CALDERA
Près de Tazacorte , l'œil peut pénétrer dans l'intérieur delà Caldera (Pl. VI, 2). C'est le seul endroit où on puisse la voir d'en-bas, et on ne le peut même que sqr une courte étendue. La Cumbre est ici fendue , depuis la Caldera jusqu'à la mer ; le profond baranco qui en résulte se termine près de Tazacorte , et permet ainsi ,
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sur I étendue de sa largeur, d'apercevoir l'intérieur. On voit alors avec quelle hardiesse les rochers descendent depuis le sommet jusqu'au fond; on reconnaît que la Cumbre ne forme pas une chaîne continue, mais qu'elle se creuse intérieurement ; on voit enûn les parois intérieures de celte Caldera, plus profonde encore que le baranco lui-même , se présenter avec les caractères des gorges des Alpes, et le vide qu'elles renferment s'étendre jusqu'aux, plus profondes cavités de l'île. Le baranco qui sort de là se nomme, d'après uue chapelle de la madone, Baranco de las Angustias. Arguai se trouve sur son sommet méridional , à 894 pieds au dessus du fond.
Quand on descend cette pente sur des couches de conglomérat basaltique, on tombe soudain, sans s'y attendre, et d'une manière tout-à-fait extraordinaire, sur une grande quantité de gros blocs qui paraissent comme venir d'une terre étrangère. On croirait être au Saint-Gothard , au milieu des Alpes. D'abord c'est une grande masse de hornblende noire en longs et beaux cristaux, avec du feldspath blanc, éclatant, non altéré, entremêlé de lames de mica et de cristaux de pyrite de fer (roche analogue à celles qui se trouvent si fréquemment en couche dans le schiste micacé) : on trouve même ensuite du schiste micacé ; puis des blocs qui paraissent être formés du plus beau granité : cette roche, à gros grains, contient du feldspath blanc jaunâtre et du mica noir, mais ne renferme que peu de quartz, et en cristaux mal déterminés; puis enfin on observe d'autres masses , qui paraissent comme arrachées à des montagnes de siénite. On aperçoit distinctement que toutes ces roches sont sorties de l'intérieur de la Caldera, et elles attirent toute l'attention de ce côté.
Les alentours du baranco sent d'une structure qui ne diffère encore en rien de celle d une île basaltique.
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La couche la plus inférieure consiste eo basalte, et se maintient jusqu'à la mer. C'est un beau basalte compact, très noir, renfermant de gros grains de péridotet de nombreux cristaux d'augite. Par-dessus s'étendent des couches de conglomérat de plusieurs centaints de pieds de puissance, en partie composées de gros blocs de roches basaltiques très variées, souvent aussi, formées de fragments de basalte renfermant de la hornblende; mais on ue trouve dans ce mélange aucun bloc de roche primitive. La couche solide inférieure renferme très souvent des boules blanches remplies de mésotype , nuis toujours plus abondamment dans les parties inférieures que dans les supérieures , comme si la compression de celle-ci avait été nécessaire pour déterminer l'apparition de cette zéolithe. Ces couches s'élèvent doucement vers l'intérieur comme vers le sommet de la montagne ; mais aux endroits où celle-ci se relève plus rapidement, elles se redressent aussi, et l'on voit de nouvelles couches sortir de la terre, de manière qu'à mesure qu'on monte dans le baranco, on voit paraître, les unes après les autres, les couches inférieures.
Les flancs du baranco sont à pic, comme seraient les parois d'une grande fissure , et ils laissent alors facilement apercevoir la suite des couches basaltiques, ainsi que leur direction. La même alternance de couches de tuf brun avec du basalte solide se montre pendant longtemps. Des liions paraissent et deviennent plus fréquents à mesure qu'on remonte le baranco. Ils traversent également toutes les roches, aussi bien les conglomérats de scories , que le basalte plus solide , et sont pour la plupart fendus transversalement en forme» de colonnes ; ils consistent toujours en basalieà grains fins et à arêtes aiguës, renfermant des cristaux d'augilo en pelit nombre. Bientôt la petite plaine se perd dans le fond du baranco; il ne s** trouve plus qu'une mai-
son , la Vigna, à une lieue plus haut sur la pente , puis on ne voit plus aucune habitation , ni aucune trace de culture, qui , au reste, devient réellement impossible , car au bas un ruisseau considérable se précipite en écornant à travers d'énormes blocs de rochers $ et bientôt, les rochers se relevant en forme de pointes, rejettent le voyageur de côté et d'autre , en ne lui offrant de toutes parts que des passages dangereux. Les masses, qui se pressent dans cette gorge, sont d'un aspect hardi et majestueux. C'est absolument la nature des montagnes des Alpes. Telle est la vallée de Schôllenen au Saint- Gothard, ou la Via Mala dans les Grisons.
Les filons deviennent toujours de pltis en plus fréquents, et s'étendent à travers les couches de haut en bas dans différentes directions, se traversant et se rejetant de côté avec les couches elles-mêmes. Souvent la masse solide de la montagne paraît n'être qu'un conglomérat renfermé entre ces filons. Enfin , au point ou les rochers se rencontrent presque , deux ruisseaux sortis de la Caldera , et coulant dans deux canaux profonds, viennent se réunir: YAgua buena à droite, YAgua mala à gauche 5 ce dernier tire son nom d'une eau légèrement acide qui jailRt à travers le9 rochers : en cet endroit on est parvenu à la plus grande profondeur de cette gorge. A partir de là, le fond du baranco se relève rapidement, et Ton remonte vers des couches plus élevées.
Les filons s'étendent maintenant comme un vaste réseau sur les rochers, et il n'est plus possible de suivre les côuches qu'on avait pu observer dans les parties inférieures. Une roche ne se continue que sur une étendue de quelques pas , puis un filon en amène une nouvelle, et ce qu'on voyait précédemment ne se reproduit peut-être que plus loin et à une plus grande élévation. Tout est défruit et bouleversé par ces filons-,
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et, ici, on camp rend enfin comment de pareils bouleversements ont pu avoir assez d'action sur les montagnes plus anciennes , pour former ces conglomérais et ces grès , qui recouvrent une si grande partie de la surface du globe.
Depuis longtemps les couches de basalte et de conglomérat ont disparu. Mais les bouleversements que la sortie des filons a opérés dans les couches qui se présentent actuellement, quelle que soit d'ailleurs leur nature, empêchent complètement de reconnaître comment ces roches se superposent , et de quelle manière elles se succèdent. Le plus souvent c'est une masse de diorite, composée de belle hornblende noire à gros grains, mêlée de feldspath blanc perlé, en masse et en cristaux, tel qu'on en trouve dans le gneiss. Cette roche est aussi très souvent semblable à ces nombreuses roches amphiboliques , qu'on trouve fréquemment dans les Alpes, superposées au gneiss : on y observe une grande quantité de fer sulfuré en petits cristaux. Ensuite vient une masse puissante de trachyte blanc , avec des cristaux de feldspath , et des points blancs , très petits et extrêmement nombreux, qui ^examinés à une foTte loupe, se présentent comme de petites d ruses rondes formées de très petits rhomboèdres de chabasite. De nombreux débris irréguliers, quelquefois aussi des noyaux et des nids de spath calcaire traversent cette roche , ainsi que des cristaux non moins nombreux d'épidote d'un beau vert d'herbe , par lesquels la masse entière -est souvent colorée en vert. Du fer sulfuré en cristaux est fréquemment disséminé dans la roche, ainsi que du beau grenat rouge, présentant la forme de l'amphigène, et dont les cristaux sont transparents et presque de la grosseur d'un pois. Le spath calcaire est en quelques points si puissant et si abondant, qu'on a construit dans ce désert un fourneau, pour utiliser un produit si
rare dans cgUe île. Ici les liions opt évidemment percé les roches primitives, et les ont rejetées confusément les unes à travers les autres. Leur gisement actuel reste toujours caché dans la profondeur , mais elles ne sauraient être éloignées. Pendant l'espace d'une lieue , on ne voit plus aucune couche basaltique : c'est une tout autre nature de roche qui se présente à l'observation, et l'on marche sur un terrain entièrement différent sous le rapport géologique.
Malheureusement cette disposition ne s'étend pas sur un long espace , et on ne peut pas pénétrer à une plus grande profondeur. L'élévation rapide du baranco, à partir de la jonction des deux ruisseaux , ramène bientôt sur des couches basaltiques, et là seulement S'ouvre la Caldera. L'entrée de cette Caldera est semblable à celle d'Urseren par le délilé de Schôlienen; il n'y manque Que les villages et la culture. Tout autour, s'élèvent des rochers inaccessibles de plusieurs milliers de pieds d'élévation. Au pied de ces escarpements, où les masses tombées du haut ont formé en s'accumulant une pente plus douce, se trouvent des forêts de Pins , et plus bas des forêts de lauriers, d'ardisia, d'Ilex perado et de Myrica faya. Des fougères (Ptcris aquilina) croissent sous leur abri, et recouvrent le sol de toutes parts. L'intérieur de ces forêts n'est divisé que par des collines de quelques centaines de pieds seulement d'élévation, et l'on voit toujours les rochers des alentours s'élever au-dessus d'elles. Des nuages se dirigent de l'intérieur du baranco vers les gorges, et se dispersent en rosée sur la terre à l'entrée de la nuit, tandis que l'arête supérieure est toujours sans nuages, nue et dépourvue d'arbres.
Lorsqu'on peut atteindre la roche, c'est toujours une masse énorme de conglomérat, qu'on trouve avant de rencontrer de nouveau les couches de basalte plus
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solide -y toutefois ce conglomérat est formé des débris de basalte, et non des roches primitives du fond. Mais rien de tout ce qu'on observe ne rappelle jiï cône d'éruption, ni coulées de lave, ni scories, ni rapillcs.
La Caldera, dit Glas, a deux léguas (de vingt au degré) de diamètre dans chaque sens , et cette évaluation s'écarte peu de la réalité. Seulement la dimension du nordest au sud-ouest semble surpasser un peu les autres. C'est un circuit énorme, tel que dans aucun autre volcan on ne pourrait trouver un cratère aussi considérable, et que dans aucune autre île il n'existe de cratère de soulèvement qui, avec une pareille circonférence, atteigne à une aussi grande profondeur.