intérieur ces roches trachytiques qui paraissent à la surface ?
Plus bas , tout-à-fait isolé et à peu de distance d'Esperanza, se montre le Monte del Carbonero ; sa hauteur est de plus de 300 pieds , et à son sommet se trouve un cratère bien déterminé , et qui frappe de loin par son aspect. Les scories qui forment ce cône volcanique sans présenter de cohésion, ne sont cependant pas en fragments aussi mobiles les uns sur les autres que celles qui forment les cônes de rapilles des coulées . modernes.
Sur le chemin de Laguna, on voit un courant de lave formé de basalte très poreux et contenant beaucoup de grains de péridot. Cette lave appartient probablement à la même coulée que celle qu'on observe eû suivant le chemin de Laguna à Matanza.
Sur la pente de la montagne du côté du sud ou vers S. Isidoro, s'élèvent deux autres cônes volcaniques analogues, et qui se trouvent dans la même direction avec le Monte Carbonero : les flancs qui sont tournés du côté de la mer en sont très escarpés. Le premier de ces cônes est formé de fragments de scories entrelacés. Vers Santa- C ru z , on trouve une masse tout-à-fait semblable à une coulée moderne ; elle est composée d'une roche à grains fins , contenant quelques cristaux mal caractérisés d'hornblende et de feldspath , et des grains très visibles de fer oxydulé magnétique. Cette masse s'arrête sur les parties élevées et ne descend point
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dans les barancos dont les cotés sont ici formés, comme cela a lieu généralement , de couches alternatives de basalte et de conglomérats : dans cette partie de nie, les coulées de lave ne peuvent jamais être suivies sur de grandes longueurs.
Il est très remarquable que ces cônes d'éruption se trouvent précisément dans la partie où le sol de l'île s'élève peu au-dessus du niveau de la mer. Ils y ont produit des éruptions isolées qui, peut-être, ont prér cédé le soulèvement du Pic lui-même : car , si ces volcans avaient quelque connexité avec le Pic, les coulées de lave qui en proviennent seraient mieux déterminées , et Ton pourrait les suivre dans le fond des barancos. Dans les parties où ces laves atteignent la Tosca, elles sont cachées par cette roche qui les recouvre ; or , lescoulées qui appartiennent au Pic détendent toujours au-dessus de la Tosca.