‹ Description physique des Iles Canaries, suivie dʾune indication des principaux volcans du globeChapitre 21 sur 48 · DESCRIPTION DE L'ILE DE LA GRANDE CANAR1E · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DE L'ILE DE LA GRANDE CANAR1E

La ville de las Palmas, capitale de l'ile de GraQ Cauaria, est entourée de rochers qui ont beaucoup d'analogie avec ceux des environs de Naples , et qui , au contraire , ne ressemblent nullement aux roches qui se présentent dans le voisinage de Santa-Cruz à Ténériffe.

Toutes les collines qui s'élèvent à environ 800 pieds de hauteur, sont composées de tuf formé d'une argile blanche terreuse et friable, dans laquelle se trouvent empâtés une grande quantité de gros fragments de tracbyte ; assez souvent on y voit aussi de petites pierres • ponces jaunâtres , de telle manière que la masse rappelle tout -à-fait lo tuf de Pausilippe. Celte roche est disposée en couches horizontales.

Immédiatement au-dessus repose un conglomérat formé de blocs considérables , qui ont le diamètre d'une meule de moulin, et qui souvent ont encore de plus grandes dimensions. Ces blocs se composent de masses trachytiques contenant de la hornblende en prismes allongés et de larges lamelles blanches de feldspath : on n'observe dans celte roche aucun fragment basaltique, ni aucun bloc qui contienne du péridot. Enfin , le sommet des montagnes est formé par un conglomérat irrégulier composé de petits fragments de trachyte reliés ensemble par une pâte argileuse.

En général, c'est là la composition de toutes les montagnes qui s'élèvent autour de la ville et dans son voisinage. On observe cependant quelques différences

qui tendent à rappeler que les roches dont il est question sont dues à l'action volcanique. Au nord-ouest, la ville est terminée par le Castel del Rey , bâti sur une colline. Derrière ce châleau , à l'extérieur des murs qui s'étendent là jusqu'au rivage de la mer, le tuf contient une grande quantité d'immenses blocs de trachyte, qui sont tellement considérables que souvent on pourrait les prendre pour des rochers en place. Le trachyte est gris foncé; la masse principale dont il est composé se fendille en petites écailles et ne renferme que des cristaux de feldspath. Ce trachyte ne se présente ainsi que dans une des couches inférieures du tuf; mais on observe les mêmes blocs aussi loin qu'on peut suivre cette couche. Probablement le trachyte d'où dérivent ces fragments se trouve en place dans le voisinage de cette couche, à une petite profondeur au-dessousj mais y il est caché par les roches qui le recouvrent.

Lorsqu'on monte vers le château , on voit au-dessus du tuf une couche de basalte qui renferme de très beaux cristaux d'augite : on trouve des fragments de cette couche dans le tuf lui-même sur le flanc de la montagne du côté de la ville ; et un peu plus bas se montre un conglomérat formé par des fragments gros comme la tête, où on observe tous les états dans lesquels peut se présenter le trachyte, soit sous le rapport de la pâte principale, soit sous celui de la fréquence de la couleur et de la grosseur des cristaux de feldspath qui y sont contenus.

La couche basaltique ne peut point être considérée comme une coulée de lave ; en effet , on la retrouve sur le flanc opposé de la vallée, absolument à la même hauteur; rien d'ailleurs dans son aspect extérieur ne rappelle la texture d'une masse qui aurait été primitivement fluide.

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Lorsqu'on s'élève, au contraire, dans celte même vallée, derrière le Cas tel del Rey, on trouve sur le fond une masse basaltique qui a évidemment tous les caractères d'une coulée, et sur laquelle il est impossible de se méprendre. A la vérité, il n'est pas possible de fixer exactement le point où cette coulée se termine dans la vallée; mais la masse s'élargit dans les points où la vallée devient plus large, et elle se resserre quand elle devient plus étroite ; elle suit aussi tous les contours du sol , et se précipite brusquement lorsque la pente devient plus rapide. Les couches horizontales qui composent les flancs de la vallée suivent une autre allure; elles en atteignent successivement le fond, et disparaissent au-dessous de la surface.

On peut observer ce courant dans la partie supérieure jusqu'au-delà de la route qui , sur la hauteur, mène de las Palmas à Arucas; mais il est impossible de le suivre jusqu'à un cratère ou à un cône de rapilles. Ce basalte constitue donc une coulée ancienne qui a rencontré sur son passage une vallée dans laquelle elle s'est étendue. La lave est formée de basalte compact et pesant, rempli de grains brillants de péridot jaune de mie) et à cassure iinement esquiileuse ; cette substance se présente même fréquemment dans les fragments poreux de la surface.

Auprès d'une maison de campagne située sur le côté sud du cbemin qui mène à Arucas, auprès deTomarazeyte, à environ un quart delieue de la ville et lorsqu'on a déjà dépassé le château , on trouve un conglomérat extrêmement remarquable ; il est peut-être à la hauteur de 300 ou 400 pieds au-dessus de la mer, recouvert par une argile calcaire blanche , et souvent il renferme de grosses coquilles de la nature de celles qui se trouvent sur les rivages de la mer : parmi ces coquilles, on distingue principalement des Cornu, df§

Patella et des Torritella , qui paraissent être la Turritella imbricataria, Lam. Les têts de ces coquilles sont remplis de sables provenant de débris de couches et de petits fragments d'autres coquilles, comme cela a lieu au bord de la mer. Ces phénomènes semblent indiquer que la surface de la mer a été antérieurement à un niveau relatif plus élevé , et, par conséquent, que le soulèvement de l'île a été inégal et périodique.

11 se forme actuellement un conglomérat tout-à-fait analogue sur le bord de la mer. Entre la ville et l'Isleta, on voit ce conglomérat, contenant des coquilles, reposer sur les sables apportés par les vagues. Lorsque les fragments sont très petits, il se produit une sorte de pierre à filtrer qu'on travaille en forme de vases , et qu'on transporte dans toutes les îles. L'eau dépose dans les pores de la pierre toutes les impuretés qu'elle peut renfermer ; et , contenue dans des vases élégants ornés avec des feuilles à*Adianthum reniforme, cette eau se tient constamment fraîche , à cause du suintement continuel qui s'opère à travers les parois , et de l'évaporalion qui, par suite, a lieu à la surface du vase.

Cette pierre filtrante se forme journellement ; le vent alisé du nord-est, qui souffle constamment avec violence pendant tout l'été, soulève les petits fragments

provenant des débris de coquilles, et les grains de trachyte et de basalte arrondis par le frottement des vagues , et les pousse sur la petite langue de terre qui réunit l'Isleta avec la grande île , où ils se déposent en formant des dunes de 50 ou 40 pieds de hauteur, tout-à fait semblables aux,' dunes des contrées septentrionales de l'Allemagne. Derrière ces dunes le vent ne se fait plus seutir sur lejrivage opposé , où les vagues remanient incessamment les matières sableuses que l'eau relie peu à peu en masses solides brisées de nou-

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veau par les marées. L'eau de la mer est échauffée à 20° R. , pendant la plus grande partie de l'année, et une eau échauffée à ce point a partout une très grande aptitude pour former des stalactites et agglomérer les particules calcaires. C'est pour cette raison que les stalactites et les concrétions calcaires sont beaucoup plus fréquentes dans les climats chauds que dans ceux où la température est moins élevée. Ces agglomérations se produisent à l'Isîeta , surtout dans les points où la violence du vent ne vient pas troubler cette formation. Aussi la pierre filtrante se dépose principalement sur le rivage de Contital dans l'Islela, et point sur le bord opposé de Catalina qui est cependant très peu éloigné , mais qui est exposé au vent du nord-est. Cette môme roche se dépose aussi assez souvent sur toute la cote orientale de l'Isleta, et, outre les coquilles marines, elle renferme très fréquemment des Hélices qui sont si caractéristiques pour cette contrée.

En observant celte pierre filtrante avec plus d'attention , on pourrait facilement la considérer comme de l'oolithe ; la plupart des grains sont arrondis, dénature calcaire, formés d'une enveloppe au centre de laquelle se trouve un noyau d'autant plus visible, què c'est généralement un grain de basalte ou de trachyte de couleur foncée. Souvent aussi ce noyau est formé par un fragment assez considérable d'une coquille.

Les gros fragments de trachyte ou de basalte, qui ne sont pas ainsi recouverts d'une enveloppe calcaire , ne peuvent pas, à cause du tranchant de leurs angles, donner lieu à la même pierre filtrante ; et sans l'existence de ces blocs un peu plus considérables, toute la roche pourrait être confondue avec de l'oolithe.

J'avoue que depuis que j'ai vu se former cette roche poreuse, je ne puis considérer les oolithes delà formation jurassique autremeut que comme le résultat d'un

mouvement très continu des débris de coquilles dans une eau très chaude , et je ne doute pas que ce soit le même phénomène qui produise les couches oolithiques des bancs de coraux qui se forment dans les contrées intertropicales.

TELDE.

À l'est de Palmas , sur le chemin de Telde , on peut observer une belle coupe des diverses couches qui composent la montagne sur une falaise escarpée au bord de la mer. Ces couches paraissent s'étendre d'une manière générale dans toutes ces contrées peu élevées. A la partie supérieure, se trouve un conglomérat tout-à-fail semblable à celui qui forme le sommet des montagnes auprès de la ville. Il se compose seulement de blocs trachy tiques; on n'y observe point de basalte. Les fragments sont très gros et répartis très irrégulièrement dans la masse.

Le conglomérat repose sur une couche sableuse, oolithique à grains tins, analogue à la pierre filtrante qui recouvte l'isthme î celte roche est formée de débris de coquilles , dans lesquels on voit aussi de grosses coquilles encore entières ; elle est en partie à l'état pulvérulent, comme les sables du fond de la mer, et en partie à l'état de roche solide Auprès de Xinamar, on reconnaît dans la couche de grosses coquilles bien conservées de Conus. Il pourrait très bien se faire que ce fût la même couche que celle qui se présente au-dessus du Castel dei Rey , sur le chemin de Tomarazeyte : on voit, en effet, cette couche se continuer très loin et couvrir une grande surface. Au-dessous se trouve une couche supérieure de pierres-ponces jaunes et de tripoli terreux et grossier : cette masse , malgré son peu de

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cohérence, est fort employée comme pierre à bâtir ; elle contient une grande quantité de fragments trachy tiques de la grosseur d'un œuf. Après celte couche vient une masse de trachyte divisée en grosses écailles entrelacées , puis une couche fort épaisse de basalte qui, sur les bords, prend la texture amygdaioïde, et dont les cavités sont alors remplies par des crisiaux déliés d'Arragonite : dans la masse se trouvent des cristaux d'augite, mais point de feldspath. Au-dessous du basalte on voit reparaître le (uf nonceux.

Lorsqu'en partant de Telde on monte dans la vallée ou dans le baranco vers le Val Sequillo, on voit bientôt à découvert, des deux côtés de la vallée , la couche basai tique divisée alors en grandes et belles colonnes prismatiques à cinq pans , qui rappellent lout-à-fait les prismes basaltiques de la Chaussée des Géants ou de la Tour d'Auvergne : le basalte est en grande partie à gros grains; la masse principale en est compacte, et contient seulement fort peu de très petits cristaux noirs qui ne sont pas de l'augite, mais qui paraissent èlre de la hornblende. La pâte de la roche se distingue de toutes les autres roches de la contrée par sa grande pesanteur spécifique. On n'observe point ici les masses scoriformes ni les conglomérais basaltiques qui alternent si fréquemment avec ie basalte à Ténériffe ou dans l'île de Palma.

11 résulte évidemment de là que dans !a formation des parties inférieures de l'île, vers le nord-ouest, le trachyte a de beaucoup prédominé sur le basalte. Le tuf blanc, les pierres-ponces se rapprochent beaucoup du trachyte, et on ne peut guère leur assigner d'au Ire origine que ceîlede laquelle sontdérivés les nombreux blocs trachytiques qui y sont aussi englobés. Quant au basalte, ne doit-on pas le considérer comme le résultat d'une action postérieure? Il est certain qu'entre

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Telde et las Pal mas , le trachyte est recouvert par le basalle. On voit ce basalte tout près de la mer ; il contient du feldspath brun ; la masse priucipalecn est brillante, presque esquilleuse. Ces couches sont très fortement inclinées vers le sud et le sud-est.

VANDAMA.

La Gran Canaria ne présente aucun volcan, c'est-àdire aucune communication avec l'intérieur de la terre par laquelle les phénomènes volcaniques puissent se manifestera la surface. Depuis que l'île est connue, on n'a jamais non plus observé d'éruption qui ait donné naissance à des coulées de lave. Cependant cette île n'a pas échappé aux influences de l'action volcanique ; mais , ce qui est très remarquable , les traces de celte action ne peuvent s'observer que sur un espace fort restreint. La partie de l'île, située au nord-est, présente des coulées de laves bien caractérisées et parfaitement déterminées, qu'on peut suivre jusqu'aux cratères qui leur ont donné naissance ; elles sont moins évidentes dans la partie située au nord-ouest ; et dans tout le reste de l'île, on ne peut plus voir aucune trace de coulées, de scories, ni derapilles.

Le plus remarquable de tous les cratères de l'île de Canarie , et peut-être même un des plus remarquables de tous ceux qu'on observe à la surface du globe, est la Caldera de Yandama: elle se trouve au sud de la ville de las Palmas, à une distance d'environ un mille allemand. Long-temps avant de parveuir à cette immense excavation, la grande quantité de petits ra pi 11 es noirs qui sont répandus tout autour en fait soupçonner l'existence. Sur la pente qui regarde la mer, on voit

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déjà paraître ces rapilles à peu près aux deux tiers de la distance qui la sépare du centre du cratère. Comme cela a lieu généralement , ces matières deviennent plus 1 fréquentes à mesure qu'on approche des bords du cratère, qui en sont même formés sur une hauteur de près de 70 pieds. Les rapilles forment des couches peu épaisses qui reposent les unes sur les autres en suivant la pente du cône , ce qui permet d'évaluer par là l'inclinaison

de cette pente. Cette détermination ne laisse pas que d'être d'une grande utilité pour trouver le cratère dans le cas où il n'est pas bien caractérisé , ou lorsqu'il a été détruit par les éruptions postérieures.

Parmi les rapilles noirs qui forment les bords du cratère , on voit une grande quantité de matières scoriformes et de blocs considérables. A une certaine profondeur les parois du cratère sont formées par un conglomérat dont la masse principale est une sorte de wacke sans mica ni hornblende, dans laquelle se trouvent empâtés de petits fragments d'une amygdaloïde dont les nodules sont remplies par de l'Arragonite en aiguilles; on y voit aussi des blocs de basalte et beaucoup de fragments trachy tiques. Ce conglomérat forme

(*) A Caldera. E Baille.

B C Rapilles. F Tuf.

D Tuf blanc, j G Conglomérat.

H Trachyte.

des masses de rochers qui s'étendent , au moins dans la partie septentrionale , depuis le haut presque jusqu'au foud du cratère. La même roche se trouve en place à l'extérieur du cratère dans les parties inférieures du flanc occidental, près de la Vega de S. Brigita. En ce point le basalte paraît au-dessous du conglomérat; il renferme une grande quantité de péridot d'un vert foncé : sa texture est tellement grossière que c'est avec la plus graude peine qu'on peut parvenir à avoir une cassure fraîche.

Dans l'intérieur du cratère, on ne voit point du tout de basalte : au contraire , toute la partie ouest est formée par d'immenses rochers detrachy te, et tous les blocs qui se présentent de ce côté sur la pente de la montagne, sont de nature trachy tique. La masse principale de celte roche est grise, fissile, à cassure presque unie : les cristaux de feldspath qui y sont empâtés sont blancs, n'ayant pas toujours le même éclat vitreux , ils sont très déliés et disposés parallèlement les uns aux autres ; la hornblende est en cristaux extrêmement petits. Dans quelques parties, la pâte de la roche devient brun rougeâtre. On y trouve fréquemment du fer oxydulé magnétique en petits cristaux, visibles à l'œil nu.

Ce trachy le ne s'observe pas, du côté opposé, dans le fond du cratère , et il est probable qu'il n'y existé

pas. Si en quittant cette roche trachylique on descend sur les rapilles qui forment la pente extérieure de la monJagfte, avant de parvenir au basalte qui se montre auprès 4e la Vega, on trouve un tuf blanc qui n'est pas composé de pierres -ponces, mais qui se rapporte tout-à-fail au tuf de las Pal mas.

Cet immense cratère, plus grand encore que celui du pic de Téa riffo , rappelle par son aspect et par sa profondeur le Lago Ai Nemi , et plutôt encore le lac

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d'Albano. Il est entièrement circulaire, et M. Escolar évalue le diamètre de son ouverture supérieure à une média millaile diamètre à la base inférieure est, d'après le même auteur, de 450 à 500 varas (1,100 à 1,500 pieds environ ). Le fond du cratère est une plaine fertile, couverte de belles plantations, de vignobles et d arbres fruitiers.

Le bord oriental du cratère s'élève un peu plus haut que l'autre côté, et il forme une sorte de pointe, le Pico de Vandama, que Ton aperçoit des parties inférieures depuis las Pal mas.

Le sommet de cette protubérance est à 1,722 pieds de Paris au-dessus du niveau de la mer ; une maison bâtie sur le bord même du cratère, li laquelle aboutit le chemin qui descend dans la Caldera ,est à 1 ,545 pieds au-dessus de la mer ; le fond du cratère est seulement à 603 pieds , le fond est par conséquent à 1,050 pieds au-dessous du bord le plus élevé, et encore à 040 pieds au-dessous du bord le plus surbaissé du cratère.

Le lac Albano paraît extrêmement profond; cependant la surface des eaux ne se trouve pas à plus de 574 pieds au-dessus du point le plus élevé , le couvent des Capucins ; mais depuis cette surface jusqu'au fond réel du lac, il y a peut-être encore 900 piiïds.

On chercherait vainement les courants de lave appartenant à ce cratère ou qui auraient été rejetés de ses flancs. Dans l'Ultérieur, sur le fond , on ne voit rien qu'on puisse considérer comme une coulée ou comme mi? lave primitivement fluide. Il est même très vraisemblable que ce cratère si bien conservé n'a rejeté auçun produit de celte nature : en effet , c'est ordinairement par les parties tchancrées ou tout -à -fait détruites des bords d'un cratère qu'on reconnaît les poiuts par lesquels la lave s'est fait jour et a coulé à la surface.

Tout ce qu'on observe dans l'intérieur de cette Caldera paraît donc n'être rien autre chose que les restes des couches disloquées de basalte , de tuf et de trachyle qui se font remarquer près des bords de la mer. Le conglomérat qui se trouve sur la partie septentrionale ne peut guère être considéré que comme ayant été produit par du basalte brisé et pulvérisé, dans lequel auront été englobés des fragments de basalte et de tracbyte.

Il est cependant difficile de croire que l'action volcanique qui a formé ce cratère si considérable n'a pas eu assez d'intensité pour produire une coulée de lave; peut-être ces laves ont-elles produit en même temps un cratère voisin et moins considérable, par lequel elles se sont fait jour pour se répandre à la surface. Je suis fortement porté à croire que la coulée de Xinamar appartient au cratère de Vandama, et qu'elle est venue à la surface par une bouche volcanique en connexité avec ce cratère. Il est à remarquer que cette coulée est peu éloignée de Vandama.

Lorsque de Vandama on descend vers Xinamar, du côté du nord-est , on trouve à une demi-lieue une montagne formée de rapilles , qui s'élève à gauche de la vallée, à environ 300 pieds au-dessus des conglomérats sur lesquels elle est assise. Cette montagne se se trouve déjà beaucoup plus bas que le fond du cratère de Vandama; elle est composée de fragments et de scories noires et brunes , sans aucune cohérence. Le sommet de la montagne est occupé par un petit cratère, dont la circonférence est de quelques centaines de pas et la profondeur de 20 pieds. L'éruption qui a produit le cône a brisé les couches de tuf et de conglomérat dans le voisinage; on voit le tuf blanc se continuer tout près jusque sous les rapilles. Au-dessus on remarque une coulée de lave.

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À partir de cette montagne et aussi de la pente opposée de Telde , on voit descendre dans le fond des vallées de larges rubans noirs qui s'étendent comme des ruisseaux , se réunissent dans les points où les vallées se réunissent, et suivent alors une route commune à travers la vallée principale : ces courants n'atteignent cependant pas la mer; ils se terminent auprès de l'église de Xinamar. Le chemin de Xinamar à Telde passe tout près de la base d'un autre cone de rapilles, au pied duquel commence une coulée analogue qui suit la vallée et se précipite vers la mer.

Ces laves sont poreuses et boursouftlées à un tel point qu'il est fort difficile de distinguer la masse solide dont elles sont composées ; cette masse est basaltique: on y voit distinctement du péridot et de la hornblende , mais point de feldspath. L'épaisseur de ces coulées est , au reste , fort peu considérable et ne s'élève pas au-dessus de 10 pieds.

L'aspect des coulées et leurs autres caractères les rapproche si évidemment des produits volcaniques les plus récents , qu'il est fort surprenant qu'aucune tradition n'ait transmis le souvenir des éruptions qui les ont produites.

D'ailleurs, ces laves ne peuvent rien indiquer sur la nature des masses intérieures , quoiqu'il soit à peu près hors de doute qu'elles ne proviennent pas des couches basaltiques qu'on observe daus toute cette contrée au fond des vallées et sur les bords de la mer.

Les coulées que nous venons de mentionner sont les seules bien déterminées de l'île (f isleta excepté), qu'on puisse comparer aux produits des volcans encore en activité. Toutes les autres matières qu'on observe dans les vallées, et qu'on pourrait très bien prendre pour des coulées, parce qu'elles suivent la pente de ces vallées, sont généralement recouvertes par les tufs et lesconglo-

mérals , ce qui montre qu elles appartiennent à une période où l'état de l'île était tout-à-fait différent.

Sur le chemin de las Palmas à Vandama, au milieu de la belle vallée de la Vega , s'élèvent deux autres cônes qui , dans leur structure intérieure , ont beau • coup d'analogie avec celui de Vandama. La plus grandepartie de ces deux montagnes est recouverte derapilles; tous deux sont ouverts , et, par suite , la Caldera qui se trouve au milieu est peu apparente et mal déterminée. Le premier qui est situé le plus bas dans la vallée , se trouve un peu au-dessous de la maison de campagne Hernan Manriquez sur le côté oriental de la vallée , et à cause des grottes artificielles qu'on y a creusées y porte le nom de las Guevas de los Frayles. Du pied de ce cône sort une coulée de lave très poreuse , contenant du feldspath et de la hornblende , et qui par conséquent est trachy tique.

L'autre cône d'éruption situé plus haut dans la vallée, se nomme Pico de VAngostwa; il est tout-à-fait ouvert du côté de la vallée , et est presque entièrement formé de couches de rapilles noirs. Les hommes ont creusé cette masse poreuse pour se faire des habitations qui constituent le petit village de Tofina. Je n'ai pu trouver de coulée de lave correspondant à ce cône d'éruption.

Tous les phénomènes volcaniques caractérisés d'une manière bien évidente sont restreints à la partie de l'île comprise entre la grande vallée de la Vega de Santa Brigida à l'ouest et celle de Xinamar à Test. Au -delà de ces limites on ne voit plus rien qui rappelle les éruptions , les scories ou les rapilles. L'action volcanique ne s'étend pas non plus beaucoup dans la hauteur.

De Vandama la chaîne de Montagnes s'élève par une pente assez douce vers la magnifique contrée d'Ata-

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laya : en ce point on voit encore quelques montagnes qui paraissent être des cônes d'éruption , et jusque là on trouve des rapilles répandus sur le sol. La nature de la contrée change tout-à-coup ; toutes ces masses noires sont limitées par une arête aiguë qui les sépare des couches de tuf blanc qui s'étendent sur un espace considérable. La roche qui compose les couches dont il est question , ressemble encore plus au tuf de Naples que les roches de las Palmas ; la masse qu'on trouve à Atalaya est en effet un tuf ponceux bientaractérisé , et non plus, comme au bord delà mer, une roche spongieuse et pulvérulente.

C'est dans ce tuf que sont creusées les habitations des gens de la contrée, et leurs maisons y sont disposées en terrasses et fort régulièrement les unes au-dessus des autres. La porte et quelques fenêtres qui éclairent l'intérieur sont les seuls objets qui d'en bas fassent reconnaître que la montagne est habitée, et encore ces objets ne sont -ils plus visibles à une petite distance. Pendant la chaleur du jour , les habitants se retirent dans leurs maisons ornées et couvertes de nattes construites avec les fibres des feuilles de V Agave \ ils s'y abritent tout le jour contre l'ardeur du soleil , et lorsque sur le soir on voit les deux mille habitants de cette ville souterraine sortir de tous côtés de leurs maisons et se répandre dans toutes les directions sur la montagne , comme si la terre venait tout-à-coup de les enfanter, on est tenté de récuser le témoignage de ses sens et de regarder ce spectacle étrange comme une illusion.

La ville est située sur le flanc d'une vallée qui dans son prolongement sépare la montagne de Vandama du cône volcanique de Xinamar. A quelques centaines de pieds de Vandama, en descendant dans la vallée, on voit une masse basaltique divisée en colonnes prisma-

tiques . ce basalte qui s'étend en suivant la vallée, et en Rabaissant vers le fond , se rapporte probablement à celui qu'on observe au-dessus de Telde , et au fond des barancos près des bords de la mer*

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