‹ Description physique des Iles Canaries, suivie dʾune indication des principaux volcans du globeChapitre 19 sur 48 · LAGUNA. TA G AN AN A · texte numérisé non relu

LAGUNA. TA G AN AN A

Laguna tire son nom d'un lac peu considérable, qui actuellement est complètement desséché : sa circonférence pouvait être d'environ deux lieues , et pour cette île où l'on peut à peine trouver une plaine d'un <juart de lieue d'étendue, cette surface à quelque chose de fort remarquable. Cette plaine sépare l'île de Ténériffe en deux parties inégales, mais qui sont parfaitement distinctes.

La Cumbre se termine complètement avant d'arriver jusqu'à la plaine de Laguna, et à environ deux lieues de dislance s'élève une autre crête fort aiguë , qui se continue au nord-est jusqu'à Punta de Naga.

Laguna est à 1,620 pieds au-dessus du niveau de la

mer , et , par conséquent , c'est dans l'île de Ténériffe le point de partage des eaux le moins élevé au-dessus de la surface de la mer.

Au nord-est s'élèvent encore deux autres crêtes, Tune un peu au nord de la plaine , l'autre au sud : ces deux montagnes ne sont éloignées l'une de l'autre que d'une demi-lieue; elles s'étendent en se rapprochant , et embrassent la plaine de Laguna comme par un immense golfe ; elles se réunissent à une demi-lieue de la ville en une autre crête qui se continue jusqu'à la mer, où elle se termine en forme de promontoires escarpés.

Ces deux chaînes de montagnes ont tout-à-fait la même composition ; dans les parties inférieures , on voit partout une couche de tuf sur laquelle repose une masse puissante de basalte. Le tuf est très brun , et se compose d'une agglomération de petits fragments arrondis et poreux de scories avec des cristaux d'augite. Le basalte est compact ou à grains très lins , et il ne renferme en grande partie que du péridot en petits grains très distincts. Ces diverses couches alternent souvent les unes avec les autres : généralement l'épaisseur des masses de basalte ne s'élève pas au-delà de 40 pieds.

Si Ton étudie la crête où les deux chaînes se réunissent, on y retrouve les mêmes alternances de couches. Seulement la couche de tuf paraît n'être composée que de scories > et le basalte est souvent à gros grains, contient peu de péridot, et, au contraire, beaucoup de grains de fer oxydulé magnétique.

Depuis Laguna, on ne voit plus de traces ni de lave ni de cônes volcaniques ; mais on observe alors un phénomène très intéressant : les rochers qui forment les flancs des barancos sont traversés par une multilude de filons verticaux, qui s'étendent sur les pentes à travers les rochers dont se composent les diverses

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couches; ils se prolongent du haut en has comme de grandes murailles qui se correspondent des deux côtés des barancos, et ils s'élèvent parallèlement les uns aux autres. Ces filons se continuent avec une constance telle, qu'on peut les observer dans un grand nombre de barancos, depuis la base de la montagne du côté de Laguna jusqu'à ïagauana, et probablement ils s'étendent encore plus loin. La crête la plus élevée de la montagne paraît môme n'être rien autre chose que la tète d'un de ces liions. Le chemin qui suit le sommet de la montagne traverse plusieurs fois le filon qui forme les pointes les plus élevées de la chaîne et les roches qui sont le plus rapprochées de sa cime. De là résulte vraisemblablement la forme déchiquetée que présentent toutes ces pointes qui offrent l'aspect des créneaux d'une tour fortifiée. On serait presque porté à croire que ce sont ces liions qui conservent à cette petite portion de l'île la forme d'un toit dont ils seraient pour ainsi dire la charpente, car les couches elles-mêmes que ces filons traversent ne sont en grande partie composées que de scories ou masses poreuses, n'ayant entre elles aucune cohésion. La masse des filons se compose de fragments très anguleux de basalte noir et solide, renfermant des petits cristaux d'augite et un grand nombre de grains de fer oxydulé magnétique. Les filons n'ont eux-mêmes que quelques pieds de puissance, et cette faible épaisseur leur donne un aspect d'autant plus surprenant quand ils s élèvent isolés audessus de la surface du sol

Les flancs de la montagne sur chaque versant s'abaissent d'une manière si rapide, que, du sommet, on croirait de chaque côté voir la mer sous ses pieds.

Les flancs des barancos sont aussi formés par des murailles presque verticales , et sont souvent tellement escarpés, qu'ils sont lout-à-fait inaccessibles. Au point

où viennent aboutir le baranco 4el Bufadero, le ba^ ranco Secco du côté du sud, et le baranco de la Mina du côté du nord , se trouve un rocher gui fait partie d'un filon solide : ce point , qui est le plus élevé de toute la chaîne , se trouve à 2,868 pieds au-dessus de la mer ; et cette hauteur, qui à Santa-Cruz paraît fort considérable , serait presque inappréciable dans les ènvirons du Pic. Cette cime de la montagne paraît au#si fort élevée, lorsqu'on descend sur le versant septentrional vers Taganana. La pente est en effet si rapide et si escarpée , que c'est avec la plus grande peine qu'on a pu y tracer un chemin. On descend sur un conglomérat

Trachytc.

formé de gros fragments, puis sur un tuf composé de petites scories brunes en couches horizontales. Le milieu de la pente est occupé par des forêts de lauriers qui masquent les roches dont se compose la montagne; mais dès qu'on a dépassé. ces épaisses forêts, oa voit apparaître au nord-ouest une immense muraille de rochers taillés à pic , qui forme une des limites du baranco de Taganana, et qui se continue jusqu'à la mer. La partie supérieure est recouverte par des couches horizontales de tuf et de conglomérat; au-dessous se trouve une masse puissante de trachyte , qui s'élève jusqu'à 16 ou 4 ,800 pieds au-dessus du niveau de la mer. Plus ba$, celte roche se montre à découvert, et elle est alors

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découpée en pyramides et en aiguilles qui lui donnent un aspect bizarre et très varié : elle se divise aussi en colonnes verticales bien déterminées et en écailles recourbées. Le trachyte se retrouve dans toutes les parties avoisinantes du baranco ; au-dessous de l'église de Taganana , on voit s'élever le trachyte à la hauteur de 800 pieds , et sur le côté occidental de la vallée » il y a un rocher isqlé qui se trouve à 1,400 pieds de hauteur et qui se termine brusquement du côté de la mer.

Le trachyte lui-même est très bien caractérisé. La masse principale est une pâte feldspathique foncée, gris de fumée , et finement esquilleuse , qui enveloppe une grande quantité de petits cristaux blancs et brillants de feldspath , et quelques longs cristaux de hornblende. On y observe aussi quelquefois des grains ou des dodécaèdres de fer oxydulé magnétique. Lorsque, par suite de la décomposition , la masse principale a perdu sa teinte foncée et est devenue très blanche, les cristaux noirs de hornblende sont plus visibles , et les cristaux de feldspath brillent d'un plus grand éclat, parce qu'ils sortent en partie hors de la masse. Souvent on trouve dans la roche des cristaux transparents , jaune de vin , de titane oxydé. Quelquefois la pâte feldspatique devient si compacte , et les cristaux qui y sont englobés sont si dispersés , que la roche se rapproche des schistes porphyriques de Bohême. Du côté de la mer, les rochers de trachyte sont polis et taillés à pic , et ils paraissent se diviser en belles colonnades analogues aux prismes de basalte. Ces colonnes se recourbent vers le haut, et d'autant plus qu'elles sont plus rapprochées de l'extérieur de la masse, de telle sorte qu'elles paraissent tendre vers un point central qui serait situé vers la cime des rochers , à peu près comme les prismes basaltiques qu'on voit sur les escarpements de l'Elbe, auprès d'Aussig en Bohême. II ne paraît pas que, jusqu'à

la surface de la mer, il se présente aucune roche sous ce trachyte ; mais celui-ci est recouvert par un tuf basaltique brun , et même par du basalte ; c'est ce qu'on peut très bien observer sur les côtés du- baranco : il est d'ailleurs d'autant plus probable qu'il en est ainsi, que sur le côté méridional de la montagne, les coucbes basaltiques s'appuient sur les roches trachy tiques, et s'étendent jusqu'au rivage de la mer, en plongeant de 50 degrés au sud.

À l'est du baranco, au point où les rochers verticaux se terminent , les derniers escarpements , élevés à 600 pieds au-dessus de la mer, paraissent n'être formés de rien autre chose que de couches solides de trachyte gris , tourmentées dans toutes les directions , et présentant toutes les inclinaisons au milieu de couches de tuf poreux. Ensuite reparaît la roche amygdaloïde, contenant de petits nodules de mésotype , et de gros noyaux et cristaux de hornblende. Toutes les parties en général présentent une grande confusion qui est encore augmentée par les nombreuses crevasses qui traversent cette masse poreuse. L'aspect de l'ensemble général semble devoir faire supposer que toutes ces couches bouleversées sont venues de dessous le trachyte; il est évident, au moins, qu'elles sont recouvertes par les rochers trachytiques les plus voisins. Ces dérangements et bouleversements proviendraient alors d'une action intérieure.

Le trachyte lui-même s'élève à l'est du baranco de Taganana jusqu'au sommet de la crête de la montagne, car la rocque de Payba sur la pente du baranco de S. Andréa est formée de trachyte, et c'est de ce rocher que proviennent tous les blocs qui recouvrent en si grande quantité ce beau vallon jusqua son ouverture, à peu de distance de Sanla-Cruz, et qui excitent d'autant plus d'intérêt que rien dans les environs ne peut faire soup-

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çonner l'existence du trachyte. On n'a pas cherché à reconnaître si ce trachyte se présentait encore plus loin vers Punta de Naga. Les montagnes s'abaissent très rapidement du côté de ce cap; déjà sur le Val Ygueste , la crête de la montagne s'étend en une large plaine , et Punta de Naga même n'est pas élevée à plus de quelques centaines de pieds.

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