OINTS CULMINANTS Ï)E L'ILE
Telde se trouve dar s une vallée qui s'élève à travers la montagne, et au baut de laquelle est bâti le village de Val Sequillo , qui a pris le nom même de la vallée. Telde est seulement à 259 pieds au-dessus de la mer, tandis que l'église de Val Sequillo est déjà à 1,711 pieds, c'est-à-dire à la même hauteur que la pointe de Vandama. A partir de là , la pente de la montagne s'élève rapidement et se termine par un rocher saillant qui, sur le côté oriental, est le point le plus élevé de l'île. Ce rocher , terminé par une croix , s'élève à 5,506 pieds de hauteur et s'appelle el Rocquc del Sauciilo. Il se compose de trachyte dont la masse principale est feldspathique, grise et fortement translucide. Cette masse empâte une grande quantité de petits cristaux prismatiques de hornblende, et on y voit souvent aussi beaucoup de taches blanches formées de feldspath : la roche se divise en tables colonnaires élevées. Au-dessous de ce trachyte se trouve une couche formée de blocs disposés comme dans un conglomérat ; ils n'ont entre eux aucune liaison , et on a pu facilement creuser des grottes dans cette couche. Plus bas encore paraît une couche blanche, brillante, que l'on peut suivre très loin dans les vallées , à cause de sa couleur éclatante. Elle ne diffère cependant pas essentiellement d'un trachyte solide, et est peut-être le résultat d'une altération du trachyte par les matières acides qui lui auraient donné
DESCRIPTION CMKiNOSTIQLi:. 245
cette couleur blanche. La montagne continue à s'élever du côté de l'ouest , au-dessus du rocher de Saucillo, mais par une pente très douce , et elle atteint ainsi le point culminant de toute l'île , le Ptco del Pozo de las
Nieves.
Cette cime de la montagne est ainsi nommée, à cause du voisinage d'une grotte où les chanoines de las Palmas conservent la neige qui parfois tombe pendant l'hiver sur le sommet de la montagne ; toute celle qui ne leur est pas nécessaire est vendue par eux aux habitants de la ville , et ils retirent de ce commerce des profits assez considérables. Le Pic s'élève à 5,842 pieds , hauteur considérable à laquelle on est loin de s'attendre d'après la pente douce et unie qui mène jusqu'à celle sommité.
La pâte du trachy te dont il se compose est un peu plus foncée que celle du rocher de Saucillo : il renferme un peu moins de hornblende, mais qui est en cristaux plus considérables et mieux déterminés. Le feldspath n'y est pas bien caractérisé , mais il s'y trouve beaucoup de petits grains verts , à cassure conchoïde , que l'on reconnaît facilement pour du péridot. Toute la masse est parsemée de taches et de petites cavités remplies fréquemment par de petits cristaux blancs mats et opaques d'Analcime.
Il n'est pas douteux d'après cela que les roches qui composent le sommet de la Gran Canada ne soient du trachyte , et en cela cette île se distingue essentiellement de l'île de Palma; car le Cirque qui environne la Caldera de Palma est formé de roches basaltiques, et nulle part on n'y voit de trachyte.
Sur la Cumbre , la crête la plus élevée de la montagne, se trouve un filon d une grande puissance, qu'on peut suivre des yeux aussi loin que la vu î peut s'étendre. Dans une direction perpendiculaire on voit
aussi sur le flanc de la montagne plusieurs autres filons de 4 à 5 pieds d'épaisseur. Ils se composent tous de basalte gris-noir, compact et très tenace : sa cassure est inégale et à grains fins , sa densité très considérable. Il empâte une grande quantité de cristaux brillants et verts d'augite qui paraissent d'une manière bien évidente , et se distinguent à la surface de la masse, lorsque celle-ci a été altérée et décomposée. Ge basalte contient peut-être aussi du péridot , mais il n'est pas visible. Ces filons s'élèvent comme fie grandes murailles au-dessus de la roche qu'ils traversent. On ne les retrouve plus dans les parties inférieures , au pied de la montagne. Ge phénomène est remarquable et mérite d'autant plus d'attention que les filons sont formés de basalte et traversent des masses trachytiques.
La pente du Pico del Pozo de las Nieves , au sud, du côté de Tiraxana est aussi escarpée et aussi rapide qu'elle est douce et unie vers le flanc septentrional ; elle forme une véritable muraille qui, détendant en demi-cercle, entoure un cirque extrêmement profond. Cette ceinture de rochers, quoique moins élevée, se continue même au sud du coté de la mer , et enferme la Caldera de Tiraxana , de telle sorte qu'il ne reste qu'une issue , l'étroit défilé de Mas Palamas pour y pénétrer. Ce cirque est un véritable cratère de soulèvement , qui bien que moins profond que celui de l'île de Palma est aussi bien caractérisé et d'une étendue aussi considérable.
Lorsqu'on le considère du sommet de la Cumbre, l'aspect de toutes les parties doit faire supposer que les rochers et l'arête saillante ne sont absolument formés que de trachyte ou de roches trachytiques. A cette distance même, le basalte se reconnaîtrait facilement par sa couleur noir gï par Ja saillie plus considérable de Ses rochers e i de ses couches.
DESCRIPTION GÉOÇNOSTIQUE. 247
Sur le pourtour extérieur , au nord et du cdté de las Palmas, on arrive après une demi-lieue de marche à des collines qui ne sont formées que de scories et de fragments brisés. Ces montagnes se trouvent , comme à Madère , à plusieurs centaines de pieds de hauteur. Ce ne sont point des cônes isolés; les montagnes forment une sorte de chaîne qui présente partout la même composition. Le Monte Colorado , crête aiguë qui sépare la vallée de Sequillo au-dessous du rocher de Saucillo , de la vallée de Lecheguillo, est formé de ces sortes de scories qui lui donnent une couleur rouge foncée. Plus bas dans les points où les vallées mettent à découvert l'intérieur de la montagne , on voit paraître au-dessous de ces scories des couches grises basaltiques, contenant une grande quantité de soufflures très alongées. On peut suivre ces couches plus bas en descendant la pente des vallées. Les roches dont elles se composent contiennent très souvent de l'augite. H On chercherait en vain le cratère qui aurait rejeté ces scories ou ces couches. Ces matières paraissent s'étendre sur un espace beaucoup trop considérable pour provenir de l'éruption d'un cratère isolé. Si les scories ne se présentaient pas à la surface , on pourrait croire que ce sont les mêmes matières qui forment le conglomérat basaltique qui alterne si fréquemment avec les couches de basalte dans toutes les îles volcaniques.
Comme ces couches se présentent à l'extérieur du cratère de soulèvement de file et qu'elles suivent la pente du flanc de cratère et des vallées qui les traversent, il est à peu près évident qu'elles reposent sur le trachyte qui forme la Cumbre et la crête des montagnes , et que par conséquent ce trachyte compose la masse intérieure de celte contrée.
Lecheguillo, le premier village qu'on rencontre en descendant la vallée de VegadeSanta-Brigida, à partir
248 description des îles Canaries.
de la Cumbre , se trouve à une hauteur de 3,103 pieds au-dessus de la mer : S. Mathéo , le point le plus rapproché de l'église, est à 5,406 pieds de hauteur.
Un peu au-dessus de Lccheguillo , on voit dans la vallée des couches formées de grosses boules basaltiques , et au- dessous des couches composées de petits fragments scoriformes , rouges et agglomérés : ces couches sont tout-à-fait analogues à celles qui se présentent si fréquemment entre les couches de basalte. Au-dessous de S. Mathéo , près de la Vega, on trouve, dans une position analogue, des couches de basalte gris-noir, contenant beaucoup de grains de péridot, mais point de hornblende ni d'augite. Les cavités et soufflures de ce basalte sont fréquemment remplies de Ghabasie en rhomboèdres. La Vega, auprès de l'Église, est à i ,476 pieds au-dessus du niveau de la mer.
Dans les parties inférieures on aperçoit le volcan de Yandama , las Cuevas de los Frayles et le Pico de l'Angostura. Il est remarquable que leurs produits soient basaltiques , car ces matières ont dû briser et traverser les couches de basalte qui, du haut de la Cumbre, s'étendent sur toute la montagne; et, puisque les rochers de trachyte sont en même temps mis à découvert , on doit supposer qu'en général la couche basaltique n'a pas une très grande épaisseur.
ISLETA.
L'isleta est liée à l'île de la Grande Ganarie comme le Gastel dell' Uovo l'est à la ville de Naples , comme Volcanello l'est à l'île de Yolcano. L'isthme qui établit celte communication serait inondée par les eaux, si le veiit
DESCRIPTION G ÉOONOSTI QUE. 249
d'est n'y accumulait pas constamment les sables et les débris de coquilles : celte langue de terre est donc comme recouverte d'un manteau blanc, qui s'élève sur les rochers de la grande île jusqu'à une hauteur considérable, et fui, vu du haut d'Àtalaya, produit un effet tout» à-fait bizarre et singulier.
L'I&leta est divisée en deux portions parfaitement distinctes. L'une d'elle est recouverte par les produits des éruptions volcaniques les plus considérables de cette contrée, l'autre est entièrement basaltique. Toutes deux forment deux chaînes de montagnes parallèles , qui s'étendent à travers l'île, du nord-est au sud-ouest.
Le point culminant de toute cette région est la bouche volcanique sur laquelle est bâtie la tour d'Atalaya ; il ne se trouve pas tout-à-fait à 1,100 pieds au-dessus de la mer. Cette montagne s'élève avec une pente uniforme et très rapide, depuis la hauteur de 900 pieds jusqu'à son sommet, et elle est entièrement formée de scories et de gros rapilles noirs et poreux.
Sar le faîte de la montagne s'ouvre un cratère allongé du côté de l'est, d'où il résulte que c'est dans cette partie que la lave s'est frayé un passage : toutefois la coulée s'est bientôt répandue de tous les côtés , et a presque entièrement enveloppé la montagne d'Àtalaya. Cette lave est descendue dans la vallée qui sépare le cratère de la chaîne basaltique, et a suivi cette vallée jusqu'à Conlital : comme dans les scories qui coulent des fourneaux de fusion , la lave présente des espèces de flots de matière fluide poussés les uns par les autres sur la pente de la vallée. On distingue bientôt cinq autres cratères disposés sur une ligne un peu recourbée vers le nord-est , qui s'étend jusqu'au rivage de la mer ; chacun d'eux est probablement le point de départ d'autant de coulées qui, en se réunissant, ont formé un vaste champ de laves. Ces cratères sont évi-
demment les divers points d'une fissure qui traversa toute l'île, et qui ne s est manifestée à la surface que par ces ouvertures isolées.
L'intérieur de la lave qui compose ces diverses cou^ Jées n'est mis à nu dans aucun point, et l'on nef eut observer que la cassure des morceaux de la surface. D'après cet examen, la masse est très poreuse, et les parties qui séparent les soufflures paraissent n'avoir que peu d'éclat. Gependant on voit dans cette lave des grains verts et transparents de péridot, beaucoup de cristaux blancs mal déterminés de feldspath , et des -grains d'un bleu de saphir, qui peut-être sont analogues à ceux que contiennent les laves du lac Laach. La lave englobe souvent de grandes masses blanches, pulvérulentes, à texture grenue comme une roche arénacée, qui semblent appartenir à des roches feldspathiques, peut-être à du trachyte.
Dans le fond des vallées , la lave , sans former des colonnes tout- à -fait prismatiques comme le basalte, paraît cependant avoir une tendance à se diviser en grandes masses verticales , sans doute par suite de la contraction qu'ont dû éprouver les matières en se refroidissant , action qui doit généralement s'exercer sur toutes les roches de cette nature , qui ne peuvent se répandre à la surface que dans un certain état momentané de dilatation.
Aux deux extrémités de celte suite de cratères , se trouve un conglomérat formé de fragments de trachyte empâtés dans une masse blanche de tuf: cette roche s'étend sur un espace peu considérable. A Gonûtal, le conglomérat forme une petite colline qui est complètement entourée, comme une île, par deux portions de la coulée de lave de l'Alalaya : du côté du nord se trouve le pied du dernier cône de rapilles. Ce conglomérat recouvrait peut-être toute la surface avant
DESCRIPTION GEOGNOSTIQUE. 251
l'époque où se sont faites les éruptions de ces cônes volcaniques.
Quoique le volcan d'Atalaya soit fort élevé , la lave de se trouve pas à une hauteur considérable sur ce cône dont les parties supérieures ne sont formées que par l'accumulation des scories et des rapilles rejetés de l'intérieur. Il est à remarquer qu'aucune des coulées de lave, pas même celle de Vandama, ne provient d'une hauteur un peu considérable. A peine les trouvet-on à 350 pieds au-dessus de la mer.
La partie située au nord-ouest de l'Isleta, et formée de roches basaltiques, diffère beaucoup par l'aspect de la contrée stérile et désolée qui s'étend au loin autour de ces cratères. Les couches basaltiques reposent ici horizontalement les unes sur lés autres, et cette disposition se continue aussi loin que la vue peut s'étendre. À la partie supérieure est une couche très épaisse de basalte, coupée presque à pic, surtout du côté de la mer. Au-dessous se trouve une masse argileuse scorifonne brune, puis du basalte solide divisé en beaux primes pentagonaux , qui , en partie , s'élèvent sur le rivage en grouppes isolés , et qui aussi forment sur le bord de la mer une sorte de grève immense admirablement pavée. L'aspect de ce rivage rappelle celui de la côte septentrionale d'Antrim , la Chaussée des Géants et ses environs; l'analogie avec ces localités est aussi complète que possible, non-seulement par cette espèce de pavage naturel , mais aussi par les immenses rochers que forment sur une grande étendue les couches horizontales de basalte. La roche qui se divise ainsi en une longue suite de colonnes , est aussi , à cause de sa couleur, de sa densité et de sa ténacité, beaucoup plus basaltique que toutes celles qui se présentent dans les autres parties de l'île. On y voit quelques cristaux d'augite d'un vert-poireau foncé, et
232 DESCUIl»TIO?f DES ILES CANAIUES.
beaucoup de petits grains jaunes-orangés, qui paraissent être du péridot.
Quelques grouppes de ces cotonnades sont aussi quelquefois formés d'une roche un peu plus poreuse. Certaines autres masses présentent un aspect tout-à-fait particulier : les colonnes sont tellement pressées les unes contre les autres , qu'on ne voit entre elles aucun intervalle ; le centre de chaque prisme est formé par un noyau noirâtre de basalte solide , tandis que le reste des colonnes est une enveloppe d'un gris-blanc assez clair. Si Ton l'examine cette roche d'un peu plus près, on reconnaît que Taxe de ces colonnes est rempli d'une quantité considérable 4c pores allongés : ces cavités contiennent de très petites. boules arrondies de mésotype blanche ; dans la cassure, cette zéolithe paraît composée de fibres divergentes ; les grains de mésotype sont tellement petits, qu'on peut à peine les distinguer par leur couleur sur le fond noir de la roche. Plus les parties que l'on considère s'éloignent de Taxe des prismes, plus ces boules deviennent fréquentes, de manière à changer enfin la couleur générale de la masse. A la surface des prismes, elles sont grouppées ensemble, et assez considérables pour qu'on puisse nettement distinguer leur texture radiée. Dans les grandes cavités, les plus grosses boules sont même recouvertes par d'autres petites concrétions. Il résulte de cette disposition qu'à la surface des prismes la mésotype est presque prédominante sur la pâte même qui l'enveloppe ; par suite la couleur noire du basalte passe an gris , et en même temps la roche perd aussi beaucoup de sa ténacité. Les intervalles mêmes que les prismes laissent entre eux sont tout-à-fait remplis par de la mésotype compacte (semblable à de la natrolite) qui form« autour de chaque colonne une mince enveloppe blanche. Très souvent l'action des vagues , peut-être par le frot-
DESCRIPTION GÉOGNOSTIQUË. 255
tement des grains de sable dans les pores de la roche , a détruit la tête des colonnes de basalte ; il n'est plus alors resté qu'une sorte de petite muraille de mésotype formant des cellules à parois très minces, au fond desquelles on voit la partie non entraînée du prisme de basalte. Toute cette roche est donc extrêmement remarquable.
Il est évident, d'après cette disposition , que la mésotype a été introduite dans les cavités du basalte par des infiltrations postérieures à la formation de cette roche ; tout autre substance également très divisée aurait été introduite de la même manière dans les pores des prismes de basalte.
Au-dessous des colonnes basaltiques, on voit paraître des couches minces , blanches et brunes, d'une matière argileuse. Vers le château de Conûtal , la couche supérieure de basalte qui, comme la précédente, n'est pas divisée en prismes, est recouverte par une autre couche de rapilles bruns, qui suit la même direction et la même inclinaison. Plus loin, du côté de l'isthme , toutes les roches sont recouvertes par les rapilles noirs et incohérents des cratères d'éruption ; et dans le havre deConfital on voit paraître une branche de la coulée de lave d'Atalaya, qui, de ce côté, se précipite dans la mer.
CALDERA DE TIRAXANA.
Depuis Aguimez, situé sur la côte orientale de l'île, et à une distance d'environ une lieue de Telde , vers Test , le flanc de la montagne s'élève jusqu'à la Caldera, par une pente douce et à peu près égale : aucun rocher saillant ne vient rompre l'uniformité de cette surface ; mais les blocs qui la recouvrent complètement, et qui empêchent le développement de toute culture, lui
254 DESCRIPTION DÈS itRS CANARIES;
donnent un aspect morne et désolé : quelques baissons tfEuphorbia f dispersés çà et là, peuvent seuls végéter sur ce sol stérile et dévasté. Les blocs sont formés de basalte, contenant beaucoup de soufflures, et renfermant du péridot. Ce flanc de la montagne est découpé par trois barancos (vallées) dans lesquels on peut reconnaître que les blocs de basalte reposent sur une masse basaltique disposée en couche ; la roche contient un grand nombre de soufflures parallèles entre elles , et qui suivent aussi l'inclinaison de la couche. Le basalte a une épaisseur de 6 à 10 pieds , et la surface inférieure de la couche prend toujours un aspect scoriforme. Il repose sur une couche de scories au-dessous de laquelle se trouve une autre couche de tuf basai' tique. Dans le dernier de ces barancos est bâti le village de Tamisas ; les eaux qui sourdent dans cette localité y jaillissent avec plus de force que dans aucune autre partie des îles , et les oliviers y croissent aussi avec plus de vigueur.
A une lieue plus loin , on arrive à la hauteur qui domine Santa Lucia , et qui aussi forme le bord de la grande Caldera, du côté de Test; le cratère se termine en ce point par une muraille presque verticale , sur laquelle on peut facilement étudier la composition de l'intérieur de la montagne. A la partie supérieure, se trouve un tuf basaltique contenant des blocs de basalte ; au-dessous vient une coulée de basalte solide , puis une masse de scories et de tufs ; et enfin , tout au fond du baranco de Santa Lucia , on voit une masse très puissante de basalte divisée en belles colonnes prismatiques : ce n'est donc qu'à cette profondeur que le basalte se présente dans cette île en colonnes prismatiques et avec des caractères bien déterminés : ce basalte , quoique poreux, ne contient pas de soufflures. Il est noir et plus pesant que le basalte des couches
DESCRIPTION CiÉOGNOSTlQUE.
supérieures. On y reconnaît une grande quantité de petits cristaux de péridot , mais point de feldspath ni de hornblende.
D'Aguimez jusqu'au fond de la Caldera, on ne voit aucune roche trachy tique , ni qui se rapproche du trachyte , pas même le tuf blanc qui recouvre toute la surface dans les autres parties de la contrée.
Aguimez est déjà à 947 pieds de hauteur au-dessus (te la mer. Tamisas, dans lebaranco, est à 2,108 pieds ; le point le plus élevé du bord de la Caldera, au-dessus de Santa Lucia , se trouve à 2,961 pieds de hauteur; tandis que Santa Lucia ou même Tiraxana, au fond du cralère, ne sont plus qu'à 2, 1 09 pieds. Quant à la hauteur, ces montagnes basaltiques que forment les bords de la Caldera, au sud-est , diffèrent beaucoup des montagnes de trachyte qui constituent les bords de ce cratère du côté du nord et du nord-ouest, et qui, depuis le rocher deSaucillo, sur la montagne de Pozo de las Nieves, forment plus de la moitié de la circonférence de la Caldera. La différence de l'élévation de ces deux chaînes est de plus de 500 pieds.
Le basalte ne s'étend pas beaucoup dans la Caldera, on ne le voit que sur le bord qui termine le cratère au sud-est et point dans la partie centrale. Lorsque de Santa Lucia on s'élève du côté du nord sur le flanc tradytique de la Caldera, on arrive au-dessus dé Tonte à des masses de rochers aigus qui se trouvent encore dans les parties profondes sans alternance de tuf. La roche dont ils sont composés paraît être schisteuse, et au premier aspect semble se rapprocher de la nature du gneiss ou d'autres roches primitives très différentes des produits volcaniques. Elle est formée de feldspath brun , à petits grains et aussi à grains fins, d'un éclat très vif à la surface ; ce feldspath empâte une grande quantité de petits cristaux noirs et prismatiques de
hornblende. Ces rochers se continuent sans interruption jusques à S. Darlholomeo Tiraxana; et bien qu'on soit tenté à chaque pas de considérer cette roche comme du micaschiste, à cause de sa texture schisteuse et de la vivacité de son éclat , rien cependant dans tout ce qui l'environne ne peut justifier cette conjecture.
S. Bartholoméo se trouve à 2,591 pieds au-dessus du niveau de la mer; de ce point les flancs de la Caldera commencent à s'élever d'une manière beaucoup plus rapide , et en même temps les roches changent d'aspect et se rapprochent plus de la nature du Irachyte. Au Paso de la Plata, passage qui traverse la Cuinbre, à une distance d'environ deux lieues à l'ouest du Pico del Pozo de las Nieves , le traehyte est caractérisé d'une manière bien évidente. La masse principale , contient du feldspath et de la hornblendeen longs cristaux prismatiques, et est remplie en outre d'une quantité considérable de pores et de cavités anguleuses qui renferment à ce qu'il paraît de la stilbile. Cette matière se trouve même dans les intervalles qui séparent quelques cristaux de feldspath , et les réunit les uns aux autres.
Le Paso de la Plata est formé par une dépression considérable de laCumbre, et de chaque côté de ce col le> montagnes s'élèvent à une grande hauteur : le passage est à 3,642 pieds au-dessus de la mer, tandis que la Cumbre elle-même se trouve, en cet endroi t, à plus de 4,000 pied>. Vers le col, le liane de la montagne du côté de la Caldera , est recouvert sur une grande étendue par une couche de tuf blanc qui peut-être est une couche de trachyte altéré. Cette roche qu'on a toujours en vue en gravissant la montagne, brille d'un grand éclat , et il est probable que c'est de l'existence de ce tuf que le passage a tiré son nom.
Avant d'atteindre à l'est le Paso de la Plata, laCumbre se divisé en deuxb ranches : la plus méridionale qui enve-
DESCRIPTION CEO^NOSTIQUE. 2"7
io;)[>ft le cratère sur une plus grande longueur est la moins élevée des deux ; l'autre partie de la Cumbrc s'étend vers l'ouest, et se termine brusquement dans la partie occidentale de l'île au sud de Mogan. Entre les deux se trouve une vallée profonde qui sVlargil bientôt en descendant vers le sud-ouest , et qui se perd dans la surface de la côte méridionale de l'île. Cette vallée comprise entre les deux chaînes, et qui prend, le nom de vallée d'Ayacata, offre d'immenses rochers abruptes et escarpés, formés seulement de fragments et de blocs de (rachète. Au-dessus de cette masse énorme de conglomérat, se trouve un Irachyle solide qui constitue au>si une pointe extrêmement élevée , el Hocque de Nublo, qui, semblable à un immense obélisque, s'aperçoit de très loin sur la chaîne septentrionale , et fait reconnaître la situation où se trouve Texeda.
Dans les parties supérieures, le Irachyle et |p conglomérat sont coupés par une multitude de -filons Irachyliques qui traversent même les vallées et s'élèvent comme d'immenses murailles sur les flancs escarpés de la montagne. Du côté opposé, sur le versant septentrional de la Cumbre, le flanc de la montagne est creusé par la vallée très escarpée de Texeda qui s étend jusqu'à la côte nord-ouest de l'île. Cette vallée est une véritable crevasse faite dans la montagne, une sorte de fissure qui traverse toutes les roches. En beaucoup de points, elle est tellement abrupte qu'il est lout-à-fait impossible d'y descendre , car les roches qui en forment les parois s'abaissent verticalement jusqu'au fond de la vallée; celle crevasse, à son origine même, a di\jà plusieurs centaines de pieds de profondeur. On observe partout dans cette vallée un conglomérat formé d'un mélange de gros et de petits fragments de trachyle : il contient même assez souvent du trachyte solide qui se présente aussi au-dessus du conglomérat. Cette rocho
est traversée par un grand nombre de filons analogues à ceux qu'on observe si fréquemment dans les cratères volcaniques , comme à la Somma et dans le Cirque du Pic de Teyde. Très souvent ces filons s'entrecroisent, et ceux qui ont été traversés par les autres sont toul-àfait disloqués et brisîs en divers fragments. Les débris qui se détachent de la masse , et qui restent suspendus sur les ûancs de la vallée , ajoutent encore à l'aspect sauvage de cette contrée, où tout porte les traces de la plus effrayante dévastation. Une demi -heure avant d'arriver à l'église de Texeda , on voit paraître des couches de rapilles qui s'élèvent de chaque côté de la vallée , et se rejoignent dans le bas sous un angle aigu. Il est évident, d'après celte disposition , que ces matières ont été rejetées de l'intérieur: ces couches sont recouvertes par une masse de lave volcanique noire et contenait beaucoup de soufflures. Ces roches ne s'observent toutefois que sur un court espace , et on voit bientôt reparaître les masses de trachyle et de conglomérat trach) tique. Texeda se trouve dans celle gorge étroite à une hauteur de 1,045 pieds au-dessus de la mer, c'est-à-dire à peu près à la même hauteur que le bord basaltique et méridional de la Caldera.
Tous les cratères de soulèvement, en quelque position qu'ils se soient produits , sont généralement en connexile avec une fente, dont les parois verticales viennent se rattacher aux bords du cratère. La Caldera est liée de cette manière au baranco de Galega qui de Tiraxana descend vers Mas Paiomas. La vallée do Texeda peut même très bien être considérée comme la suite de cette fissure ou comme une nouvelle crevasse qui s'est ouverte dan* le flanc de la montagne lors du soulèvement du cratère. L'île ne présente nulle pari aucune autre vallée plus profonde et plus resserrée, et elle est précisément creusée daift la partie où les
DESCRIPTION GEOGNOSTIQUB. 259
montagnes offrent le plus d'étendue et atteignent ia hauteur la plus considérable. Peut- être celte disposition résultc-t-elle de ce que les masses qui sont soulevées à une plus grande hauteur sont aussi celles qui tendent le plus à se fracturer.
Profil Je la Crawle Canarie, d'Jgtu'ntcz à TexcJa '*).
En descendant de Texeda,on ne voit plus le conglomérat, ni même le tuf, qui dans la partie supérieure de la vallée se trouve à une si grande prof ndeur sous le conglomérat: les roches deviennent ici solides et anguleuses. Les filons ont aussi complètement disparu. Les roches sont disloquées et brisées en gros blocs, qui Be séparent de la masse et couvrent toute la pente de la vallée. Ces roches ne sont plus formées de trachyte pur, mais d'une sorte de porphyre feldspathique, composé d'une masse principale grenue de feldspath qui empâte des cristaux blancs et nacres de feldspath : en beaucoup de points, cette roche ressemble loul-à-fait à du granité. Peut-être même en pénétrant plus profondément dans ces fissures de la montagne trouverait-on quelque chose d'analogue à celte roche primitive?
Au-dessus de ces gorges étroites presque inaccessibles, et qu'on ne pourrait au moins étudier qu'en courant les plus grands dangers, se trouve le village
(*) A Passe de la riala. F Tamiias.
B Ayacaln. G Agutme».
D S. Bartolomco. H Tcxcda.
E S. Locia,
d'Artenara, situé sur les parties élevées du flanc de la montagne , et pour ainsi dire caché dans son intérieur. En effet, les maisons ne sont autre chose que des grottes qu'on ne distingue que par de petites ouvertures pratiquées dans les rochers. Ces habitations souterraines sont creusées dans un tuf qui ne ressemble nullement au tuf trachy tique ordinaire; il n'est pas comme lui blanc, friable, et formé de çifcrres-ponces : il se compose entièrement de petits fragments scoriformes bruns , entremêlés les uns avec les autres. Plus bas , sur la pente de la montagne, on observe un rocher élevé formé de scories rouges, sur lequel s'étend le tuf qui le recouvre comme un dôme.
Au point le plus élevé , où se termine la pente de la vallée, le trachyte descend de la Cumbre, entoure ces masses de scories, et se termine du côté de Test. On doit supposer que dans le fond de la vallée se trouve une coulée basaltique en connexité avec ces matières scoriformes.
Àrtenara est à 3,694 pieds au-dessus de la mer; ce village est par conséquent suspendu à plus de 1,500 pieds au-dessus du précipice par lequel se termine la vallée. Le tuf scoriforme qu'on voit en celle localité se continue fort loin; car jusqu'auprès d'Agaelc, situé dans les parties inférieures du point oii la vallée commence à s'élargir, on ne voit rien autre chose. Il ne s'étend pas plus bas : les hauteurs qui dominent la plaine d'Aldea, tout près de la mer, et qui n'atteignent pas même 100 pieds d'élévation , sont entièrement formées de trachyte qui se rattache à celui de la Cumbre. Cependant il est loul-à-fait blanc , et présente fort peu de cohésion : on y voit aussi çi et là , en petites tables hexagonales , du mica brun et noir, qui se présente si rarement dans cette île. 11 est très possible que l'action qui a rejeté les masses de scories rî'Arleiiara, et qui a
DESCRIPTION CfcOGKOSTlQUB. 261
dû s'exercer à travers les couches de trachyte , ait produit l'altération qu'on observe dans cette roche, et détruit sa cohésion.
MOCAX.
La vallée unie qui s'étend d'Aîdea vers Mogan, présente d'abord un tuf contenant des blocs trachytiques; bientôt on arrive à une couche formée par une roche amygdaloïde : cette roche constitue à peu près toute celte partie occidentale de l'île, on l'on n'observe rien antre chose. Les nodules de l'amygdaloïde sont arrondis ; la masse principale de îa roche contient beaucoup de grands cristaux de feldspath et de hornblende : sa couleur est le brun foncé. La montagne est découpée par un grand nombre de vallées qui descendent jusqu'au rivage ae la mer à l'ouest ; ces vallées s'étendent sur le flanc de la chaîne qui s'élève à près de 4,000 pieds de hauteur. Jusque dans les parties les plus élevées, ces vallées paraissent toujours creusées dans les mêmes roches ; c'est ce qu'on reconnaît au moins à la couleur noire et à l'aspect des rochers. Les couches supérieures sont entièrement basaltiques, formées d une masse noire , compacte et pesante , contenant du péridot et de la hornblende en abondance. Sur une petite crête unie qui sépare les vallées de Tazarle et de Beneguera, à 2,001 pieds de hauteur, on retrouve la roche amygdaloïde qui y forme de belles et grandes niasses. Les nodules y sont allongés , fort considérables, anguleux, et entièrement recouverts do magnifiques druscs d'analcim; : celte matière est en cristaux brillants, en partie translucides , et présentant tout-à-fait ies formes de la leucite. Au-dessus de ces cristaux , se trouvent des concrétions et des rognou*
de mésotype radiée, à la surface desquels paraissent ordinairement les tètes des cristaux : entre les libres de la mésotype, sont très souvent implantés de petits cristaux gris noirâtres, ayant l'éclat métallique, peu de dureté; ces cristaux, qui n'ont jamais qu'un volume peu considérable, sont formés de feroligisle.
La paie de la roche se rapproche beaucoup de la nature du basalte: on y voit de grands cristaux vert foncé d'augite, mais point de hornblende ni de feldspath.
Les v*allées de Tazarlc, de Bencguera et de Mogan, dont toutes les parties sont formées par cette roche amygdaloïde , s >nt limitées dans leurs parties su| érieures par la Cumbre, qui s'étend des hauteurs de ïexeda jusqu'à la mer, au-delà de Mogan; la chaîne de montagnes est encore ici fort élevte , et s'abaisse brusquement, même à l'origine des vallées. Dans les parties supérieures, elle est formée par du trachyte qu'on reconnaît parfaitement à sa couleur, et au-dessous duquel se trouve une couche fort étendue de tuf ponceux. Comme la roche amygdaloïde s'étend jusqu'au pied de ces montagnes, il serait possible qu'elle s'enfonçât au-dessous ; mais on n'observe rien qui justiûe cette supposition.
Au sud de Mogan , dans les parties où la chaîne forme immédiatement la pente des vallées, la roche amygdaloïde ne paraît pas dans les parties inférieures; à la vérité, près de la mer, les couches supérieures s'abaissent vers le rivage, et les couches inférieures sont de cette manière loul-à-fait cachées au-dessous du sol.
Quoi qu'il en soit, la roche amygdaloïde forme une masse considérable, qui s'étend sur plus d'un mille en longueur et en largeur, et qui a une épaisseur de quelques mille pieds. Partout où se trouve cette roche, on n'observe ni scories, ni rapilles , ni masses poreuses , pas même découches de tuf : cotte masse forme
DESCRIPTION OÉOG>OSTIOUE. 265
donc une sorte de nouvelle île tout-à-fait différente de
îa précédente.
La crête de la Curabre s'abaisse d'une manière si rapide dans la mer auprès de Mogan,que c'est à peino si on a pu pratiquer dans les rochers un simple sentier qu'on ne peut môme parcourir sans danger. La roche qui compose ces escarpements paraît être un tuf, tant elle est blanche et friable; mais un examen plus approfondi fait bientôt reconnaître que c'est un trachyte altéré; on y distingue en effet des cristaux bien déterminés de feldspath vitreux et de hornblende. Très souvent cette roche devient schisteuse, et on y voit de longues soufflures déliées , parallèles aux feuillets de la roche.
Plus loin, les escarpements sont moins élevés et la pente de la montagne plus unie; la pâte de la roche prend la texture grenue d'une roche arénacée,et l'on y voitde grands cristaux vitreux de feldspath, tout-à-fait semblables à ceux qui se trouvent dans le trachyle du Drachenfels. Celte même roche, d'après les observations de Don Francisco Escolar, se présente aussi en belles masses considérables dans le baranco de Gallega, au-dessous de Tiraxana. En effet , ce baranco est fort peu éloigné du premier gisement ; car le trachyle feldspalhîque se trouve principalement enlre Taurito et Porto Rico , c'est-à-dire déjà dans la partie sud de l'île. Immédiatement au-dessus repose une petite couche de trachyle gris foncé , contenant du feldspath vitreux un petits cristaux ; et enfin le trachyte , qui ordinairement se trouve dans les parties élevées de la montagne.
A partir de Porto Piico, les montagnes s'éloignent de plus en plus de la cote : la pente de ces montagnes devient très douce, presque imperceptible , et ce n'ei,lqu'à la distance de plds d'un mille dans l'intérieur de l'île, qu'elles commencent à former des éminences consi-
264 DESCRIPTION DES ILES CAlfAHIES.
dérables. Souvent sur cette surface on voit paraître les feuillets de la roclie schisteuse dont leso! est fôrmé cette roche est analogue à un schiste porphyrique ; mais, le plus souvent, elle est composée d'une masse l'eldspathi(|iio peu brillante et esquîlleuse, qui empâte des cristaux bruns de feldspath , comme au bord de fa mer auprès de Xinamar et de Telde.
Cette côte méridionale de l'île ne présente plus rien de basaltique ; on n'y observe ni lave, ni scories, ni rapillcs; on n'y rencontre pas non plus de tuf. La plus fatigante uniformité règne sur toute la surface qui s'étend depuis Porto Rico jusqu'à Huan Grande, Mas Palomas, et même jusqu'à Corrizal qui déjà se trouve dans la partie est de l'île. Entre Huan Grande et Corrizal , toute la surface est recouverte de blocs qui semblent devoir provenir d'un éboulement; mais ces deux points sont éloignés l'un de l'autre de deux lieues, et on ne voit dans le voisinage aucune éminenec qui ait pu donner naissance à ces blocs de trachyte.
Au-delà de Corrizal, on voit reparaître le tuf blanc, qui se continue dans les parties basses de la contrée et sur le rivage de la mer jusqu'à Telde.
Il est très remarquable que les bords de la Caldera étant formés de roches basaltiques au-dessus de Santa Lucia , du côté sud du cratère , celte même roche ne se retrouve cependant pas plus bas, et qu'au contraire le pied des montagnes soit sur la partie sud, comme vers le nord, entièrement formé de masses tracbyliques.
TEROR ET MOJA.
Entre las Palmas et la grande vallée de Texeda, le flanc de la montagne est encore découpé par plusieurs autres vallées qui descendent vers les cotes du nord de
DESCRIPTION GÉOGNOST1QCE. 265
de l'île : parmi ces dernières , les plus remarquables sont les vallées de Teror et de Moj.i.
A parlir de la ville de las Pal mas, le chemin suit d'abord jusqu'à Tomarazeyle un luf dans lequel se Souvent des fragments de trachyte. Vers Teror, on trouve une masse extrêmement considérable de basalte, divisée en grandes colonnes prismatiques. Ce basalte est gris, et renferme une grande quantité de pelits cristaux de péridot et d'augilc. ïi est recouvert par une couebe éj aisse de conglomérat. Plus loin , on observe un tuf brun à grains lins, analogue à un grès; et audelà de la chapelle de San Josi de las Larmas , se présente une masse de trachyte qui s'enfonce très profondément dans la vallée de Teror , laquelle commence en cet endroit. Au-dessous ou retrouve le tuf, dans lequel on a creusé un grand nombre d'habitations. Le trachyte est gris de cendre foncé, fissile en grosses esquilles; il renferme assez souvent de la hornblende cristallisée en longues lamelles , et quelques cristaux peu nombreux de feldspath : mais il contient principalement de i'augile d'un vert noirâtre , à cassure conclioïde. Cette composition est fort remarquable, et montre combien ce trachyte se rapproche du basalte: on voit, en outre, dans la roche une grande quantité de grains bien caractérisés de fer oxydulé magnétique. Ce trachyte se dislingue déjà par une couleur gris bleuâtre qui lui est peu ordinaire. Par sa décomposition , la roche produit une argile bleue et grasse, employée comme terre grasse.
Teror , auprès de l'église de la Madone miraculeuse est à i ,681 pieds de hauteur au-dessus de la mer. Cet endroit est célèbre par une source d'eau acidulé d'autant plus remarquable , qu'elle est presque la seule des sources minérales connues sur toute la surface do l'île. Cette pi'nurio d'eMix minérales peut être attribuée en
266 DESCniPTlON DES ILES CANARE15.
partie au peu d'abondance des pluies qui tombent sur l'île. La quantité d'acide carbonique contenue dans cette eau est très faible, et il n'en pourrait pas être autrement d'après la température élevée de la source qui, au 12 juillet, était de 17° R. , température sujette , à cause de l'abondance des eaux , à fort peu de variations. Toutefois, celle température n'a rien d'extraordinaire, c'est communément celle de toutes les
sources situées à cette hauteur.
A l'ouest de Teror, s'élève une montagne qui sépare celle vallée de celle du baranco Secco : cette montagne nommée le Vice de la Virgara, se distingue de toutes celles qui l'entourent, par son élévation considérable au-dessus de la mer. Elle a 2,756 pieds de hauteur , et se compose seulement, au moins dans les parties supérieures qui ont une épaisseur considérable, de rapides rouges , agglomérés entre eux , toul-à fait semblables à ceux qui constituent les points culminants de l'île de Madère, et alternant comme eux avec des couthes basaltiques. Ces roches ne se continuent pas sur une grande étendue ; elles disparaissent bientôt pour faire place à du trachyle* qui se trouve déjà en place dans le baranco Secco, et qui s'étend sur la chaîne de Montana de Doramas, vers Moja.
Dans le fond du baranco, auprès de Moja, ce trachyle paraît toul-à- fait blanc et décomposé, ensuite vient du trachyle bleu, et enfin, dans les parties les plus basses, on voit une masse de basalte prismatique alternant avec des couches de conglomérat. On n'observe cependant pas clairement dans quel rapport de gisement ou de superposition il est placé avec le trachyle. Le basalte est gris-noir, compact, il contient du péridot et de laugite en petits cristaux.
Au milieu d'un bois formé $FMca> on trouve de fort ht lies sources qui jaillissent du sol entre les racines des
DESCRIPTION GÉOGNOSTIQCE. 267
arbres , el forment des ruisseaux assez considérables. En cet endroit, le basalte paraît plus sec au toucher que cela n'a lieu généralement. On y observe des fragments noirs poreux , et le péridot y paraît fracluré et et brisé comme dans une lave. Celle disposition ne se fait pourtant remarquer que dans les parties inférieures de la masse, dans laquelle il est impossible de reconnaître les caractères d'une matière primitivement fluide.
Plus haut, les roches sont tout-à-fait semblables à du basalte solide, et, comme à l'ordinaire, elles sont recouvertes par des couches épaisses de conglomérai basaltique.
Les sources de Moja sont à 1,387 pieds de hauteur au-dessus de la surface de la mer.
A l'issue de celte vallée , les rivages de la mer ne sont plus bordi s par une ceinturé de rochers basaltiques, mais par un tuf basaltique blanc, et même par des masses fort élevées de Irachytc. Ces couches deluf s'élèvent à plusieurs centaines de pieds de hauteur au-dessus de l'attérage ordinaire de la Sardina, situé au bas de (îaldar. Le tuf est traversé par des filons de basalte Irachytique : la couleur foncée de la niasse qui les compose appartient au basalte, tandis que les petits cristaux de hornblende qui y sf>nt contenus se rapportent au Irach vie. Au point où se termine la vallie de Moja, les rochers s'élèvent à la hauteur de 80 pieds , et forment une sorte de chaîne qui s'avance considérablement dans la mer.
Plus à l'est, du côté de las Palmas, on reconnaît les traces de quelques éruptions volcaniques ; mais, ou elles sont très anciennes, ou au moins les coulées de lave sont tout-à-fait masquées. Au nord du chemin de Firgas à Arucas, se trouve un cône élevé formé découches de rapillos incohérents, au sommet duquel est un cra-
tère bien déterminé : les couches de rapilles s'abaissent, à partir de ce cratère, de tous côtés sur les flancs du cône, comme à Vandama. Auprès d'Arucas, et même au-delà, se trouve une sorte de conglomérat formé de fragments trachyliques, qui pourrait facilement être regardé comme une coulée; les fragments ne sont en effet jamais terminés par des angles saillants, et l'on voit dans cette roche des masses noires et poreuses, comme des veines horizontales, qui lui donnent toutà-fait l'aspect du Piperno des environs de Naples. Cette roche contient du feldspath vitreux, de longs cristaux de hornblende, et assez souvent aussi du mica en tables hexagonales.
Entre Arucas et las Palmas, on ne voit rien autre chose que le conglomérat trachy tique; cette roche qui recouvre toutes les pentes des montagnes , y empêche le développement de toute végétation. Dans le fond des barancos seulement, se montre le tuf solide, ét audessous le trachy te en place.
M. Escolar a trouvé dans les couches de conglomérat de los Ardenes , auprès d'Agaele, certains morceaux de roche qui ont une composition extrêmement remarquable; la surface extérieure est formée de calcédoine, et la partie centrale occupée par du spath calcaire en cristaux mélastatiques, et par-dessus ces cristaux, se trouve de la baryte sulfatée, en tables qui sont groupées en petites druses. Très probablement c'est jusqu'ici la seule localité où l'on ait encore vu de de la barvte sulfatée dans ces îles volcaniques.
Au havre de las Nieves , qui appartient aussi à Agaete , se trouvent des morceaux analogues , dans lesquels on voit de belles druses formées par un grande quantité de gros cristaux de chabasile.
Il est, au reste, extrêmement remarquable que le spath calcaire se trouve si rarement dans les amys-
bESCRIPTlON GKOGXOSTfQUE.
daloïdes de ces îles; quand il se présente dans ces roches, c'est toujours dans le voisinage de la mer, et jamais dans les parties élevées. Près de la Sardina, les parois intérieures des nodules sont aussi tapissées de petits rognons de carbonate de chaux ; dans les nodules de l'amygdaloïde de Degolada de Tazarte auprès dcMogan, on n'en trouve pas une trace.
Les fragments de roche, appartenant aux parties voisines de la mer, font aussi effervescence avec les acides , de sorte qu'on pourrait souvent supposer que les druses deszéolilhes reposent sur une petite couche de carbonate de chaux ; mais celte malière ne se trouve que dans des petites fissures qui pénètrent jusqu'aux cristaux de zéoiithe; et celte dernière substance est toujours la seule qui se soil déposée dans les nodules, soit au commencement , soit à la fin du remplissage de ces cavités.
270 DESCIUPTlO> DES ILES CANARIES.