IwSTITÜTIOUr DE l’ordre de la Toisojv d’or. In
veau brun, armoir. en relief sur les plais. 4^0 fr.
Manuscrit delà fin du xv*siècle, sur vélin, composé de 83 feuillets. Il est orné de deux belles miniatures de la grandeur des pages : Tune représente le premier Chapitre de Tordre de la Toison d'or, présidé par Philippe le Bon, son fondateur; et, la seconde, les armoiries de Charles de Croy, prince de Chimay. Ou remarque, en outre, plusieurs encadrements formés de "fleurs et un grand nombre de lettres initiales peintes en or et en couleurs, dans Tune desquelles se trouvent les armoiries des ducs de Bourgogne. Ce ms. curieux contient non-seulement les statuts de Tordre, mais encore un registre indiquant toutes les créations de chevaliers depuis la première, qui eut lieu le 5 janvier è Bruges, jusqu’à la vingt-troisième, à Toccasion de laquelle le chapitre fut tenu en la ville de Malines, le jour de la Pentecôte de Tan 1491, par Philippe le Beau, archiduc d’Autriche.
Dans ce chapitre (voir le feuillet 79, verso), fut élu chevalier Charles de Croy, prince de Chimay, pour lequel et à cause de la circonstance a dû être écrit le présent livre, décoré de ses armoiries. Charles de Croy, créé prince de Chimay par Tempereur Maximilien, fut choisi par Philippe le Beau pour tenir sur les fonts de baptême son fils Charles, depuis Charles-Quint, auquel il donna .son nom. Après avoir rempli les plus hautes fonctions, il mourut dans la ville de Beaumont en i 5 a 7 .
Ce ms. a été collationné sur les actes originaux par Juillot, greffier de Tordre, ainsi que le témoigne son attestation autographe signée, au feuillet 65 .
On lit sur le feuillet de garde, placé en tète du volume, une * note en flamand, dont voici la traduction : « Ce livre a été pris à la bataille de Sjrttard^ et plus bas : i 5/64 Mérode, »
La bataille de Syttard eut lieu le a 4 mars i 54 ^. Elle fut remportée sur les troupes de Tempereur Charles-Quint par Guillaume, due de Gueldre, de Clèves et de Juliei'S, alors allié de François 1 *^.
80 . Jérémib. Commentaire, réflexions, prières sur les iamentalions de Jérémie, par le solitaire d’Oflèmbourg (le P. Bertliier, jésuite). Manuscrit in -4 * de 256 pages, niar. vert, fil. tr. dor. 6o fr.
Guillaume-François Berthier, célèbre jésuite, naquit à Issoudun en Berry, le 7 avril 1704; il publia six volumes de VHis^ toire de l*ÉgUse gallicane^ et fut chargé de la direction du Jotir^ nal de Trévoux^ depuis 1745 jusqu’à la destruction de sa société. En 1764, le P. Berthier, ayant été banni de France, se retira à Offenibourg, où il séjourna pendant dix ans. Enfin il obtint la permission d’habiter Bourges, et il mourut dans cette ville le i 5 décembre 178a.
Il composa le Commentaire sur les lamentations de Jérémie^ vers 1770. On trouve, collé sur la garde du volume, un billet ainsi conçu : «Ce manuscrit est à remettre à Madame la marquise douairière de Créquy, demeurant rue de Grenelle, faubourg S. Germain, vis-à-vis la rue des SS. Pères, en cas que je prédécède la dite dame. A Paris, ce a6 août 177a. Beaucousin. » 11 est doue probable que cet ouvrage avait été adressé à la marquise de Créquy, qui le confia à M. Beaucousin, avocat au Parlement, pour le faire mettre au net. En effet, la minute a été transcrite sous les yeux de M. Beaucotisin, qui a écrit les derniers feuillets du livre, pour réparer une omission du copiste.
Mais alors \Avertissement de six pages serait J’œuvre de la marquise de Créquy, car on lit dans cet avertissement les passages suivants : « La personne à qui il l’a adressé a éprouvé un très-grand malheur... Le solitaire a bien voulu le commenter, en le traduisant, uniquement pour cette personne affligée, et sous la condition de ne pas le rendre public; mais, sans manquer à ce qu’elle doit, elle a cru devoir faire mettre au net un écrit aussi précieux.»—«/W demander encore que l’on prie Dieu pour ma conversion, ou pour le repos de mon âme, selon les circonstances. »
Une note autographe de M. Delpuis nous apprend que ce commentaire a été imprimé dans le t. 11 des Réflexions morales du P. Berthier, publiées en 1790. C’est encore M. Delpuis qui a éciît sur les marges le texte latin des versets des lamentations de Jérémie.
La méthode de l’auteur est d’exposer le sujet du chapitre, de traduire exactement chaque verset, et de paraphraser le texte dans un sens mystique.
in
IfANUSCRiTS.
Quoique cet ouvrage ait été imprimé, le manuscrit conserve cepeD4ant une grande valeur; car il est certainement la première copie faite sur Taiitographe du P. Berthier.
81 . Journal et notes de palais d*uD avocat au par- * lement de Paris, sur les arrêts du parlement et du graud^ Conseil, depuis le i6 juillet 1607 jusqu’à la fin de juillet 1608. Manuscrit pet. in -4 de 85 feuillets. i 5 o fr.
Manuscrit sur papier, d’une jolie écriture. Ce recueil a dû être rédigé par un avocat qui, d’après une note autographe inscrite sur la garde du volume, arriva à Paris le dimanche 8 juillet 1607, à midi. On voit qu’il assista régulièrement aux audiences, car non seulement il analyse les ar/éts et les plaidoyers, mais encore il apprécie le talent oratoire déployé par certains avocats. Les plus célèbres étaient, à cette époque, Raoul Boutraye, Talon, du Lac, la Mai’tillière, Galland, Dolé, Joly, François de Sainte-Marthe, Moutereul, Bouteiller, Baussan, le Féron, Gouget, le Maistre, de Monthelon, Duranti, Brodeau, Doujat, Stuart, etc., etc. L’auteur cite le premier président de Harlay, les présidents de Thou, Blancmesnil, Forget, Hennequin et Séguier, et les avocats généraux Servin, le Bret et Foulé.
Parmi les arrêts analysés dans ce manuscrit, uous en avons remarqué quelques-uns que uous indiquerons sommairement :
(P. 1.) Le présidial de Bourges avait réformé le calendrier de son auditoire et retranché plusieurs fêtes. Les avocats et les procureurs, grands amateurs des jours de congé, appelèrent de cette sentence. Mais le parlement, sans avoir égard à cet amour du far niente, confirma la suppression des fêtes.
(P. 3 *) Trois gentilshommes, Simeon d’Autun, sieur du Coudi'ay, le sieur de Momay et le sieur de la Prade, se rendent à la Rochelle, le 27 avril, avec trois grands laquais. Us se promènent dans la ville, rencontrent un gentilhomme nommé Picheiuin, et l’assassinent; le capilainè la Jarrie est également tué. Le maire fait arrêter ces trois forcené.s. On instruit leur procès : du Coudray est condamné à mort; ses deux compagnons, aux galères perpétuelles. La sentence est exécutée le aS mai. la mère et la veuve de du Coudray poursuivent les juges de la Rochelle par-devant le parleUicnt; et, par un arrêt du août 1607, la cour casse la sentence, ajourne personnellement les juges, pour
avoir outrepassé 'leurs droits en jugeant en dernier ressort et en procédant à Texécution, malgré l'appel interjeté. Mais cet arrêt ne rendit point la vie à du Coudra y, et n'empêcha point les sieurs de Mornay et de la Prade de ramer pendant longtemps sur les galères où on les avait embarqués.
(P. 9.) Le i 3 août 1607, le président Forget, te rendant au palais , faillit être tué dans la rue par un quidam qui avait perdu un procès. Son clerc se jeta au devant de l'assassin ’ct reçut un coup de poignard dans le bras. On saisit le coupable, on le juge, et, dans Taprès-midi du même jour, i 3 août, il est pendu en la place des Halles. C'est, sans doute, d'un fait analogue que dérive le proverbe populaire : « Aussitôt pris, aussitôt pendu. »
(P. 11.) Suit rhistoire d’un sergent au Châtelet de Paris, porteur d'un décret de prise de corps contre un comédien français nommé Chasteau. On fait évader le comédien, et on rosse le sergent et les recors. Le sergent appelle le commissaire, qui dresse procès-verbal de rébellion. Mais au nombre des assaillants il y avait une femme. Celte femme prétendait que le sergent l’avait battue; elle porte plainte contre lui et le fait emprisonner. Dans ce conflit, l'affaire est portée devant le lieutenant criminel, d’une part, et devant le prévôt de l'hôtel, d'autre part. Appel au grand conseil pour règlement de juges, et renvoi des parties au lieutenant criminel.
(P. i 5 .) Arrêt relatif au privilège de la fierte de saint Romain, L'histoire légendaire rapporte qu’en Saa, la ville de Rouen souffrait beaucoup des incursions d'un monstre qui dévorait indistinctement bétes et gens. Les habitants ne pouvant parvenir à se débarrasser de ce fléau destructeur, saint Romain, archevêque de Rouen et chancelier de France, alla lui-même à la recherche du monstre, accompagné d'un criminel qu'il avait fait sortir des prisons de la ville. Arrivé à l’entrée de la caverne où se retirait celle bête cruelle, l'archevêque lui ordonne de sortir; la bête obéit; le saint lui passe son étole autour du cou, le criminel la conduit alors très-paisiblement en laisse jusque sur la place de Rouen, et là elle meurt en présence de tout le peuple. Afin de perpétuer la mémoire d'iin miracle de si haute importance, le chapitre de la cathédrale de Rouen obtint du roi Dagobert le privilège de délivrer un meurtrier chaque année, au jour de l'Ascension. Telle fut l'origine du privilège de la 6crte de saint Romain. Le chapitre jouit de ce droit, sans être inquiété, jusqu'en 1607. A cette époque, un gentilhomme se présenta pour être absous d'un meurtre.
en vertu du privilège de la (ierte; ipais les parties intéressées s’y opposèrent et en «appelèrent au grand conseil. 1^ cause fut solennellement plaidée pendant deux audiences, le 5 et le 6 novembre
« Bouteiller Taîné plaida pour les opposants, lequel, en celte action, se rendit très-recommandable par la curieuse recherche des raisons et autorités qu*il allégua pour énerver le prétendu miracle, sur lequel estoit principalement basli le privilège dont il s’agissoit, et monstrer que ce nVstoit autre chose que (utiles nugœ qui avoient esté controuvées eu un temps auquel le peuple estoit fort facile à croire et à tomber en superstition... »
« Monsieur Foulé, advocat général, homme fort judicieux et rempli d'une rare et singulière doctrine, conclut pareillement contre le privilège de la tierte, qui est appuyé sur un fondement du tout faux, saint Romain n'estant lors ni archevêque de Rouen, ni chancelier de France; et de plus, les autheui's tant s«'tincts que psophanes n'ont fuict aucune mention de sainct Romain et de la fier te. »
Le conseil reçut l'opposition de l'avocat général au privilège de la fierté et la joignit au procès principal, pour y être fait droit. Nous ne connaissons point l'arrêt définitif.
(P. 17.) Contestation entre les élus et les avocats de Seniis, pour la préséance dans les cérémonies publiques. Les élus disaient qu’en leur qualité de nuigistrats et de conseillers du roi, ils devaient précéder les avocats. Ceux-ci alléguaient qu’ils étaient gradués et presque tous avocats en parlement; tandis que les élus de Seniis exerçaient des métiers mécaniques, vils et déshonnêtes. Cependant le grand conseil décida que les élus précéderaient les avocats dans toutes les assemblées publiques et particulières. Plaidant, Raoul Boutraye. Recueillons en passant le véritable nom de l’auteur des poèmes Lutetia y Aurélia ^ Castellodunum ^ signés Rodolphus Botereus,
(P. 29.) Histoire de Marie de Boffardiniérc, fille d'un, trésorier de France, mise au couvent, en i 543 , à l'àge de dix-neuf ans, et religieuse par force. En i 56 i, cette religieuse s’enfuit a Genève avec un nommé Courteau, fils d'un libraire de Paris; ils se marièrent et ils eurent une fille qui, en 1607, vint réclamer une part dans la succession de son aïeul et de son aïeule; mais elle fut déboutée de sa demande, parce que sa mère avait été religieuse professe, quoique, cependant, on ne put représenter l'acte de sa profession.
(P. 39.) Glande Gnyot^ voyageant de Lyon à Marseille, est assassiné en route. Son fils, Pierre, se met à la recherche du meurtrier; il est aidé dans son entreprise par un individu de Lyon, nommé Delastre, qui lui fournit quatre cent cinquante livres tant en argent prêté qu’en dépenses faites dans sa maison par ledit Pierre et par Nicolas, son fils. Pierre Guyot meurt chez Delastre, et lorsque Nicolas veut faire ensevelir son père, le créancier s’y oppose et saisit le cadavre pour dettes. Afin d'éviter le scandale, Nicolas (luyot souscril à Delastre une obligation de quatre cent cinquante livres. Poursuite et condamnation de Nicolas Guyot par devant le prévôt de Paris. Appel au parlement qui annule l’obligation, comme ayant été contractée contre les bonnes mœurs et rhonriéteté publique.
(P. 56 .) On connaît l'ancien proverbe : « Les chevaux courent les bénéfices et les ânes les attrapent. » Nous ignomns si, dans le cas dont il s'agit, ce fut un cheval ou un âne qui obtint le prix de la coui*sc; toujours est-il qu'ils étaient trois qui couraient après un bénétice. Voici le fait : le doyenné de Saint-Jean-Baptiste de Bellay, au pays de Bresse, devint vacant pendant le mois d'octobre 1607, mois réservé au pape, d’aprè.s les règles de la chancellerie. En conséquence, M* André de Sozeart se 6t pourvoir en cour de Rome; et, en vertu de ses lettres de provision, il se présenta, avec rofTicial de Genève, en l’église de Bellay, afin de prendre possession de son bénéfice; mais il trouva la place occupée par un autre doyen nommé par le chapitre et installé par l’archevêque de Besançon. L'official de Genève ordonna à cet intrus de se retirer et de céder ses prétendus droits à André de Sozeart; et, sur son refus d'obéir, l'excommunia. L'excommunié fait appel au parlement, comme d'abus. Tandis qne l’élu du pape et l’élu du chapitre se chamaillent, survient un troisième concurrent qui saisit le doyenné. Celui-ci, plus adroit que les autres, s’était fait pourvoir par le roi du bénéfice en litige, comme vacant en régale. Trois doyens pour un, et trois doyens d’origine différente : le c«is était singulier. Le parlement, par arrêt du 14 avril 1608, déclara que le roi avait droit de régale en Bresse, défendit aux avocats de plaider le contraire, et renvoya les trois doyens hors de cour et de procès.
(P. 84.) Le parlement, par arrêt du 3 juillet 1608, condamne un quidam y qui avait obtenu des lettres de franc-taupin pour être exempt d'exercer la charge de consul.
Nous pourrions citer encore des arrêts qui concernent les pri-
viléges de l'université de Bourges^ le duc de Sully, le duc de la Trémoiiille, le maréchal de Fervaques, et autres grands personnages; mais cette courte analyse sulBra pour faire apprécier la valeur de notre manuscrit.
82 . JüVEKAii DES Drstws (Jean). Sensuivent les croiiiques ou gestes advenues ou royaume de France, du temps de feu bonne mémoire Charles, roy de France,sixiesmedece nom. Manuscrit du xv®siècle, sur papier, in-fol. de 269 feuillets, mar. solit. coins et dos fleurdelisés, ais en bois, fermoirs en argent. 1000 fr.
Beau et précieux manuscrit de la fin du quinzième siècle. Il a appartenu à Claude Fauchet, dont on voit la signature sur le verso du premier feuillet resté blanc. Ou Ut, au-dessous, cette note autographe d'Estienne Pasquier : « Ce livre appartient à Elstienne Pasquier, seigneur de Mainxe, advocat en parlement, sur lequel plusieurs siens amis ont pris des copies. » Suivent deux autres notes qui paraissent autographes, l'une de Marescot,et l'autre du marquis de Trenel. Elles sont ainsi conçues :
« Ce livre a appartenu à Fauchet, président en la cour des monnoyes, depuis à Pasquier, advocat général en la chambre des comptes, et à présent à Marescot, maistre des requestes de rbôtel du Roy. »
« Ce livre a esté donné à moi François des Ursins, marquis de Trenel, par M'Marescot, mabtre des requestes de l'iiôtel du Roy, en l'année i6sa. »
Les marges du volume sout chargées de notes autographes, dont plusieurs ont été écrites par Estieone Pasquier.
Les mauuscrils de lu Chronique de J. Juvenal des Ursins, archevêque de Reims, mort en 147J9 extrêmement rares. Ou n'eii connaissait que deux eu 1614. Voici ce que rapporte Denis Godefroy dans la Préface de la seconde édition de VHistoire de Charles FI^ imprimée en i 65 a. « Le Godefroy (mon père), eu ayant fait recherche curieuse, et par bonheur en ayant enfin recouvré deux exemplaires ; l'un desquels... estoit de la bibliothèque du ieu président de Thon ; et f autre de celle du Maréscot^ mais-tredes requestes^ il les conféra diligemment ensemble... Pareillement , où il en fut besoin^ il s'ayda des Grandes Chroniques de
France^ imprimées Tan 1476, 1493 ei i 5 i 4 ; cai* elles se trouvent extraites presque mot pour mot de cette histoire, dès Tau i 3 So jusques eu Tan i/|o 3 , que notre aotheur poursuit, b^ocoup plus amplement et avec plusieurs particularités, jusqu'à la mort da Roy Charles VI.
l^s Grandes Chroniques de Fhince reproduisent, il est vrai, Touvrage de Juvenal des Ursins jusqu'en i 4 o 3 , mais avec de nombreuses variantes et d'importantes omissions. C'est donc seulement en 1614 que notre manuscrit a été exactement publié par Théod. Godefroy. On doit le considérer comme très-précieux, puisqu'il a servi de base à cette publication, et que, malgré les plus actives recherches, Godefroy n'avait pu découvrir qu'un autre manuscrit de VHisioire de Charles FI, provenant de la bibliothèque du président de Thou.
83 . JuvENALis ET Persii sattræ. Manuscrit du xv® siècle, sur pap. in -4 de i 5 i feuillets, init. 65 o fr.
Ce manuscrit, orné de vingt-deux initiales gothiques en or sur fond colorié et diapré, est daté de i 465 . La première majuscule du volume et celle qui est placée en tète des satires de Perse sont accompagnées d'un charmant appendice composé de fleurs épanouies et d'épis dorés.
Le texte est complet; il contient les seize satires de Juvénal et les six satires de Perse : seulement le copiste a interverti l'ordre des deux dernières satires de Juvénal, de sorte qu'on lit la seizième avant la quinzième.
Les anciens manuscrits des auteurs classiques offrent toujours beaucoup d'intérêt, surtout lorsejue, comme celui-ci, ils sont surch.irgés de notes marginales et interlinéaires. Nous l'avons comparé avec l'excellente édition de Cambridge, 1765, dans laquelle est insérée une longue liste de variantes. La plupart de ces variantes sont reproduites dans notre manuscrit; et, de plus, nous en avons trouvé plusieurs autres qui ne sont pas indiquées dans l’édition de Cambridge : particularité qui ajoute de la valeur à ce manuscrit.
On lit, sur les derniers feuiflets du volume, des sentences morales écrites au quinzième siècle ; nous en détachons les suivantes :
Ægens eque est qui non satis habet, et is cui nîhil satis esse potest,
« Est également pauvre celui qui n'a pas assez,et celui à qui rien ne peut suffire. »
Errant qui rebus in prosperis omnes impetus fortune se fugisse putant,
« Ils se trompent, ceux qui, dans la prospérité, croient avoir échappé à tous les coups de la fortune. »
Esse oportet ut vhas^ non vit/ere ut edas, — Quanta plus appo~ niCntur^ tanto citius edentes capit saUiritas^
«11 faut que lu manges pour vivre, et non que tu vives pour manger. » — « Plus on apporte de mets, plus vite la satiété s’empare des convives. »
84 . JüviN (Claude). Largeur el longueur des ombres pour les heures astronomiques.-., pour servir à la construction des horloges, par M® Claude Juvin, advocat en parlement et très-docte mathématicien, demeurant à Crespy en Valois. Manuscrit du xvj® siècle, sur vélin, in-Sa de /\S feuillets, fig. 120 fr.
. Joli manuscrit, parfaitement conservé; vélin fin el blanc. — Ce singulier ouvrage est certainement autographe, quoique l’auteur se (Icccrne, peu modestement, le titre de très-docte mathématicien. On doit lui savoir gré de nous avoir fait connaître ses qualités, ses talents et sa demeure, car il serait inutile de chercher le nom de Juvin dans les biographies anciennes ou modernes.
Les 91 premiers feuillets du manuscrit, en caractères rouges et noirs, contiennent des tableaux compliqués, à cinq colonnes remplies de chiffres, qui donnent la largeur et la longueur des ombres, selon la méthode de Julio Fulig, auteur de gli Horipoli a sole, — Cette première partie est suivie d’une table des arcs horaires; puis, d’une table pour construire des horloges sous tontes les latitudes, avec des règles pour décrire les signes du zodiaque sur les cadrans, .et une autre table pour faire des cylindres : le tout de l’inveiilion de M* Claude Juvin. Cette seconde partie est composée de tableaux chiffrés et de dix-sept figures astrologiques, nettement exécutées.
L’art de tracer des cadrans solaires s’est bien perfectionné depuis trois siècles; cependant il n’est pas sans intérêt pour l’histoire de la science de se rendre compte d’inventions nouvellement faites au xvi® siècle.
85 . KALEirDA.RiuM PERpETüUBi : RDno Domiiii m® ccc® 8i. Petit manuscrit, sur vélin, de i6 feuillets, dans un élui de chagrin noir. 38 o fr.
Curieux manuscrit de la fin du Xlv^ siècle, destiné à être suspendu à la ceinture. 11 se compose de seize feuillets : quatre pour les tables et douze pour les mois.
M. Géraud a inséré un long article sur ce calendrier, dans la Bibliothèque de VÉcole des chartes^ t II, janv. i 84 i« Nous en extrairons quelques passages : « Ce qu*on peut appeler la reliure de ce manuscrit consiste en une pince de cuivre, de forme triangulaire, munie à son sommet d*un anneau de meme métal; sa base a 35 millimètres de largeur. Les seize feuilles qui composent le calendrier sont autant de parallélogrammes en parchemin, ayant un peu moins de i 3 centimètres de long sur xo centimètres de large. En taillant la partie inférieure de ces feuillets, on a laissé subsister dans le milieu de chacun d*eux une petite languette triangulaire, longue d'environ aS millimètres. Cest par là que les seize feuillets entrent dans la pince, où ils sont serrés et retenus par trois clous. Lorsque tous les feuillets sont ouverts, le calendrier présente l’aspect d’un petit écran quadrangulaire, dont la pince en cuivre serait le manche. Mais comme, ainsi ouvert, le calendrier aurait été trop grand pour être porté commodément, chaque feuillet, en se repliant sur lui-même deux fois dans sa largeur et une fois dans sa longueur, se réduit à une tablette de parchemin formant un petit carré long de 65 millimètres sur un côté et [de 35 millimètres sur l’autre. Qiacune'de ces tablettes, ainsi pliée, porte écrit à l’encre rouge un titre extérieur qui indique ce que renferme le recto du feuillet. Outre ce titre, le verso du premier contient .encore le titre général : Kalendarium perpetuum^... Les quatre tables qui sont jointes au calendrier donnent le moyen de trouver les fêtes mobiles. A chaque mois se trouve une sentence fort obscure, souvent énigmatique, sur l’influence heureuse ou malheureuse de tel ou tel jour. Ces sentences sont exprimées en deux vers, parfois un peu boiteux, dont le premier est dans le haut et le deuxième dans le bas de la page. »
Nous ferons remarquer que la date du manuscrit est écrite quatre fois en chiffres romains et arabes, mcccSi ; et trois fois, suivant les principes du calcul décimal, t 38 x. On sait qu’il est
très*rare de trouver les sombres exprimés sekm le ealoal décimal| avant les premières années du xvif siècle.
Les tables sont disposées pour trouver la Pâque, soit au moyen du nombre d'or, soit à Faide des cycles du soleil et de la lune, ainsi que les jours de la Septuagésime, de la Quadragésime, des Rogations et de la Pentecôte. Sur le verso de la quatrième table sont tracés deux cercles^ Tun pour le eyole lunaire, et Tautre pour le cycle solaire.
M. (jéraud a fait plusieurs observations qui tendent à prouver que ce manuscrit est d’origine italienne. A l’appui de son opinion il cite les fêtes de la dédicace de deux églises de Rome, la basilique de Saint-Sauveur et la basilique des apôtres Saint-Pierre et Saint-Paul, qui sont marquées au 9 et au 18 novembre. De plus, la fête de saint Cerbon, qui se célèbre en f^rance le xy'.octobre et à Rome le 10 du même mois, est fixée au 10 octobre; enfin, la fête de saint Louis n’est pas indiquée au aâ août. Ïïoos aj^outerons quUl ne pouvait en être autrement dans un calendrier romain, puisqu’^on célèbre à Rome, le aS août, la fête de saint Barthélemy. On trouve encore, au à6 août, Zéphirin, pape; ce saint est rarement inscrit dans les calendriers qui ne sont pas i Tusage de la ville de Rome.
Nous citerons, dans le cours de ce catalogue, des vers latins relatifs aux jours néfastes, extraits de calendriers du xii« siède, du XIII* et du xiv® ; et l’on s’apercevra qu’au xiv* siècle on avait substitué aux hexamètres assez corrects des siècles précédents, certains vers léonins, fort obscurs, et dans lesquels les règles de la prosodie n’étaient point respectées. Les vers du calendrier de i 38 i sont encore plus barbares; ils ont été tronqués ou inexactement copiés ; mais ils offrent une particularité nouvelle : le premier vers indique le jour néfaste, et le second vers Inheure dangereuse de ce jour. Nous ne pouvons donc nous dispenser de les reproduire.
Janv. Mma die jani timor et septima vani.
Noua parit bellum : set quiota dat hora flageUum.
Févr. Alteriiis meosis post quartum terüut eùsis.
Nullua octave vel déoe dixerit ave.
Mars. Martius in prima cum quarta dividat yma.
Prima nocet multum secunda dabit àltera cultuih.
AvriL Aprilis décima pareotis undecimo a fine salutis.
Prima petit telis que nona requirit aprilis.
Mai. Tertius hoc aplat et septimus aptat.
Sexta minus soidet cum volnera dent reutondef.
Juin. Gui nil dena dabis junii quintena ne^U. ^
Ledit quinta cutem nulli dat quarta salutem.
Juillet. Terdecimus fortis julii dedmiD Ida tnortit.
Est lupus undena partemque noua leena.
Abdt Mma nocettoultum perditquè kecunda cdlfulli.
€iii|iite prima lerH quem ieptcm«|i8idei%^€Vil.
Sept. Tertia turbatur septembrîs dena minatur.
Tertra septenibrîs quarla dabît mala Uieinbris.
OetoM. Tertiv^tilristiidK decimusqBesaltlbri».
Quinta dat octubris que nona*renena colubris.
NoréxUb. Quinta norenibris una vix tertia manut in dna.
Est uctm tanb •tertia forte.rir Inanls.
Décemb. Septima cum dedma decembris lux metueada.
Prima*parat luctum nullum dat septima fructum.
Yctitti de«K noUltioiisfXiétéorologiqiies tiôDtUemdaelioiiqprbii^ l’il^ranoe 4 b copiste. On lit au a 5 mai : VrèoMUs papé. **- F^Jugat ürbanus eitas Synforlanus regruu in aututnpnus fiêUMi CUmentm. La Tdte de saint Symphorien ^t 'Raée W ^ et ceUede samt Glémentau a 3 novembre. On Kt encofeati ^ vrier : Catkednt £, Pétri. ^ Oedttyeme retrà tiothedmiiis Symon Petr^
dPonr *d'âulres détails, «ous tènvoybils à 4 a dieseraiitfh 'de 4 Ml,<€réraad.
^6. SiOMiosBGe, Emilie. Preuves des aeiae i^uàrttore du comte de K6uîgsegg, poot rordre Tcutoniqne. Matoùscrrt du‘xviii^ siècle, in-fol. de IB^S feuillets, armoir. j)eiDtes> v. br. fil. ifiel. allemande^ 6o fr.
€e nMMBcrit est botnposé >de Vfaigt^trois pièces, allemand at en latin,ayant ipdtir IM de>proUv>er ki noblesse •deChrétietw Afaürke-Eugène-Franqois, comte de Kdnîgsegg, né à 'Gtdcgne en 1706, et admis en 1780 dans Tordre Teuioni()tte> Su grand bailliage d’Alsaee.
Ces iprenves consistent en actes de baptême, contmis 'de rkge, -mbleaux généaloguiues, etc., expédiés et scellés pal* 'la chancellerie de la côroroanderie d’Altxehausén. Elles smn suivies des armoiries peintes, •et décrites eu^leinaiid, desseiSe’quartiers du Comte 'de Kônigsegg.
Sur le tpremier 'feuillët on lit 'une déclaration <en fhini^ts, autographe et signée ^du irère du comte de KdnigSegg, 'qui atteste Tauthenticité des pièces contenues dans le manuscrit. Cëtte déclaration est «datée du 16 novembre i 733 » et eoeliée du cachet
m MANUSCRITS.
en cire rouge des Kônigsegg. On trouve A la fin du volume une table des matières en français.
87 . LACTAitTiüs Firmiaitüs. De divinis Institutionibus libri VII; necnon ejusdem ad Donatum de Irâ Dei, liber unus, unà cum libro de Opifîcio hominis ad Demetrium. Maouscril du xv‘ siècle,in-fol. sur vélin, majuscules et bordures, maroq. vert, fers à froid, tr. dor. (Rel. claustrale de Thompson.) 1,000 fr.
Mous avoDS transcrit la souscription de la première édition de Lactance, imprimée au monastère de Subiaco» en i 465 , attendu qu*elle indique exactement les diverses parties dont notre manuscrit est composé. Cependant voici le titre du manuscrit : Lactantii Firmiani de divinis Institutionihus ad Constantinum Imperatorem, liber primas de Falsd Religione féliciter incipiu Mous saisirons cette occasion pour corriger une erreur qui s*est glissée dans les Noüces sur les manuscrits de la bibliothèque de Ljron^ par Delandine (t. 1 , p. 343 ). En décrivant un Lactance sur papier du xv« siècle^ Tauteur dit : « On trouve dans ce volume les instructions de Lactance contre les gentils, et les livres de Falsd Religione^ Le pi'emier ouvrage est divisé en sept livres ; le second ouvrage est une suite du premier. » Le traité de Falsd Religione forme le premier livre des Divines Institutions^ et n*est pas un ouvrage séparé.
Motre manuscrit, d’une charmante et petite écriture ronde, a été exécaté en Italie vers 1460. C’est un magnifique volume à trèsgrandes marges, de i 33 feuillets sur vélin d’une finesse et d’une blancheur remarquables. Les titres des livres et des chapitres sont en lettres rouges. La première page est ornée d’une M en or, dont les branches sont enlacées par de nombreuses spirales feuiU lées, qui se tordent en tous sens. Cette majuscule s’appuie sur une bordure qui s’étend sur trois marges; elle est également composée de spirales entrelacées, sur fond azur criblé et rehaussé de gueules : elles ressortent en blanc et sont indestnic* tiblcs, puisqu’elles ont été ménagées dans le vélin. Sur la bordure inférieure, l’artiste a posé deux jolis oiseaux exotiques. La bordure de la marge extérieure est formée par deux touffes élégantes d’épis à points d*or, séparées l’une de l’autre par un oiseau. Huit majuscules ei> or, avec des appendices è spirales,
sont placées en tête des six derniers livres des Divines institu* tioDS, et des deux livres de Ird Dei et de Opificio.
Nous avons remarqué dans ce manuscrit une singularité qu’il est utile de signaler. 11 existe, sur plusieurs feuillets^ des lignes entières ou des portions de ligne en blanc. On lit souvent, audessus des espaces vides, la restitution du texte en écriture trèsfine et du même temps que le manuscrit ; mais d’autres passages n’ont point été rétablis. Pour se rendre compte de cette bizarrerie, il suffit de parcourir les feuillets 55 et 56 . — Il est probable que ce manuscrit a été copié sur un manuscrit beaucoup plus ancien, dont on n’a pu déchiffrer certains passages, soit à cause de l’antiquité des caractères, soit à cause du mauvais état du manuscrit. Nous croyons qu’il est la reproduction directe et immédiate d’un très-ancien exemplaire des Œuvres de Lactance et, à ce titre, notre manuscrit devient précieux, et fournirait, sans doute, des leçons nouvelles et importantes.
88. La Grange-ChANCEL. Histoire satirique de la vie du duc d’Orléans, ou les Philippiques, faites contre Philippe, duc d’Orléans, régent du royaume, en l’an 1716. Manuscrit du xviii* siècle, in- 4 , v. rac. 100 fr.
Beau manuscrit, très-curieux. — Joseph de Chancel de la Grange, vulgairement nommé La Grange-Chancel, naquit à Périgueux le 1^^ janvier 1676. Il devint mousquetaire et maître des cérémonies de la duchesse d’Orléans, mère du Régent.
Poursuivi pour ses Philippiques^ dans lequel le Régent est accusé de tous les crimes, il se réfugia à Avignon; mais on l’attira hors du comtat Yenaissin : des hommes apostés rarrêtèrent et le condubirent aux îles Sainte-Marguerite, où il fut étroitement enfermé. Il réussit cependant à corrompre ses gardes, sc sauva en Piémont, de là en Espagne, puis en Hollande. Afin d’éviter d’être livré au gouvernement français, il obtint des États de Hollande le droit de bourgeoisie. Après la hiort du Régent, il rentra en France, y vécut tranquille, et mourut le 27 décembre 1768, à l’âge de quatre-vingt-trois ans.
Les Philippiques se composent de cinq odes, contenant ensemble quatre-vingt-quinze strophes. La Grange publia la quatrième ode pendant son exil, et la cinquième après la mort du Régent. Notre manuscrit de cette œuvre poétique est, sans con-
tredît, Tun des plus importants qui existent. En effet , chaque strophe, écrite en caractères ronds, est suivie de longues annotations, en jdis caractères cursif^, qui expliquent les faits auxquels le poète fait allusion, dévoilent les noms des personnages qui ne sont qu’indiqués, et donnent dfes détails historiques sur les hommes et sur les choses.
Ce Hbelle, longtemps inédit, circula sous le manteau; la plupart des copies étaient pleines de fautes et de contre-sens. Il Rit imprimé pour la première fois en 1795 : la meilleure édition est celle que le fils de fauteur publia à Bordeaux, en 1797.
On a ajouté à notre manuscrit un cahier de six feuillets, sur lesquels Querlon a copié vingt-deux stances de la première ode, avec des variantes et des notes marginales. Il a écrit, en outre, sur le feuillet de garde, la note suivante : « Les Philippiques de La Grange sont, après le poème de Claudien contre RufBn, le morceau le plus fort que je connaisse en ce genre. Mais ce qui rend cet ouvrage encore plus singulier, et ce qu*on aura peine à croire un jour, c’est que l’auteur ait osé faire et répandre une pareille satire, du vivant même de son héros, d’un prince toutpuissant en France, et qu’il soit mort dans son Kt, »
Les Philippiquei sont suivies, dans notre manuserit, d’autres pièces en vers qui sont encore inédites ; i. Parodie de la dernière scène de Mithridate^ contre le Régent ; cette satire est attribuée à Voltaire par l’annotateur des Philippiques {voy. ode /, stropke a8) ; a. Une autre pièce non imprimée de M, de (serait-ce La Grange?), satire contre madame la présidente de B”, qui avait pris à son service un laquais de l’auteur, beau et bien fait ;
Iris, à vos désirs jp se suis point çontrahe ;
Ne ipe regardez ppint avec des yeux jaloux.
Si mon laquais est votre affaire.
Je trouve son destin bien doux.
Cette satire se termine ainsi ;
De Oalathée et de Ténus On peut bien suivre la aiéthode.
Les beegêri eujoiird’lun ne sont plus à la mode;
Les laquais J sont devenus,
î. Remerciement de Momus à M. le cardinal de F* (Fleury) :
Nous, général de la calotte,
Aux cslotins nos favoris,
Salut et chance.
MANUSCRITS. m
C’est une violente satire contre le cardinal, l’arcbevéque de Paris et plusieurs autres grands personnages, tels que d’Agueçseau, Tfaesu, Chauvelin, Portail, Hérault, etc. L’abbé Tencin y est fort mal traité. Voici la date de cette pièce ;
Fait I 9 nuit ^t 4ans le ulenee,
Sur la fin de ce même mois Où le parlement de Provence,
Suborné par notre Eminence Et Por des maiidarii|s diinois.
Pour ne pas venger l’inaoceucef Tendit )a justice et }es lois.
89. Lapidaire (le) des Vertus. Manuscrit du xv* siècle, sur papier, pet, in-8 de 77 feuillets, mar. r, fil à fr. milieux ornés, tr. dor. lao fr,
Ce joli et curieux manuscrit de la fin du quinzième siècle nous paraît inédit. Les douze premiers feuillets sont consacrés au calendrier, écrits en caractères rouges et noirs. Les trois pages suivantes contiennent, en assez mauvais latin, un exposé sommaire des influences que les constellatious exercent sur les événements de la vie humaine.
Sur le quatrième feuillet, on lit : « Ce sont les noms des pierres, précieuses, etc.... » Les soixante-trois pierres précieuses citées dans ce catalogue nous sont presque toutes inconnues. Le Prologue débute ainsi : « Ce livre si fist sercher et qtierre le roy Phelippe de France en maintes universités et collieges tant es enciennes abbayes que es monastères de son royaulme, et aussi es royaulmesetseignonries estranges, par les plus excellens clers souverains et soutilz qui sceut trouver en $on djt royaulme, qui à la requeste de ce présent livre travaillèrent tellement et recuillèrent en divers lieux qu’il fust puis par eulx compillé en ceste forme. Et fut nommé par le vouloir dudit roy Phelippe de France, le lapidaire de vertus, pour ce que en yceluy sont declairées les vertus de plusieurs pierres et gemmes précieuses, a.uxquellea Dieu le créateur dQnna puissances et vertus singulières. «
L’auteur nous apprend ensuite que ce livre fut « translaté de langue en langue, juoques au latin; et ftnablement mis en roumant, ad ce que les chevaliers dudit Phelippe de France entendosent plus clerement les vertio et natures des pierres précieuses ocmtenues en yceluy. »
Nous ne pouvons reproduire toutes les choses singulières que reoferme le prologue et le texte de cet ouvrage. 11 nous sufËra d*eu extraire quelques articles, pour faire connaître le but et la forme du Lapidaire des vertus,
« Ceisopaziok naist en la terre de Ethioppe ^ qui par jour a coulleur d'or et par nuyt donne clarté comme feu. Aultres vertuz n’avons de luy trouvé. »
c Deiadogos est une bonne et saincte pierre ; elle est bonne à ceulx qui naigent et voyagent par la mer, car elle assouage et appaise les orages et tempestes. »
« Cbeamon est une pierre qui chiet de la fouldre du ciel ; qui chastement la portera, jà fouldre ne tempeste de tonnerre ne luy fera dommaige, etc. »
« Echites est du nombre des bonnes et vertueuses pierres. L’aigle la prent es foraines parties d’Inde et la porte en son nid ; quar elle le deffend, et aussi sans icelle, nul aigle ne peut esclore. Cette pierre a en son ventre une aultre pierre et sonne. » Parmi les différentes vertus de l’echites, nous citerons celle-ci : « Item se le porteur se doubte de aucun de ses ennemis; et s’il en veuille savoir la vérité, mecte icelle pierre soubz la table au menger, et le coupable ne pourra menger tant que la pierre y sera ; la pierre ostée, il roengera, etc. »
Le Lapidaire des Vertus finit au soixante-quinzième feuillet : « Daniel le saige prophète aquist tant par le travail qu’il se congneut et trouva aucunes des fortunes de la lune, qu’elle peut donner durant son cours.... » Nous avons les fortunes de la lune pour les cinq premiers jours; ce sont des vers françois écrits comme de la prose :
Le jour que la lune est seconde,
En toutes choses le bien htbunde. *
Achater et vendre y est bon Choses de poix et de renom, etc.
90 . Lettres de la Solitaire pes Rochers^ avec les réponses du P. Luc de Bray, son directeur; 3 vol. in-S. Manuscrit du xvm^ siècle. 90 fr.
Manuscrit d’une bonne écriture. Les pages sont encadrées d’un filet rouge.
Ces lettres spirituelles dénotent une dévotion exaltée ; on pourrait même y signaler plus d’une hallucination. Mais le genre
de vie érémitique qiravait embrassé la sœur Jeanne explique cetle disposition d'esprit. Les lettres sont précédées d'un Récit abrégé et fidèle de la vie de la sœur Jeanne ^connue sous le nom de la Solitaire des Rochers. Cette /histoire pourrait passer pour un roman, si les faits n'étaient pas authentiquement prouvés.
IjA Solitaire des Rochers naquit à Paris, au mois de juin x 64 S ; elle appartenait à une famille d'uue haute distinction, et reçut une éducation conforme à sa naissance» Elle s'enfuit à l’âge de seize ans, quitta Paris en mendiante, devint servante, gardemalade. Enfin, à l'âge de quarante-cinq ans, elle se retira dans les forêts inhabitées des Pyrénées : « Votre pauvre pécheresse, écrit-elle à son directeur, est plus contente que jamais de se voir inconnue de tout le monde entre quatre rochers, où les désirs de son âme sont accomplis. » Vers 1700, la solitaire entreprit un voyage à Rome et mourut, à ce que l’on croit, dans la ville de Trente, en Italie.
J^e père Luc de Bray, curé de Châteaufort, diocèse de Paris, fut le directeur de la solitaire des rochers, pendant vingt-cinq ans; il mourut le 9 décembre 1699. Des dames pieuses, à qui le curé avait confié une partie de son secret, s’empressèrent de faire copier les lettres de la sœur Jeanne et les réponses du Père de Bray, Cette correspondance fut bientôt connue à Paris.
La famille de Montmorency, qui avait perdu une demoiselle de même âge et de même nom, vers le temps que la solitaire s’était enfuie, soupçonna que sœur Jeanne pouvait être cette parente. On fit transporter tous les papiers du père de Bray chez le pro-> cureur général du parlement, et, après les avoir examinés, on envoya chercher la solitaire ; mais elle était dqà partie pour se rendre à Rome. Ainsi, quoiqu’il soit probable que sœur Jeanne appartenait à la famille des Montmorency, cependant ce fait n’a jamais été prouvé. Sabatier de Castres a puisé dans cette histoire le sujet d’un roman intitulé : Jeanne^Marguerite de Montmorency, ou la Solitaire des Pyrénées, Paris, x 836 .
Les lettres sont au nombre de dix-neuf. La première est datée de la solitude des rochers, le 8 janvier 1693 ; et la dix-neuvième, de Vahime des ruisseaux, le 11 septembre 1699, Chaque lettre de la solitaire est suivie de la réponse de son directeur. Toutefois la ré|)onsc à la dernière lettre de sœur Jeanne, datée du 5 décembre 1699 et interrompue par la mort du Père de Bray, ne fut point envoyée à son adresse.
Nous avons remarqué dans ce manuscrit les sentiments de Us
soUlaire sur le JÀpre des Maximes des Saints^ de Fénelon : cest une longue et rude critique ; elle appelle cet ouvrage un mauvais livre qu’il ne faut laisser lire à personne. Nous préférons le posi* scriptum de la seuième lettre x
« Je croyois fvoir perdu im)n petit écureuil, je Pavois laisse dan^ ma grotte pendant mon voyage; je lui avois laissé provision de noisettes et de châtaignes. J’ai presque tout retroiivé, et j’ai été un jour sans le voir. Le lendemain, le petit animal sauta sur mes épaules, comme je priois Dieu. Je croyois qu’il ne cesser roitpas de me caresser. 11 court parmi tous ces serpents qui ne lui font rien ; il y en a d’épouvantables, et j’en vois fort souvent de nouvelles espèces, Je vous avoue, cher Père, que n’ai pas ici sujet de m’ennuyer; car c’est le plus joli séjour du monde pour tentes les fleurs qui y sont, »
91. Lettres spirituelles (extraits de). Afaquscrit du xvïi* ipt3» 4e i65 feuillets, noar* F, large
deat. milieuK ornés du monograme J. M. S. surmonté d’une croix, Ir. dor. {Ane. ret.) 6o fr. Ce manuscrit contient des extraits de lettres spirituelles adressées par un guteur inconnu à une dame du monde. II paraît que c’est elle-méme qui Ips a écrits vers 164 5 . — « L® juin ?l645, il m*a dit.,,. » — » Pour la coiffure, il ne faut jamais à la personne pour qui cecy est dit ^ mettre de rubans de couleur...,. Il sufïït d’upe deipi-h^ure à $e coiffer et accommoder ses cheveux..,.; il faut lier ses cheveux avec un ruban noir, et ne les point friser ny bqucler en moustaches. Pour les mains, ne se servira jamais de poipmade ny invention de desqrs^ser.... Faut retrancher aussi tous les gants qui se font pou^r faire la main belle, et toutes ces inventions de rubans.... Point de bagues, b^acelfts py de manches courtes, Son linge sera modeste, sans dentelles de ppx. v
99 . Libzr b« LAümBos ViHGuris Marie. Manuscrit du xiii« siècle, sur vélin, in-4 de io8 feuillets à deux col. init. V, f. semé de fleurs de lis enchâssées dans de§ lo^qge^, feripoiris en argent, tr, dor. et ciselée. {Armes de l'électeur Palatin.) 5oo fr. Manuscrit daté de l’an 1287. Les caractères et le vélin sont très-beaux, lidtiales getbiqnes, élégantes, sur fend colorié et
treilKisé, avec afypencKces lancéolés ; rubriques et notes marginales, d*une fine et jolie écriture; riche reliure, parfaitement conservée.
Ce manuscrit eontient, outre les Louanges âe la Fierge^ en 1411 chapitres, dont la table est au eommencement du volume, une pièce de vers latins de Pierre Comestor, de Laude ejusdem Firginès, et un Traité de la vie de saint J^ean^Bapdste^ en a fi chapilres, composé sur le même plan que les Louanges de la Vierge^ et sans doute par le même auteur.
Cet ouvrage n’a jamais été imprimé. Hain cite, dans son ilepertorium , un livre intitulé Laudes Firgînis Marte, in-folio de i 54 feuillets à deux colonnes, imprimé à Hambourg en J 49 ^; mais il commence par ces mots s Cogitari dtes antiquos et annos, que nous ne retrouvons pas dans le manuscrit. Voici le début du paologue : « Quoniam de gestis bealissime Virginis Dei genitricb admodum pauca in evangelica reperiuntur hystoria, quedam vero antiqua scripta que originem ejus et vitam et assumptionem, cum quibusdam miracuKs, hystorico modo describere videntur, olim a ^nclis Patribus repudiata leguntur tamquam apocripha; parvitati mee satis utile visum est.... »
A la fin du vohimc, on Ht la souscription suivante : Iste liber perscriptus fuit anno Domini millesimo ducentesimo octogesimo septima vigilid nqtivi^tis beati Joiannis Bqpiisfe, ^ipsi ce manuscrit fut achevé le a3 juiu 1287. Mais nous ferons observer qu’il a été écrit par quatre scribes différents. Le premier s’est arrêté au lxxxv* chapitre des Louanges de la Vierge; le second a continué l’œuvre jusqu’au milieu du ex* chapitre; le troisième a terminé \e% Louanges de la Ficrge et copié les hpit premiers chapitres de la FiedesaintJeqn-BaplislÇi^^y le quatrième a parachevé et daté ce travail. Ce sont quatre types remarquables de l’écriture du treizième siècle ; seulement le commenceqient du ipanuscrit nous paraît plus ancien que la fin, de plusieurs années.
93. Livre (le) de Leesce (Hesse). Manuscrit du xv* siècle, vélin, in-fol. de 65 feuillets, i miniature, init. i,5oo fr.
Très-beau et précieux manuscrit du xv« sfèçle, sur vélin d’une grande pureté et à toutes marges. II est orné, eu tête de la première page, d’une miniature 4e o°',iq carrés, qui représente l’auteur à genoux devant six dames, auxquelles ü requiert merci pour
avoir traduit en vers le Ihre de Matheolus contre le mariage. Cette miniature est un peu froissée ; mais on distingue parfaitement les costumes, qui paraissent être du temps de Charles YllI. Les initiales, d’une facture élégante, sont en or ou en couleur, et d’une fraîcheur remarquable.
Ce poème singulier en faveur du mariage est une réfutation du livre de Matheolus, que le poète désigne d’abord sous le nom de MatheolulCj puis ensuite sous celui de Maistre Mahieu. Cette oeuvre, de trois mille huit cent soixante-trois vers, doit tenir un rang distingué parmi les poésies du xv^ siècle; on y trouve quelques historiettes contemporaines qui ne manquent pas d’intérét.
L’auteur était Jean Le Fèvrede Therouanne, qui traduisit en vers français Matheolus, les Distiques de Caton, Théodelet, et le poème de Fetuld. On sait qu’il s’est nommé deux fois dans la traduction des Distiques de Caton :
« Je suis Fcvre, je scej bien le mystère
Que deux pevent forgier d*une matère ;
Exemple en est du viel fer que len forge. •
«> Mais Je, Fevre, qui nt scey le fer batre,
En cest ditié en ay fait de deux quatre. »
C’est encore allégoriquement qu’il a inséré son nom dans le Livre de Leesce :
« Mercy, mercy au poure Fevre Qui a plus grant soif è la levre.
Qui not le riche homme en enfer.
Car il ne scet ouvrer en fer,
Mais en peaux est toute sa cure :
Pour vous a fut ceste escripture. •
Jean Le Fèvre avait traduit en vers le Livre de Matheolus; il 4cn demande pardon aux dames, et pour obtenir sa grâce il leur adresse ce nouveau poème. En voici le début :
<1 Mes dames, je requier mercy A vous : me vueilli excuser cy De ce que sens vostre licence,
Jay parlé de la grant distance Et des tormens de mariage.
Se jay mesdit par mon oultrage,
Je puis bien dire sens flaler Que je nay fait que tnnslaler
Ce que jay en tatin troofé :
Assez pourra esire proufé Ou ÜTre de Matheolule. >•
Le véritable titre de l’ouvrage est indiqué plus loin :
« Et saucan requiert de ce lim
Comment întytiilés sera, ,
Je dy que Ion lappelera
Par droit nom livre de Leesce. «
Derniers vers du poëme :
« A tant fiueray mon propos Jusquatant que plus saige viengne Que ceste matière soustieugne ;
Et croy je que jamais fioée Ne sera, ne déterminée :
Car vénal est Tamour du monde Et avarice est trop profonde.
Plus en diray à lautre foys;
A Dieus vous commant. Je men voys. jimê/i. * :
« ExpUcit Liber loeunditatL Laos Christo, »
liber JocunditaUs est la traduction latine de tAvfe de tee$ee.
Nous citerons encore ces six jcHis vers :
« n nest rien'qui^'nait son contraire, \
, Qui en vouldroit ses preuves traire
Et penser justement aux choses,
Les espines sont près des roses ;
Aussi estlortie poignant Jouste lerbe soue joignant* »
Ce poëme a été imprimé plusieurs fois sous le titre de le bours de Matheolus et sous celui du Bésolu en amour; mais les éditeurs ont tellement défiguré le texte primitif que le Livre de Leesce peut être regardé comme inédit.
Le Èésola en mariage, imprimé par la veuve de Jean Treperel, vers i 5 os, est une édition augmentée^ mais très-fautive. Le prologue contient deux cent soixante-six vers, dont voici les premiers :
•> En ung beau pré verdoyant et poly, Frisque, plaisant, amoureux et joly^
Ung jour passé, gaillard m’eijooissoîs. •
142 UÂîmmm.
Le Eeboursde Matheoltuf Parts>Michel LeBoii*; ï 5 i 8 , indique ainsi le titre du livre :
« Et saucun requiert de ce lim Comment on hârûeulera^
Je dy quon lappela*a Par droit U trmcfc rctolu, »
On lit plus loin :
« Dames, preoea en gré ce livre Que le résolu vous délivre. »
Le prologue diffère complètement de celui de Tédition de t 5 oa et ne renferme que quatre-vingt-quatorze vers.
« Des femmes sommes tous vemu^
Autant les gros que les menua^
Pour quoy oelluy qui en dit MainN^
Doit estre réputé infâme, i»
Derniers vers :
Car Fénut est lamour du monde Et avarice est trop parfonde*
'Icy feray fin d mon œuvre :
Moult gat^e qui honhetir reeoeupre.
Il résulte de cette analyse que notre manuscrit est très-précieux, puisqu’il nous a 'conservé le texte original du célèbre poeme de Jean Le Pèvre. Cè poéinë à subi, dans les imprimés, de si déplorables altéraîtions qu’on n’en connaissait plus le titre exact.
64 . lAvKtt (le) DES QUATRE CHOSES. MsttHiscrit sur véKn, du XIV® siècle, peft. in>fol. de ià feùilléts à longues Kgnes, mar. br. compart. à froid, tr. dor. {Reliure (^australe de Thompson.) 8oô fr.
F6rt beàu‘manuscrit ; vélin d'une blancheur remar^able. Les 'ebitis Inférieurs des marges exterhes sont raccommodés, mais très-habilement, et le texte n’a point souffert des ii^uCes dû temps.
Cet ouvrage curieux et singulier a été imprimé vers 1496, à Lyon, Pierre Hareschal; cette édition, ainsi que celle de i 556 ,
HAHUSCRITS. 143
est eitrémement rare ; U a été eacore ptblié^ sans lien ni date, sous le titre de Quartenaire dé saint Tkomati On trdnverait difficilement un manuscrit du Zipre des quatre choses aussi ancien que le nôtre. Celui qui existe à la Bibliothèque impériale sous le n® 706Ô3 est de la fin du xv^ siècle, et, d’après les passages que M. Paulin Paris a reproduits dans ses Manuscrits français^ on s’aperçoit que le style a été rajeuni ; il en est de même pour les éditions imprimées.
Notre manuscrit a pour titre : * Las E^SxièvikxirTS Aaiàtors »n QtraifTa nn hatueiS oOVTnufT lhoAmb tii sot ssloit xcelut AaiSTOTB. » Voici un extrait du prologue : « Saches que Dieu créa le monde premièrement et puy^s créa toutes hestes qui sont sans raison J ete: Et sacfdet que vàtts nt troupérêt vertu ne vice que vous ne troupes tout en Ihomme, comme sensuyt^ >
« Vhomme est hordf èonMé lyon Et est paoureux comme liesri^ etc.
L’auteur continue pendant deux pages à comparer les défauts et les qualités de l’homme avec ceux des divers animaux.
Au verso du deuxième feifillet commèhce le Livas des quatXx CKOSKS, divisé en petits chapitres. Chaque chapitre est composé d’un titre et d’un groupe de quatre sentencès morales, écrites en quatre lignes. Exemple :
QUATXB CHOUSBS ZTOUS SKSBIGHB PEUDENCB.
Recorder les chôuses pa^ées^
Disposer lesf chouses présentes,
PouiToir aux chouses A advenir,
Et suspendre les chouses doubteuses.
Le sens est bien complet ; mais l’édileur de 14969 en voulant rajeunir le style, a gâté l’original et obscurci la dernière phrase. Voici sa version :
QUITRX CHOSES SORT IféCXSSAIBES A SOT BlBIf «OÜVEBNER Xlf CB XONDB.
Penser au temps passé.
Disposer au temps présent,
Pourvoir au temps à venir,
Déclarer la chose douteuse.
On préférera certainement la leçonr do mtsoscrit à cette para«
144 MANüSCtllTS.
phrase sans couleur. Les mêmes pensées sont encore formulées avec une plus grande précision dans le premier chapitre, ainsi conçu :
CB QUE DOXBT VAIEE LB SAGE.
Penser le passé.
Disposer le présent,
Pounroir a l’advenir.
M. Paulin Paris {Manuscrits /tançais^ t V, p. lo et ai) a transcrit sept chapitres de cet ouvrage. Nous ajouterons à cette curieuse collection les passages suivants :
QUATEB GHOÜSBS TBOMPEITT LHOXHB.
Le doulx parler;
Les présens;
Le'désir de gaigner ;
Et le peu scavoir.
QUATEB CÉOU8BS SORT TOET BRRUTBÜSBS.
La pluye longue ;
Le long parler;
Le vent d’yver;
Et le cruel tonnent on travailUer.
QUATEB CITEZ SORT PLUS OEARDBS QUB LES AUTRES.
Paris en Prance;
Milian en Lombardie ;
Florence en Toscane;
Et Romme en Ttalie.
QUATEB CITEZ SORT PUISSARTES BR XEB.
Jennes ;
Tenise ;
Constantinoble;
Et Pile.
Quoique les quatre sentences de chaque chapitre soient en prose, cependant nous avons trouvé dans ce manuscrit quelques quatrains, tels que celui-ci :
Homme leal ne &it traor ;
Nouveaux prestre, beste cornue ;
Médecin nouveau, homme mort ;
Juge nouveau, sentence perdue.
Les rîmes de ce quatrain ne sont pas bonnes; le dernier vers est faux: mais si, au lieu de sentence^ vous WsQzcauxe^ le sens devient meilleur et le vers nVst plus boiteux.Toujours est-il que c«‘S quatre vers doivent tenir certainement une place distinguée dans les recueils d’anciens proverbes français.
98 . Lothabiüs. Liber de Missarum mysteriis. Manuscrit du XIV® siècle, sur vélin, pet. in-4 de i34 feuillets à 2 col. init. rubriques, mar. brun à comp. • 3oo fr.
Ce manuscrit, du commencement du xiv® siècle, sur vélin fin et très-blanc, est écrit en minuscules rondes, fort nettes. Il est orné d’une majuscule à fond d’or et d’un grand nombre de jolies initiales coloriées; les sommaires sont en rouge, et les feuillets ont été paginés en chiffres romains du même temps que le texte.
Lothaire, de la famille des comtes de Segni, cardinal-diacre, fut élu pape à l’âge de trente-sept ans, le 8 janvier 1198, et prit le nom d’innocent III; il mourut le 16 juillet xai6. Ardent défenseur des prérogatives du Saint-Siège, il jeta le trouble en Europe. On connaît ses démêlés avec Philippe-Auguste et avec Jean sans Terre. Il mît en interdit les royaumes de France et d’Angleterre, enleva aux empereurs la suprématie qu'ils exerçaient à Rome, devint suzerain du royaume de Sicile, et agrandit ainsi le pouvoir temporel des papes. Avant son avènement à la tiare, Lothaire avait composé plusieurs ouvrages fort estimés de ses contemporains. Il est l’auteur de la belle prose Fcni Sancte Spiritus, et on lui attribue le Stabat mater, Soh traité de Miserid humanœ conditionis a été imprimé plusieurs fois pendant le XV® siècle. Ses œuvres furent réunies à Cologne en iSSa et 1875, à Venise en 1578. Ce recueil contient « un Traité en six livres sur les sacrements, spécialement sur l’Eucharistie, dans lequel on trouve beaucoup de considérations mystiques sur les cérémonies de la Messe. « Cette indication conviendrait assez à notre manuscrit; car le truité de Missarum mysteriis so compose de 6 parties; mais ces 6 parties, formant 176 chapitres, sont exclusivement consacrées à f’explication des cérémonies de la Messe. On y trouve de curieux détails sur les différents ordres de clercs qui assistent l’officiant, sur la forme et la couleur des vêtements, et des explications précises sur tout ce que le prêtre dit ou fait à l’autel.
Le texte est précédé d*un prologue et d’une table des matières. Le prologue occupe les deux premières pages, et commence par ces mots : « Tria sunt in quibus precipue lex diyina consistit. » La lettre Test une majuscule coloriée, à fond d’or, qui s'appuie sur un appendice formé d’un oiseau fantastique et d’une branche de houx encadrant la marge du fond et se prolongeant sur la marge •infl^rieure. La table des matières finît sur le recto du 4 * feuillet : a Expliqiunt capitula. Incipit liber de Missarum mysteriis. »
Ce traité s’arrête au loi® feuillet. Derniers mots : a Et si non multis, saltem aliquibus, aut et michi soli vel in modico profuturum. Explicit iste liber : scriptor sit crimine liber. »
Le verso du loi^ feuillet est vacant, et sur le loa^ feuillet commence un traité des cas réservés au pape, aux cardinaux, etc. « Anno Domiui cc^ nonagesimo assumpd, yero appellatus a sanctiss. pâtre domino Nicholao papa quarto... • Cet opuscule est fort curieux et se rattache à Thistoire. Il faut se rappeler que Henri VI, empereur d’Allemagne et roi de Sicile, mort en 1197, avait ordonné par testament que son fils Frédéric tiendrait la Sicile en fief du pape, et que, s’il mourait sans enfants, ce royaume retournerait au Saint-Siège. En vertu de cet acte, Innocent 111 fut nommé régent du royaume de Sicile, et, depuis cette époque, les papes cherchèrent constamment 5 se rendre maîtres de la Sicile. En ia 54 . Innocent IV excommunie le roi Conrad; en laSq, Alexandre IV excommunie Mainfroy ; en ia64, Urbain IV prêche une croisade contre Mainfroy et les Sarrasins de la Capitanate, et donne la Sicile à Charles d’Anjou; en 1267, Clément IV excommunie Cou radin ; en 1281’, Martin IV, nommé sénateur par les Romains, délègue celte dignité à Charles d’Anjou; et, en 1282, il excommunie Pierre d’Aragon, roi de Sicile; en 128$ et en 1286, Honorius IV excommunie Jacques, fils et successeur de Pierre d’Aragon. La moitié des habitants des royaumes de Naples et de Sicile était excommuniée. Ces mesures violentes attirèrent de terribles représailles : on pilla et on incendia les églises et les abbayes; on tua ou on mutila les personnes ecclésiastiques; enfin, pendant cinquante années, ces malheureuses provinces furent dévastées par tous les partis.
Nicolas IV, élu pape en 1288, « était savant et bien intentionné.» Il voulut remédier à tant de désordres, et, pour y parvenir, il fit rédiger ce traité des cas réservés. Voici quels étaient ceux qu’on pouvait absoudre, moyennant satisfaction, restitution ou taxe pécuniaire : les incendiaires, les meurtriers, les faussaires^ les apos-
lats, les violateurs de couvents | etc.; les habitants qui avaient fourni des vivres et des munitious aux Sarrasins de Mainfroy; les adhérents de Frédéric^ Mainfroy et Conradin ; les clercs qui, par violence ou simplicité, célébrèrent l’olBoe divin pour Frédéric, Mainfroy, Conradin^ ou leurs fauteurs ; les excommuniés pour le fait du roi d’Angleterre ; les excommuniés pour refus de prendre part à la croisade ; les Siciliennes qui secoururent ou favorisèrent les ennemis de Charles d’Aqjou; les clercs qui avaient pris les armes, ou qui avaient bu dans des tavernes; etc., etc. Nicolas IV ne vécut pas assez longtemps pour achever son œuvre de conciliation. En 1x96, Bouiface VIII excommunie Frédéric II ^ fils et successeur de Jacques, et met le royaume de Sicile en interdit.
Cette pièce historique est suivie d’un sommaire de la deuxième partie des Décrets de Gratien, des ees d’excommunication mineure ou majeure [casus penitentiales) j expliqués, en 1x98, par Bérenger, évéque de Béziers; et enfin d’un Abrégé du livre des Décrets de Gratien (Abrenatio libri Decretorum). Derniers mots du manuscrit : «Explicit Decretum abbreviatum seoundum magis« trum Graoianum. Deo gratias. »
96 . Louis XIY (maison de). Chambra aux deniers du roi. État et menu des dépensas pour l’année 1705. Manuscrit, pet. in -4 de 172 pages, d.-rel. mar. bleu. 200 fr.
Ce curieux manuscrit est un état minutieusement détaillé des dépenses à faire pendant l’aunée i 7 o 5 , par jour ou par trimes* tre, pour la nourriture, le chauffage et l’éclairage du roi et des officiers de sa maison, ainsi que pour les grandes livrées, les gratifications tant en nature qu’en argent, et les jetons distiibués à certains jours de l’année. On trouve, dans ce manuscrit, une foule de noms propres qui pourraient servir à reconstituer le personnel de la maison du roi Louis XIV en 1705»
11 nous serait impossible d’analyser cet immense budget. Nous indiquerons seulement le titre de quelques chapitres, H mlas en extrairons un petit nombre d’articles.
1. Ëtat des personnes qui ont le droit de manger aux tables du roi. — loS personnes réparties en cinq tables.
X. Menu du pain, du vin, de la viande, ou gibier, etc., pour les tables du roi et des officiers. Le dîner du roi était à cinq services. Voici la compoûtioa de six petites entrées horertl^eeuHe :
« Trois perdrix au jus ; six fonrtes h ]a braise ; deux dindons grillés; trois poulets gras aux truffes; quatre perdreaux; deux poulardes dépecées aux truffes. » — C’est avec ces petits hors* d*œavre qu’on s’aiguisait l’appétit, en attendant les grands et les petits plats de rôts, les entremets, etc.
3 . Livrées en nature, par jour : « cinquante-sept gibiers pour le bureau ; quatre livres de bœuf au garçon du garde-vaisselle ; Binet, barbier ordinaire ; Bidaiit, horloger, et Gervais, chirurgien ordinaire, recevaient chacun un chapon ; les capucins, huit livres de mouton, etc. »
4. Menu de la table du roi et de celles des officiers, les jours de poisson.