DESCRIPTION DE L'ILE DE PALMA
Depuis que les Iles Canaries sont connues, on a toujours parlé de la grande Caldera de Palma, comme d'une merveille de la nature. Et ce n'est pas sans raison , car c'est ce qui distingue principalement cette île de toutes les autres ^et ce qui la rend une des plus remarquables et des plus intéressantes de l'Océan. Aucune ne montre aussi bien et aussi liai renient la forme avec laquelle les îles basaltiques sont sorties du sein de la terre, et aucune ne permet de pénétrer aussi loin et aussi profondément dans son intérieur.
Cependant peu de personnes ont vu la grande Caldera ; car , outre qu'on ne peut l'aborder qu'avec peine et difficulté , on ne peut l'apercevoir de loin , si ce n'est des côtés de l'île qu'on ne visite que rarement, et qui sont toul-à-fait éloignés des points de débarquement. C'est ce qui explique pourquoi les descriptions de l'île, et même la carte de Lopez donnent si peu de renseignements sur cette Caldera , qu'on aurait peine à lui accorder l'étendue et l'importance qu'elle possède réellement.
La Caldera représente le centre , le grand axe creux de Palma ; les bords de l'île se développent circulairement autour de cet axe et formeraient complètement le cercle, s'il n'y avait du côté méridional un prolongement, par lequel l'Ile se termine peu à peu en pointe. Aussi loin qu'elles entourent la Caldera, les montagnes
(*) Voir la carte de Palma.
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sont Dotablemcnt élevées, au point que leurs falaises du côté de la mer sont encore plus escarpées que les rochers qui environnent le Pic de Teyde. Dès qu'elles s'éloignent de la Caldera, la Cunibre s'abaisse , et la crêîe des montagnes, du côté de la pointe méridionale, n'a plus rien de remarquable par sa hauteur.
SANTA-CRUZ. CUMBfiE DE LA LA V AND A. ARGUAL.
La capitale , Santa-Cruz , se trouve sur le côte oriental, en face de Ténériffe , et à peu près au point où la partie ronde de l'île commence à se détourner pour se terminer en pointe. A peine si l'on a pu trouver sur cette plage escarpée, l'espace nécessaire pour les maisons. Les rues et les places sont unies avec art , et s'élèvent pour la plupart en terrasses les unes au-dessus des autres. Le rivage présente à peu près le même aspect que les rochers de S. Juan de Rambla. Les rochers élevés se composent en grande partie de tuf brun basaltique qui, au rocher de S. EUuo, ressemble au Peperino; de gros blocs de basalte avec de l augile et du péridot sont englobés de cette roche, où l'on voit aussi des fragments plus petits. Au-dessus s'étend une couche puissante de basalte, qui se prolonge vers la partie élevée de la ville ; là se trouve encore un basalte entièrement semBlable, qui , le plus souvent, se présente sous une formé toul-à-fail singulière et remarquable. On croirait voir une grande colonne noire et informe de basalte, qui semble sortir du sein de la lenvà travers le tuf; elle s'élève près d'une chapelle située sur le bord de la mer, non loin de la ville. De l'autre côté de la ville, vers la pointe. Puntallana, paraissent des groupes de belles colonnes basaltiques peo tagonaies ;
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leur masse renferme encore ici du péridot el do l'augite en petits crislaux. Au-dessous sont des masses de scories, sur lesquelles repose un (uf brun basaltique formé de rapillcs, atteignant quelquefois une puissance extraordinaire; au va anco de las Nieves, il s'élève jusqua 80 pieds el même davantage.
La composition de la partie intérieure et de la partie extérieure de l'île est donc d'une nature entièrement basaltique, comme cela a généralement lieu dans les îles basaltiques. Ce qui recouvre extérieurement les montagnes dans toute l'étendue du passage sur la Cumbre , vers la partie occidentale, est une argile rouge résultant de la décomposition des petites scories dont se compose le tuf; et là où des précipices ou des barancos laissent.aperccvoir l'intérieur, on voit des couches de basalles alternant avec des couches d'un pareil tuf. La route monte d'abord rapidement , sans interruption , l'espace d une lieue , jusque près de Buenavista, qui est élevé de 925 pieds. Là les montagnes s'aplanissent; elles ne s'élèvent plus que bien moins rapidement sur une courte étendue, et deux beaux villages , Brena alla et Brena baxa , utilisent pour une excellente culture celte position avantageuse. Jusqu'à celle hauleur, se développe encore une végétation très active. Les pentes sont recouvertes par les lieu rs jaunes, par les feuilles rondes et les tigefr du Cactus Tuna, plante qui reste beaucoup au-dessous^du Cactus Opuntia , et d*s Palmiers st lèvent encore sur le sommet des collines. Des vignobles recouvrent sans interruption les pentes jusqu'à la hauteur de i,620 pieds , el les forêts seule» les empêchent de s'élever encore plus haut.
Mais bientôt un profond baranco sépare ce paysage uni de la crête stérile qui, des hauteurs entourant la Caldera, s'étend vcrs'Ia pointe méridionale de l'île. Là , toute culture disparaît , et tout est recouvert de
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forêls : à la partie inférieure, et jusqu'à la hauteurij 3,556 pieds, sont des lauriers, le Laurus inclica etk Laurus nobilis ; puis, parmi eux, se trouvent des arbres A'Ilex perado et de Myrica faya, jusqu'à 5,916 pieds ; enfin , depuis les lauriers jusqu'au sommet, on ne voit plus que des Erica arborea ; des fleurs et d'innombrables buissons remplissent les intervalles qui séparent leurs troncs. Quelque escarpée que soit la pente, cetto forêt la recouvre tellement bien, qu'il ne paraît presque rien de sa composition intérieure, et à peine voit-on autre cbo*e que des petits morceaux de scories provenant des couches de tufs, répandus çà et là sur la route. C'est ainsi que le Camino nuevo atteint, après la Lavanda, le sommet de la Curobre à pieds : là, se
trouve une arêle aiguë , n'ayant que quelques pas de largeur, et bientôt la pente redescend rapidement du côté de l'ouest. On voit distinctement que cette créle se relie avec les montagnes de la Caldera, mais non pas comme un bras qui appartiendrait à ces montagnes; celles-ci sont, en effet , phis élevées de 2,000 pieds et même davantage , de sorte qu'elles paraissent former une chaîne particulière et entièrement séparée. Vers le sud aussi, la Gumbre s'abaisse bientôt, laisse un grand espace en forme de col qui n'a pas plus de 2,800 pieds d'élévation , puis changeant de direction, et se déviant vers l'ouest, se relève en deux montagnes séparées peu étendues , et présentant la forme d'un cône aigu ; la dernière et la plus élevée de ces montagnes est connue sous le nom de Pico de Vergojo ou de Niguiomo. Un vallon vaste et uni s'étend vers la mer, entre ces deux montagnes et la Cumbre aiguë du Pas du Mazo. A la partie supérieure du Pas, un peu au-dessous du point culminant, s'élève un immense cône d'éruption formé de rapilles noirs et rouges : ce cône volcanique est terminé par un cratère très profond ouvorl
du côté de la vallée , et un courant considérable , sortant de ce cratère , se précipite comme une véritable cascade sur le penchant de la montagne : la coulée s'élargit dans les parties où la vallée devient plus unie, et elle se prolonge jusqu'à la mer, en formant un ruban noir et stérile qui permet de la distinguer nettement , même de loin, de toutes les roches avoisinantes. C'est, sans contredit, un des plus grands et de6 plus anciens courants de laves que cette île ait jamais produits; et son existence dans l'île de Palma est d'autant plus frappante, que celle-ci ne renferme aucun volcan et généralement trèp peu de courants de laves. Viera fixe l'époque de cette éruption, d'après les descriptions du P. Francisco Alonso deËspinosa, qui Ta observée luimême. Elle eut lieu le 18 avril 15K5. « Vers deux heures de l'après-midi, dit ce Père, la terre fut secouée si effroyablement dans le district de los Llanos, que ce phénomènejeta toute l'île dans une entière consternation. 11 se forma une puissante montagne. Une gorge s'ouvrit, vomissant du feu , de la fumée et des pierres embrâsécs, et enfin il en sortit trois torrents de feu, éloignés entre eux d'une portée de fusil , qui se précipitèrent vejs la mer snr une étendue de plus d'une légua. La mer seule mit des bornes à leur cours , et jusqu'à une distance de deux milles , on trouva des poissons morts à la surface des eaux. » Cette lave est basaltique et venferae du péridot.
Au pied de la Cumbre , à l'entrée du vaste vallon de los Llanos, s'élève, à 2,727 pieds au-dessus de la mer, et presque à la même hauteur que le cône d'éruption de la lave , un grand et beau pin , Pinus canariensis , qui porte une image miraculeuse de la Vierge Marie, et*st nommé el Pino Santo. A partir de ce point, les pentes redeviennent moins rapides , et les vallons isolés sont très unis. C'est ainsi qu'on atteint bientôt un bois
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d'amandiers, et le village le plus élevé de ce côté, el Paso Tacande, qui se trouve à la hauteur de 1,980 pieds.Œe bois d'amandiers descend vers le vallon, et est remplitde plusieurs milliers de serins qui font retentir l'air de leurs chants. Des vignes s'étendent en arcs sur le penchant, alternant avec des maisons, et autour d'elles s'élèvent de petits bosquets de figuiers , d'orangers et de grenadiers. C'est là le vallon de la Lavanda, renommé à juste titre dans l'île. Bientôt on descend la dernière pente , et l'on découvre la plaine et les plantations de sucre d' Arguai. Cette plaine vivante, semblable à une verte prairie , présente un aspect qui ne se représente nulle part ailleurs dans l'île; dans la partie supérieure s'élèvent les beaux bâtiments des raffineries de sucre d'Argual, et dans la partie inférieure les maisons de Tazacorte.
La Tosca a de même ici nivelé le terrain ; elle parait déjà un peu au-dessous du Paso Tacande, et avant qu'on ait atteint le village de los Llanos , c'est-à-dire près de 1,000 pieds au-dessus du niveau de la mer. A; Santa-Cruz on ne la voit pas : ici elle est de nature calcaire. Dans une caverne près de los Llanos , des eaux qui suintent à travers, forment des stalactites et des incrustations de feuilles. * ,