‹ Description raisonnée d'une collection choisie d'anciens manuscrits, de documents historiques et de chartes réunis par les soins de M. J. Techener, et avec les prix de chacun d'eux (volume 2)Chapitre 13 sur 36 · Deux en un lycL · texte numérisé non relu

Deux en un lycL

б. De toy sans toy.

42. Cronica venetiana. Maoiiscrit du xvfi* siècle, sur papier fort, pet, in-fol. de ai4 feuillets, niar. r. comparl. à de«t. fil. ais en bois, Ir* dor. [Riche reliure ancienne^ 45o fr.

Manuscrit italien, d’une jolie écriture, du commeDcemeot du XVII* siècle- — Les premiers feuillets sont tachés ; mais on peut lire le texte sans aucune difficulté. — La reliure, également italienne et du XVII* siècle, est riche et éi^aote.

C’est une copie d’une ancienne chronique composée par un Vénitien ; elle paraît être inédite, car nous Tavons cherchée vai-

r,2 MANUSCRITS.

ncment clans le grand ouvrage de Muratori et de ses continua* teurs.

Ces annales s’étendent depuis la fondation de Venise jusqu’à l’an 1432. l.e dernier événement que l’auteur raconte, est le procès et le supplice du comte de Carmagnola, décapité le 5 mai i 432 .

Ce manuscrit, très-important pour l’histoire de Venise, débute par de graves inexactitudes qu’il est utile de signaler. Üirruption d’Attila en Italie est fixée à l’an 421, tandis qu’elle n’cut lieu réellement que l’an 452 . La fondation de Venise est attribuée à une reine nommée Andriana, femme de Janus, roi de Padoue, en 421. Or on sait que Venise fut fondée par des peuples de la Vénétie qui se réfugièrent dans les lagunes pour échapper à la barbarie des Lombards, lors de leur invasion en 669. Nous ne parlerons point de l’origine fabuleuse du farouche Attila.

La chronique est suivie de curieux documents statistiques sur la ville et l’Etat de Venise au xv« siècle. Nous avons remarqué un article relatif au costume des femmes. L’auteur vante la richesse des vêtements des dames vénitiennes; il cite leurs robes de drap d’or ou de soie, leurs innombrables joyaux, et il ajoute que, de six cents dames parées,il n’y en avait pas une seule dont le costume ne valût une grande somme d’argent, tellement que, dans tout l’univers, il n’existait pas de ville comparable à Venise. Voici le texte : « Che diremo iioi del vestir delle donne zentildonne, delli vestimenti d’oro et de seda, e zoie inumerabile, che ne sarà donne seicento adornate, che valerà quelche le haverà, atorno una grandezza summa di danari : questo a tutto il raondo è manifeste, non si puo accomparar alcuna città del mondo a questa. 1

Les douze derniers feuillets du volume sont d’une autre écriture. Us contiennent le récit de la conspiration de Baiamonte Tiepolo contre la république de Venise en i 3 io. Le i 5 juin de cette année, les conjurés se réunirent en armes et enseignes de* ployées, sur la place Saint-Marc ; un combat s’engagea entre les partisans de Tiepolo et les défenseurs du doge Gradenigo. Les révoltés, vaincus et mis en déroute, cherchèrent leur salut dans la fuite; mais plusieurs d’entre eux, faits prisonniei's, furent décapités ou bannis. Cette relation paraît avoir été extraite des registres du grand conseil. On y trouve les noms des principaux conspirateurs, le jugement et l’exécution de quelques-uns, les arrêts rendus contre les contumaces, etc. Une faut pas oublier

que c’est à celte occasion que fut créé le redoutable conseil des Dix.

43. Chronique de Jean de Coürcy. Livres 4? 5 et 6 . Manuscrit du xv® siècle, sur papier, gr. in-fol. de 190 feuillets. aSo fr.

Beau manuscrit du xv® siècle, sur papier fort, à grandes marges, d’une bonne écriture ronde et très-nette. Deux feuillets sont raccommodés. — La première page du texte est ornée d’une élégante majuscule, coloriée à fond diapré. Sur la marge inférieure sont peintes des armoiries ainsi blasonnées : d'argent^ à un chevron de gueules accompagné de trois têtes d'aigle arrachées de sa* blés et couronnées d'Or. On trouve dans le volume de nombreuses initiales coloriées.

On lit dans le Prologue de la première partie quelques renseignements sur l’auteur et sur son ouvrage. Nous les emprunterons aux Manuscrits français de M.P. Paris, qui a cité plusieurs manuscrits de cette compilation ; « Moi, Jean de Courcy, chevalier normant, plein de jours et vuide de jeunesse, désirant l’estât de pais et de repos,... ef pour escliiver vye oiseuse et moy occuper en aucuns labours, me sui ramembré des anciens faits ; en estudiant les vieux histoires, ay commencé compilacions prises sur les contrées de Gresce, en l’an de rincarnation 1416. » — Jean de Courcy acheva cette chronique l’an 14^2, et mourut à Caudebec en 1431. —Suite du Prologue: « Le premier livre fera mencion comme après le déluge qui fu au temps Noë, fu la terre de Grcsce première restaurée et des hauts histoires des anciens Grégeois. Le deuxième livre si fera mencion de l’ancienne création dcTroyes et comme elle fu destruicte. Le troisième livre, du peuple de Troyes qui eschappade la destruction, et comme plusieurs règnes furent peuplés de celte lignée. •

« Le quatrième, des Assiriens et de leur grande dominacion. Le cinquième nous desclairera des Macédoniens et des grnns fais du grant roy Âlixandre. £t le sixième de Mathathias et des Machabiens. Cy après aura en chasciin de ces six livres plusieurs histoires et de plusieurs manières, et chascune histoire partie par chapitres. »

Tel est le plan de l’ouvrage de Jean de Courcy. Nous n’en possédons que la seconde partie, c’est-à-dire les livres quatrième, cinquième et sixième. Us forment une chronique complète depuis

U fondation de Babylone jusqu’à la naissance de Jésus*Christ^ la trente-neuvième année du règne d’Hérode.

Le texte est précédé d’une table des matières.

Le quatrième livre se compose de soixante-cinq chapitres, parmi lesquels nous citerons : La, fondation de Babylone^ Vhistoire du, grantroy Nabugodonosor^ l*histoire de Astrages, Vhistoire de Judith et du roy Arphnzat^ Vhistoire de Dayres, Vhistoire de Rester et du roy Assuère^ etc.

Le cinquième Kvre contient qualre-vingl-quatre chapitres. L’histoire d*Alexandre le Grand et de la conquête de l’Inde est fort étendue et occupe la plus grande partie de ce livre, qui se termine par l’bistoire des successeurs d’Alexandre.

Le sixième livre renferme quarante-deux chapitres. premier a pour titre' : Comme Anthiocus print Jherusalem et des destructions qu* il fi st. Dernier chapitre : Des deulx filz HerodeZy comme ils machinèrent la mort de leur père et comme après les fist mourir. Premiers mots du Prologue du quatrième livre : « Après ce que des Troyens avons devant parlé et comme leur cité fut jadiz destruicte mesmement comme de la lignie qui de eulx yssi furent après plusieurs règnes peuplez, me convient il des Assiriens premier dire,.. »

44. Cuisine (livre de). Incomença uno libro del modo de fare de diuersi cibi in uua coxina. Manuscrit du XV* siècle, sur papier, pet. in-4, rubr. mar. br. comp. à fr. ais en bois. 3oo fr.

Beau manuscrit italien, du commencement du xv® siècle, orné de rubriques. C'est un précieux livre de cuisine, divisé eu 269 articles; le texte est précédé d’une table des matières, et il finit par une invocation à saint Biaise : Finito librOy referamus graiias beato Blasio.

On trouve dans cet ouvrage des mets à l’allemande, à la hongroise, à la tartare, à la française, etc. 11 paraît qu’à cette époque on faisait un usage immodéré des épices : gimgembre, canelle, girofle, cinnamome, safran ; on en mettait partout. Voici une soupe à la parisienney que nous recommandons aux amateurs de haut goût : « Faites frire dans la poêle des oignons avec du lard ou de l’huile, et de minces tranches de pain ; ajoutez une bouteille de vin et une bouteille d’eau : laissez cuire suffisamment ; saupoudrez le tout d’épices, et servez chaud. Cette soupe appé-

tissante aux oignons, au lard, à l’huile, au vin, au gingeuibrc, au safran, etc., aurait pu servir de type au fameux thé de madame Gibou. — Les pâtés à la mode de France étaient des pâtés de veau en croûte, dans lesquels on introduisait de la canelle, du girofle, du sucre, du safran et d’autres ingrédients. — La sauce à lapa^ risienne était également fortement épicée. Nous n’avons point l’iutention d^indiquer les recettes pour mortadelles, pâtés, fritures, sauces, tourtes, etc., etc. Tous ces mets nous échaufferaient trop le palais. Nous citerons seulement deux articles de cuisine pittoresque : faire cuire un paon, en conservant intactes la queue et l’aigrette ; — faire chanter un coq rôti.

Mais tous les articles ne sont pas consacrés à la cuisine ; on y remarque plusieurs recettes hygiéniques et économiques. Remèdes contre le catarrhe , contre les maux de dents, contre les maux de jambes, contre les ophthalmies, contre la goutte, etc. Recettes pour faire dormir outre mesure, pour détruire les mouches, pour faire réunir toutes les puces d’une chambre sui* un bâton, etc., etc.

Ces recettes et ces remèdes sont quelquefois aussi rudes que les plats épicés du cuisinier. Ainsi, pour les maux de dents, on recommande l’emploi d’un gargarisme composé de verre pilé et de vinaigre. On tue les mouches avec une infusion d’arsenic. Pour faire dormir outre mesure : prenez de la ciguë, dit l’auteur, distillez-la â l’alambic, faites boire le jus à qui vous voudrez, et il dormira. Toile clouta e distilla alo lambico, e da ne beuere achi tu uoXi e dormira. Nous sommes de cet avis : il dormira, mais se rev veillera-t-il ?

Plusieurs additions, écrites au milieu du xv* siècle, contiennent une recette pour faire les saucissons de Créroouc ; Giardino di Virtùi^e Jardin de Vertu, dans lequel sont quelques secrets merveilleux). Parmi ces secrets merveilleux, nous ayons remarqué le moyen de prendre les grenouilles avec un fragment de drap ronge,

Enfln, sur les derniers feuillets du volume, on trouve plusieurs moyens de prendre du poisson sans se fatiguer ; le menu d’un dîner maigre offert par le proto-notaire Cribelli â l’illustrissime seigneur Roberto, dîner auquel assistèrent Galéas de Vérone, Andrea deMino, le chancelier du seigneur Roberto, un de ses chambellans, et son médecin ; un onguent pour la galle des chevaux ; et le menu d’un souper donné par D. Aloysio Riçimboldi, conseiller au conseil secret.

5 C MANUSCRITS

45. Dauphin (maison du). État et menu général de la maison du Dauphin, pour Tannée 1745 . Manuscrit in-4 àe 33 feuillets, v. jas. a8o £r.

Manuscrit d’une bonne écriture et parfaitement conservé. — Ce budget de la maison du Dauphin, pour la nourriture, le chaufTage, réclairage, les livrées et les distiibutions extraordinaires, est arrêté par le duc* de Charolois, et daté du janvier 1745. Ce n’est plus la table somptueuse de Louis XIV, en 1705. Le dîner du Dauphin se composait d’un potage, de deux entrées, de rôts (poulets, pigeons et perdrix), de deux salades et de deux entremets. Les faisans, les dindons et les truffes ne figurent pas dans le menu. I^s jours maigres, on ne servait point au Dauphin des saumons de trente-quatre livres tournois, de grandes carpes de vingt-quatre livres et de grands brochets de dix-sept livres. Douze personnes seulement avaient le droit de manger à la table de la desserte.

Ce budget reproduit les chapitres que nous avons déjà indiqués dans l’état de la maison du roi en 1705. Nous avons cependant remarqué que le P. confesseur et les jours de jeûne sont supprimés. Bien plus, on lit cette observation peu canonique : « Les vendredis, samedis et autres jours maigres que M, le Dauphinfera gras^ sera servi ce qu’il jugera à propos. »

Le Dauphin, né le 4 septembre 1719, avait encore, en 174^, un gouverneur, des sous-gouverneurs, etc. A l’article de la grande livrée, le duc de Châtillon,gouverneur, est inscrit pour une somme de 48,000 livres, et Silvestre (professeur de dessin), pour i,aoo livres. Le comte de Muy et le chevalier de Créqui, sous-gouverneurs; Tévéque de Mirepoix, précepteur; l’abbé de Saint-Cyr, sous-précepteur, l’abbé de Marbeuf, lecteur ; et Bouillac, premier médecin, prenaient part à la distribution des gâteaux, la veille des Rois et le jour de carême-prenant.

Il n’est pas sans intérêt de noter les prix des divers objets en 1745. En les comparant avec les prix portés au budget du roi en 1705, on verra quelle augmentation avaient éprouvée les denrées, dans l’espace de quarante ans.

Bœuf, mouton ou veau, la livre, 8 sols 3 dcn.; une livre de lard à piquer, 18 sols; un chapon vieux, 3 livres 6 sols; un poulet, 14 sols^8 den.; un pigeon, 11 sols; une perdrix, 2 livres 4 sols ; un lapin, 2 livres 4 sols; un cent d’œufs, 5 livres.

Une perche ou une sole, 7 livres ; un brochet d’un pied quatre

doigts, 6 livres; une truite d'un pied deux doigts, 4 livres; une carpe d’un pied, 35 sols; un cent d’écrevisses, 5 livres.

Une livre de beurre de Vanvres, 35 sols; beurre ordinaire, i8 sols ; une livre d’huile vierge, a 5 sols; un septier de bon vin, 9 livres i 3 sols S den.; cire blanche, la livre, 4o sols ; cire jaune, 3 o sols; chandelle, i 3 sols; un boisseau de'charbon, i 5 sols.

46. Du Maistre de la cour des Bois (Mme). La Madeleine dans les rochers, poëine chrétien. Manuscrit du XVII® siècle, in-4> dtre à encadrement gravé, porlr. de la Madeleine gravé, mar. r. cornpart. à la Dusseuil, coins fleurdelisés, Ir. dor. i^Armes de Marie-Thérèse^reine de France.) aoo fr.

Manuscrit autographe, présenté à la reine vers 1675. Ce poëme inédit, d’une femme dont le nom n’a pas été connu des biographes, est signé par l’auteur au bas de la dédicace. Cette dame était peut-être la fille de Jean Du Maistre, conseiller du roi, doyen de la cour des aides de Paris en 1680, et d’Anne Descamin.

31 adamc ou mademoiselle Dû Maistre dédia son oeuvre à la reine, et lui adressa cet éloge ; « J’ai cru qu’on ne pouvoit consacrer un si riche tableau qu’à la plus haute humilité qui ait jamais éclaté sur le troue, et c’est en cette seule vue, Madame, que j’ai demandé cet ouvrage, dont on a laissé disposer à une pensée si raisonnable.» Nous ne critiquerons point l’obscurité de cette phrase. Nous avons autre chose à faire, et nôtre tâche n’est pas facile. Comment, en effet, rendre compte d’un poëme en huit chants, composé de deux mille sept cent cinquante-huit vers alexandrins? Nous pourrions citer, au hasard, quelques-uns des vers de celte muse française du dix-septième siècle; maison nous accuserait de chercher à ridiculiser son talent poétique. Nous n’avons point conçu un projet aussi noir.

11 faut cependant entrer en matière. Analysons donc ce long poenie, dont voici le début:

•• Moi, qui d'un feu mortel pressé des vains désirs,

Ne cbantois que l’amour, le crime et les plaisirs,

Je chante i haute voix l’illustre pénitente Qui fuit l’éclat charmant d’une cour éclatante. »

Tîgrane, roi d’Arménie, aimait la Madeleine, et la Madeleine

aimait Tigrane ; mais, après la mort de Jésus-Cbrist, la sainte refuse de partager le trône d’Arménie, et, pour éehapper à sa douce manicy elle s’embarque avec Lazare, M^irthe, Maximin et Chelidonius, sur un bateau de pécheurs, sans voile et sans cordages. Tigrane désespéré se jette dans la mer^

« ÉIcazar, troublé sur ce triste rivage,

Sc jette après le prince et le sauve à ia nage. »

Or Ëléazar était troublé parce qu’il voyait fuir, avec la Madeleine, sainte Marthe, dont il était fort épris. Survient une tempête, Vaffreux tonnerre gronde, Madeleine et Lazare sont engloutis, un tourbillon du fond de la merles porte auprès des deux, Lazare est intrépide ; alors un ange les transporte tout mouillés sur leur bateau, et là ils ressuscitent Marthe et Maximin, qui sans doute étaient morts de frayeur.

<1 £t, sans connoitre des mers Tétendue et le tour,^

Ija sainte dans Marseille aborde avec le jour. »

** Le gouverneur, surpris d’un grand vaisseau qui vole,

A d'imprévus objets tremble aux pieds d’une idole. »

Charmant objet, dit-il, de quels bords étrangers Yenei'Vous ainsi seule affronter les üangeis ?

Et loul-oe done vos yeux qui vous servent d’étoiles? »

143 Madeleine, qui ne venait pas à Marseille pour écouter des marivaudages, ne craint point, quoique mouillée, d’entamer un sermon dont la première partie contient cinq cents vers environ, et dans lequel elle développe Thistoire de Jésus-Christ diaprés les Évangiles, Le premier chant finit ainsi :

« L’éternel est enfin plus jeune que le temps,

Et le père des jours devient le fils des ans. »

Mais le sermon de la Madeleine continue avec le deuxiènfie chant; elle racontait le massacre des innocents et la fuite en Égypte.

« Et Joseph sans délai, et la Vierge sans bruit,

Emportent mon soleil au travers de la nuit. »

M Le comte crie alors : Le Roi vient ; c’est le Roi. »

En effet, Gondioch, roi des Bourgtiignons, débarquait à Marseille, conduit par un ange, pour consulter la Madeleine sur la

maladie de son fils atteint de la peste, à Aix. Au troisième chant commence la seconde partie du sermon de Madeleine.

<( Grand Roi, lui dit la sainte, appui des saintes lois,

Pour armes désormais tu vas prendre la croix.

Sept cent cinquante vers suffisent pour ce second point. Judas, le perfide Judas, venait de s’étrangler.

« Quand le bruit imprévu d*un funeste accident Rompt cet heureux discours par un triste incident;

Et, jetant de grands cris, la Reine toute eu larmes,

Arrache ses cheveux et déchire ses charmes;

Et, dans le deuil cruel d’iine tendre amitié,

Donne de la terreur avec de la pitié. »

Telle est la fin dn quatrième chant. Passons au cinquième, qui est intitule premier chant de la deuxième partie du poëme. La reine de Bourgogne, désespérée, ne cesse de pleurer la mort de son fils , et prie la sainte de le lui rendre ; puis elle dit au roi qu’il n’a plus de fils. Le roi Gondioch, qui n’était pas sourd, devait se douter un peu de ce triste accident; mais il attendait une annonce officielle pour se désoler. «

«I Et laisse aller des pleurs qu'il ne peut retenir, n

La sainte n'est pas contente de ces cris et de oes larmes.

• Voir Gondioch en pleurs! dit la sainte en colère.

Je crois, mais je m’afflige, et j"ai peur) mais j'espère. •

Cependant, touchée de leur rude dhgrdce^ elle promet un miracle et ressuscite le mort. La Madeleine se retire alors, pour prier, dans nn bois d’orangers ; et la sage Marcelle, fille de sainte Marthe, cédant aux instances du roi et de la reine, profite de cette circonstance pour raconter Thistoire de la Madeleine, sœur de Marthe et de Lazare, tous trois issus d’une noble famille de la Judée.

<« Mais tout ce que leur race avoit eu de grandeur, Leur étoit eu tombant demeuré dans le cœur.

Surtout la Madeleine a toujours eu dans rÂme Je ne sçaisquel éclat dont la douceur enflamme.

Et son air embelli d'un je ne s^is pas quoi.

Sent sou port de princesse et sa fille de roi. »

« Elle étoit donc charmante et n'étoit point cruelle. •

La Madeleine avait captivé le roi Hcrode, Pilate et Tigranc: Tigrane était le préféré. Après avoir débité (rois cent vingt-neuf vers, et le cinquième cubant étant assez long :

« Pour respirer un peu, Marcelle s'étoit tue ;

Mais après avoir repris haleine,

«t Marcelle, par ces mots, se hâte d’achever. •»

Le roi Gondioch se fait alors chrétien, et il voit, comme dans une lanterne magique, les rois futurs de la Gaule chrétienne. Celle vision a pour résultat d’amener un éloge de Louis XIV.

« Et comme le soleil qu’il porte pour devise.

Il n’est point d’astre égal, de quelque éclat qu’il luise;

C’est le Roi sans exemple, et Louis sans pareil Doit être entre les Rois appelé le soleil.

Quant au Dauphin si sage,

« Qu’il est beau! c’est le fils de la Reine, sa mère;

« Il est brave en lion, ce fils du Roi, son père, »

Mais le sixième chant finit, et, au septième, la Madeleine s’enfuit à la vue de Tigraue; sainte Marthe, quoique un peu vieille, s’enfuit aussi à la vue^d’Éléazar. Ces deux personnages voyageaient à la ])oursuite des doux objets de leur tendre flamme. C/est la sage Marcelle, fille de sainte Martiie, sa mère, qui raconte le fait au roi Gondioch, tout effaré de la fuite soudaine des deux saintes.—Lazare est alors sacré évêque de Marseille. Vient ensuite lin certain Trophime, qui apprend à la société que sa fille a été sur le point d’être sacrifiée par les druides d’Arles, qu’elle a été sauvée par son amant, nommé Chateliis, mais que Chatelus est mort. Heureusement pour celte famille désolée, Trophine trouve à Marseille un aveugle qui y voit clair: Chatelus est ressuscité, et les deux amants sont unis.

Voilà bien une autre histoire. Pilate, l’un des amoureux de la Madeleine, la cherche dans Içs rochers ; mais, au lieu de découvrir la sainte, il rencontre Tigrane, son rival détesté. Transports, fureurs et fuite de Pilate. Tigraue retrouve la Madeleine dans un antre sauvage; il tombe à ses pieds, et la sainte lui dit avec componction :

•• Ta, l’étemel enfant qui nous donne le jour,

Jésus naissant est seul le véritable amoiu.

Va, la croix en est l’arc; les clous en sont les flèches.

Est-il des cœurs si durs qu’il n’y fasse des brèches ? »

Après un assez iong entretien, où la Madeleine avoue qu’elle aime Tigrane, arrive Pilate, qui, les voyant ensemble, s'abandonne à une jalousie effrénée, et conçoit des ^pensées fort désagréables pour la réputation de la sainte.

« Et la trouvant là seule avecque son rival,

Quelque bien qu'il en croye, il s'en dit quelque mal. »

Tigrane, à son tour, s*irrUe qu*en tous lieux il le suive à la trace, La suite au huitième et dernier chant.

Tout s’explique. Pilate est exilé à Vienne par un fier empereur de Rome, et

• Ses feux là rallumés siiiveut la Madeleine,

De qui la renommée est un de ces zéphyrs Qui, rallumant des feux, réveillent des soupirs. »

Cependant Tigrane et Pilate ne pouvaient se quitter avec un : J*ai Vhonneur de vous saluer,

« Pilate le querelle, il querelle Pilate. »

« Ils fondent l'un sur l'autre, et semblent sur ces roches Passer des fiers lions les sanglantes approches.

Us s'allongent le corps, le feu leur sort des yeux,

La rage enflamme, irrite un choc si furieux. *

Tigrane, irrité de perdre un temps si cher^ précipite Pilate au bas des rochers, et celui-ci, au désespoir, se donne la mort. La Madeleine félicite Tigrane, lui prédit un règne glorieux, et lui dit:

« Cherche par ces rochers la reine d'Arménie. »

Car il paraît que tous les personnages du poème, rois, reines, saints et saintes, s'étaient donné rendez-vous dans les rochers. Tigrane cherche, et trouve bientôt la reine d’Arménie.

« Elle le met au trône, et lui la met aux fers. »

La Madeleine se retire dans une grotte plus sombre.

« Eléazar en feu vainquoit l'amour en Parthe,

Sur un dépit terrible il fnyoit sainte Marthe ;

Et sur les nouveaux traits d'une vieille langueur,

Là sur d'autres motifs Tigraue enfuit la sœur.

Mais pour Éléazar qu'occupe une autre idée,

Il les laisse dans Rome et retourne en Judée.

Et lui-même toujours, toujours Éléazar,

Est l'ennemi juré de Rome et de César. «

ExpUcit ce curieux poème chrétien, dont l’aodon peut sc résumer ainsi : On se fuit, on se cherche, on se retrouve, on écoute des sermons, on ressuscite des morts, on convertit des païens, on se promène dans les rochers, on se bat, on se tue, on se marie; puis on se quitte bons amis, et chacun retourne tranquillement chez soi.

47. Eschelle sainte, ou les Conseils de rÉlernité, escrile par le sieur Millelot. Manuscrit du xyiii® siècle, V. fauve. (^/4nc. reL) 8o fr.

Ce beau manuscrit de trois cent quarante-huit pages encadrées d’un double filet, a été écrit par le calligraphe Millelot, qui a inscrit son nom sur le titre; nous aurions préféré y trouver le nom de l’auteur, qui nous est complètement inconnu.

\a Échelle sainte est une œuvre inédite de théologie mystique, remarquable par la vigueur et la correction du style. Nous attribuerions volontiers cet ouvrage à l’un des solitaires de Port- Royal. Il est divisé en huit conseils^ précédés d’un Ans au lecteur: « L’affection et le désir passionné que j’ay de vostre salut m’ont engagé de mettre au jour ce livre intitulé les Conseils de l'éternité,,.i> et d'une considération du temps et de l*éternité. Cette introduction de treize feuillets, composée en grande partie d’extraits de saint Augustin, renferme des pensées élevées, exprimées avec élégance; « Avant que de porter vostre esprit sur la vaste mer de Té terni té, non pas pour en mesurer Testendue, puisqu’elle n’a point de bornes, mais seulement pour comprendre qu’elle est incompréhensible, arrestez-vous quelque temps à considérer le . cours des fontaines, des ruisseaux et des fleuves, je veux dire la suite des jours, des années et des siècles, qui se vont rendre dans cette mer. »

Les Conseils de Véternité ont pour texte ; i® Faire choix d’un bon estât de Vie; a® persévérer constamment dans le bien; 3® donner à fàme et au corps ce qui leur est deu; 4* penser à l’enfer et se servir de ses feux pour purifier sou âme et rallumer sa ferveur ; esviter avec soin une faute sans remède, et qui est suivie d’une peine sans esgale ; 6® craindre Dieu sur toutes choses, luy qui seul peut donner la mort èteitidle à l’âme et au corps ; 7 ^ bien vivre pour ne pas mal mourir, et bien mourir encore qu’on ait mal vescu ; 8® apprendre à bien vivre, aux dépens de ceux qui sont morts dans le péché.

L’ànteur a fait preuve, dans ce livre, d’une profonde érudition. Il raconte une foule d’anecdotes tirées de l’histoire des Grecs et des Romains; il cite les écrits des saints Pèi'es, diusi que des poètes latins et italiens, tels que Virgile et le Dante. On lit, page 33 , 1 e récit de l’apparition de Marsile Ficin à son ami Michel Mercato, pour lui annoncer qu’ils avaient bien compris les choses de l’autre vie ; et il cite, page 179, l’opinion d’Origène s.ur les peines de l’enfer, qu’il ne croyait pas éternelles, et celle d’autres impies qui disent que l’enfer devient vieux; Jbyssus senescit. Il est fâcheux que cette opinion soit hérétique, car elle serait bien consolante pour nous tous, pauvres pécheurs, qui avons en perspective une grillade perpétuelle.

48. Étals généraux tenus à Orléans en i56o-j56i. Manuscrit du xvm® sièclp, pet. in-fol. de 24 ^ feuillets, d.-rel. V. 5o fr.

Ce manuscrit contient l’histoire analytique des États généraux tenus à Orléans sous le règne de Charles IX, depuis le i 3 décembre i 56 o jusqu’au 3 ] janvier 1S61, et du grand conseil assemblé à Fontainebleau au mois d’août i 56 o, sous la présidence du roi François IL C’est dans ce conseil que fut décrétée la réunion des États généraux. La plupart des procès-verbaux sont en extraits, et le compilateur renvoie souvent à" des livres imprimés ou à des manuscrits. Mais les cahiers de la noblesse et du tiers état sont reproduits in èxtensù^ uinsi que les ordonnances du roi relatives aux doléances des trois états, et les remontrances du parlement sur quelques articles.

Les cahiers du tiers état sont très-curieux et fort importants. Us dévoilent les innombrables abus qui rendaient le peuple si misérable à cette époque. Le tiers état se plaint vivement de la tyrannie des nobles, des pilleries des soldats, des exactions des gens de la cour, et des entraves de tout genre qui ruinaient le commerce. Nous signalerons encore les articles relatifs à ta réformation de rUniversiték

Les procès-verbaux sont suivis d’un état des ^recettes et dépenses pour l’année i 56 o, arreté le i 5 janvier i 56 i. La recette montait à ta>a69,9aS livres, et la dépense à 12,270,619 livres (environ 67 millions de notre monnaie). On lit de^plus, folio 2o5, un état sommaire des dettes à payer le x8 janvier i 56 i ; elles s’élevaient à 4i,i33,x75 livres, soit iu4 miUioos de francs.

Ainsi, Tannée i 56 o se soldait par iin déficit, et TÉtat restait grevé d’une dette énorme. Il n’y avait d’autre ressource que d’assembler les étals généraux et d’accueillir favorablement la plupart de leurs demandes, aûn d’obtenir les subsides nécessaires pour améliorer la position financière du Trésor. Le tiers état suppliait le roi de diminuer les impôts; le roi répondait qu’il regrettait beaucoup de ne pouvoir faire droit aux justes représentations du tieâ's état, tant que les rebelles, c’est-à-dire les liuguenots, n’auraient pas posé les armes. Mais il promettait qu’à la paix les impôts subiraient une forte réduction, et qu’ils ne seraient pas plus lourds que sous le règne de Louis Xll. En attendant, il réclamait de ses fidèles sujets les moyens de payer les dettes de TÉtat : ce qui se traduisait en nouvelles impositions.

49. Les Événements comiques, conte. — Cbélidonîe, histoire grecque. 2 part, en i vol. in-8. Manuscrit inédit du xviii® siècle. i5o fr.

Ces deux contes ont été composés dans le dix-liuitième siècle. En effet, Tauteur, en parlant de la religion chrétienne^ dit, page 83 : « Romélie a plus de dix-sept cents ans, » et page 114 :

« Depuis plus de dix sept ceuts ans,

Elle est enfermée là dedans. »

On lit dans Tépilogue du premier conte :

« J'abandonne aussi la partie;

A ce conte il faut mettre fin,

El faire trêve de folies.

De peur que quelque beau malin Elles n'allâssent prendre racine ' Chez celU qui les imagine.

Remarquons en passant que lepoëte aurait pu se dispenser de faire x\m^v partie 2i\ecfoli€Sy et d’écrire négligemment elles n'al^ lassent, ce qui rend le vers faux, au lieu de elles n*aillent.

Ce vei's, chez celle qui les imagine, » l’écriture et l’orthographe font présumer que l’auteur était une femme. Mais à quel conteur du beau sexe pourrons-nous donner les Événements comiques, etc,? L’histoire de Cbélidonie ne nous embarrasse pas autaut. Ce roman est grec, parce que l’action se passe à Sparte

MANUSCRITS. C5

et à Argos, que les personnages portent des noms grecs, qu’on y ▼oit figurer Antigonus, roi de Macédoine, Pyrrhus, roi d'Epîre, tué par une tuile que lance une vieille Ârgienne, etc. Mais la belle Cliélidonie, qui inspire de Tamoiir à tous ceux qui Tappro* chent, qui se marie par force au roi de Sparte, et n’^épouse son amant qu*après une série d*aventuresextraordinaires; laconver* sation et les lettres alambiquées d’une douzaine d’amoureux ; les visites que ces dames peu Spartiates reçoivent même au lit; tous ces détails nous transportent de la Chrèce dans les ruelles de Paris. Cette histoire peut donc être attribuée à une femme ; et alors le conte féerique dont elle est précédée doit recevoir la même attribution.

Nous ne connaissons qu’une seule dame du dix-huitième siècle, qui ait pu composer les Événements comiques : c’est mademoiselle de Lubert, auteur de plusieurs contes, tels que le prince Glace et la princesse Étincelante ; la princesse Lionnette et le prince Coquerico; la princesse Coque-d*OEuJ et le prince Bon^ bon. Les noms des personnages de notre conte sont aussi burlesques que ceux que nous venons de citer. Cependant faut-il croire qu’une femme ait écrit certains passages cronstilleux, où la phrase est à peine gazée ; qu’elle ait osé faire une spirituelle critique de toutes les religions qui ont existé ou qui existent encore dans le monde, et même de la conr romaine, des ordres religieux, des cardinaux et des monsignori? Cet ouvrage n’aurait pu être imprimé qu’en Hollande. Au surplus^ voici, en peu de motSj le sujet de cet agréable conte de fées, mélé de prose et de vers.

11 y eut autrefois, à la cour du roi Colintanpon, deux princes, l’un beau comme le jour, mais sot en cramoisi.

• Rien n’est si bean que Fanfaron,

Mais c'est un fat. Ah! quel dommage D'avoir mis l'esprit d'un oison Dans une si brillante cage, »

L’autre prince, nommé Folichonnet, était laid à faire frémir, mais il avait de l’esprit comme un ange. Le roi Colintanpon avait une fille unique, la princesse Filigrame, une des merveilles du monde y comme dans tous les contes. La princesse n’avait à choisir pour époux que Fanfaron ou Folichonnet; voilà une jeune fille fort embarrassée. Quand elle regardait Fanfaron, elle en devenait éprise; dès qu’il ouvrait la bouche, l’amour, qui était

ee MANUSCRITS^.

entré par las yenx, s’enfuyait par les oreilles. La figure de Folichomiet agaçait les nerfs de la princesse; elle s’empressait de lui tourner le dos pour Fécouter parler, et alors elle adorait Foliohonnet. Gonnnent sortir de cet état perplexe? Les épouser tous les deux ? Les lois du royaume s’opposaient à une telle solution. Vraiment, c’était k donner sa langue au chat.

Foliehonnet se rappela, fort à propos, que près des États do roi Ck)ttntanpon, haiaitait une fée, vieille, savante et goguenarde; c’était la fée Virtuause, qui n’aimait que les gens d’esprit. Folichotifiet lui rend tisite ; Virtuause est enchaniée de sa coBfversa*» tk)ri,* ef fort peu de sa figure. Celle fée, qui « possédait des porte-voix pottr se faire entendre au bout du monde, des lu* nettes d’approche pour voir clair où le diable n’aurait vu goutte, des statues qui parlaient jusqu’à nouvel ordre, et mille autres bagatelles semblables, » proriiet sa protection à Folichoiinel, et pont la lui proover elle* le transforme en singe : il ne perdait pas an change* Elle métamorphose Fanfaron en phénix, et elle s’eingage à doimer à Foliehonnet le visage de Fanfaron qudnd il àura fini son stage comme singea Le voilà parti sur le dos du phénix, et en compagnie d’une autruche* Le phénix, ennuyé de servir de cheval à un singe, décampe pendant la nuit, el on n’en* tend plus parler de lui. Le singe, en se réveillant, voit, au Keu d’une autruche, un joli garçon qui se nommait Croustilloti. Le singe et CroasliHon continuent leur voyage, et lorsqu’ils sont arrivés prés de la mer, Foliehonnet reprend également sa forme naturelle, enrichie dé la fignie de Fanfaron. L’autruche, c’est-àdire Croustillon, raconte alors ses aventures merveilleuses* Il était amoureux de la princesse Zonquette, sœur du prince Gogo. Le prince Gogo, peu galant et fort brutal, fait précipiter CroustilloA el Zonquette du haut d’un rocher très-élevé ; mais la fée Virtuause les change subitement en autruches, et les ailes dont ils sont munis leur servent de parachutes. Nous ne pouvons raconter toutes les transformations opérées par la fée : le prince Amomon, changé en bouc ; Cracador, en satyre; Routine, en chatte ; Litiotte, eù tigresse: quarante ou cinquante parents dé Cracadôr, èn écureuils, chevreuils, taureaux, veaux, renards, loups, etc., etc. Bien entendu qu’à la fin du Conte, toutes ces bêtes reprennent leur figure naturelle.

Revenons à Foliehonnet et à Croustillon, qui sè racontent mutuellement leurs amours, au bord de la mer. Après avoir causé pendant un jour et une nuit, ils s’embarquent pour aller visiter

ilÂmJSCRlT& 67

im autre inonda^ inonde extraordinaire qui n'esl composé que d*i)es flottantes. Ces îles sont gouyemées par trois reines inyisiblés à leurs sujets^ toujours etifermées dans un yaissean dont hi direction est confiée à un pilote, qui est le yéritable souveraiit. Ces trois reines se font continuellement la guerre. La plus yieille, c’est Pagane (le paganisme) ; la seconde, c’est Romélie (le catbo* licisme), qui existe depuis plus de dix-huit cents ans | la troisième, c’est Mnsule (le mahométisme). L’auteur cite encore Isa- Hte (le judaïsme) ; mais son vaisseau est échoué, et ses sujets sont dispersés. La description de ces trois royaumes est extrêmement piquante. Nous en détacherons quelques passages, et nous laisserons aux lecteurs le soin d’en trouver la clef.

Nos voyageurs abordent dans une île du royaume de Romélie :

« C’est où logent les salopins ;

De la Reine ils sont fantassins ;

Lear habit grossier est comique $

Lear barbe aux boucs fait la nique,

Aussi bien que oertiuiie odeur Qui saisit le nex et le cœur. »

« Plus loin habite la grisaille,

Milice qui sent la canaille. »

t’ois iis arrivent à l’île des Comiches, « qui instruisent les enfants en l’art militaire et politique, car ils se mêlent de tout. »

a Cette noufelle ecdiorte Est à présent la plus forte;

Us travaillent nuit et jour Pour s’intriguer à la cour :

Ce sont de francs hypocrites. »

« Fussiez-vous libertin, impie, menteur et filou, ils excuteront ces vices et vous feront passer pour un héros, pourvu que Vous soyez leur dupe. » Quant an pilote,

« Qu’il soit habile on qu’il radote,

C’est nn crime capital Do croire qu’il pense mal.

Fdl^il une grosse béte,

Dès qu’il a pris le timon,

L’esprit entre dans sa tète.

Far secrète infusion. »

Le pilote accueillit très-bien Folichonnet, t et lui fit présent d’une petite boite dans laquelle il j avait des tendres de quel-

ques-uns des héros qui ont répandu leur sang pour le service de la reine. Cest un honneur qu’on leur rend et on prétend honorer également celui à qui on les donne. Ainsi le bon pilote favorise les vivants et les morts avec un peu de cendre. Mais sa libéralité ne va pas plus loin, car il vend ses autres grâces an poids de l’or. On serait fort mal reçu si on allait lui en demander les mains vides. »

Romélie possède aussi une milice féminine très-nombreuse.

R douf avons des filles a foison.

Mais elles gardent la maison.

Les lois leur sont fort rigoureuses,

Et si les pauvres malheureuses Se divertissent quelquefois.

Ce n*est jamais qu*en tapinois. »

L’auteur n’a oublié ni les protestants ni les jansénistes. Aussi nous terminons à regret celte analyse, déjà trop longue, d’un manuscrit qui contient tant d'épisodes curieux.

50. EyAtfGELIÜM SECXJdDCM LUCAM, CÜM GLOSA. Mhnuscrit du x* siècle, vélin, in-fol. de 87 feuillets, ais en bois. {Reliure du temps.) 45o fr.

Beau manuscrit de la fin du siècle, sur vélin fort, bien conservé. — Les. marges sont couvertes d'une glose très-étendue, que nons croyons être complètement inédite. En outre, on a inséré dans le texte de nombreuses notes interlinéaires; c’est un des plus anciens et des plus amples commentaires sur l’évangile de saint Luc, qu’on poisse trouver.

Nous ferons observer que le fcoillet original, coté 69, a été enlevé : il a été remplacé, vers le xiii^ siècle, par un carton qui complète le texte.

L’Evangile est divisé en a4 chapitres et 343 articles. Le nombre des chapitres n’a point varié jusqu’à nos jours; seulement, ils sont quelquefois coupés, dans le manuscrit, autrement que dans les éditions imprimées. Quant aux articles ou versets, 011 en compte aujourd’hui 45 i, au lieu de 343 . — Nous avons remarqué plusieurs variantes qu’il ne serait pas inutile de signaler, mais ce travail n’est point de notre compétence.

Ce manuscrit est resté longtemps dans l’abbaye de Minderow

BIANUSCRITS. 69

diocèse de Constance. £n effet, on lit sur le dernier feuillet, d’une écriture de la fin du xii^ siècle : lM>er S. Pétri ripostoli in Augid minori ; et en tète du premier feuillet, Hartmannus tra» didit lihrttm istum. Enfin, sur la marge inférieure du meme feuillet, on a collé une bande de papier sur laquelle sont imprimés ces mots : Bonaventura ahbas Minoraug.

Les deux derniers feuillets du manuscrit sont extrêmement curieux et fort importants pour Thistoire de la musique ; ils contiennent les Lamentations de Jérémie^ écrites à deux colonnes. Chaque ligne est surmontée de notes musicales antérieures à l’an loaS : c’est un superbe spécimen de la musique, avant Gui d’Arezzo, appliquée à une œuvre complète.

Les gardes du volume sont des fragments d’un traité de médecine, do J? siècle, exécuté en caractères minuscules et presque cursifs, et surchargé d’innombrables abréviations.

51. ÉvAirGiLxs DES DOMÉES. Traduction et commentaires en vers des Evangiles des dimanches et fêtes. Manuscrit du xu* siècle, format pet. in>4 à a col. a,4oo fr.

La couverture de ce précieux volume semble de la même date que la transcription. £lle se compose de deux plaquettes de bois, taillées à la mesure du volume, et recouvertes d’une peau blanche de mouton que le temps a noircie. A l’intérieur de chaque tranche, et vers le milieu des plats, est pratiquée une douÛe trouée : c’est par là qu’entre et ressort une double courroie, destinée à joindre les planches aux fortes ficelles des cahiers du manuscrit. L’extrémité de ces deux courroies, aujourd’hui rompues, était nouée et aplatie sous la peau de mouton qui recouvrait seule et recouvre encore le dos de la reliure. Enfin, un petit cylindre de bois en forme de bouchon fermait hermétiquement les deux trouées, en pressant et retenant l’extrémité nouée des courroies.

Ce volume se recommande à divers titres à l’attention des antiquaires, des grammairiens et des littérateurs. L’ouvrage en lui-méme doit être bien rare, car il est certain que la Bibliothèque impériale, si riche en manuscrits d’ancienne poésie française , ne le possède pas. Écrit au xii* siècle, il présente un incontestable monument de la langue non-seulement écrite, mais

79 MANUSCHITS.

pariée à cette époque reculée; eu eiTet| les sermons étaient destinés à être prononcés devant des assemblées laïques composées de cbrétieos de toutes les classes; ils auraient donc manqué leur but s’ils n’avaient pas été facilement compris* La traduction nette et sévère du teste des Évangiles est ici constamment suivie d'une instruction qui semble découler naturellement des versets traduits* et qui vient attaquer sans la moindre réserve tous les désordres, les vices et les péchés* avec Tintention d'en montrer le côté le plus hideux, pour y opposer aussitôt la pratique des vertus véritablement chrétiennes. Les anciens sermons ont cela d’intéressant pour celui qui veut étudier les mœurs de la société ancienne* qu’on voit* en les lisant* quels étaient les vices que l’on pardonnait le moins, ceux qu’on avait le plus souvent à combattre* et ceux enfin qui dominaient le moins ou qui même étaient entièrement inconmis, puisque les prédicateurs ne jugeaient pas à propos d’en recommander l’horreur ou d’en flétrir l’habitude. Je vais prendre Le plus court de ces sermons* dont on pourra confronter la première partie avec le texte sacré qu’il traduit* et l’on jugera ainsi* d’après le commentaire du pienx sermonnaire* de l’intérêt grammatical de tout ronrragc et de sa portée historique et morale.

Quant Jésus de duse ans esteit,

À la feste qui dimt veoeit,

En JemsalMB b cité Xi panant i «int aie;

Joseph et Marie i alerent Et Jésus od els amenèrent :

Kar la côsiume itde esteit Ke tut 11 poples i veneit.

Et quant tt fur créât passé* Chuaon «1 aeoest repidré.

Jésus remest si coiemeat Ke pas ne sourent si parent* AJns quiderent verraiemeot K'il s'en Tenîst entre la gent.

Pur ceo Font il lunkement quia *Punm,4m^ Eatre cuniu*et entre aoMt;

Et quant il pas nel ttot tntvé*

En Jersalem sunt repaire*

Tant le quistrent et demandèrent K’amprés le ters jur le truverent* Entre le docturs ù seah Edc wa n dtit e esentait.

MÂNUSCSUTS.

Kl

N’i out nuis ne fuit ediaïs De itin saver et de tes diz.

Marie et Joseph quant ceo irirent,

A grant nienreUleae esbaireot^

6a mere U dit! entr^udi* : * CdpcAdtst, iiotrei.

Bel fis, per quel nus as si faitf Jo e ti peMS i avus quia,

Dolenz et iniiiiias et marû.

Jésus li dist cum senez :

Que deil ♦ 4e «ut «i »e qucreaJ * uiinè : ÇuidM, quoo.

Ne savez qiieUes riens me tentât Ki à OMUi pcre apartenent ?

E il n’es «ut pas entesdn Icee 4« iur ad dit Jean.

Dune vistà els à Nazaredi,

Si lur e&t humbles et suef;

Sa mere tus sas moz gardeut E en sgn queor les recordout;

Et Jésus asploUoul m v«ir* Vnûunt.

D’agede smss et de saveir«

Et degraœ tut aosamenl,

Envers Dsis e tpiym-s la gent

Yeez seignoTS ceste lefzon;

Si i metez entenemo ;

Moll i poez grant bien apmodm Si de quer i volez entendra^

Deus, qui est sens cumeneemtM Et qui maint sans defiaemanh Pur Plus se deignat eacharner E sulunc If char cumencier.

Sulupa te de nps^ hojSMgt

Out jurs al mais e eus e egt ;

Quanques dmngiiMt -u dire m fiire Tut fiapurnusàaeiatrahV Quanqu'il daigout feire w parier w Tut fis! pur Boalzie andoeiriMr t K.ar ses sains 1er paroles sunt A cels ki hen ren ten de n mt.

Veegeuin il k teste alad,

Kitcwplee tester lai* dmiads A festes ated fnr niwr ^

Et pur cae rcieit demnslMr Ke nus devuas bantar église,

Pestes lenir en deu servisas Si ne puuns à aursemaiaa»

As fastes veals* e ri dimrine Tut deveriuB banteregUse,

* Loi.

* Priêr, or*r4.

* Fe«iivsiU, ou toUlof do fètOf.

Cbesciin jor oïr dcu serrise.

Meis pur ceo poum saver bieu Que cil ii*en aiment Deu de rien Ki jus as festes n*i acurrent Ne Deu n'eglise adunc ne honurent.

Deu vint al temple por hurer Et pur les dociurs escuter ;

£ nus muiter hanter devuns Pur urer, pur oïr sennuns;

Kar ki raüre en vérité Bûche à huche parole à De;

Et ki de quor ot sennuner.

Sache de fi, Deu ot parler ;

Kar il dit vus ne parles mie.

Mes Tesperit ki en vus crie.

Par les sages u il se trait,

Jésus entendre bien nus fait K*as sages devuns acointier E lur paroles tenir chier.

Kar des fols sont mortés folie, HoDur de sage compaignie,

Ne nub n*en ert ji bien senes Ki des sages n*en est prives.

• AaUrt chose, atiud. Un cl* ifait bien à entendre

Ke chescun home dait aprendre En sa juvente, e demander,

K*il en âge pusse parler*

Quant Jésus h Deu sapience Tant bel escute e point ne tence.

Tant bel demande, ot, et respunt, Mult parsunt fol ki si ne funt;

Kar H jome doivent oïr Dunt il pussent en pris jmr,

E demander mult dnlcement E aprendre mult humblement.

Kar dune est lart h demander, Quant Teim deit altres enseingner :

Pur ceo deivent li josne aprendre Ke il sachent puis par tens rendre.

Kar lut si se teut aicunssage,

11 deit atendre sun eage,

E ne se deh pas trop haster,

Mab as ainznez honur porter.

Quant cil ki est fixai autisme Schisme, conleitetion. Ne volt as aioxnez fer cisme Aitts lur demanda bonemenl,

E escuta mult dulcement.

Mais cament est ço entendu,

Ke Marie dist à Jesu :

Bel fiz en dolurs nus as mis,

Jeo e lis peres te aeuns quis.

Cument estait Josepb sis pere,

K.i nnkes ne cunust sa mm?

Sis peres ert de nureture,

E ne mie d'engendréure ;

Sis peres ert quant il le put.

Mes unk sa mere n$ conut;

Kar ele ert virgine al engendrer,

E al naistre e al porter.

Mais Joseph Jesu pm esteit En ceo ke il le nurrissait ;

Sis peres ert>il par quidance,

Neent par charnel cnnussance,

Kar il avait en tere mere Sens overe de chamés pere,

E il avait tun pere el ciel.

Sens overe de mere charnd.

Pur ceo respunt à sa mere :

Ne savés qu'els overes mun pere Me estot estre entendant.

Kmr sis peres est Den le grant.

Puis vint à eb à Nazareth,

Si hir (fu) umhles e suefet*. * Doai,

Pemés en garde, boen enfant,

E juvencel et enveillant*, • Vwüüiisai.

Cument Jésus humbles estait,

A ses parens obéissait.

Fere Testot si cum il fist.

Si vus volez regner od Crist.

A ses parens il obéist.

Sans contensun e contredist.

Cil qui est Deu le tut puissant.

Jà seit k* lu pur nus allant ;

Cil qui est Deu en ^nité Ki tut dis maint en majesté.

Qu’ert de nostre ciiaitif humesce * * BuaUiiU.

Ki pere c merefert * e blesce ? ♦ Fnppe.

Certes Deu dist : de mort murra,

Ki pere u mere maldirra.

Ki de ses parens ne prent cure,

Deu ki est pere deshonure.

Pur ceo murra de male mort Ce est en el enfemal gort«

L*am deit ses parens bonurer

MAffUSCRin.

En trestuê um e tenir cUer»

Néent sulement en parler^

Mes en tus biens quant est meatier.

En pestre, en vestir, en service.

Ne eu tut eltre bone guise.

Quant busoing est, ki ceo ne U Sachez lie fi k’Ü se deeeii ;

Et li panent deivent garder Lur entet tut dis d'encumbier,

E n’aient sur eis chacier,

Mes belementes cbaslicr.

Kar si parent quistrent Jesu,

Quant ü i ftt de geé perdu,

E sain Pol dk entre ses diu,

« Peves ne curueez vos fis. •

* irriiëf. iTMcjr. Kar quant tes paras îtm^ gmecnt,

* E li fiz vers eb se curucent,

Tost purruttt denpne Deu nffandre;

Por mesaler, por nesaprendra,

A pera epeot ie chaetier,

Li fis nir et csouter.

Al peredsre sens ten et».

Car adist salint Pol as enluu K’à lur parens seint sufTrans.

Adi lient. Ki as sons^ ne volt obéir,

Cument devrait akee siiéfivl Sul par suffiriren dreit anue,

Est paid neeUe crcalur.

Pur eee diat eain Luc de JieMi Puis k’à ses parans tuhfat fii,

D*age de grâce e scus e u M P t Cressek à Dell e à b geut,

E nus si veluM ctmaUm m graee Sivre dav«ue ta soe gpuaa.

Toutes les personnes qui ont étudié nos anciens monuments littéraires rfiCpnnaîtrojst fa^cUement ici le dialecte normand, qui, sous plusieurs rapports, fi*est rapproché de notre langue actuelle plus que les autres dialecits, diasi la Aeaion de nos prétérits définis était déjà en eit et «/r, eomme le prouvent ici les formes veneit-escutaiu Ainsi le substantif paisant avait trois syllabes. — La préposition conditionnelle était déjà si, et nonre, qui prévaut dans les autres dialectes, jusqu'au milieu du AVi* siècle. Plusieurs mots, sans le tcmoigpiigie de fiotre sei'mae^ passeraient volon-

MANUSCmTS* n

ti«rs pour être de création plus moderne^ comme endoctriner, hanter, blesser.

Ce sermon n’a, par le fond de sa composition, rien de bien remarquable; mais il nous perpact de juger sinon de Tintérêt, eu moins de la forme des autres* C’est une sage et nette eatplicatiofi de l’évangile du jour. U n’est pas un root du prédicateur qui ne se rapporte au texte et qui ne tende à en tirer tout le profit, toute l’édification possibles. Le volume a perdu ses premiers et ses derniers feuillets; il n’est pas beau; il a été feuilleté, on le voit, par une suite de générations ; mais, tel qu’il est, il pourrait bien être unique, et, dans tous les cas, il est l’œuvre d’un prédicateur éclairé, judicieux, bon versificateur, digne en un root d avoir été souvent rois à contribution par les prêtres qui, avec d’aussi bonnes intentions, n’avaient pas le meme talent pour rappeler aux autres les meilleiu*s et les plus utiles enseignements de notre chère et vénérée religion. P* Pixis.

fii. Familiaria. excmtpla. Manuscrit du siècle; pet. in-8, vëlin, mar. br. fil. à fr. tr. dor. 35o fr.

Joli manuscrit de 68 feuillets, parfaitement conservé.*^C’est un recueil d’av^oret miraculeuses, dlûstorieUes et de fables, qui se terminent toujours par une moralité. En voici le titre complet : jid honorent Dei et Beate Marie Virginis et salutem animarum, Incipiunt famitiarta exempla que discretus et bonus relator referai ieas et personis iemporibus oportunis. Chaque historiette est ornée d’une rubrique et d’une majuscule en encre rouge.

L’auteur de cette compUarion était un mow# du midi do le France, ainsi que le prouyani les passages myants de son snuyre: Quidamfrater nostri ordinii..*^ quidam monûefms de drieceUa (la Celle, diocèse d’Aix), dhm ergueret Jratree deddit

Mmiliê in dame froÉrum, si^t vidimus ei teskunurj^^.i vidhnus quemdam burgensem Moniiê Pet salami s et per mot sepiut repredæmuti He,

On lit sur la marge supérieure de la première page : YsteUber est de Columbarie. Mous croyons que ceUe phrase signifie % Ce brre appartient à l’abbaye de Colombiers (d^cAsede Bourge^

PariM les deux cent cinq exemple familiers qui composeut eo volume, on compte vingt-oeuf fables. Neuf sont extraites de Phèdre ouplutôt dellomulus: Le Chien qui Mcbe sa poaie pour

Tombre; les Grenouilles qui demandent un roi; la Grenouille qui se veut faire aussi grosse que le bœuf; le Loup et TAgneau; le Loup et la Grue ; le Corbeau et le Renard ; la Lice et sa compagne; la Mouche et la Fourmi ; le Loup et le Chien. Ces neuf fables ont été imitées par la Fontaine, ainsi que les huit suivantes, extraites d’Ésope, de Pilpay, d’Horace et d’autres anciens auteurs : l’Ane et le petit Chien ; la Laitière et le Pot au lait; l’Hirondelle et les petits Oiseaux; le Financier et le Savetier; le Renard entré dans un cellier (la Belette entrée dans un grenier); le Paysan et la Poule (la Poule aux œufs d’or); la Femme noyée ; les Femmes et le Secret. Mais en voici douze que la Fontaine n’a point traitées : Les Oiseaux et l’Épouvantail; le Chat, les Rats et le fromage; les deux Aveugles; le Siuge et ses petits; l’Homme et le Rossignol ; le Paysan qui attend que le Rhône soit écoulé pour retrouver sa hache; le Chameau qui demande des cornes ; le Singe et la Noix ; le Serpent et la Rose ; le Loup et la Laie ; le Lion reconnaissant; l’Avare et l’Envieux.

Les fables insérées dans les Exemples familiers sont d’une naïveté charmante. Elles ne ressemblent pas toujours, par les détails, aux fables de Phèdre et de la Fontaine ; mais la pensée est la même, le cadre seul a été modifié. Nous traduirons la plus courte du volume; elle finit par une satire assez vive des prélats du xiu® siècle.

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