SANTA-CRUZ
Si tra imagine que la petite chaîne de montagne» qui s'élève au nord-est de Laguna se prolonge aussi vers le sud, de manière à entourer complètement la plaine de Laguna , et qu'ensuite cette enceinte a été retournée vers la mer , du côté de Santa-Cruz , de manière à couvrir le penchant comme un vaste manteau, on pourra se faire une idée de l'aspect et de la nature de la pente de cette montagne. Dans le fond des barancos, se trouvent toujours des couches alternantes de basalte, de tuf et de scories; mais on trouve répandue sur toute la surface une masse que l'on ne peut considérer que comme provenant d'une coulée de lave. On peut en observer le cours dans quelques-unes de ses parties, mais il est impossible d'étudier ce courant dans tout son ensemble : on ne peut déterminer exactement ni l'origine ni les dernières limites de cette coulée, ce qu'il est, au contraire, si facile de faire pour les coulées modernes.
Les coulées dont il est ici question se composent de roches basaltiques : on y observe de l'^ugite et du pérîdot en grande quantité , mais point de feldspath. À la surface, dans les points où la coulée est mise à nu de quelque manière, la masse est composée de scories en forme de vagues dirigées de haut en bas, ou de matières tressées comme des cordes. Dans l'in-
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térieur on remarque dans la roche des soufflures allongées parallèles entre elles et à l'inclinaison de la lave. On observe un courant de cette nature et bien déterminé au dessus de l'étroit baranco Hondo, à l'ouest de Santa-Cruz , on peut le suivre même jusqu'à un cône volcanique qui s'élève au milieu de la pente de la montagne , non loin des moulins à vent situés entre Santa- Cruz et Laguna; cette montagne se nomme MonteUredo. Il est, au contraire, très difficile de remonter ainsi à l'origine des coulées qui s'avancent jusqu'au dessus de la ville même. La chaîne basaltique s'étend jusqu'auprès de Santa-Cruz , et atteint même le rivage de la mer à une faible distance de cette ville ; or la masse de lave qui recouvre le basalte s'avance aussi au pied de ces rochers jusqu'au baranco del Paso alto, où elle se termine tout à côté de l'endroit où cessent aussi les rochers basaltiques.
11 serait par conséquent très possible que la supposition que cette masse a été jetée sur les flancs de la montagne comme une immense couverture, fût plus près de la vérité qu'on n'aurait pu le croire au premier abord.
Si on imaginait que la Cumbre , au lieu de s'arrêter au-dessus de Fuenta Fria, s'étendit au-delà, en s'abaissant de la même manière, la Cumbre de la petite Ile se trouverait presque exactement dans son prolongement, et la crête des montagnes s'abaisserait à peu près uniformément jusqu'à l'extrémité la plus reculée de l'île. La crête des montagnes se trouve brisée par la plaine où se trouve Laguna. Or , dans cette plaine on remarque de grands cônes d'éruption et de larges coulées dont on ne voit plus de traces dans la petite île qui se trouve au nord de Laguna. La pente de la montagne jusqu'à la mer est très unie , et ne présente aucun rocher saillant partout où ces courants de lave se sont répandus ; il paraît , d'après cela , évident que ce sont
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les éruptions anciennes, presque tout-à-fait inconnues, qui ont rompu la Cumbre, qui sans cela eut dominé la contrée de Laguna, et qui ont couvert de leurs produits tout le versant de la montagne.
Coupe de la plaine de Laguna. Coupe de la Cumbre de Santa- Crus(*).
Tout au bas de la montagne , auprès de Santa Cruz et à cent pieds au plus au-dessus de la mer, on retrouve le tuf blanc ^ connu sous le nom de Tosca; il forme aa-dçssus des autres roches une couche peu épaisse. Ce tuf paraît quelquefois se confondre ou se mêler avec de larges coulées de lave , mais il est difficile de supposer qu'on puisse démontrer avec certitude que la lave repose par-dessus.
La présence de la Tosca au-dessus des coulées de lave, les distingue des courants qui proviennent du Pic, et porte à croire qu'elles appartiennent aux éruptions isolées de Laguna. Peut-être ces coulées sont-elles le résultat de la tendance que l'action volcanique avait à se développer auprès de Laguna , antérieurement à l'époque où elle a réussi à se manifester sur une si grande échelle en produisant le soulèvement du Pic dans la partie occidentale de l'île?
La coupe des montagnes de Sauta -Cruz jusqu'à la mer, auprès de Punta de Naga , présente beaucoup d'intérêt et donne une idée de la véritable composition . . , ^
(*) C Santa-Criiz. A S. Andréa.
L Laguna. B Bufadero.
T Taracontc. T Taganana.
des masses qui forment la montagne. On y observe que les couches s'élèvent et s'abaissent avec une grande irrégularité. A une certaine profondeur* et après s'être moûtré sur une faible étendue , ces couches disparaissent de nouveau. De toutes parts , on voit s'élever à travers les couches des filons basaltiques des formes les plus bizarres ; on croirait voir des rochers qui se sont élevés de l'intérieur, qui ont disloqué les couches , sans toutefois parvenir j ùsqu'à la surface extérieure. Entre les deux barancos de Bufadero et de S. Andréa , ces phénomènes se présentent d'une manière si multipliée , qu'il est tout-à-fait impossible de les énumérer tous. A la partie inférieure, près de la mer, on voit ordinairement un conglomérat formé de fragments grossiers , contenant des morceaux de basalte gros comme la tête , et des blocs considérables qui paraissent être des débris de couches. Cette roche est très solide , et les parties en sont bien agglomé^ rées. Elle renferme assez souvent , comme cela a lieu entre les barancos Secco et Bufadero, des coquilles fossiles, appartenant à la famille des Cônes : ces fossiles qui sont englobés dans la roche se trouvent aussi sur le rivage de la mer. L'aspect de cette roche peut facilement induire en erreur, et on pourrait croire qu'elle appartient aux couches inférieures qui forment la montagne : elle est cependant le résultat d'une simple agglomération de fragments tombés des parties supérieures et que les vagues accumulent journellement au bord de la mer. Généralement, la couche la plus inférieure est formée d'une roche amygdaloïde de 20 pieds de puissance, et remarquable par de nombreux petits nodules contenant du spath calcaire blanc en druses. Celles-ci sont formées de rhomboèdres épointés lenticulaires (equiaxes), agglomérés en boules. On les observe principalement dans le voisinage delà mer,
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et point dans les nodules des parties supérieures Ûe la roche. La masse de l'amygdalolde est brune, très tenace , à cassure grenue et inégale : elle contient beaucoup de points bruns clairs et jaurtes qui paraissent n'être que des restes de matières feldspathiques. On observe dans la roche des soufflures allongées parallèles les unes aux autres et qui suivent l'inclinaison de la couche. Au-dessus se trouve ordinairement une couche très irrégulière de tuf ponceux : cette couche a peu d'étendue et s^interrompt brusquement.
Les fragmente qui la composent sont de la grosseur d'une noix , et ils sont toujours môles avec des fragments de couleur noire : on voit ensuite un tuf formé de scories brunes, puis le basalte solide. Toute cette masse est traversée par des filons , tantôt verticaux, tantôt très contournés ; il y a aussi de ces filons qui, après s'être élevés verticalement, se divisent et pénètrent de chaque côté entre les couches , comme une nouvelle couche (*). -
Quelques autres qu'on a long- temps considérés comme de véritables couches , se redressent subitement et traversent toutes les autres couches , prenant ainsi
(*) A Basalte. E Basalte.
B Tufponccu\.
C Basalte.
D Amjftdaloï<lf\
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tous les caractères des filons. Généralement, la masse dont ils sont composés est formée de basalte noir, grenu» ne contenant point de péridot. Au contraire, les cristaux de feldspath y sont toujours bien évidents.
j^es (lions s'élèvent souvent hors des roches qu'ils traversent, comme d'immenses murailles : souvent aussi ijssont complètement isolés, et ils forment dans la mer de$ écneils très étendus qui se montrent au-dessus de lu surface. Près du soupirail de Bufadero , par lequel Feau de la mer est rejetée sous forme d'une source jaillissante , on remarque un filon d'une grande puissance, il a vingt lachter (toises) d'épaisseur, et est formé de basalte contenant des cristaux d'augite et beaucoup de cavités remplies par une zéolilhe qui pourrit être de la stilbite ; la matière concrétionnée, tendre, d'un blanc déneige, qui recouvre les parois des cavités, considérée à la loupe , paraît être formée de fibres, à quatre pans , terminées par une base perpendiculaire. Le filon traverse des couches formées de rapil les rouges et de fragments anguleux de tuf. De chaque côté, le long de ce basalte , se trouve une couche d'un pied d'épaisseur, composée de fragments scoriformes, qui forme comme une salbande : dans le basalte lui-même , il y atfes grandes cavités parallèles, et verticales comme lésion.
Ces filons sont les indices et les restes d'une action postérieure à la formation même des couches : car celles-ci sont tellement bouleversées et brisées qu'on ne peut les suivre que sur une faible étendue ; peutêtre que ce résultat n'est-il que la suite de la sortie et du soulèvement de ces filons.
Les couches qui forment les parties supérieures des roches, paraissent être seulement une agglomération de cristaux de hornblende, qu'il est impossible de méconnaître à leur cassure et à leur forme. Entr? ces
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cristaux , on voit une quantité considérable de petites drusesde zéolithe d'une blancheur éclatante, mais qui sont tellement petites, qu'il est impossible de préciser plus particulièrement leur nature. La masse principale, quand on peut l'observer, paraît d'un gris de cendre et les cristaux de hornblende s'y distinguent de loin par leur éclat : cette roche est d'un fort bel aspect. On remarque une autre roche dans le baranco de los Santos , un peu au-dessus de Sanla-Cruz, à l'endroit où les eaux du baranco sont prises pour être amenées à la ville. Elle paraît se rapporter tout-àfait à celle qui se présente auprès de l'Agua Manza, au-dessus d'Orotava et à Perexil : c'est un mélange grossier de fragments de hornblende , d'augite et de feldspath. Au-dessus se trouve un tuf blanc, puis du basalte compact contenant des petits grains de péridot, très poreux et boursoufflé à la surface. Ce basalte appartient aux coulées de lave de Laguna ; il est recouvert par la Tosca.
Plus haut, dans le même baranco, on voit sortir du sol de la vallée de belles colonnes prismatiques de basalte, et plus haut encore au pofnt où deux barancos se réunissent en un autre plus considérable , s'élève un rocher basaltique aigu , lequel a soulevé les couches de tuf qui recouvraient la vallée , de manière que cel es-ci 6'étendent de chaque côté sur les flancs de ce rocher. A une certaine distance du basalte , ces couches reprennent leur première inclinaison. Ce phénomèneest, entre tous ceux de la même nature , celui qui se trouve le plus près de Sanla-Cruz , et il se présente à fort peu de distance de la ville.
Dans aucuns des nombreux barancos qui se trouvent entre Sanla-Cruz cl Punla de Naga, on ne voit nulle part le trachyte en place. Les LIocs immenses et nombreux qui recouvrent le baranco de S. Andréa, et
qu'on n'observe que dans cette vallée , proviennent de laRocque de Payba, que Ton doit considérer comme appartenant au versant septentrional de la montagne. Dans le dernier de tous les barancos du côté delà pointe extrême de l'île , dans le beau vallon de Ygueste, dont toute la surface , à la vérité peu étendue, est presque entièrement recouverte par des forêts de bananiers, les roebers inférieurs sont formés à peu près complètement d'augite à gros grains : mais à la partie supérieure se trouvent de très puissantes couebes de tufs et de conglomérats basaltiques.
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