CUWBRE DE LA CALDERA
Il est entièrement impossible de monter du fond de la Caldera vers l'arête, ou de descendre de celte crête vers le fond. On n'atteint le sommet que par la pente du circuit extérieur, mais alors avec facilité. Quoique escarpé , le chemin qui y conduit depuis Santa-Cruz n'est que pénible, et nullement dangereux; mais ce qu'il permet de voir de la composition de l'enceinte est très uniforme. Du basalte, avec de l'augite et du péridot, forme habituellement le recouvrement supérieur des roches ; et dans les barancos , par lesquels passe le chemin , on voit ce même basalte alterner avec des couches puissantes formées de débris grossiers de scories. Les couches compactes n'ont guères plus de 10 à 15 pieds de» puissance. Au-dessus, dans les parties les plus élevées, la surface consiste en couches de scories rouges et jaunes; et p;trmi elles s'élèvent,
vers l'arête de la Caldera , de grosses écailles de masses plus solides, anguleuses, et se présentant avec des formes remarquables et singulières. Ces écailles, comme celles des courants de laves , sont partout remplies de beaux cristaux petits et brillants d'augite, et aussi de péridot ; la décomposition qui s'effectue sur ce sol dénudé enlève la masse principale, et les cristaux qu'elle englobait se trouvent alors isolés à la surface qui est parsemée d'une quantité innombrable de ces cristaux. Les cristaux de péridot montrent nettement la forme de la chrysolithe (JFfaùy, p. 70,tig. 132), ce qui est d'autant plus frappant, que par l'aspect des morceaux cassés , on n'accorderait pas du tout à ces grains des contours aussi réguliers.
On ne s'apercevrait pas de la hauteur immense à la- y quelle on s'est élevé en montant jusqu'à cette arête, si on n'en avait pas été averti par la disparution successive des arbres sur la pente, d'abord des palmiers et des opuntia ; puis des vignes et des orangers , ensuite les lauriers, à la hauteur de 3,500 pieds ; des Myrica faya> à 3,950 pieds ; plus tard des Ericaarboveaj à la hauteur de 4,i60 pieds ; enfin des beaux pins des Canaries, à 6,500 pieds. L'arête elle-même, au Pico del Cedro , sur le côté sudest de la Caldera, s élève jusqu'à 6,803 pieds. Plus loin, vers le nord, s'élève le Pico de la Cruz , à 7,082 pieds, et enfin encore une lieue plus loin , et toujours en suivant l'arête, se montre le Pico de los Muchachos, la plus haute pointe de l'île, élevée de 7,254 pieds audessus du niveau de la mer.
Vue d'en haut, la Caldera présente un coup-d'œil non moins frappaut que d'en bas dans son intérieur. Son effrayante profondeur, qu'on peut alors embrasser dans tout son ensemble, lui donne l'aspect d'un abîme immense, tel qu'il doit s'en présenter rarement à la surface de la terre. Le milieu du fond de la Caldera est
DESCRIPTION GÉOGNOST1QUË. 283
élevé de 2,257 pieds $ la base des rochers verticaux est de très peu plus élevée, en sorte que ces rochers forment jusqu'à leur sommet des escarpements à pic de plus de 4,000 pieds de hauteur. Où pourrait-on trouver rien d'aussi prodigieux? Où existe-t-îl un entourage de cratère aussi gigantesque, dans lequel les rochers environnants viennent dévoiler à l'observateur, sur une si étonnante hauteur, la nature des masses cachées sons le sol qu'il foule à ses pieds?
Des crêtes isolées et arides s'élèvent sur les bords de l'enceinte , et par elles on peut facilement juger de la composition de l'ensemble. Aussi loin qu'on peut voir dans la profondeur, ce sont des couches de basalte solide, entremêlées de couches plus puissantes de tuf et de conglomérat, formées de scories. En haut, sur le bord , les couches s'inclinent très fortement vers l'extérieur, et toujours de moins en moins dans la profondeur; en sorte que sur le côté septentrional elles plongent vers le nord, et sur le côté méridional, au contraire, vers le sud. Ici on serait encore tenté de croire que les nombreux filons basaltiques , qui se montrent partout depuis le sommet jusque dans la plus grande profondeur, sont les liens à l'aide desquels les couches formées de masses aussi décomposées sont maintenues dans cette situation hardie. Ils sont pour la plupart verticaux, ou s'inclinent dans différentes directions, mais toujours en s'écartant peu de la verticale, et ils ne se traversent pas aussi fréquemment qu'au fond du baranco , au confluent des deux ruisseaux.
La pente extérieure de la Caldera est comme faite au tour , depuis le sommet jusqu'au bord de la mer. On ne voit pas l'entaille des barancos , ou bien l'on ne voit que des fentes peu apparentes , et de nouvelles élévations ne se montrent nulle part sur cette surface qui
s'abaisse uniformément. Ceci est un phénomène très remarquable , et il le devient encore davantage , lorsqu'on parcourt les barancos qui s'étendent en quantité incroyable depuis le sommet jusqu'au pied, ou bien qn'on les examine seulement sur la carie de l'Ile. On peut se trouver très près d'eux sans les voir, et souvent on ne les pressent pas du tout avant d'avoir atteint le dernier sentier sur le bord. Alors il faut descendre le long d'un rocher à pic de 4 à 500 pieds , puis remonter à la même hauteur ; mais à peine a-t-on fait un quart de lieue , qu'on trouve un nouveau baranco , aussi profond , et bordé également par des escarpements verticaux. Ces ravins se succèdent ainsi de telle sorte, que les habitations trouvent à peine assez de place sur cette surface. Aucune eau ne coule dans ces barancos, si ce n'est pendant les pluies d'hiver , ou quand la neige fond sur les montagnes.
Les chemins , pour arriver à une hauteur un peu considérable au-dessus du niveau de la mer, deviennent tellement pénibles par suite de ces interruptions continuelles, de ces montées et descentes consécutives , que les habitants préfèrent en toute saison monter toute la hauteur depuis Santa-Cruz jusqu'à la Caldera , puis redescendre par un grand détour le long du baranco, plutôt que de prendre le chemin, bien plus direct et plus court , à travers tant de profonds barancos. Ceux-ci partent tous des bords de la Caldera, comme d'un centre ; mais ils ne s'étendent pas plus loin que la Caldera elle-même. Sitotque la Cumbre s'éloigne du cratère et se retire vers la pointe méridionale, les barancos deviennent rares , et ne sont plus profonds que près des bords de la mer.
Ces phénomènes s'accordent entre eux le plus parfaitement possible , de manière à être rattachés à une
DESCRIPTION GÉOGrvOaTIQUG. 48«>
cause commune. Qu'est-ce en effet que la Caldera , sinon Ja grande cheminée , le cratère de soulèvement, par lequelf 'est fait jour la force qui a soulevé toute celle île du fond de la mer au-dessus de sa surface. C'est pour cela que les couches ont la même inclinaison que la pente extérieure , plus forte vers le haut que vers le bas , et la surface du cône nouvellement soulevé , a dû éclater sur son contour en fentes et en barancos innombrables, puisqu'elle s'étend sur un espace beaucoup plus considérable que celui qu'elle occupait auparavant sur le fond de la mer. De pareilles fentes sont rares loin du cône d'éruption, parce que les mêmes causes de rupture n'y existent plus. S'il avait pu s'élever un pic au milieu de la Caldera, il en serait résulté un volcan, un canal de communication de l'intérieur avec l'atmosphère : mais l'immense masse soulevée est retombée au milieu du cratère , et a rebouché l'oriûcc de communication qui avait tenté de s'établir.
Le profond canal qui s'étend depuis le cratère jusqu'au pied du cône , le baranco de las Angu&tias, n'est pas particulier à l'île de Palma : c'est un phénomène commun à tous les cratères de soulèvement. Si le bord supérieur seutement, et non le fond d'un pareil cratère est élevé au-dessus de la surface de la mer, alors il arrive ordinairement que l'eau de la mer s'introduit par ces sortes de fentes, et, remplissant l'espace intérieur, forme une grande baie circulaire. C'est ce qui a lieu pour l'île d'Amsterdam, au sud de l'Afrique; pour Barren lsland , à l'est des îles Nioobar (Pl. VI, 5), où l'on croitvoir lePicde Ténériffeavecle cirquequi l'entoure, placé à la surface de la mer. A Gran Canada les fentes se trouvent dans le profond baranco de Galega, auprès de Mas Palomas, vers le côté méridional. Mais dans aucune de ces îles ces rapports remarquables ne sont
aussi nels, aussi manifestes, et sur une aussi grande échelle que dans l'île de Palma.
ÉRUPTION DE FUEN-GALIENTE.
On n'a jusqu'à présent examiné aucun cratère de soulèvement» dans le milieu duquel on ait trouvé seulement une trace d'une éruption ou d'un courant de lave. Toutefois ce cas se présente au circuit extérieur, mais seulement loin du grand cratère, et ordinairement à une très grande profondeur, presqu'an pied de la montagne. Encore ne remarque-t-on pas que ces éruptions se rangent autour du cratère , comme autour d'un centre, et que par suite, elles indiquent là, comme dan s les grands volcans, une direction commune. A Palma, il n'y a vraisemblablement nulle part, sur le circuit extérieur du cône qui cache la Caldera, aucun cône d'éruption, ni aucun courant de lave ; l'éruption de la Lavanda même, arrivée l'an 1585, est déjà très éloignée de laCumbre de la Caldera. C'est encore bien plus loin , et à une grande distance de cette Cumbre, que se trouvent les éruptions les plus récentes , celles de Fuen* Caliente, sur le côté méridional le plus extérieur de l'île, et non loin de la mer. Viera parle peu de cet événement , Glas pas du tout $ mais il se trouve consigné dans un manuscrit du licencié Don Juan Pinto de Guisla, fait à Palma le 17 janvier 1678, qui est encore conservé à Ténériffe, et où toute la suite des phénomènes est racontée avec assez de détails.
Les premiers signes de l'éruption du volcan, dit Don Juan Pinto , furent des tremblements de terre, qui commencèrent le samedi 13 novembre 1677, dans
DESCRIPTION GÉOO'OSTI^LK. 287
la partie méridionale de l'île, éloignée de six léguas de la capitale, là où sortait celte source, qui à cause des propriétés médicinales de ses eaux était nommée Fucnte- Santa; et, comme celles-ci jaillissaient chaudes du sein de la terre, tout le district avait reçu le nom de Fuen- Galiente. Les tremblements de terre continuèrent jusqu'au 17; puis il se forma, avec un violent bruit souterrain , plusieurs ouvertures , desquelles il sortait des vapeurs brûlantes accompagnées d'une forte odeur de soufre : la plus grande de toutes se lit sur la montagne los Corrales , à une demi-legua de la mer.
te même jour, une heure avant le coucher du soleil, la terre s'ouvrit avec un grand fracas dans la plaine, au-dessus de la Fuenle-Santa, sur la Cuesta Canrada. Immédiatement ensuite se formèrent les unes aprfcs les autres , dans l'espace d'une heure , sur la pente de la montagne , dix-sept autres ouvertures , par lesquelles jaillirent des masses épaisses, fluides et incandescentes , qui se réu Dirent en un courant de feu dirigé vers la mer. Trois nouvelles ouvertures se formèrent plus haut, au-dessus de la montagne, et il en sortit une masse fluide semblable , qui se joignit à celles provenant des autres ouvertures , et atteignit avec elles la mer au Porto Yiejo, là où les Espagnols abordèrent pour la première fois dans le pays , pour faire la conquête de l'île. Un bras se précipita jsur la Fuente- Santa, et la recouvrit d'une telle quantité de débris, que maintenant on a perdu toute espérance de jamais la ïevoir. La destruction de cette source chaude a été une perte considérable pour l'île de Palma.
Le 24 novembre, la grande ouverture de la montagne ( los Corrales ) dégagea beaucoup de fumée ; puis elle s'agrandit brusquement avec un bruit considérable , des flammes en sortirent et s'élevèrent jusqu'à une très grande hauteur ^ elles étaient mêlées de pierres
288 DESCHIPTIOxN DES ILES garâmes.
incandescentes en si grande quantité , que par leur accumulation autour du nouveau cratère, la montagne s'éleva d'une quantité notable. Mais aucun courant ne jaillit de cette ouverture.
Plus tard, entre cette montagne et la mer, dans la partie de la contrée qui a été appelée Fenianya, la terre se fendit, et il se forma de nouvelles ouvertures éloignées de plus de cinquante brazas des premières, et il en sortit des courants de laves. Ils se dirigèrent également vers le Puerto Viejo, et, se joignant avec ceux des autres ouvertures, ils formèrent une sorte de Malpays d'une demi-legua de largeur. La mer fut repoussée de plus de deux cents brazas par ces courants.
Dans l'intérieur même de la montagne, on entendait un pétillement continuel , comme de matières enflammées, entremêlé de plus fortes détonations qu'on entendait dans toute l'île , et qui ressemblaient tantôt au bruit du tonnerre, tantôt à l'explosion d'une batterie. De temps en temps les flammes cessaient de jaillir de la grande ouverture du sommet; mais elles étaient immédiatement suivies par une épaisse fumée, et par une éruption d'une si énorme quantité de sable , que tout le pays environnant en fut recouvert jusqu'au-delà de la hauteur de huit palmes , et qu'une grande partie du Malpays , près de la mer, formant un rivage rocailleux, fut changé en une plage sableuse, en une Playa. Au milieu de cette fumée épaisse , il se produisait des éclairs si éclatants, qu'on les voyait jusque dans la ville; comme les éclairs des orages , ils étaient suivis de violents coups de tonnerre. Aujourd'hui, dit le licencié, 18 janvier 4678, tons les phénomènes n'ont pas encore cessé. La montagne dégage toujours de la fumée et des vapeurs, et, dans les environs du nouveau volcan, il y a maintenant des endroits qui émanent des exhalaisons si pestilen-
DESCRIPTION GÉOGNOSTIQUE. 289
tielles, qu'on y a trouvé un homme asphyxié, ainsi qu'un grand nombre d'oiseaux morts aux environs. Plus tard, vingt-sept chèvres y périrent en même temps, pour s'être approchées de cet endroit , où les vapeurs émanent de la terre sans fumée apparente. Des tremblements de terre continuèrent à se succéder ,• et on les ressentit surtout très fortement le 5 janvier, vers cinq heures du matin. Toutefois, le monticule du sommet resta seul dans un état d'éruption ; mais de nouveaux courants de laves , sortis de quelques ouvertures plus profondes, recouvrirent complètement plusieurs oriûces situés encore à de plus grandes profondeurs, d'où étaient sortis auparavant d'ajitres courants. D'après Viera, tous ces phénomènes cessèrent complètement le 21 janvier.
D'après cette relation , la suite des phénomènes de cette éruption remarquable est encore conforme à ce qu'on observe si souvent dans les volcans. D'abord la terre s'agite, ensuite il se produit une fente qui, ici, se trouve représentée par dix-huit petits cratères, et cette fissure donne issue à des courants de lave fluide. Puis un cratère plus élevé répand des pierres, des cendres et du sable , et enfin des mofettes pestilentielles se dégagent du sein de la terre ébranlée.
La masse de la lave sortie du volcan est extrêmement remarquable. Elle est complètement basaltique, renferme des cristaux d'augite et de très gros morceaux de péridot, de la grosseur d'un citron. Ceux-ci se trouvent dégagés de la masse, et s'élèvent au-dessus comme des pointes soutenues par de petites colonnes délaves. Lorsqu'ils sont entièrement entourés, ils ne sont pourtant pas renfermés solidement dans la masse, mais ils sont environnés comme d'une bordure de cavités. On ne voit pas du tout de feldspath dans cette lave: elle dérive certainement de roches basaltiques.
et vraisemblablement elle provient du basalte de l'enceinte la plus voisine , car , jamais les laves ne paraissent être formées des matières sorties des profondeurs de la terre. Elles semblent n'être rien autre cbose que des portions de la roche la plus voisine de la surface , que traversent les vapeurs dégagées de l'intérieur du volcan.
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DESCRIPTION DE L'ILE LANCEROTE f).
ERUPTION DE i73o.
Comme le vaisseau sur lequel je comptais retourner en Angleterre dans l'automne de 1815 , s'arrêta quel* que temps sur le côté méridional de nie Lancerote , au port de Naos, lous mes efforts furent dirigés vers ce but , d'étudier de plus pr^s l'éruption qui en 1730 détruisit presque le tiers de l'île. Elle a quelque chose de singulier, d'extraordinaire; il n'avait jamais existé à Lancerote un volcan propre , un pic s'élevant à une grande hauteur et renfermant intérieurement un cratère principal. Encore aujourd'hui , après cette catastrophe, nous avons, en passant près de l'île, promené inutilement nos regards de tous côtés, pour voir de quelle hauteur avaient pu provenir ces masses qui ont répandu partout sur leur passage la plus désolante dévastation. L'île semblait partout plate, quand on venait de quitter les îles si élevées de Ténériffe, de Palma , de Canaria, et aucune montagne ne se distinguait par-1 ticulièrement du reste du pays.
A Porto de Naos j'appris avec quelque surprise que la montagne brûlait encore et que pour cette raison elle était nommée Montana de Fuégo. Mais on ne savait pas positivement où elle était située, et Ton m'a-
(¥) Voir la carte de Lancerote.
dressa à la capitale Téguize , éloignée de deux petits milles, où Ton devait me l'apprendre plus exactement.
Dans le fait , le voisinage d'une éruption se fit bientôt reconnaître. A peine à une demi-lieue du port, sur le chemin de la ville, dans un vallon uni par lequel passe le chemin , parut un courant de lave noire. On le voit venir de Test entre des collines , et suivre les formes du vallon , comme une matière liquide , tantôt s'élargissant , tantôt se rétrécissant dans les parties plus escarpées. Il se perd dans la mer une lieue au-dessous de Porto de Naos , et est ici d'autant plus remarquable, qu'il est environné de champs de blé , et que sur le sol on ne voit ni rapilles ni scories. Cette lave est aride et sans trace de culture , et à peine le chemin y laisse-t-il quelque marque apparente. Sa masse est très noire , mais elle ne se laisse pas facilement reconnaître à cause des bulles. Elle ne renferme ici aucune substance mélangée. Les roches au, contraire, qui forment le rivage près de Porto de Naos, et par dessus lesquelles se dirige le courant de laves , sont bien moins noires et moins compactes. On voit nettement que c'est un mélange grenu de cristaux verts et blancs, semblable à une dolérite à grains fins ; et effectivement à l'aide d'une forte loupe, on y distingue facilement de l'augite dans les grains verts ; mais dans les grains blancs on ne reconnaît pas distinctement du feldspath ; ils m'ont paru beaucoup trop nombreux pour pouvoir être assimilés aux prismes hexagonaux de néphéline de Capo di Bove.
Ces masses sont traversées par un très grand nombre de grandes cavités, un peu allongées, et tapissées de druses intérieurement. Elles forment , près du port au-dessous du château S. Gabriel , des colonnes semblables à des colonnes de basalte , de 2 pieds d'épaisseur et d'une longueur apparente de 6 à 8 pieds. Comme elles recouvrent tout le pays qui environne le
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port , on ne peut pas facilement y apercevoir une direction de coulée; elles se distinguent encore essentiellement des couches basaltiques de ces îles, en ce qu'elles ne constituent pas des masses distinctes de rochers , et ne se trouvent pas en couches alternant avec des amygdaloïdes et des conglomérats de tufs.
Au-dessous de l'ancien cône d'éruption de Tayhe duquel est sortie une coulée de lave , cachée même sous des champs de blé, le chemin s'élève vers Téguize, et se trouve alors tracé dans du calcaire. Cette roche forme une couche peu épaisse qui recouvre les colonnes de dolérite. Le calcaire est jaune isabelle et blanc jaunâtre, à cassure esquilleuse ou terreuse ; en quelques places où cette couche est ta plus épaisse , elle a au plus deux pieds de hauteur; dans d'autres elle ne parait que comme une stalagmite déposée sur le sol et elle a au plus un pouce d'épaisseur. Assez fréquemment, peut être même partout, H s'y trouve des fossiles qui paraissent appartenir à des débris de coquilles terrestres semblables a des hélices, des bulimes et des spirales. Dans toutes les parties de ce calcaire , on observe des fragments de lave ancienne de diverses grosseurs. Quelques-uns sont assez considérables pour surpasser la puissance de la couche et alors ils s'élèvent au-dessus de sa surface $ d'autres au contraire sont très petits et entièrement englobés par le calcaire. Sur les flancs de la couche, le calcaire devient oolithique et cette texture est tellement prononcée, que dans quelques fragments on croirait voir des débris de couches calcaires de la formation jurassique. Le gisement de cette couche est tout-à-fait singulier ; elle ne se trouve pas dans les parties profondes , mais seulement sur les penchantsunis de la montagne, et elle se continue sans interruption sur les pentes jusqu'à la hauteur de 800 pieds et peut-être même davantage. On ne la retrouve pas auprès de Porto de Naos, non plus que dans
toutes les parties méridionale et orientale de l'île. Je serais fort tenté de croire que cette couche doit son existence aux vents violents et impétueux qui soufflent du nord- ouest pendant l'hiver, et qui transportant sur toute l'île les eaux de la mer sous forme de brouillards , les dépose sur la montagne. Les eaux pluviales qui en résultent dissolvent dès matières salines qu'elles entraînent et qu'elles déposent en forme de stalactites calcaires lesquelles englobent des petits fragments et produisent de l'oolithe, tandis que les gros morceaux de roches sont simplement empâtés à l'état de conglomérat; il résulterait enfin de toute cette action une couche qui s'étendrait au loin sur tout le versant de la montagne.
A Téguize on me montra de loin vers le sud-ouest une série de collines parmi lesquelles je devais trouver le volcan ; on m'indiqua auprès Tinguaton comme le point le plus rapproché de cette montagne enflammée. Dans la large vallée qui sépare la ville de Tinguaton , je fus obligé de traverser de nouveau un bras de la lave provenant de cette éruption. Cette partie de la coulée s'étend aussi jusqu'à la mer du côté du nord ; mais l'ouverture par laqueHe elle est venue à la surface se trouvait encore cachée par les collines qui s'élevaient devant moi. Enfin derrière Tinguaton j'aperçus un cône élevé dont les flancs étaient du haut en bas formés de fragments de rapilles incohérents. Divers cônes élévés les uns au-dessus des autres se montraient dans le lointain , et on voyait des masses de laves semblables à des glaciers noirâtres se précipiter de leurs sommets vers les parties inférieures. A une lieue plus loin, je parvins enfin à cette lave qui formait comme un vaste champ dévasté. La surface noire et raboteuse de la lave est recouverte de grosses écailles entrelacées , anguleuses , semblables à d'immenses vagues; cllesn'ont que quelques piedsde hauteur, mais elles
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sont si serrées que plusieurs personnes placées près les unes des autres ne pourraient s'y reconnaître. Vers le haut, ces écailles sont réunies avec les parties supérieures de la coulée par des vagues arrondi es, visqueuses, dont quelques-unes sont très considérables et fort étendues. Vers le bas elles forment des escarpements presque verticaux , d'immenses voûtes irrégulières sous lesquelles se cachent des masses de scories, et de grande* cavités. La masse qui compose la lave est peu pôreuse , èlleestgrenue et dans les cavités renferme des cristaux bien déterminés , le plus souvent formés d'augite. El le contient aussi très souvent du péridot en masses aussi belles et aussi considérables que les laves de Weissenstein auprès de Cassel. Rien de plus surprenant que l'aspect de ces masses de péridot qui sortent en partie de la roche et se présentent comme des boutons à sa surface. Evidemment le péridot non fondu a été empâté et retenu par la viscosité de la lave qui s'écoulait vers les parties basses de la montagne; en effet il est très facile de séparer le péridot de la masse de la lave. Partout où la surface de la lave présente des pointes saillantes , celles-ci sont toujours terminées par une pareille masse de péridot , souvent grosse comme la tête. Ce péridot a le plus souvent conservé sa belle couleur vertolive et présente des traces évidentes de cassure lamellaire: il est mélangé d'augite comme à l'ordinaire. Lorsque l'action de la chaleur sur cette substance a été plus intense , elle devient brune ou gris de perle mat, et la masse de lave s'est introduite entre les fissures des grains qu'elle englobe de toutes parts. J'avais déjà remarqué de semblables masses de péridot dans les coulées de Fuente-Caliente à Palma, mais jamais dans aucun volcan et dans une véritable coulée on n'en trouve d'aussi considérables, et hors de ces îles on n'en observe de semblables que dans le Vivarais où
les coulées se présente» t immédiatement sur le granité.
Après une montée pénible d'une heure et demie sur le champ de lave , je parvins à l'orifice même par lequel cette matière s'est fait jour pour venir à la surface. C'est une montagne formée de scories et de rapilles qui reposent les uns sur les autres en formant une grande quanti té de couches fort tourmentées. Le cratère de l'intérieur duquel s'est échappée la lave, est terminé de tous côtés par des murs verticaux. Dans les parties seulement où la lave s'est frayé un passage, les bords du cratère sont échancrés jusqu'au fond qui à l'origine de la coulée forme une petite plaine. Je pus ici encore vérifier ce fait constant dans tous les cratères d'éruption , c'est que du côté où a coulé la lave les bords du cratère sont fortement échancrés, souvent même cornplétement détruits. Ainsi c'est le cas des deux éruptions volcaniques qui , en Auvergne, ont répandu sur un espace de plusieurs milles les coulées de Volvic et de Talande. On observe la, même chose à Ténériffe dans l'éruption de la lave qui a servi à construire le hâvre de l'Orotava : il en est de même à la Gran Canada, au mont Rosso de l'Etna et dans toutes les petites éruptions du Vésuve. A Lancerotemême, je me suis servi de cette observation au cratère de Tayhe et h celui de l'éruption de Corona pour retrouver le côté par lequel la lave a dû s'écouler. Sur les bords du Rhin entre Coblentz et Andernach, où les coulées de lave sont recouvertes et masquées par des couches de pierres-ponces , cette remarque est du plus grand secours pour reconnaître les orifices d'éruption et la direction de ces coulées.
Tout-à-coup sur le bord le plus élevé du cratère, paraît un nouveau cratère qui s'enfonce à plus de 500 pieds de profondeur sans présenter cependant ni lave ni orifices ; mais au lieu de ces ouvertures , on voit de larges
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Assures s'étendre à travers les roches depuis le fond jusque sur les flancs du cratère. Quand on approche plus près de ce* crevasses , on observe qu'il s'en dégage des vapeurs fort échauffées , dans lesquelles la température du thermomètre s'élève rapidement jusqu'à 145° F (62°, 7 c.) et il est probable qu'il atteindrait, dans les parties inférieures des fissures , la température de l'eau bouillante, s'il était possible d'observer cet instrument à cette profondeur. Ces vapeurs paraissent n'être rien que de la vapeur d'eau ; elles se condensent en gouttelettes qui ruissèlent sur les corps plus froids qu'on approche de ces crevasses. Cependant ces vapeurs ne peuvent être de l'eau pure : en effet, les parois des fissures sont de chaque côté couvertes d'incrustations blanches, assez singulières, car elles sont<îomposées de gypse et obstruent les fissures presque jusque dans leur milieu. De quelques-unes de ces crevasses, on voit aussi s'élever des vapeurs de soufré qui en se déposant sur les scories des environs les recouvrent de cristaux de soufre : mais ces dégagements sont loin d'être aussi fréquents et aussi intenses que ceux du cratère du pic de Ténériffe.
Ces divers phénomènes ont fait donner à cette montagne , le nom de Montana de Fuego ; et cependant leurs effets annoncent si peiwT intensité dans les actions qui les produisent, eu comparaison de ce qui a dû déterminer l'immense dévastation de la contrée avoisinante , qu'on est fortement porté à croire que ces actions sont simplement déterminées par l'oxydation de quelques débris de matières métalliques restées entre les scories dans l'intérieur de la montagne, et ne résultent nullement d'une source puissante et active de chaleur.
Un troisième cratère, mais plus petit , se trouve en connexité avec le grand cratère , et est creusé dans la
crête la plus élevée de la montagne. Il est d'après des mesures barométriques , à 635 pieds au-dessus de Tinguaton et à. 1,378 pieds au-dessus defe mer. Du haut de cette montagne , on découvre l'horizon de la mer par-dessus tous les cônes environnants ^ il n'y a que l'immense cône d'éruption de Corona sur le rivage septentrional de l'île qui s'élève un peu au-dessus de la trace de cet horizon.
On ne saurait décrire l'aspect de désolation que présente à l'oeil de l'observateur toute la contrée qu'on aperçoit de ces hauteurs. Un espace de plus de trois milles carrés qui s'étend vers l'ouest jusqu'à la mer, est entièrement couvert de scories noires au-dessus desquelles s'élèvent eà et là de petits cônes de rapilles. Aucune maison, aucun arbre, aucune végétation ne vient rompre la monotonie de cette surface inégale et raboteuse ; tant que la vue peut s'étendre , tout est mort et dévasté. Il était évident que cette immense masse de lave n'avait pu provenir d'un seul orifice d'éruption et que la Montana de Fuego dont la coulée s'étend vers l'est, n'avait pu contribuer que pour une petite portion, et de ce côté , à cette dévastation de la contrée. Depuis longtemps j'avais par conséquent cherché à reconnaître où pouvaient être placés les autres cônes d'éruption , d'où avait pu provenir cette énorme quantité de matières. Quel ne fut pas mon étonnement, lorsqu'à la partie supérieure de la montagne, je vis sê développer devant moi une série entière de cônes tous aussi élevés quela Montana de Fuego elle-même, tous exactement dirigés sur une étendue de plus de deux milles géographiques, suivant la même ligne, et si régulièrement disposés, que ces cônes étant pour la plupart cachés les uns par les autres, on n'apercevait que leurs sommets. Depuis le rivage occidental jusqu'auprès de Florida, à un demi-mille de Puerto de Naos, j'ai compté douze grands cônes,
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parmi lesquels la Montana de Fuego se trouvait placée la sixième. En outre, on voit une grande quantité d'autres petits cônes placés en partie entre les précédents, en partie hors de leur direction commune : c'est évidemment la répétition du phénomène de Jorullo , ou de celui des Puys en Auvergne. L'éruption avait aussi probablement eu lieu tout le long d'une grande faille , qui a dû se produire avec d'autant plus de force et de violence, qu'il n'existait pas auparavant de volcan ou de cheminée communiquant avec l'intérieur, qui pût atténuer l'intensité de l'aclion mise en jeu lors de cette éruption.
Jusqu'à Florida, j'ai gravi la plupart de ces cônes ; tous sont exactement semblables; ce sont des agglomérations de 5 à 400 pieds de hauteur, formées de rapilles, gros comme des fèves, anguleux, incohérents et poreux, roulant avec bruit les uns sur les • autres. Les cratères s'ouvrent généralement vers l'intérieur de l'île , où les coulées se sont réunies en un immense champ de lave, et plus on approche de l'extrémité de cette chaîne d'éruption vers Sobaco , plus le péridot devient rare dans cette lave. Enfin , on ne trouve plus cette substance que dispersée , et dans les coulées des cônes les plus éloignés , on ne la voit plus, comme si elle eût été entraînée et dissoute par la matière liquide , pendant son mouvement. Cette circonstance et la position singulière des masses de péridot sur les pointes extrêmes des parties anguleuses de la lave auprès de Tinguaton , sembleraient suffisantes pour prouver la préexistence de ce péridot dans les laves , si on ne savait pas déjà que celte substance, quand elle se trouve en masses aussi considérables et de cette manière , caractérise principalement certains basaltes particuliers. Au reste, il n'est pas difficile de trouver ici la roche que l'action du feu a transformée en lave. LaMancha-Blanca, qui estime partiede Tinguaton, est composéede colonnes
de basalte compact, contenant souvent degros grains très visibles de péridot : cette roche est tout à fait semblable au basalte qui , auprès de Rio, s'étend sous forme de touche fort étendue sur les couches d'amygdaloïde.
Au-dessus de ce basalte colonnaire s'élève la chaîne des cônes d'éruptions, et par conséquent cette roche doit avoir été brisée et entraînée à l'état fluide par les éruptions. La nature de la masse de la lave n'a pas non plus dû lui permettre de donner naissance à du péridot; en effet, il paraît à peu près prouvé que le péridot ne se trouve point ou très rarement, et seulement en petits grains , dans les roches basaltiques, qui tant qu'elles contiennent encore un peu de feldspath, prennent une couleur plus claire, due au mélange grenu de cette matière ;• ce péridot ne se présente non plus que dans les basaltes dont la texture annonce un mélange de diverses substances.' Or la lave de Montana de Fuego est grenue comme une dolérite à grains fins, et ne ressemble aucunement aux masses qui ordinairement empâtent du péridot.
On doit être naturellement curieux d'apprendre de quelle manière se sont manifestés les phénomènes qui ont accompagné cette grande éruption. Les descriptions qu'on en a faites jusqu'ici , ne jettent pas beaucoup de clarté sur ces faits $ j'ai cependant trouvé à Santa-Cruz de Ténériffe , une relation manuscrite, faite lors de cet événement par Don Andréa Lorenza Gurbeto, curé de Yaisa, endroit très peu éloigné du siège de l'éruption , et la série des phénomènes, tels qu'ils ont été décrits par cet observateur , me paraît mériter d'être rapportée.
Le 1" septembre 1750, dit Don Lorenza Gurbeto, entre 9 et 10 heures du soir, la terre s'entr'ouvrit toutà-coup auprès de Chimanfaya, à deux lieues de Yaisa. Dès la première nuit , une énorme montagne s'était élevée du sein de la terre , et de son sommet s'échap-
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paient des flammes qui continuèrent à brûler pendant dix-neuf jours. Peu de jours après, un nouvel abîme se forma probablement au pied des cônes d'éruption qui venaient de se produire , et un torrent de lave se précipita sur Cbimanfaya, sur Rodeo et sur une partie de Mancha Blanca. Cette première éruption eut lieu ainsi à Test de la montana de Fuego, à peu près à moitié chemin, entre cette montagne et Sobaco. La lave s'écoula sur les villages vers le nord, d'abord avec autant de rapidité que l'eau, mais bientôt sa vitesse se ralentit et elle ne coula plus que comme du miel. Mais le 17 septembre, un rocher considérable se souleva du sein de la terre , avec un bruit semblable à celui du tonnerre, et parsa pression il força la lave, qui d'abord se dirigeait vers* le nord , de changer de route et de se porter vers le nord-ouest et l'ouest -nord-ouest. La masse de lave atteignit enfin et détruisit en un instant les villages de Macetas et de Santa-Catalina, situés dans la vallée.
L'apparition de ce rocher est un phénomène extrêmement remarquable, que le curé pouvait parfaitement bien observer de Yaisa, et on n'a aucune raison de révoquer en doute la vérité de son assertion. Ce rocher aura été détruit par une éruption subséquente, car on ne voit rien sortir de la lave qui ressemble à un rocher solide. Ce fait nous indique comment des rochers isolés peuvent s'élever du sein de la mer. Celui-ci n'aurait il pas été produit parle relèvement d'une portion non fondue de la couverture basaltique supérieure , qui se serait soulevée pendant un certain temps ?
Le il septembre, l'éruption se renouvela avec plus de force , et la lave recommença à couler. De Santa- Catalina, elle se précipita sur Maso , incendia et recouvrit tout ce village, et poursuivit son chemin jusqu'à la mer ; eHe coula pendant six jours de suite avec un
bruit effroyable et en formant de véritables cataractes Une grande quantité de ppissons morts surnageaient à la surface des eaux delà mer, ou venaient mourir sur le rivage. Bientôt tout se calma, et l'éruption parut avoir complètement cessé. Malgré l'énorme masse de lave qui s'était étendue de là jusqu'au rivage de la mer, en recouvrant plusieurs villages , il était évident que jusqu'ici l'éruption n'avait eu lieu que par un seul orifice situé à peu près entre Tinguaton et Tegoyo.
Mais le 18 octobre, (rois nouvelles ouvertures se formèrent immédiatement au-dessus de Santa-Catalina, qui brûlait encore, et de ses oriôces s'échappèrent des masses d'une fumée épaisse qui s'étendit sur toute l'île ; elles étaient accompagnées d'une grandequantité de rapilles, de sables et de cendres, qui se répandirent tout autour, et de tous les points on vit tomber des gouttes d'eau en forme de pluie. Les coups de tonnerre et les explosions qui accompagnèrent ces phénomènes, l'obscurité produite par la masse de cendres et de fumée qui recouvrait l'île, forcèrent plus d'une fois les habitans de Yaisa et des lieux circonvoisins , à prendre la fuite, mais ils revenaient bientôt, car ces détonations ne paraissaient accompagnées d'aucun autre phénomène de dévastation. Le 28 octobre, l'action volcanique s'était exercée de cette manière pendant dix jours entiers , lorsque tout-à-coup le bétail tomba mort, asphyxié dans toute la contrée, par un dégagement de vapeurs pestilentielles, qui se condensèrent et tombèrent sous forme de gouttelettes. Le 30 octobre , tout redevint tranquille. Cette éruption paraît n'avoir été accompagnée d'aucune éjection de lave.
Mais, deux jours après, le 1er novembre, les fumées et les cendres recommencèrent à paraître, et elles se dégagèrent constamment jusqu'au 10 : alors parut une nouvelle coulée 5 toutefois, celle-ci causa peu de dommages, car tout dans les environs était déjà brûlé,
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ravagé et couvert de lave. Le 27 , une autre coulée se précipita avec une'incïoyable vitesse vers les bords de la mer; elle atteignit le rivage le 1er décembre, et forma au milieu des eaux une petite île , tout autour de laquelle od trouva beaucoup de poissons morts.
Le 16 décembre, la lave qui jusqu'alors s'était précipitée vers la mer, changea dedirection, et se détournant • vers le sud-ouest, atteignit Chupadero qui bientôt, le 17 , ne fut plus qu'un vaste incendie. Elle ravagea ensuite lafertileVegadeUgo, mais ne s'étendit pas au-delà.
Le 7 janvier 1731 , de nouvelles éruptions vinrent bouleverser toutes les précédentes. Des courants incandescents, accompagnés de fumées très épaisses, sortirent par deux ouvertures qui s'étaient formées dans la montagne. Les nuages de fumée étaient fréquemment traversés par de brillants éclairs d'une lueur bleue et rouge, suivis de violents coups de tonnerre, comme dans les orages , et ce spectacle était aussi effrayant que nouveau pour les habitants, car on ne connaît pas les orages dans ces contrées. Le 10 janvier, on vit se soulever une immense montagne, qui le même jour s'abîma dans son propre cratère avec un fracas épouvantable , et couvrit l'île de cendres et de pierres. Des coulées de lave brûlante descendirent comme des ruisseaux à travers le Malpays jusqu'à la mer. Le 27 janvier, cette ^ruption était terminée.
Les montagnes qui se sont formées pendant cette éruption, existent probablement encore : plusieurs d'entre elles , situées près les unes des autres, et ayant de grands cratères échancrés sur un côté, presque jusqu'à leur fond, appartiennent au septième groupe, et s'élèvent à l'ouest du côté de la mer. On m'a assuré, au moins, que c'est un cône de 400 pieds de haut, faisant partie de ce groupe , qui a détruit la grande et florissante bourgade de Santa-Catalina.
Léo février, un nouveau cône fut soulevé 5 il brûla le village de Rodeo , et après avoir traversé toute la contrée qui environne ce village , la lave atteignit les bords de la mer : elle continua à couler jusqu'au 28 février.
Le 7 mars , s'élevèrent d'autres cônes, et la lave qui en sortit, se dirigea au nord vers la mer et atteignit Tingafa, qui fut complètement dévasté. Les cônes se disposèrent presque régulièrementsur un mèmealignement,de l'est à l'ouest, comme si les éruptions produisaient dans l'intérieur une immense fracture qui trouvait moins de résistance à s'effectuer vers l'ouest. De nouveaux cônes , terminés par des cratères , se soulevèrent le 20 mars, à une demi-lieue plus J»>in vers le nord, et par conséquent , faisant toujours partie de la même série volcanique : ces cônes furent en éruption jusqu'au 51 mars. Le 6 avril , ils recommencèrent avec plus de violence , et rejetèrent un courant incandescent qui s'étendit obliquement du côté de Yaisa, sur le champ de lave déjà formé. Le 45, deux montagnes s'affaissèrent avec un fracas épouvantable, et le 1er mai, cet incendie volcanique paraissai! éteint, mais il se renouvela le lrr mai , à un quart de lieue plus loin ; une nouvelle colline se souleva, et une coulée de lave vint menacer le village de Yaisa. Le 6 mai, ces phénomènes avaient cessé , et pendant tout le reste du mois, cette immense éruption parut être entièrement terminée^ mais le 4 juin, trois ouvertures s'ouvrirent à la fois, et ce phénomèoe accompagné de violentes secousses et de flammes, qui se dégageaient avec un bruit épouvantable, vint de nouveau plonger les habitants de l'île dans la consternation. Cette éruption se fit de nouveau auprès du Tingafaya, à peu près dans la partie où s'élève la Montana de Fuego. Les orilices se réunirent bientôt en un seul cône très élevé, duquel sortit une lave qui se précipita jusqu'à la mer. Le 18 juin, un nouveau cône se souleva entre ceux
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qui s'élevaient déjà sur les ruines deMato, de San la Catalinaet de Tingafaya; c'est vraisemblablement la même montagne , à laquelle on donne encore actuellement le nom de volcan, qui a rejeté la lave dirigée vers le nordouest. Un cratère, ouvert sur le flanc de ce cône, lançait des cendres et des éclairs, et d'une autre montagne située au-dessus de Mazo, se dégagea une vapeur blanche, qu'on n'avait point encore observée jusque-là.
Vers le même temps, à la fin de juin 1751 , toutes les plages, et le rivage de la mer, du côté de l'ouest, se couvrirent d'une quantité incroyable de poissons morts, de toutes sortes d'espèces, et quelques-uns de formes qu'on n'avait jamais vues. Vers le nord-ouest, on voyait, de Yajsa, s'élever du sein delà mer une grande masse de fumée et de flammes, accompagnées de violentes détonations , et on observa la même chose sur toute la mer, du côté du Rubicon , sur la côte occidentale. #
Ces flammes, qui jaillissaient du côté de la mer, paraissent surtout avoir jeté l'épouvante dans cette contrée. Chaque relation de cette éruption cite la sortie de ces flammes, en ajoutant qu'elles furent accompagnées en même temps du soulèvement d'un rocher considérable qui s'éleva dans la mer, à une grande distance du rivage. Le curé d'Yaisa ne parle point de ce rocher qu'il devrait avoir vu , et je ne l'ai non plus trouvé indiqué sur aucune carte.
Si la mer eût été couverte de pierres-ponces, ce fait eût été très important , et aurait pu faire supposer que les flammes provenaient d'une grande profondeur. Les éruptions qui ont eu lieu parles cônes, n'ont certaine ment apporté à la surface , aucun fragment de piumsponccs, et aussi loin que j'ai étudié l'île de Lancerote , je n'en ai nulle part trouvé sur les rivages
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toutefois, je n'ai vu la côte du Rubicon que du pont du vaisseau. . ,
Mais, que pouvaient être ces flammes qui s'élançaient ainsi du sein de l'Océan, et d'une telle profondeur? Ce phénomène n'qt rien d'extraordinaire dans le voisinage de ces îles volcaniques. On a plusieurs fois observé le même fait près de Saint-Michel, dans les îles Azores ; il s'est manifesté $ussi avec une grande intensité en janvier 4 785, à cinq milles géographiques de Reikianes en Islande en pleine mer. Il est difficile d'admettre que ce puisse être de l'hydrogène , car on ne saurait supposer que ce gaz, après avoir traversé une grande masse d'eau, eut encore ime température suffisante pour que son inflammation eut lieu dès qu'il arrive en contact avec l'atmosphère ; on est plus porté à admettre que ce fait est le résultat delà combustion de substances métalliques, telles que du potassium , du sodium , ou quelqu'autre métal tertcux , qui sont lancés du sein de la terre , et qui viennent se brûler à la surface de l'Océan.
En octobre et en novembre , de nouvelles éruptions vinrent renouveler les angoisses des habitants de l'île; la ppsition des cônes d'éruption qui se produisirent alors n'est pas déterminée d'une manière précise ; mais le £> décembre 1751 , File fut ébranlée par le trerablençientdc terre le plus violent qu'on eut jamais ressenti depuis les deux années désastreuses qui venaient de s'écouler, et le 28 décembre , un courant de lave sortit d'un cône qui s'était soulève > s© dirigea vers Jarçtas , incendia le village, et détruisit la chapelle de Saint-: Jean-Baptiste, auprès de Yaisa. Les habitants commencèrent alors à désespérer de voir jamais cesser ces affreux désastres, et ils abandonnèrent l'iJe avec leur curé, pour se réfugier à la Grande Canarie. L'action volcanique ne cessa pas de s'exercer de la même manière , pendaut cinq
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années consécutives, et on ne vit le terme de ces éruptions que le 1Q avril 1736. Pendant cet espace de temps, les éruptions paraissent avoir eu lieu de nouveau par les points où elles avaient d'abord commencé , car la belle vallée de Tomara avait déjà été ravagée , peut-être en 1752 ou 1755, et ensuite les coulées de lave s'étendirent de nouveau dans cette vallée , jusqu'à un mille plus bas , tout près de Puerto de Naos. Tel est le récit de Bon Andréa Lorenzo Curbeto*
Lorsqu'on observe de plus près les phénomènes de cette terrible éruption , on est fort étonné de voir que les fluides gazeux qui ont été pendant six années consécutives en fermentation dan6 l'intérieur de la terre, et don t l'action était assez puissante pour s'ouvrir violemment un passage, tantôt d'un côté tantôt de l'autre , n'aient pas été en état d'établir une communication durable et permanente avec l'extérieur. Si cette malheureuse île de Lancerote eut possédé un volcan comme l'île de Ténériffe, il est probable qu'aucun de ces nombreux cônes d'érqption ne se serait soulevé , et peut* être aucun des villages qui couvraient l'île n'eût été détruit. Les fluides gazeux sont presque les seules matières qui s'élèvent du foyer même de l'action volcanique; les substances sol ides, les laves, les scories , les rapilles, les cendres, n'en proviennent en aucune façon $ j'ai déjà fait remarquer plu-* sieurs fois , que la nature des laves , des scories > des rapilles et des cendres qui en dérivent , participe toujours de celle des roches de la surface , et que ces matières ne proviennent que de ces roches. Les laves qui sont sorties à travers des couches trachytiques, ne sont jamais basaltiques, et ne renferment jamais de péridot; dans celles, au contraire , qui proviennent de couches de basalte ou d'amygdaloïde , on ne remarque point de feldspath. Toutes les roches qui , dans l'île de Lancerote, n'appartiennent pas immédiatement aux cônes d'éruption ,
forment des couches de véritable basalte compact, d'amygdaloïde et de conglomérat tuffeux , comme dans toutes les îles de soulèvement. On reconnaît parfaitement cette composition sur les falaises verticales de 1,200 pieds de haut, qui bordent l'île dans sa partie nord, auprès de Rio. On ne voit nulle part les roches trachy tiques qui principalement contiennent du feldspath $ aussi, ne trouve-t-on aucune trace de feldspath dans tous les produits qui, pendant six années, se sont répandus de toutes parts sur l'île. Si les vapeurs trouvent un orifice pour se dégager, alors aucune roche n'est, mise en fusion, il ne se produit pas de coulée, la surface extérieure n'est pas bouleversée, enfin les champs et les vallées ne se recouvrent pas de cendres et de rapilles. Ces orifices qui laissent un libre passage aux vapeurs, sont généralement ces dômes élevés de trachyle qui probablement ont élé soulevés de l'intérieur, et que l'on doit codsidérer comme les véritables volcans , comme les cheminées particulières destinées à établir une communication constante entre l'atmosphère et le siège des actions volcaniques, qui s'exercent jusque même à une distance fort considérable. M. de Humboldt a fait remarquer (dans la deuxième partie de ses voyages), qu'après la grande éruption du volcan de Saint-Vincent, qui eut lieu à la suite du violent tremblement de terre de Caracas, en 1810, on ne ressentit plus de secousses dans la contrée de Venezuela. En 1797 , après que le Puracé , auprès de Popayan , eut cessé de rejeter des flammes et de la fumée, la vallée de Quito fut au contraire agitée^ar de violentes secousses , qui ravagèrent et détruisirent Rio -Bamba. Aussi, il est probable que si le Pic était resté constamment ouvert, les vapeurs n'auraient pas cherché à se faire jour à Lancerote, en brisant les couches basaltiques, dont la surface de celte île était recouverte.
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On voit par là combien il est nécessaire de distinguer exactement les éruptions volcaniques d'avec les volcans. Après tant de cônes d'éruption , de cratères et de laves , il n'y a encore à Lancerote aucun volcan et il n'y en a jamais eu. La croûte basaltique et le trachyte qu'elle recouvre est vraisemblablement trop puissante, pour permettre l'existence de canaux ouverts au loin au travers d'elle, et formant une cheminée de dégagement pour les produits volcaniques. Il faut qu'un dôme, un pic de trachyte s'élève de l'intérieur , qu'il s'ouvre à son sommet , et que par les ouvertures ainsi formées il permette aux vapeurs une libre sortie vers l'atmosphère. Si après un long espace de temps le cratère so comble à son sommet, les vapeurs se font jour parles pentes, et la lave qui auparavant s'élevait se précipite alors sur les flancs ; mais l'apparition passagère de ces ouvertures d'éruption sur tout le circuit du grand cône, montre suffisamment que dans celui-ci seulement, consistait la liaison principale avec le foyer volcanique. C'est ce que montre aussi très nettement la disposition si remarquable de ces cônes trachy tiques les uns derrière les autres , qui indique si clairement une fente énorme, ouverte sur une partie considérable de la surface de la terre. Je citerai seulement comme exemple cette série frappante qui environne tout l'archipel des Molucques ; la série des volcans des Iles Kurilles , qui s'étend vers le Kamtschatka, ou celle qui, dans le royaume de Guatimala , unit les montagnes de Darien avec le plateau de Mexico.
Une pareille liaison ne se manifestera pas dans les Iles d'éruptions , lesquelles paraissent toujours être le résultat de phénomènes moins grands, et agissant à une moindre profondeur. Par suite aussi , parmi les îles Azores, le Pico seul est un volcan, et nullement nie de Saint-Miguel, quoique dans cette île les phéno-
mènes volcaniques soient très fréquents. De même tes lies de Palma, deGran Canaria, ne sont pas des volcans, quoiqu'elles aient eu des éruptions de courants de laves et de cendres. L'île de l'Ascension , l'île d'Amsterdam et beaucoup d'autres semblables, ne sont pas des volcans quoiqu'elles renferment des cratères de soulèvement et des courants de lave. Il leur manque à toutes le pic élevé de trachyte , qui caractérise les centres d'actions volcaniques.
Il existe donc trois espèces différentes d'îles , qui paraissent devoir à des forces volcaniques leur élévation au-dessus de la surface de la mer :
1° Les îlés basaltiques. Consistant en couches de roches basaltiques , renfermant communément un cratère de Soulèvement.
2° Les volcans. Elles sont isolées, renferment des pics élevés et des dômes de trachyte , presque toujours avec un grand cratère au sommet.
3° Les îles d'éruptions qui ne doivent leur existence qu'à des éruptions isolées; elles existent rarement, et même presque jamais, sans îles basaltiques.