‹ Description raisonnée d'une collection choisie d'anciens manuscrits, de documents historiques et de chartes réunis par les soins de M. J. Techener, et avec les prix de chacun d'eux (volume 2)Chapitre 14 sur 36 · LB LOUP BT LA LAIE · texte numérisé non relu

LB LOUP BT LA LAIE

Un loup aborda une laie, et lui dit : Ma commère, vous êtes près de mettre bas, acceptez mon ministère et mes services. » Mais la Laie, qui connaissait sa méchanceté et sa voracité, lui réj)ondit : «Seigneur, je ne veux point de vos services; veuillez vous retirer. » Les clercs de notre temps ne suivent pas l’exemple de la laie; car ils élisent et reçoivent comme prélats, pour la garde des brebis, des loups qui les dévorent.

On trouve dans cet ouvrage des historiettes fort plaisantes. Nous en détacherons les deux suivantes :

On raconte qu’un prêtre était très-fier de sa voix, quoiqu’il chantât comme un âne. Un jour qu’il chantait dans l’église, une des assistantes commença à pleurer : ce que voyant le prêtre, il s’imagina qu’elle était émue de son chant ; il se mit à psalmodier de plus en plus fort, et la femme pleurait encore davantage. Enfin le prêtre lui demanda pourquoi elle pleurait, et celle-ci répondit : « Ah I messire, ce n’est pas sans motif. » —• a Eh bien !

dit le prêtre, quelle est donc la cause de vos larmes 7 » » « Ah ! messire, répHqua-t*elle, ju veux bien vous l’avouer. J’avais un âne qui m’était fort utile, et les loups l’ont dévoré. Quand vous chantez, il me semble que j’entends braire mon pauvre âne.» Le prêtre, tout confus, se retira sans rien dire.

Ainsi l’origine de cette historiette, que nous connaissons tous, remonte au delà du xiii* siècle.

Le Valet paresseux. — Un certain valet était tellement paresseux et lambin que, lorsque son maître lui ordonnait de se lever pendant la nuit pour voir s’il pleuvait, notre paresseux 'appelait le chien : s’il le trouvait mouillé, il répondait : « Monsieur, il pleut ; » si, au contraire, le chien était sec, » Monsieur, disait-il, il ne pleut pas. » S’agissait-il de savoir s’il y avait du feu dans l’âtre, le valet s’empressait d’appeler le chat, et selon que la fourrure du matou était chaude ou froide, il répondait qu’il y avait encore du feu, ou que le feu était éteint. Bien plus, il ne fermait pas la porte, le soir, afin de s’éviter la peine de l’ouvrir le matin.

S3. Le Faux Devin, ou le Nom de Victoire : comédie en deux actes et en prose, avec ariettes (par Carraontelle). Manuscrit du xviii* siècle, in«4 de 5a pages, mar. r. dent, fleurdelisée, doublé de tabis, tr. dor. {Armes de la Dauphine Marie-Josèphe de Saxe.) i5ofr.

Manuscrit inédit et autographe. C’est probablement le manns-* cnt qui fut présenté à la princesse Marie-JosêphedeSaxe, fille du roi de Pologne, mariée le 9 février 17479 au Dauphin, fils de Louis XV.

Carmoiitelle, né à Paris le août 1717 et mort le a6 décembre 1806, a composé un grand nombre de pièces de théâtre : Ses Proverbes dramatiques ont obtenu un grand succès. Le Faux Z>epin a échappé aux éditeurs, et n’a été imprimé dans aucune collection des œuvres de Carmontelle. Notre manuscrit est entièrement écrit de la inaiu de l’auteur, avec quelques corrections au crayon. En regard des noms des personnages sont inscrits les noms des acteurs; ce qui prouve que cette comédie a été représentée. Sur quel théâtre? Nous l’ignorons; mais c’est une pièce d’opéra-comique.

Il nous paraît assez curieux de découvrir aujourd'hui une co-

média de Carmootelle^ inédite et richement reliée pour une Dauphine de France.

54< Fetjxes. Briève Description d’un voyage faict en Levant, Perse, Indes^Orientales, Chine, etc. Manuscrit du XVII* siècle, pet. in-ta, mar. r. semé de (leurs de lis, fil. Ir. dor. {Ànc. reL) i5o fr.

Manuscrit original et de présentation au roi* Ce manuscrit, exécuté par un calligraphe du temps de Louis Xlll, contient xaa feuillets de lo lignes à la page, et de 17 à al lettres à la ligne.

H. de Fejnes, né en Provence, gentilhomme de la chambre du roi^ maréchal de camp de ses armées, s'embarqua à Venise, traversa les contrées de l’Asie comprises entre Alexandrette, Bagdad, Ispahan et Ormuz, parcourut toutes les c 4 tes de l’Inde et alla jusqu’à Canton. Après un séjour de quatre ans en Asie, il retourna en Europe et aborda à Lisbonne. Les Portugais, craignant que les renseignements recueillis par notre voyageur sur leurs forteresses de l’Inde, portassent préjudice à ces établissements, le retinrent prisonnier pendant plusieurs années. Sa captivité n’aurait pas eu de terme, si son confesseur n’eùt révélé le lieu où il était détenu : il avait été conduit au château deXativa, près de Valence. Louis XIII réclama le prisonnier, et de Feynes (ut mis en liberté. Son Voyage2^ été imprimé à Paris, i 63 o, iu-ia. Il n’a point indiqué à quelle époque il exécuta ces longues pérégrinations. On sait cependant qu’il s’embarqua vers 1606, qu’il était à Siam en 1610, et qu’il revint en France vers i 6 a 4 . Il avait acheté à Bisnagar une grande quantité de diamants; mais, lorsqu‘*on l’arrêta à Lisbonne, on en saisit pour plus de 3 oo,ooo écus.

Cette relation très-succincte est l’un des premiers ouvrages écrits en français sur les Indes orientales, l/auteur compare la grandeur de chaque lieu à celle d’une ville de France : ce qui fait présumer qu’il avait parcouru presque toutes les provinces du royaume.

Nous ferons remarquer, en outre, que le manuscrit est anté» rieur au voyage publié en i 63 o, et qu’il offre des différences si notables qu’il devient le complément indUpensabie du livre imprimé.

1IANUSGIIIT9. 79

59. Flâcoürt (Ed. de). Observation* des pays co^ goeus en l’isle Madagascar, et des tnœurs, coutumes et façons de vivre des originaires.... Plus la relation de ce qui s’y est passé entre les François et lesdits originaires, depuis 1648 jusque* en i655. Manuscrit du ivii” siècle, sur papier, in-4 de 3o8 feuillets, cart. et fig, maroquin rouge, riches comp. pleins d’ornements à petits fers, dent4 fib tr« coloriée à ciselures dor. (Armes de Fouqiiet.) 5oo fr.

MAOVirxqfüs BELiVMÿ HD des chefs-d'œuvre du célèbre artiste Le Gascon. (Cette reliure a été dessinée et gravée à l'eau-forte paV Mv JaCIfueniart^ pour VHUioire de ia Bibiiophilief hvr. Il* pi. lo) Ce manuaent^ d’une bonne éoriturë et parfaitenent odnservéÿ est dédié au surintendant Fouquet et lui fut présenté par l’acrtetir. La dédicace, datée du i 5 mars i 656 , porte la signature autogra^ phe de E. de Flacouft. liO tuanuscrlt contient six cartes géogra* phiques, et cinq planches représentant des habitants de Mada* gascar, des jeux, etc. Nous avons remarque que l’une des cartes est datée de 1667; il en résulterait que ce volume n’a été relié qu’après l'addition dés cartes et des figures gravées pour (a première édition imprimée en l 65 S.

Étienne Bizét de Placourt, né à Orléans en 16(07, fut nommé gouverneur de Madagascar et Iles adjacentes, et directeur général de fa éompagnie française de l'Orient; il s'embarqua le 19 mai 1648 et arriva au Fort-Dauphin le 8 décembre suivant. 11 résida dans cette ile jusqu’au xa février i 6 S 5 , époque à laquelle il revint en France. Il se rembarqua à Dieppe, le ao mai s660, pour fetoumér à Madagascai^^ mais, le 16 juin, sôfi nâvifé fut attaqué par les fiarbaresques. Pendant te combat, le feu atteignit les poudres et le vais.seau sauta. Matelots et passagers périrent tous, excepté dix<^sept hommes, qui furent recueillis par les Turcs et réduits en esclavage.

Les Observations de Flacourt sont divisées én deux parties. La première contient, en 3 i chapitres, une description générale de ï'ile Saint-Laurent, dite Madagascar, puis des descriptions particulières de ses provinces, de ses rivières et des îles adjacentes. L’auteur traite ensuite de la religion, do langage, des mœurs et

des usages des indigènes, et, enfin, il donne des notices fort exactes sur les plantes, les métaux, les minéraux, les gommes, les huiles, les vins, les animaux, les oiseaux et les poissons de ces contrées.

La deuxième partie renferme le récit des événements qui eurent lieu à Madagascar, depuis la première expédition des Fran* çais, en 164a, jusqu’au retour de Flacourt en France, l’an i 655 . On y trouve également la relation de quelques voyages dans les fies adjacentes et à Mascareigne. Au mois d’octobre 1649, de Flacourt envoya le capitaine Roger le Bourg à l’ile Mascareigne, pour en prendre possession au nom du roi de France, avec ordre de la nommer ile Bourbon ; c’est depuis cette époque qu elle a perdu son nom primitif de Mascareigne.

Cette partie historique est très-intéressante. L’auteur raconte les faits avec une impartialité et une véracité remarquables. On reconnaît aussi que ses descriptions sont d’une grande exactitude, et que le langage ainsi que les usages des indigènes lui étaient familiers.

86 . Fleürt (Claude). Opuscula poetica. Manuscrit du xvii* siècle, in- 12 , cuir de Russie, coinp. dent, et fil. en noir. [\o fr.

Ce manuscrit inédit de douze fetlillets, à grandes marges, est d*une très-jolie petite écriture, imitant les caractères italiques.

L’abbé Claude Fleury, né à Paris le 6 décembre 1640, sousprécepteur des enfants de France, mourut le 14 juillet 17x3.

L’auteur de \Hist 9 ire ecclésiastique et d’autres ouvrages du même genre s’était livré dans sa jeunesse à l’étude des belleslettres, ainsi que le prouvent les quatre opuscules poétiques de ce recueil , tous signés C. Floms.

Mors Apari^ épigramme de ao vers. Épitre latine de 59 vers, à Michel le Pelletier, datée de Rouen au mois d’octobre 1660. Musas peregrinas hospiüo exceptœ ah Excell, D, Franc, Justiniano Venetorum apudregem Oratorem; 69 vers, datés de juillet 1659. Bibliotheca Claromontana^ Dans ce poëme, de 3 og vers, l’auteur décrit la bibliothèque du collège de Clermont et signale les plus célèbres écrivains jésuites : on y remarque les vers suivants, en l’honneur de Fouquet :

Incifttts bœc nuper Fuequetius ardus abimo Tecta solo erexit, doaisque omavit opinais.

Si

Sic gemini quamvis iromeosa mole prematur OfûcH, tainen invenil Fucqueliua omni Qua ralione libros conquireret orbe, superbas Qua strueret ratione domos, el divite cultu Ornaret^prisco meliorem naclus Apellem :

Tanta tibi invitis sapiens focit otia curis.

Le surintendant Fouquet possédait une riche collection de 1 i-« vres qu’il donna an collège de Clermont, après avoir fait reconstruire et orner de peintures la bibliothèque de ce collège. On sait que Fouquet est inscrit sur la liste des bibliophiles du XVII® siècle.

La Bibliotheca Claramontana a été imprimée dans le recueil des Opuscules de l’abbé Fleury, publié à Paris^ 1807, in-ia, par les soins de M. Éuicry, supérieur général de la congrégation de Saint-Sulpice.

Les trois autres pièces sont inédites.

57. Foix (Jeanne de). Testament de Jeanne de Foix, comtesse de Villars, avec les procès-verbaux, assignations, procurations et autres actes qui ont précédé l’ouverture du testament. Manuscrit du XVI* siècle (154^), vél. in-fol. de i5o feuillets, v. ant. comp, reL) 600 fr.

Ce manuscrit, parfaitement conservé, est orné sur la première page des armoiries coloriées de la maison de Savoie, brisées d’une hermine en chef de la croix, et d’une belle majuscule en or sur fond vert avec arabesques en or. On voit, au milieu du volume, un large l’uban de soie rouge qui traverse les 76 pi*eroiers feuillets dans la marge supérieure,^t les 74 derniers dans la marge inférieure. Aux extrémités de ce ruban étaient suspendus deux sceaux : le sceau royal du bailliage de Touraine et le sceau particulier de Jehan de la Barre, lieutenant général au siège de Chinon. Les sceaux n’existent plus.

Un grand nombre des familles les plus distinguées de la France, sont citées dans ce manuscrit. On y trouve aussi des renseignements utiles sur les aïeux de Jeanne de Foix et sur les seigneuries qu’elle possédait, (i’est uu volume précieux pour les maisons .de Foix, de Savoie et de Montpezat. On peut, à l’aide de ces ac-

tes, rectifier une foule d’erreurs commises par les biographes et par les généalogistes.

Jeanne de Foix, fille aînée d’Alain de Foix, vicomte de Castil- Ion, et de Françoise deMontpezat, petite-fille de Gaston de Foix, comte de Candale et captai de Buch, avait épousé Honorât de Savoie, marquis de Villars, qui devint maréchal et amiral de France. Elle mourut dans la nuit du a8 mai i 542 > au château dé Précigny en Touraine, et ne laissa qu’une fille âgée de quatre mois, Heurye de Savoie. Nous avons lu dans le Dictiorma^re de la noblesse, par La Chesoayedes Bois, le passage suivant : « Jeanne de Foix, femme Honoré de Savoie, marquis de Villars, testa, le Il février iSpS, en faveur de Savoie, sa fille. » Il estdif-^

ficile d’entasser plus d’erreui's dans une seule phrase.

Jeanne de Foix testa, le 4 juillet i 54 i, dans son château d’Aiguillon en Agenois. Elle s’intitulait, dans son testament, comtesse de Villars, vicomtesse de Castillon, dame du captalat do Buch et des baronnies de Montpezat, Madaillan, Aiguillon, Saintc- Livrade et autres lieux.

Le a juin i542, le lieutenant général de Chinon se transporta avec son greffier au château de Précigny, à la requête du comte de Villars, afin d’ouvrir provisoirement le testament de la feue dame, pour connaître les articles ordonnés ad pias causas. Nous avons remarqué, parmi ses dispositions pieuses, que la comtesse de Villars demandait qu’il fût célébré six mille six cent soixantesix messes pour le repos de son âme.

Henrye de Savoie, fille mineure d’Honorat de Savoie et de Jeanne de Foix, comptait au nombre de ses parents le roi et la reine de Navarre, le connétable Anne de Montmorency, tous les membres des maisons de Savoie, de Foix et de Montpezat. Les plus proches parents furent ajournes; ils comparurent par procureurs et, le i6 août 1S42, nominèrenl pour tuteur et curateur de Henrye de Savoie, Baptiste de Villequier, vicomte de la Guier* che, et Jehan Ceriziers, avocat au siège de Loches. Suit le texte des assignations et des procurations de chacun des comparants.

Autre ajournement d’un plus grand^nombre de parents, voisins et amis, qui nommèrent, le ao septembre, le même tuteur et le même curateur. Les Montpezat protestèrent et refusèrent de comparaître, sous le prétexte qu’il y avait procès par-devant le parlement de Bordeaux entre eux et Jeanne de Foix ou ses héritiers, au sujet de la possession de plusieurs seigneuries sises en Guyenne.

Procès-verbaux, assignations, transport au château de Précis gny, et inventaire des titres concernant les seigneuries apparte^ nant à Jeanne do Foix, pour ta conservation des droits de sa fille. On indique, dans cet inventaire, le contrat du mariage de Charles de Montpezat aveç Jeanne de Rocquevüle, du 17 novembre i466; le contrat du mariage de Gaston de Foix, comte de Caudale et captai de Buch, avec Isabeau d’Albret, du 3 o janvier i 494 ; le contrat du mariage d’Alain de Foix, captai de Buch, vicomte de Castillon, avec Françoise de Uontpezat, du 11 août i 5 a 3 .

Assignations, protestations au sujet de l’ouverture du testament. Ajournement et interrogatoire des notaires et des témoins qui l’avaient signé. Enfin, le ao décembre, ce testament fut ouvert, lu et public.

On avait employé sept mois en procès-verbaux, assignations, procurations, etc. Aussi, 1 45 feuillets grand 111-4® ont à peine suffi pour la transcription de crtte immense quantité d’actes préparatoires. Le texte du testament occupe ntodestement les cinq deiTiiers feuillets du volume.

Le manuscrit est signé par J. de la Barre, lieutenant général de Cliinon, et par son greffier, P. du Racinay.

58 . Fontaiiîf.blkau. Relation de ce qui s’est passé de plus remarquable à Fontainebleau et qui explique aussi dans quel temps et sousqael règ^ne chaque basliment a esté fait, depuis 1169 (par N. Defer). Manuscrit de la fin du xvii® siècle, în-8 de 73 feuillets, 2 caries grav. ' «Jofr.

(.e manuscrit inédit parait être autographe^ L’auteur dit dans la préface : « U m’a semblé que |>our dmnuer une idée générale du cfaasteau et de ses dehors, je ferois bien d^y joindre un plan qui a esté réduit et gravé sur l’original (que j’ai levé depuis longtemps et que j’eus l’honneur de présenter au roi), avec une carte de la forest. » Or, la carte et le plan joints au volume ont été gravés par G. Inselin et mis au jour par N, Defer^ f^éograpke du Dauphin : 1697. Il en résulte évidemment que cette Relation a été composée par le célèbre géographe Nicolas Defer, qui publia, en 1708, un volume in-fobo avec figures, sous le titre des Bcaur tés de la France^

Trois histoires de Fontainebleau ont été imprimées : le Trésor

des merveilles de la maison royale de Fontainebleau^ par P. Dan. Paris y 1642, in-jolio. —Description historique du château, bourg et forêt de Fontainebleau^ par l'abbé Gnilbcrt, Paris, 2 vol.

i/î-12. — Études pittoresques et historiques sur le château de Fon^ taiuebleau, par Castellan» Paris, 1840, //1-8®. Mais l’intéressante relation de N. Defer n’a point été publiée. Elle est rédigée en forme d’annales, f.e premier chapitre a pour sujet VOrigine du nom de Fontainebleau et la topographie du château et de la foret. Suivent les annales divisées par régne, depuis la construction du donjon par Louis VII, en 1169, jusqu’à Tannée 1699. L’auteur rapporte, à leui'S dates, tous les événements historiques qui se sont passés à Fontainebleau, et les agrandissements, les embellis*sements ou les transformations du château depuis l’époque de sa fondation.

A la fin du volume, on trouve un Recueil des devises royales inscrites en plusieurs endroits du château, ainsi qu’une liste des prieurés et des hermitages (\m existaient dans la forêt. Nous signa» lerons encore une curieuse description de la chasse des cormorans, c’est-à-dire de la pêche à Taide de cormoraus dressés pour cet exercice. C’est Louis XIII qui institua cette pêche en i 63 i.

Les deux cartes sont très-bien gravées et reproduisent le plan exact du château et de la forêt de Fontainebleau, au temps de Louis XIV.

59. Forttwé (Calharin). La double Pallas (poème en l’honneur du. duc de Nemours). Manuscrit du XVI* siècle, sur vélin, in -4 de 9 feuillets, rel. en veau. . 35o fr.

Manuscrit de présentation, sur vélin, entièrement exécuté en caractères romains, orné d'une élégante majuscule coloriée, sur fond d’or chargé de fleurs, et de plusieurs initiales en or. Quelques lignes sont en lettres d’or, et chaque page est encadrée d’un large filet d’or. — Disons de suite que le dernier feuillet a été coupé ; mais nous croyons que le manuscrit n’est incomplet que d’un très-petit nombre de vers.

Ce poëme est un éloge de Jacques de Savoie, duc de Nemours et comte de Genève, composé sous le règne de Charles IX, par son três^obéissant serviteur Catharin Fortuné. Nous ne connaissions pas ce poëte français du xvi* siècle, et nous sommes heureux de pouvoir révéler son existence, car ce n’csl pas un auteur

frivole de sonnets on d'épigranames, mais un poëte émineronieiit épique. Premiers vers :

» Piqué d*un brave soio qui à ce me convoyé.

Je veux cJianler riioniieur dt^beau sang de Savoye.

Je veux maiigré la faux du temps qui tout de&truit,

P’un grand Duc, d’uu grand Prince éterniser le bruit,

L’œuvre est grand et fécheux que j'entreprends ; mais rien,

O Muses, n'est fâcheux, si vous le voulez bieu.

A cesl heure aidez-muy, venez à mon secours :

Et me chantez un vers pour le Duc de Nemours. »

Catharin Fortuné raconte, en langage des dieux y les voyages et les prouesses de son héros :

« Vous n’aviez pas atteint dix-huit ans, et encore Vn petit crespe d’or vostre menton n’honorc,

Lorsque du Roy Henry les belliqueux efforts Reprindrent sur l’Auglois de Bolongne les forts.

Vous fustes le premier qui chassa dans leurs portes Peslemesle à monceaux les angloises cohortes,

Pâles de froide peur qui couroit par leurs os,

Vous voyant jà desjà courbé sur leurs dos.

Vous avez d’ennemis au milieu de la guerre,

Rué, taillé, brisé, cscarbouillé par terre.

Et sur tout <fun bon cueur, du trenchant coustelas,

Tailliez, fendiez, tuiez ce rusé populas. »

Enfin, pont* justifier le litre de la Double PnllaSy le poëte dit que cette déesse avait doué le duc de Nemours de sa vaillance et de son amour pour les arts.

« Car SI Prince il y a qui soit le favori

Des Muses et de Mars tout ensemble, vou^ l’estes. »

Derniers vers de notre manuscrit :

•* Mais surtout vous avez toujours eu en souci Les enfans de la Muse et leurs beaux vers aussi. »»

Il ne faut point chercher dans les compositions poétiques du XVI® siècle l’élégance et la naïveté des poésies antérieures. Au milieu des discordes civiles et religieuses de l’époque, la langue française subissait une sérieuse transformation, et si elle commençait à s’assouplir sous la plume des prosateurs, elle se prêtait

encore difficilement âux exigences du rhythmc. Mais ces vers^ souvent rudes et d’une facture qui nous paraît aujourd’hui singulière, se rattachaient presque toujours à Thistoire. C’est ainsi que la Double Pallas fournit une importante notice sur un personnage distingué auquel les biographes ont consacré quelques lignes, dans le seul but de ne pas interrompre la filiation des Savoie-Nemours. Jacques de Savoie, duc de Nemours, né à Annecy le la octobre i53i, mourut le i5 juin i585.

60. France (Histoire de). Mémoires sur l’hisloire de nos rois assassinés, par C. F. M., chanoine régulier de sainte Catherine. Manuscrit du xviii® siècle, pet. in-4 de 4*9 titres encadrés,

gravures et dessins, v, m. lao fr.

Ce volume ne contient rien d’criginul. Le collecteur a copié des livres imprimés, et tout ce qui concerne les assassinats de Henri IV a été extrait du sixième volume des Mémoires de Condé, publié par I^nglet du Fresnoy. Quoique notre chanoine ne soit qu’un compilateur, il a su composer un livre intéressant. En effet, dans quel autre recueil trouverait-on réunis les faits annoncés sur le litre : « Jacques Clément tue Henri 111; Pierre Barrière attente à la vie de Henri IV, de même que Jean Chastel, et enfin François Ravaillac le tue dans son carrosse à Paris. Plus, plusieurs mémoires sur l’attentat coiiiuiis (en 1767 ) contre le roi Louis XV, par Robert-François Damiens, avec tous les arrêts et procès-verbainc qui condamnent ces méchants à la mort. » 11 faut encore ajouter à cette nomenclature plusieurs pièces rares relatives à l’attentat de Damiens, ainsi que des notices biographiques et bibliographiques insérées dans les Avertissements du compilateur.

Notre chanoine avoue lui-méme qu’il a copié le sixième volume des Mémoires de Condé^ mais en élaguant quelques pièces, telles que VApologie de J. Chastel par Boucher, VAvertissement aux catholiques^ etc. Quant à la procédure contre J. Chastel, il s’esl servi des livres imprimés, du Mercure français et d’un manuscrit de la Bibliothèque royale.

Après une ample Table des matières pour les assassinats de Henri 111 et de Henri iV, commence VHistoire abrégée du procès criminel de Jean Chastel^ avec Vérection de la pyramide et sa r/emolitionrn On trouve dans cette histoire VArrêt contre J. Guinard

et contre les Jésuites j de pîus^ la Prosopopée de la pyramide^ pièce très-rare.

Le second mémoire est intitulé : Histoire prodigieuse du détestable parricide attenté contre le roi Henri IVpar Pierre Barrière^ le 27 aoûtx^^^, (Extrait du 6® vol. des Mémoires de Condé,)

La troisième partie contient le Procès de François Ramillac. La page du titre est ornée d’un encadrement et d’un paysage dessines à la plume. Le procès est précédé d’un Avertissement très-curieux, dans lequel Tauteur examine les diverses opinions des historiens sur le crime de Ravaillac. Après Thisloire du procès et de l’exécution de cet assassin, on lit les arrêts du parlement contre le jésuite Mariana elle cardinal Bcllarrain, et l’analyse de plusieurs autres pièces rares sur le même sujet.

La quatrième partie, qui occupe les deux tiers du volume, ren ferme les Pièces originales et procédures du procès failli R,-F. Damiens» Le collecteur a ajouté (p. i/|0 et 324 ) deux feuilles gravées, avec médailles et inscriptions relatives à l’attentat de Damiens : la Consternation et les actions de grâces de la France, La relation du procès est snivie de pièces très-rares^ très-recherchées et curieuses, dont voici l’indication ;

1. Réflexions sur Vattentat de Damiens^ brochure publiée le 5 mars 1757 ;

2. Lettre d*un patriote qui cherche à prouver que Damiens avait des complices, datée du 11 mars 1757. Le titre de cette pièce est écrit sur une page oiTtée de dessins à la plume, parnti lesquels on remarque le portrait de Louis XV et celui de Damiens.

3 . Histoire de Damiens, imprimée à Amsterdam. Aussitôt après sa publication, ce libelle fut supprimé avec tant de soin par les états généraux, que notre chanoine, qui écrivait quelques mois après, déclare qu’il est impossible d’en retrouver un seul exemplaire.

4. Généalogie de Louis XV, Ce roi des(tendait en ligne directe, par l^s femmes, de Laurent Babou, notaire à Bourges, en 1483, marié A Françoise Ra, fille d’un procureur du roi aux aides de la même ville.

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