PI, XII
D'après la description de Tuckey, l'aspect des Iles Philippines est fort effrayant (Marit. Geogr., m, 407). Les montagnes qui traversent ces îles dans toutes les directions cachent leur sommet dans les nuages , tandis qoe leurs flancs sont recouverts de scories et de laves qui ont répandu partout la dévastation et la stérilité. Des sources chaudes jaillissent de toutes parts, et en beaucoup de points se trouvent des solfatares ou des masses de soufre en combustion. Ainsi qu'à Java, la série des volcans occupe les Iles dans toute leur largeur : la partie orientale et la plus considérable de Mindanao , l'île entière deGilolo, paraissent être complètement volcaniques , il n'y a que quelques lambeaux de ces îles qui, sur une courte étendue, s'éloignent de la chaîne volcanique. Les volcans bien déterminés de cette série remarquable sont les suivants à partir d'Amboina.
1° Mackian, la plus méridionale des petites Molucques. Forrest a donné une vue de ce volcan ( New Guinea, p. 59, Pl. i ). Le cratère du sommet delà montagne est fort grand, et s'aperçoit de très loin ; une éruption qui eut lieu en 1646 a beaucoup augmenté le cratère et a déterminé d'immenses crevasses dans la montagne ( Valentyn, i, 290 ).
2<> Motir, également avec un volcan, qui en 1778, lança des pierres par son cratère (Forrest).
3° Tidore. Ce volcan est un pic élévé, situé dans la partie méridionale de l'Ile. Forrest en a donné une vue. Il a le même aspect que le pic de Ternate, et peut être aussi la même hauteur.
4° Ternate. Le cratère de ce volcan se voit très bien de la base de la montagne; il est situé un peu au-dessous
du sommet ; mais le dessin qu'on en a souvent donné, d'après Valentyn, est peu satisfaisant. Valentyn rapporte (i, 2, 5 ), que la montagne a été mesurée, et que sa hauteur a été trouvée de 567Rulhen2pieds, mesure d'Amsterdam, ce qui équivaut à 5,840 pieds de Paris. Les éruptions de ce volcan étaient autrefois beaucoup, plus fréquentes. On en a observé en 1608, 1635, 1653 et le 12 août 1675. 11 rejetait beaucoup de pierres-ponces, circonstance qui mérite d'être remarquée, et les var peurs qui se dégageaient de son cratère, causèrent la mort d'un grand nombre de personnes.
Un phénomène comparable à celui de Banda (p»412), s'est manifesté au pied du volcan de Ternate. Le fond de la mer s'est élevé vers la montagne jusqu'à une hauteur considérable, et forme actuellement une.digue très haute et très large, adossée contre le volcan. Elle parait avoir été formée par un filon sous-marin, soulevé dans une direction tortueuse et en serpentant contre le penchant de la montagne. Ces masses soulevées sont toujours très différentes des produits rejetés par les cra* tères : elles ne présentent jamais les caractères d'une masse fluide, ni la porosité des scories (Reinwardts).
5° Auprès de Gammacanore , sur la côte occidentale de Gilolo, le 20 mai 1675, une montagne se souleva avec fracas ; ce soulèvement fut accompagné d'un violent tremblement de terre. La montagne est vis-à-vis Ternate. La mer fut élévée à une grande hauteur audessus du rivage, et le volcan ainsi produit rejeta une masse considérable de pierres-ponces (Valentyn, i, 2,90, 94,551).
6° Tolo , sur l'île de Morety ou Moretay située à la pointe septentrionale de Gilolo, était dans les siècles précédents un volcan très actif ( Valentyn , i, 2, 95).
7o Kcmas ou les Frères , montagne située dans le district de Manado, dans la partie nord-est de l'île de
Céièbes. Ce volcan s'est soulevé en 1680, h la suite d'un violent tremblement de terre qui se fit sentir principalement à Tomate. Ce soulèvement fut accompagné d'une éruption épouvantable qui plongea tous les environs dans la plus profonde obscurité {Phil. Transact., xix, n°7). Toute la partie extrêmement large de l'île, entre Boelan et Gorontale , fut détruite et ravagée par cette éruption (Valentyn, i, 2, 64).
8° Siao. Petite île entre Céièbes et Mindanao, sur laquelle s'élève un pic très haut qui a souvent donné des indices de sa nature volcanique. Le 16 janvier 1712, les lianes de la montagne s'enlr'ouvrirent^dans le récit de cet événement relaté dans les Phil. Trans, cette île est nommée Chiaus. Valontyn rapporte que ce volcan.étail continuellement en éruption , mais que l'action volcanique prenait ordinairement une plus grande intensité dans les mois de janvier et de février ( i, 2, 58 ).
9° Aboe, à la pointe septentrionale de l'île de Sauguir. Une éruption qui eut lieu du 10 au 16 décembre 4 711 , couvrit do cendres un grand nombre de villages <ît causa la mort de beaucoup de personnes. Cet événement a rendu le volcan l'objetde la terreur des habitants.
10° Sanguil. Situé dans la partie méridionale de l'île de Mindanao , à l'ouest des lacs de Liguassin et de Buloan. Ou le connaît généralement sous le nom de volcan de Mindanao, mais sa position n'est pas déterminée d'une manière précise. Il est impossible qu'il soit placé aussi près de la cote sud p que l'indiquent quelques cartes. Forrest {New Guinca P'oy.) , non plus que pampier, n'ont jamais remarqué de montagne élevéesur cette côte. Au contraire , Forrest rapporte ( New Guinea , p. 271) que dans le district de Kalagan , au nord du Cap Saint-Augustin et un peu à l'ouest de Pandagitan , se trouve une montagne immense qui rejette de la flamme, de la fumée et des pierres-ponces;
et quoique les éruptions ne se soient pas manifestées depuis quelque temps, on ne cesse pas de faire pour les prévenir des sacrifices expiatoires. On peut supposer d'après cela que c'est à cette montagne que Forrest a donné le nom de Gonong Salatan. Lat. 6° 45' N. Long. Paris, 120° 9' 55" à Test de Leno. En 1640, eut lieu par ce volcan une éruption, dont le bruit se fit entendre sur toutes les îles de cette mer.
M.Bergliaus, dans son savant Mémoire sur les Philippines et les Molucques (Gotha, 1832, i , 62), est d'avis que le volcan de Sauguil est le môme que celui que Carterel a vu dans la partie sud de Mindanao , et qui a été observé aussi , à ce qu'il paraît, par Sonnerat sous une lat. de 5° 42' N, long. 125° E. de Paris. Il paraît donc certain que le volcan dont Forrest fait mention , près du Cap Saint- Augustin , est différent de Sanguil dont la lat. est de 6° 52 N.,long. 125" 23 E. de Paris. Le volcan de Mindanao se trouve vraisemblablement au nord de la ville, près du lac de Lano, lat. 7° 55 , long. 122° E. de Paris , où le nom de Gunung Api désigne suffisamment
sa présence. r
11° Fuego, ou Siquihor du nom de la villesitueesur l'île qui se trouve entre Mindanao et Isla de los Negros.
12° May on, à l'extrémité sud-est de la langue de terre de l'île Lucon , dans la province d'Albay : c'est un pic fort élevé , qui indique aux galères d'Acapulco l'entrée du détroit. Lat. 13° 10' N. Le 20 juillet 1766 , un courant de lave se fit jour par un des flancs de la montagne- cette lave coula sur le penchant comme de l'eau p'endant deux mois entiers. ( Le Gentil , Voyage dans les mers de Vlnde , il, 13). En octobre 1800, 'et au commencement de février 1814, eurent encore lieu deux autres éruptions de ce volcan (Hoff., n,425). Le navire prussien , la Princesse Louise a rapporté
4SG MlKNONÈNEg VOLCANlQlTS
de Manille en 1829, des cartes très exactes des Philippines, dressées sous la direction du colonel Don Ildefonso de Aragon , et publiées à Manille de 181K à 1824. Ces cartes presque inconnues en Europe ont servi à M. Berghaus pour la construction de la belle carte des Philippines qu'il a publiée à Gotha en 1832. On y remarque pour la première fois une série de volcans inconnus jusqu'ici , qui longe toute la côte orientale de la grande presqu'île des Camarines. On doit la connaissance deces volcans aux travaux de l'aide-decampDon Antonio Siguenza , auteur de la feuille des cartes qui représente la presqu'île. Les volcans, quoique dans un même alignement le long du pied des montagnes , paraissent néanmoins isolés comme les volcans de Guatimala et souvent même ils sont séparés les uns des autres par un golfe ou un bras de mer. Ils se présentent du sud au nord dans l'ordre suivant :
1. Volcan de Bulusan, lat. 12° 47' N. ; long. 121*. 47' 42" E. de Paris.
2. Volcan d'Mbay, lat. 13° 26' N.$ long. 121° 27 55" E. de Paris.
5. Volcan de Masaraga , lat. 13° 51' 30" N. ; long. 121» 25' E. de Paris.
4. Volcan de Buji , lat. 15° 53' 50" N. ; long. 121° 20' E. de Paris.
5. Volcan de Frigo, lat. 15° 34' N. long. 121° If 15" E. de Paris.
0. Volcan à'Isaroy , qui paraît le plus élevé, lat. i5° 57* N.; long. 121° 11' 45" E. de Paris.
7. Volcan de Colasi, lat. 13° 58' 30" N. ; long. 120° 52' E. de Paris.
8. Volcan de Lobé , lat. 14* 10' 05" N. $ long. 120° 32' 35" E. de Paris.
9. Volcan de Bacacass , lat. 14° 18' 20" N. 5 long. A20° 32' 10" E. de Paris.
10. Volcan de Bonotan, lat. 14° 27' 25" N.j long. 120» 24' 50" E. de Paris.